On peut ajouter l’étrangeté de l'insertion au milieu du
récit du procès (4,13) de la remarque que le sanhédrin recon-
naît dans les apôtres des compagnons de Jésus. Cette indication a été considérée comme secondaire par VARAATES (Noten, p. 9) et par PREUSGHEN (p. 24).
ANALYSE CRITIQUE DU RÉCIT 181 transposition qui aurait présenté comme un procès véritable engagé devant le sanhédrin ce qui, originairement, n'avait été qu'un avertissement donné aux apôtres par ceux qui étaient chargés de la police du Temple. On comprendrait ainsi l'embarras que trahit l'attitude des adversaires des apôtres, ils n'osent pas donner de suite à l’affaire, à la fois parce qu'ils n'aperçoivent pas de motif qui justifie des poursuites régulières et parce qu'ils se rendent comptent de l'impression produite sur Les assistants par la guérison d’un homme malade depuis quarante ans. Ce dernier trait (4,22) n'est pas à sa place dans le récit actuel, on l’attendrait au début, immédiatement après la guéri- son’. On le comprend fort bien au contraire si le récit primitif était constitué par les éléments suivants : guérison et impression qu’elle produit (3, 1-9. 10 ?). Pierre parle au peuple (3, Z2+). La police du Temple. inquiète intervient et arrête les apôtres (4, 1-3 sauf ce qui concerne les sadducéens) *. On leur défend de parler au nom de Jésus mais on ne donne pas d'autre suite à l'affaire,
1. Aussi cet élément a-t-il été considéré comme secondaire par WezzHAUsE (Voten, p. 9) et par Preuscuen (p. 25).
2. Sauf l’emprisonnement jusqu'au lendemain. La guérison s’étant produite à la 9° heure (3 h. de l’après-midi) (3, {) la question pouvait être réglée sans délai s’il s'agissait d’une simple mesure de police. La remise au lendemain a été imaginée pour rendre moins invraisemblable la réunion du sanhédrin.
anaboneié en Paie parce q heurter de front le sentiment du peuple que la guérison accomplie à transporté d’ enthousiasme A 18-22). + ac ! Le récit primitif se rapporterait : ainsi à la pre- -mière intervention publique des apôtres au nom de Jésus ‘. Il a été dans la suite développé et dra- . matisé au grand détriment de sa valeur historique. Soit sous sa forme actuelle soit sous sa forme primitive ce récit ne peut avoir eu sa place ori- ginale à la suite du récit de la Pentecôte. Des gens qui auraient provoqué un mouvement ayant entraîné la conversion de 3.000 personnes ne sauraient avoir passé assez inaperçus pour quon remarque tout d’un coup avec surprise que ce sont d'anciens compagnons de Jésus. Peut-être pourrait-on, à ce propos, hasarder une hypothèse. Après avoir donné une notice sur la vie intérieure du groupe des disciples, notice dont quelque chose ÿ pourrait se retrouver dans 7,13-26, le narrateurou sa source aurait relaté leur première activité pu- Bas blique et les suites qu'elle avait eues.Le rédacteur __ quia introduit après l'élection de Mathias le grand | récit de la Pentecôte, pour maintenir dans l’œuvre
, - Ilest possible qu’ à v ‘origine cette intervention n ait vue A " une guérison. E 1% i
qui n’était plus celui de la première mais celui de
IN
la seconde manifestation publique des apôtres. Il
l'aura fait pour rendre vraisemblable l’interven-
tion de la police du Temple que la scène de la. : À
Pentecôte n'avait pas mise en mouvement.
Le morceau 4, 23-31 (prière des apôtres et effusion de l'Esprit) est le couronnement du récit de
la guérison de l’impotent. Ce morceau où l’effusion del’Esprit ne produit aucun effet miraculeux, sauf
l’ébranlement de la maison qui est peut-être
un trait surajouté, ne peut avoir originairement suivi la manifestation tumultueuse de la Pentecôte
dont elle ne serait qu’une répétition si affaiblie qu’elle ne présenterait plus guère d'intérêt ou de
raison d'être ‘. Les deux morceaux formant dou-
© blet (Hamnacx, IL, p. 145 .), le plus simple et le
moins théâtral doit être le plus ancien; 4, 23-31 devait donc être originairement le récit de la pre-
mière effusion de l'Esprit suivant celui de la pre-
4, Nous ne pouvons donc souscrire à l'opinion de Lorsx (p.257)
: qui ne voit dans /, 23-31 qu’un morceau de remplissage. Parmi
es arguments qu'il fait valoir contre l'historicité du passage il en est qu'on ne peut guère retenir, celui-ci, par exemple, qu’on
| ne saurait se représenter un groupe quelconque prononçant
une prière d’une seule voix ; le texte en effet ne nous paraît
pas imposer cette interprétation et permet de comprendre que tous s’associent à la parole prononcée par un seul,
| donnée l importance que che au rôle de l'Esprit nt l'œuvre missionnaire, . il n’est pas douteux que le récit de cette première |
son livre. À
effusion ait eu sa place Es le plan ir de Ë
Le récit de l’effusion de l'Esprit est : suivi d'un
petit tableau de la vie des chrétiens dans lequel
est, en particulier, indiqué qu'ils avaient mis tous leurs biens en commun (4, 32-35). Cette pratique est illustrée par deux cas particuliers relatifs à Barnabas (4, 36-37) puis à Ananias et à Saphira (5,1-11), Le verset 33. intercale, au milieu de ce qui est dit de J'organisation matérielle, une mention du témoignage rendu par les apôires à la résurrection qui est certainement un élément secondaire ‘. La notice elle-même qui pose la mise
en commun des biens comme un principe général
est contredite par les deux épisodes qui suivent.
L'acte de Barnabas n'aurait eu aucune raison
d’être rapporté si tous les fidèles avaient réellement mis aux pieds des apôtres le produit de la
1. WeNpr (p. 117) et WELLHAUSEN (Krit. An., p. 9) pen-. sent à une interpolation. Lorsy (p. 259) envisage plutôt l'hypothèse d’un déplacement. Le v. 33 pourrait, d'après lui, s'être originairement rattaché à l’histoire de la guérison au paralytique et s’être rapporté à l’activité des apôtres qui prolonge et continue leur première manifestation publique.
ne l'affirmation qu'Ananias était ee libre soit de garder son champ, soit d'en conser- ver le prix. Les épisodes particuliers sont certai-
: nement plus anciens que le tableau général qu ils sont censés illustrer mais qu’en réalité ils contre-
+ disent. Ce tableau peut-il être considéré comme
à un élément primitif du livre des Actes? Loisy È
1 (p. 258) est disposé à répondre affirmativement à cette question parce que l'élection des Sept pour Mrs __ l'administration de la caisse commune, telle __ qu'elle sera racontée au début du chapitre 6, im
plique, selon lui, l'existence d’une organisation antérieure au sujet de laquelle des indications devaient être dennées.. Il pense que la notice 4,32-35 vient d’une transposition de ces indications dans lesquelles il serait possible qu'ait été racontée l'élection des Douze. Sans nous arrêter à ce qu’il y a d’éminemment conjectural dans cette - dernière hypothèse,nous pouvons objecter à Loisy que sa théorie ne tient pas un compte suffisant du fait que ce n’est que par une transposition qui a“: __ profondément altéré la nature de leurs fonctions “gs À primitives que les Sept sont devenus les adminis- © trateurs de la vie matérielle de la communauté,et que, dans ces conditions, il n’y a aucune raison |
ds #3 le récit nn un tableau de la premi
organisation administrative de la communauté. Le morceau 4, 32-35 nous paraît être un déve-
__ loppement rédactionnel déstiné à introduire les
épisodes de Barnabas et d’Ananias. Il forme, nous
l'avons vu, doublet avec le morceau 2, 43-47. La
priorité nous paraît être du côté de 4, 32-35 car il y a, au chapitre 2, des indications sur la frac-
tion du pain, les prières, etc. que l’auteur de la
seconde notice n'aurait eu aucune raison de supprimer, s’il les avait trouvées dans sa source. Le morceau 2, 43-47 composé d'après 4, 32-35 est en relation avec l'introduction de l’histoire de la Pentecôte parce qu’il a semblé qu'un ta-
‘bleau de la vie des chrétiens devait suivre la pre-
mière mention de la constitution de leur groupe.
Dans 5, 12-42 sont racontées les poursuites engagées contre les apôtres devant le sanhédrin à la suite de miracles et de prodiges qu'ils ont accomplis. Grâce à l'intervention d’un membre du sanhédrin, Gamaliel, qui conseille la prudence, les accusés sont mis en liberté après avoir été flagellés. Il y a, dans ce récit, quelques incohérences qui proviennent soit de négligences de rédaction, soit plutôt de surcharges et de retouches. C’est ainsi que les versets 12 2-14 sur les égards de la foule pour les chrétiens interrompent malen-
Le