IV: — ANALYSE DE L’'ÉPÎTRE
L’épître a été écrite par Paul pour donner un témoignage d’affection et de reconnaissance à une Église qui lui était particulièrement attachée et qui venait encore de lui prouver son dévouement. C’est une effusion du cœur à laquelle la situation dans laquelle se trouvait l’apôtre donne toute sa valeur. C’est un testament spirituel. Pour lui reconnaître ce caractère, il n’est nullement nécessaire de penser qu’elle a été composée dans les derniers mois
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de la vie de Paul, il suffit d'admettre, ce qui est l'évidence même, qu’elle a été écrite à un moment où il envisageait une mort violente comme une perspective très immédiate.
La nature même de la lettre explique qu’on n’y trouve pas un plan rigoureusement logique. L’intimité de la correspondance a pour conséquence une certaine apparence de désordre, des digressions et des répétitions. Les éléments dogmatiques et parénétiques ne sont pas séparés. La grande digression christologique du chapitre 2 sert de motif à une exhortation morale.
Dans la salutation initiale (1,1-2) Paul qui nomme Timothée comme co-auteur! ne prend pas le titre d’apôtre. Les destinataires sont les saints qui sont à Philippes avec les épiscopes et les diacres (cf. p. 377)2.
1. La mention d’un co-auteur dans une lettre aussi personnelle que l’épître aux Philippiens est très caractéristique et montre bien le peu de portée du fait. La façon dont Paul fait l’éloge de Timothée (2,19 s.) prouve, à elle seule, qu’il ne saurait être question de lui attribuer un rôle dans la com- position de l’épître.
2. Par son type très simple la salutation de l’épître aux Philippiens se rapproche du type des salutations des épîtres aux Thessaloniciens. A partir des grandes luttes les salutations des épîtres pauliniennes deviendront plus compliquées et — sauf dans le billet tout intime à Philémon — comporteront régulièrement une affirmation de l’apostolat. Il y a là
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L'action de grâce (1,3-11) est motivée par l'attitude des chrétiens de Philippes depuis le moment où ils ont reçu, pour la première fois, la prédication de l'Évangile. Maintenant, par l'effort qu'ils ont fait pour l'aider, ils sont associés à la lutte qu’il soutient pour la défense de l'Évangile. Paul a un vif désir de les revoir. En attendant, il souhaite que leur amour s’accroisse en sorte qu’au jour du Christ, ils soient trouvés pleins de fruits et irréprochables, à la gloire de Dieu.
Après les vœux qu’il adresse à ses lecteurs, Paul leur donne de ses nouvelles (1,12-26). Son affaire a servi aux progrès de l'Évangile depuis qu'il a été manifesté que ce n’était pas pour quelque crime ou pour quelque délit de droit commun qu'il était emprisonné, mais à cause de la prédication de l'Évangile. Les frères ont repris courage et, bien que plusieurs soient poussés par des motifs d’ambition ou de rivalité et paraissent désireux surtout de le supplanter, l’apôtre se réjouit de ce que, de toute façon, le Christ soit prêché. Quant à son procès, Paul affirme que les choses tourneront à son salut, mais salut ne signifie pas nécessairement déli-
un fait que l’on explique généralement par le caractère intime de l’épître aux Philippiens, mais qui ne se comprend bien que si cette lettre est antérieure aux grandes luttes.
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vrance et acquittement. Ce que Paul a en vue, c’est la glorification du Christ en son Corps,
soit pas sa vie soit par sa mort. Pour lui, vivre, c’est être au Christ, la mort lui apparaît comme un bien parce qu’elle supprimerait les limites qu’imposent à la communion avec le Christ les conditions de l’existence humaine. Paul cependant n’exprime pas sans réserves le désir du martyre. Il sait en effet que rester en vie serait favorable à l’œuvre qu’il poursuit et, soit que cette pensée le domine, soit que, tout compte fait, la situation dans laquelle il se trouve lui paraisse devoir se dénouer par un acquittement, il conclut en exprimant l’idée qu’il sera délivré et pourra revenir parmi les Philippiens.
Après ces préliminaires, l’apôtre aborde l’exhortation morale qui constitue le premier développement du corps de l’épître (1,27-2,18). Les Philippiens doivent se conduire d’une manière digne de l'Évangile du Christ, ceci comportant à la fois la lutte contre les ennemis du dehors et le fermeté dans les persécutions. Les Philippiens ont à soutenir le même combat que l’apôtre. Il faut qu’ils soient unis pour le livrer (1,27-30).
L'unité a tant d'importance pour Paul qu’il appuie son exhortation par les mobiles les plus pressants ; il en fait dépendre la plénitude de sa
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joie et montre que cette unité est la conséquence nécessaire de la foi au Christ. Ce que l’apôtre demande d’une manière si instante, c'est l’unité, l’amour mutuel, l'exclusion de toute vaine gloire, l’humilité qui estime les autres supérieurs à soi-même et qui recherche Je bien d'autrui et non son propre bien (2,1-4). Le développement christologique’ appuie cette exhortation. Les fidèles qui sont «en Christ» ne doivent pas être inspirés et dirigés par l’esprit du Christ seulement dans leurs relations avec le Seigneur, mais aussi dans leurs relations avec leurs frères?. Cet esprit est révélé par l’œuvre même
1. Pour l'interprétation de ce passage voir GUIGNEBERT, Quelques remarques d’exégèse sur Phil., 2,6-11, R. H. P. R., 1923, p. 512-538.
2. Dans l'interprétation de 2,5 toÿto ppoveïre êv Optv 6 x2\. <v Xguoto ’In60ù, la plupart des exégètes (encore EwaALD, p. 103; PRaAT, I, p.373) sous-entendent 6 xoù [nv] # X. I. et traduisent: « ayez les sentiments qui étaient en Jésus Christ, c’est-àdire qu'avait Jésus Christ ». L'expression serait bien singulière et maladroïte. Paul aurait pu dire plus simplement : « ce que pensait Jésus Christ ». La formule ëv Xpuor® est d’ailleurs courante chez Paul; elle se rapporte aux relations mystiques du fidèle avec le Seigneur glorifié et l’on ne voit aucune raison de ne pas lui donner dans Phil., 2,5, le sens qu’elle a toujours chez Paul. Aussi faut-il, avec ZAHN (Z. f. k. Wiss. u. k. Leben 1885, p. 243), DEissmaAnN (Die neutestameniliche Formel in ‘Christo) Jesu », Marburg, 1892, p. 113-117 (Drsezrus, p. 53), Lois (N. T., p.176) et GuIGNEBERT (R. H. P. R., 1923, p. 513, n. 6) comprendre ëv üuiv comme une-expression analogue à äv Xp:or® et entendre : « Ayez dans vos relations entre vous
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du Christ, qui, être divin, n’a pas voulu, contrairement à ce qu'avait fait Satan!, s'emparer de la plénitude de la divinité et s’imposer à l’adoration des hommes mais s’est abaissé jusqu’à l’état de servitude de l’humanité et a poussé l’obéissance jusqu’à subir la mort de la croix. En raison même de cet abaissement volontaire, Dieu a souverainement élevé le Christ, il lui a conféré le nom de Seigneur qui lui donne droit à l’adoration de tous les êtres célestes, terrestres et infernaux (2,5-11).
La conclusion (2,12-18) c’est que les Philippiens doivent travailler avec crainte et tremblement à leur salut et briller comme des lumières au milieu du monde afin d’être, au jour de l’avènement du Christ, la gloire de l’apôtre. Faisant allusion à la joie que lui causent les progrès réalisés par ses lecteurs, l’apôtre déclare que, même s’il doit verser son sang en libation dans le culte qu'est le service des fidèles, il s’en réjouit et il invite les Philippiens à s’en réjouir avec lui.
Le développement qui suit (2,19-30) donne les sentiments que vous avez dans l’union mystique avec le Christ ».
1. Le caractère négatif des déterminations fondamentales du morceau montre, comme l’a bien reconnu DiBeLrus (p.535.
Geisterw., p. 103-109), que Paul a vu, dans l’œuvre de Christ, l’antithèse de celle de Satan.
des renseignements. Paul enverra prochainement Timothée, pour avoir des nouvelles ; il le fera dès qu’il verra quelle tournure prend son affaire. Lui-même espère ne pas tarder à revenir. Il annonce ensuite le retour d'Épaphrodite.
Puis vient une conclusion (3,1) qui est une exhortation renouvelée à la joiet,
Le premier verset du chapitre 3 paraissait avoir l’allure d’une conclusion : l’épître cependant continue par un avertissement bref mais sévère contre les chiens, les mauvais ouvriers et la fausse circoncision (3,2). Le développement dévie ensuite : aux judaïsants qu’il combat, Paul oppose la vraie circoncision c’est-àdire les chrétiens (3,3). Plus que tout autre, il pourrait avoir. confiance dans ses titres au point de vue du judaïsme — il les énumère — mais, ce qui autrefois avait du prix à ses yeux, n’en à plus, maintenant qu'il le juge au point. de vue de la connaissance du Christ. Il n’a qu'une chose en vue, « gagner Christ » c’est-àdire, être, au jour du jugement, trouvé non avec la justice légale, mais avec la justice que Dieu
1. Dans 3,1, les mots : « Vous écrire toujours la même chose ne m'est pas pénible, pour vous c’est utile » peuvent être rapportés aux exhortations précédentes (par ex. 2,18) ou bien à des exhortations similaires que Paul aurait données dans des, épîtres antérieures.
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reconnaît à ceux qui croient au Christ (3,4-11)°. Pour effacer l'impression d’orgueil que pourrait laisser ce passage, Paul ajoute qu'il ne se vante pas d’avoir atteint le but, mais il y tend, oubliant tout ce qui est en arrière (3,12-14). Le passage qui suit (3,15-16) présente de sérieuses difficultés d'interprétation. Littéralement Paul dit : « Nous tous qui sommes parfaits, nous pensons ainsi et si, sur quelque point, vous pensez autrement, cela, Dieu vous le révélera aussi. Seulement il faut agir conformément au point que nous avons atteint ».
Il semble que Paul admette ici que tous ne sont pas encore parvenus au développement de la vie religieuse qu'il a lui-même atteint et qui est caractérisé par le complet détachement à l’égard de la vie terrestre. IL exprime ce principe que chacun doit prendre comme règle de vie le degré de connaissance de la vérité chrétienne auquel il est parvenu. Les versets qui suivent développent l’idée que les Philippiens doivent prendre l’apôtre pour modèle (3,17).
Après ces digressions l’apôtre revient aux
1. Ily a, dans ce passage, une série d'expressions que l’on doit considérer comme parallèles et équivalentes : « avoir la justice de Dieu », « posséder le Christ », « le connaître », « s’assimiler à ses souffrances et à sa mort »;« parvenir à la résurrection ». |
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adversaires visés au commencement du chapitre. Après les avoir caractérisés, il déclare que les chrétiens sont citoyens des cieux. C’est de là qu'ils attendent le Seigneur Jésus Christ qui transformera leur corps humilié pour le rendre conforme à son corps glorieux (3,18-4,1).
Suivent des exhortations simultanées et parallèles à Evhodie et à Syntyche qui sont invitées à vivre en paix l’une avec l’autre’, il demande à Synzyche et à Clément de les aider (4,2-3).
Le verset 4 reprend l’exhortation à la joie de 3,1. Toute une série de conseils y sont rattachés (4,4-9). Puis Paul remercie les Philippiens de leur don. Il rappelle ceux qu’il a déjà précédemment reçus d’eux. Quant à lui, il n’a besoin de rien. Il a appris à être dans le dénuement et dans l’abondance, il peut tout par le Christ qui le fortifie. Néanmoins les Philippiens ont bien fait de lui envoyer un secours et il les en remercie (4,10-18) ; il termine par une doxologie (4,19-20) et ajoute des salutations de la part de tous les saints, principalement de la part de ceux de la maison de César (4,21-23).