‹ Introduction au Noveau TestamentChapitre 111 sur 154 · É “ \ % + LES · texte numérisé non relu

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tions et qui fut toujours très près de son cœur. Son noyau paraît avoir été formé par quelques personnes, en majorité des femmes, appartenant à un petit groupe de Juifs et de prosélytes qui, faute d’une synagogue, se réunissait le jour du sabbat au bord du Gangète, affluent du Strymon. Parmi elles se trouvait une prosélyte originaire

de Thyatires, Lydie, la marchande de pourpre qui se laissa gagner par la prédication des missionnaires. Elle les reçut dans sa maison où, sans doute, dans la suite, ils donnèrent leur enseignement. Sur l'activité qu'ils exercèrent

‘alors nous ne sommes pas renseignés, . nous

savons seulement qu’elle ne fut pas vaine?. On ne peut formuler aucune hypothèse sur la durée du séjour de Paul à Philippes. Le récit qui nous est donné des circonstances qui amenèrent son départ, ou plutôt son expulsion, n’est pas seulement surchargé par un épisode de délivrance miraculeuse qui ne joue aucun rôle dans la marche des événements mais encore dénaturé par la susbtitution comme motif des poursuites de la guérison d’une possédée à tout autre chose. L’accusation portée contre Paul

1. Pour la critique du récit de Actes, 16, 12-40, voir Introd., III, p. 262-264.

2. Nous reviendrons à propos de l’épître aux Philippiens sur les rapports de Paul et de l’Église de Philippes.

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et Silas n’est pas, en effet, motivée par le préjudice éprouvé par les possesseurs de l’esclave

guérie. Ce qui leur est reproché, c'est qu'étant

Juifs, ils prêchent une manière de vivre qui ne peut être acceptée par des Romains. C’est

-donce d’un crime contre la religion d’État qu'ils

sont accusés. Le récit d’Actes, 16,22 s., parle d'un mouvement populaire. S'il s’est réellement produit, il n’est pas nécessaire de penser qu’il ait eu une influence décisive car la flagellation subie par les apôtres! qui s’abstinrent de faire valoir leur titre de citoyens romains ne fut

pas une violence arbitraire mais l’exécution

d’une sentence. La scène que les Actes placent le lendemain et au cours de laquelle les magistrats auraient fait des excuses à Paul et à Silas

et les auraient priés de s'éloigner, pourrait bien résulter d’une certaine transposition des évêne-

ments. Les missionnaires furent sans doute simplement expulsés de Philippes. On s’expliquerait ainsi que Paul parle de l’audace qu'il lui a fallu pour entreprendre l’évangélisation de Thessalonique après avoir été traité comme il l'avait été à Philippes (1 Thess., 2,2).

En partant de Philippes les missionnaires

suivirent la via Egnatia jusqu'à Thessalonique,

1. Les violences subies par Paul à Philippes sont attestées par 1 Thess., 2,2.

e a par nn Df e et TA (Actes, £

17,1). Ces deux villes sont-elles nommées comme

les étapes du voyage!, ou bien Pauls’y arrêta-t-il

quelque temps pour y prêcher l'Évangile? ?

Le fait que la première épître aux Thessalo-

niciens (1,7; 4,10) indique qu’il y avait des

croyants dans toute la Macédoine est favorable à cette seconde hypothèse.

Thessalonique, où Paul arriva peu après son

départ de Philippes et où fut fondée la seconde grande Église d'Europe, était, déjà au premier

siècle, une grande ville commerciale qui devait

sa prospérité à sa situation au bord d’une rade

formant un excellent port naturel. C'était le % rendez-vous d’une population cosmopolite très

variée et le siège d’une. importante colonie juives. Comme à Corinthe et à Éphèse, les

mœurs y étaient fort dissolues. Thessalonique

devait connaître ces rhéteurs et ces sophistes

qui cherchaient par leur parole à s'assurer

2 - Pet : ; 1. Ces étapes auraient été en moyenne d’une cinquantaine

de kilomètres par jour.

2, Ainsi que l’admet von DogscnüTz, Thess., p. 9.

3. La colonie juive actuelle de Salonique ne descend pas des contemporains de Paul mais de Juifs espagnols qui s’y

réfugièrent au xve siècle pour fuir la persécution. Sur Thessalonique on peut consulter W.-J. Woopnouse (art. Thessalonica, E. B., IV., c. 5046-48) et le petit livre de DURRLEMAN (Salonique et SA Paul, Paris, 1919) qui ire malheureusement d’une base AoLue suffisante.

278. LES ÉPÎTRES PAULINIENNES | influence, honneurs et profit, mais restaient toujours prêts à chercher fortune ailleurs dès que les circonstances devenaient défavorables. Nous verrons que les adversaires de Paul à “'hessalonique avaient tenté de le faire passer pour l’un d’eux et que leurs calomnies n'avaient pas été sans impressionner les fidèles.

Paul arriva à Thessalonique avec Silas’.

La présence de Timothée n’est pas mentionnée, soit que son rôle ait été seulement subordonné, soit que Paul l’ait laissé à Philippes pour continuer à s'occuper de l'Église au moment où lui-même en était chassé?.

La durée de trois semaines’ que les Actes assignent au séjour de Paul à Thessalonique paraît au-dessous de la réalité. L’action des missionnaires a certainement aussi débordé le cadre de la synagogue, où le récit des Actes paraît vouloir l’enfermer, puisqu'en dehors de Juifs et de prosélytes, certaines femmes de

1. Pour la critique de Actes, 17,1-9 voir Introd., III, p. 264-265. Ée

2. Cette hypothèse ne peut s’appuyer sur le fait que dans . I Thess., 3,2, Paul recommande Timothée en des termes qui paraissent indiquer qu’il n’est pas encore connu des Thessaloniciens. En effet, Timothée avait, au moment où Paul écrit, accompli une mission à Thessalonique ;il est d’ailleurs nommé À <omme co-auteur de la lettre. < :

3. Littéralement trois sabbats, c’est-à-dire entre 15 e 27 jours. :

a re ES

Ca , ÿ " | LE PREMIER VOYAGE MISSIONNAÎRE

RE ee ER E distinction qui devaient être des païennes furent.

gagnées à l'Évangile (17,4). On peut donc se demander si, comme l’ont supposé, par exemple, Lake (Earl. Ep., p. 65) et Moffatt (Intr., p. 66), les trois semaines ne se rapporteraient pas au temps où Paul et Silas avaient enseigné, exclusivement ou non, à la synagogue.

Aux renseignements assez sommaires, on le

-voit, du livre des Actes sur la fondation de

l’Église de Thessalonique, la première épître

ajoute quelques indications intéressantes. Par elle, nous savons que Paul, à Thessalonique, a travaillé de ses mains pour gagner sa vie (2,9),

ce qui suppose une installation de quelque durée”

Ce que l’apôtre dit de la conversion et du développement moral des Thessaloniciens et de la

manière dont il les a exhortés, encouragés et .

conjurés (2,10-12) indique qu'il à exercé sur eux uné action prolongée. Il ressort de Z Thess., 1,9-10, où Paul rappelle aux fidèles comment ils ont abandonné les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, que l’Église était formée, sinon exclusivement, du moins en majorité, de gens sortis du paganisme. Paul parle aussi de difficultés et de luttes qui avaient accompagné la

1. La même conclusion ressort d’autre part de Phil., 4,16, où il est dit que les Philippiens ont, par deux fois, envoyé des subsides à Paul lorsqu'il était à Thessalonique.

fondation de l'Église. Les termes dont il se sert.

(èy OXiva rohAH 1,63 4 72100 dyôm 2,2) font.

songer à de véritables persécutions, ce qui.

est confirmé par le passage (2,14) où Paul dit

aux Thessaloniciens que ce que les chrétiens de.

Judée ont eu à souffrir de la part des Juifs, ils le souffrent du fait de leurs concitoyens.

De ces persécutions, le livre des Actes ne

parle pas ; il mentionne seulement une émeute qui obligea Paul à s’éloigner. Le récit qu’il en

donne est gravement mutilé et peut-être aussi altéré. II y est question d’une accusation portée contre les missionnaires à qui il est reproché d’agir contre les lois impériales et de prêcher un autre roi (Bzxheës), Jésus » (17,7), accusation grave dont il était difficile à Paul et à Silas de se laver sans reconnaître, puisque les Juifs les désavouaient, qu'ils se livraient à une propagande religieuse - illégale. La manière dont il semble que le procès se soit déroulé rend peu vraisemblable que l’accusation ait été portée

au cours d’une émeute par des gens soudoyés

par les Juifs! Les poursuites engagées contre l’apôtre, n’ont d’ailleurs pas surgi à l’impro-

1. Peut-être la déformation que le récit paraît avoir subie est-elle en relation avec la tendance du rédacteur des Actes à atténuer les conflits des chrétiens avec les autorités romaines.

“viste. Il est impossible de ne pas supposer qu’elles ont été préparées et déterminées par les difficultés suscitées à son œuvre et auxquelles il fait allusion dans la première épître. La relation du procès qui se poursuit devant les politarches’ est pleine d’obscurités. Il est dit que la foule, n’ayant pas trouvé Paul, traîne devant le tribunal Jason, son hôte, et quelques frères (17,5-6). Les magistrats les font remettre en liberté après avoir exigé d’eux une caution. La même. nuit, les frères font partir Paul et

Silas pour Bérée. L'obscurité de cette relation :

provient certainement de l’abréviation de la source. Il serait vain de vouloir conjecturer ce qu’elle contenait primitivement. Tout ce qu’on peut dire, c’est que la caution exigée de Jason et des frères doit avoir garanti un engagement pris par eux qui pourrait avoir été relatif au départ des missionnaires. C’est donc l'équivalent d’une mesure d’expulsion prise contre Paul par les magistrats municipaux de . Thessalonique. L’épître donne l'impression très. nette que ce n’est pas de son plein gré que Paul

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