V. — LA VALEUR HISTORIQUE DES ACTES
Ce que nous avons vu sur la composition, les sources et la pensée religieuse des Actes fait qu’il n’est pas possible de porter sur la valeur historique de ce livre un jugement simple. C’est parce qu'on à voulu trop simplifier qu'on a ebouti, bien souvent, à des conclusions contradictoires. Tantôt on a célébré le livre des Actes comme une source historique de tout premier
1. A. Kômic, Die Echtheit der Apostelgeschichte, Breslau, 1867; K. Scamior, Die Apostelgeschichte unter dem Hauptgesichispunkt ikrer Glaubwürdigkeit, Erlangen, 1882 ; Crase, The credibility of the Acts, London, 1902;S. GRANDJEAN, Etude sur la valeur historique du livre des Actes, Liberté chrétienne, 1906, p. 247-260; HAvonx, Die Apostelgeschichte und ihr geschichtlicher Wert (Biblische Zeit und Streilfragen, II, 6) Gr. Lichterfeld-Berlin, 1906 ; Brückner, Der Autor ad Theophilum als Historiker nach Harnack, Hausrath, P.-W. Schmidt, Prot. Monatshefle,1911,4; W. Socrau, Inwieweit kann die Apostelgeschichte als historische Quelle gelten? Beitr. z. alten Gesch;:, V. P:117-198; H.-H, Wenor, The historical trustworthiness cf the Book of Acts, Hibbert Journal, 1913 ; E. JACQUIER, Valeur historique des Actes des Apôtres, Rev. Bibl., 1915, p. 134-182 ; E: pe Faye, De la valeur documentaire du livre des Actes, Revue d'histoire et de philosophe religieuses, 1921, p. 301-316,
ordre, tantôt on l’a rabaissé comme une œuvre d'imagination, comme un roman dans Jequel la vérité ne se trouve qu’altérée et transposée. Les Actes en réalité ne méritent ni cet excès d’honneur ni cette indignité. On ne peut y voir un tableau exact de l’histoire des Eglises ou d’une partie des Eglises de Pâge apostolique parce que le cadre dans lequel le récit est présenté est la création d’un homme qui est déjà assez loin des événements qu’il raconte et qu'il ne les aperçoit qu'à travers le christianisme de son temps, c'està-dire leur fait subir, instinctivement sans doute mais non moins réellement pour cela, une adaptation à ses propres idées. Historique, le récit ne saurait non plus l'être entièrement, parce que l'auteur l’a constitué à l’aide de matériaux divers parmi lesquels il y en à qui ont nettement le caractère de déformations parfois intentionnelles et tendancieuses des faits, par exemple le récit de la conférence de Jérusalem tandis que d’autres, par exemple l’histoire de la Pentecôte ou celle de Corneille, sont visiblement des développements déjà légendaires.
Mais, d’un autre côté, parmi les documents entrés dans la composition du livre des Actes il en est qui présentent une incontestable valeur historique. Certains ont été empruntés à un document où les missions de Paul étaient racontécs
par un homme qui y avait été associé et qui, pour les périodes pendant lesquelles il n’avaït pas accompagné l’apôtre, avait été à même de se documenter aux meilleures sources, D’autres proviennent de traditions où se reflètent encore des conceptions ecclésiastiques ou théologiques qui ne sont pas celles du temps où vivait le rédacteur et qui apparaissent ainsi comme des documents solides d’une époque qui appartenait déjà au passé, au moment dela composition des Actes. Enfin il n’est pas jusqu'à certains discours, quelque grande que puisse être la part qui revient à l’auteur. des Actes dans leur rédaction, où l’on ne puisse encore reconnaître des conceptions plus anciennes que l’époque de la rédaction des Actes. Que l’on se rappelle seulement ce qui a été dit au paragraphe précédent des idées christologiques que contiennent les discours de Pierre et des vues sur le culte israélite qui sont exposées dans le discours d’Etienne.
On peut dire en résumé que si le livre des Actes, pris en bloc, ne saurait être considéré comme une œuvre historique, on y trouve des matériaux d'un très grand prix et d’une incontestable valeur. Il faut ajouter que ces matériaux sont uniques en leur genre. Sans doute ils n'ont pas la valeur des épîtres pauliniennes, mais ils fournissent des indications qui permettent d'apprécier,
de coordonner et d’encadrer les données que l’on tire des épîtres. Le livre des Actes se trouve être ainsi, malgré toutes les lacunes et les insuffisances qu'il peut présenter, l'une des bases les plus essentielles sur lesquelles repose l’histoire du christianisme ancien. |