GATE, D VOLE
UNSS ES
294 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
sa prédication, il n’y a eu ni mensonge ni ruse, ni désordre (1, 2,3-5).
Paul adresse aux Thessaloniciens un avertissement contre l’immoralité, ce vice cardinal du paganisme antique (I, 4,1-9)1. Il n’est point nécessaire de supposer que des scandales s’étaient produits à Thessalonique ou qu’il s’était manifesté une tendance analogue à celle des libertins de Corinthe?. Il suffit, pour expliquer les exhortations de Paul, de penser à la pression que devaient exercersur de nouveaux convertis aussi
1. Ou peut-être à la fois contre l’immoralité et la malhonnèéteté en affaires. Les mots ph mep6uiveuv nat mhsoveutetv èv T® modyuazt Tov aûelpgov «rod (4,6) sont fort difficiles à interpréter. La plupart des exégètes (LUEKEN, Schr., 118, p. 14; Wox- LENBERG, p. 88s.; von Donscaütz, p. 167 ; DIBELIUS, p. 17) entendent roäyua dans le sens des affaires, négoce (cf. Z Cor., 6,1. La Vulgate porte negotium) et rapportent la phrase aux relations commerciales. Cependant les anciens exégètes grecs, dont l’opinion a été reprise par SCHMIEDEL (p. 27), pensaient qu'ils se rapportaient à l’adultère envisagé comme préjudice causé au prochain. Cette interprétation est recommandée par le verset 7 qui résume le développement et dans lequel il est question d’impureté et de sainteté.
2. Le rapprochement fait par HaDporx (p. 54) entre la situation de l’Église de Thessalonique et celle de l’Église de Corinthe ne nous paraît pas légitime. Les exhortations de I Thess. ont un caractère très général et ne visent pas des faits précis. Elles font encore moins allusion à des théories par lesquelles on aurait tenté de justifier des pratiques immorales. Or si des thèses libertines avaient été soutenues à Thessalonique, Paul n’aurait pas manqué de les combattre.
bien les exemples du milieu dans lequel ils continuaient à vivre que les habitudes qu'ils pouvaient avoir eues, eux-mêmes, avant de evenir chrétiens.
Paul recommande encore l’ordre, la tranquillité et le travail (Z,4,10?-12), ce qui dénote, chez les chrétiens de Thessalonique, l'existence d’une tendance à la turbulence et à l’oisiveté. C’est, sans doute, sous l'influence de leurs vues d'avenir et comme conséquence de leur attente de la parousie pour une date imminente, qu’elle s'était développée. Elle avait fait tomber certains chrétiens dans un état de dépendance à l'égard de leurs concitoyens païens. Paul devait connaître le fait sans en apercevoir nettement les causes, aussi se borne-t-il à un conseil qu'il ne met pas en rapport avec l’enseignement eschatologique.
A la fin de l’épître (1, 5,12 s.), Paul exhorte les fidèles à avoir des égards pour ceux qui travaillent parmi eux, qui leur prêchent l'Évangile et qui président leurs assemblées, mais on ne peut reconnaître si c’est là une exhortation générale ou si ces instructions visent une situation spéciale à l’Église de Thessalonique,
L'apôtre traite encore deux questions plus proprement théologiques, à la fois pour répondre
à des préoccupations des Thessaloniciens et
\ : À pour combattre certains malentendus. Il s’agit d’abord du sort des fidèles morts avant la parousie du Christ (7, 4,13-18)*, puis, du moment de la parousie (1, 5,1-11)°.
Les Thessaloniciens pensaient que ceux qui avaient péri (il ne s’agit que des chrétiens), n’auraient aucune part à la rédemption que le
1. LAKE (Earl. Ep., p. 88) pense qu'il s’agit. de chrétiens qui auraient péri dans les persécutions. L'expression of vexgot ëv Xpror® (16) ne justifie pas cette interprétation qui se heurte au fait que rien dans l’épître n'indique que les persécutions subies par les Thessaloniciens aient été sanglantes. Le terme de xotwwuesvor ne convient S pour des gens qui auraient péri de mort violente.
2, RENDEL HARRIS (A Study in Letter Writing, Expositor, 1899, p. 168 s.), Bacon (cité par MorraTT, Jntrod., p. 67) et Lake (Earl. Ep., p. 86 s.) pensent que ces questions avaient été posées à Paul par une lettre des Thessaloniciens dont RENDEL Harris (p. 172 s.) va jusqu'à donner une restitution. Les arguments invoqués en faveur de cette hypothèse sont d’abord l'expression « nous aussi nous rendons grâce... » (2,13) qui serait une allusion à une formule semblable employée par les Thessaloniciens et ensuite le fait que dans 4,13 et 5,1 . la question du sort des morts et celle de la parousie sont introduites par la préposition #xept dont Paul se sert dans la première épître aux Corinthiens à partir du chapitre 7 pour
| aborder les questions posées par la lettre de l'Église. Mais
2,13 peut viser un renseignement donné oralement par Timothée. Quant à l’emploi de xspt rien ne prouve que dans l’épître aux Thessaloniciens il faille le comprendre comme dans I Cor., 7,1, où le sens est précisé par le contexte. Si les Thessaloniciens lui avaient envoyé une lettre, il serait bien surprenant que Paul n’y fasse pas allusion dans 3,6. Cf. von DEN; p. 19.
Christ réaliserait pour ses élus à la parousiet, Paul répond à leur préoccupation en affirmant que les morts ressusciteront pour s’unir aux
vivants et participer avec eux à l’avènement
du règne messianique.
Les Thessaloniciens attendaient le retour du Christ avec une impatience fébrile, et, dans cette attente, négligeaient le travail et vivaient dans la turbulence et l’agitation. Paul les exhorte au calme et leur rappelle que nul ne connaît le temps et le moment de la venue du Seigneur.
Sur la situation extérieure de l’Église après
le départ de Paul, l’épître ne nous apporte que
des renseignements sommaires. Les Thessaloniciens avaient eu à souffrir de persécutions dont les auteurs responsables paraissent avoir été à la fois les Juifs et les païens, ceux-ci parce que Paul dit qu'ils ont eu à souffrir du fait de leurs compatriotes, ceux-là parce qu'il parle de l’opposition qu'ils font partout à la . prédication de l'Évangile (Z, 2,16). Le fait que c’est au passé qu'il est question des souffrances des Thessaloniciens indique que la
1. 11 ne nous paraît pas légitime de rapprocher, comme le fait HADporx (p. 50 s.), les idées des Thessaloniciens de la négation de la résurrection par les Corinthiens. Ceux-ci paraissent avoir nié la résurrection des corps mais non la vie d’outre-tombe.
298 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES .
persécution avait cessé. L'Église, sans doute, avait continué à se développer depuis le départ de Paul, c’est ce qui explique qu’elle ait été un modèle pour l’Achaïe et la Macédoine et que sa renommée se soit répandue « en tout lieu ».
Paul ne parle pas d’un projet de voyage qu'il aurait formé après avoir été rejoint par Timothée, c’est donc immédiatement après le retour de son envoyé, dès les premiers temps de son séjour à Corinthe, qu'il a dû écrire la première épître.