‹ Introduction au Noveau TestamentChapitre 44 sur 154 · I. — ORIGINE DE PAUL, SON NOM, SA SITUATION JURIDIQUE, SA FAMILLE · texte numérisé non relu

I. — ORIGINE DE PAUL, SON NOM, SA SITUATION JURIDIQUE, SA FAMILLE

On sait que, dans les textes du Nouveau Testament, l’apôtre est désigné successivement par les noms de Saul ét de Paul. Krenkel (p. 20 s. Cf. ScuwarTz, G. G. AÀ., 1911, p. 665) a contesté qu'il ait jamais porté le premier qui était peu usité parmi les Juifs, parce qu’il évoquait le souvenir du roi qui avait désobéi à Samuel et persécuté David. Ce nom, pense-t-il, est aussi peu vraisemblable dans une famille juive que le seraient, dans une famille chrétienne, ceux d’'Hérode, de Caïphe ou de Judas. Saul serait, d’après lui, une sorte de quolibet par lequel les chrétiens désignaient le persécuteur du Messie davidique. Cette théorie nous paraît se heurter à diverses objections. Avant d’être rebelle, Saül avait été l’élu de Yahweh et il n’y a aucune invraisemblance à ce qu’une famille qui se vañtait d’appartenir à la tribu de Benjamin, ait

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donné à un enfant le nom du seul roi d'Israël qui en soit issu (Zanx, art. Paulus, R. E., XV, p. 70; J. Weuss, Urchr., p. 130). Si Saul avait été un quolibet désignant le persécuteur, on devrait trouver ce nom sous la forme Zaoux et non sous la forme ÆEzx5xs5. On.ne comprendrait pas qu'il se trouve dans le livre des Actes, non . seulement avant la conversion, mais un certain temps encore après.

Le nom de Paul apparaît, pour la première fois, dans l’épisode de la conversion du proconsul Sergius Paulus (Actes, 13,9). L'exégèse traditionnelle, depuis Origène (Comm. in ep. ad. Rom., praef.), Jérôme (In Phmonem, v.1.) et Augustin (Conf., VIIL 4), a cru, bien que ce ne soit pas indiqué dans le texte, que l’apôtre prit le nom du proconsul Sergius Paulus, le premier païen dont la conversion soit rapportéet:. On invoque l'exemple de Josèphe qui prit de son protecteur impérial le nom de Flavius. Il est vrai qu’un changement de nom était juridiquement possible? et Dessau® a cité le cas d’un

1. WEIZSAECKER, Ap. Zeit., p. 66; BoExzic, Geistesk., p. 152; MEever, Urspr. u. Anf., T11, p. 197.

2. Mommsen, Die Rechtsverhältnisse des Apostels Paulus, Z. N. T. W., TT, 1901, p. 84. On trouvera dans DEISSMANN (L. v. O., p. 123, n. 18), un exemple de changement de nom.

‘8. Dessau, Der Name des Apostels Paulus, Hermes, 45 1910, p. 347 s.

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cypriote qui adopta le nom a un des prédécesseurs de Sergius Paulus, C: Ummidius Quadratus. Cette explication est très hypothétique car si

l'apparition du double nom de l’apôtre dans le

récit de sa rencontre avec Sergius Paulus avait

le caractère qu’on lui prête, il serait surprenant

que l’auteur des Actes ne l’ait pas clairement indiqué.

Le fait de porter deux noms, l’un sémitique et l’autre romain, n’est pas isolé et la formule à xx qu'on trouve dans Actes, 13,9, est courantet. Paul aurait pu, au moment où son activité missionnaire abordait le monde gréco-romain,

éprouver le besoin de prendre un nom latin et

il pourrait avoir adopté celui qu’il choisit parce

qu'il ressemblait à son nom sémitique. Il y a

plus : en sa qualité de citoyen romain, l’apôtre

devait porter un nom romain complet?. Ramsay

suppose que ce pourraitavoir été, par exemple, Gaius Julius Paulus ou un nom analogue. Cette restitution est entièrement conjecturale et donc sans intérêt. On pourrait plutôt penser avec

1. On en trouvera de nombreux ip dans Disc Bibelst., p. 1825.

2. BogxriG, Geistesk., p. 153; Juster, II, p. 220; Jox. Weiss, Urchr., p. 133.

3. Pauline and others Studies, London, 1906, p. 65. Ramsay suppose que Luc n’a pas donné le nom complet parce qu’en tant que grec, il ne s’intéressait pas au nom romain de l’apôtre.

Zahn (R. E., XV,*p. 70) que Saul nomen gen-

tilicum de l’apôtre lui aurait servi de nomen, Paulus serait son cognomen, son praenomen

serait inconnu. S’il en était ainsi ce serait dès son

enfance que l’apôtre aurait porté les deux noms de Saul et de Paul, il se serait servi du premier

dans ses rapports avec les Juifs et du second

dans ses relations avec les Romains.

Paul est né, sans doute, nous l’avons vu, aux environs de l’ère chrétienne, à Tarse en Cilicie, Sa nationalité juive ne paraît pas avoir été mise en doute par ses adversaires?. Krenkel (p. 45.)

1. Ce fait résulte de trois passages des Actes (9,11; 21,39 ; 22,3). Les confirmations que l’on a cru en trouver ne résistent pas à l’examen ou, du moins, se révèlent comme dépendant du témoignage des Actes. C’est ainsi que ZAEN (R. E., XV, p. 68) fait valoir qu'après sa conversion Paul séjourne un certain temps à Tarse et que c’est là.que Barnabas va le chercher pour le conduire à Antioche (Actes, 11,25). -Tous- SAINT (L’apôtre Paul et l'Hellénisme, Paris, 1921, p. 205) met en avant un fragment des Acta Foi découvert dans les écrits

de Cyprien (HARNACK, Patristische Miszellen, Leipzig, 1899,

T. U., N. F.1V, 3 b.), où il est dit que Paul revêt «un habit de Tarse » (Tharsicam vestem).

2, KRENKEL, p. 3. L'opinion contraire est soutenue par ToussaINT (l’Ap. P. et l’hell., p. 190) qui s’appuie sur des passages comme ZI Cor., 11,22 s., Phil., 3,4 s. où Paul se vante de ses privilèges juifs ; mais il paraît bien que, dans ces passages, Paul énonce des faits que ses adversaires connaissaient et ne songeaient pas à contester. L'origine juive de Paul a été niée par les Ébionites qui racontaient que, grec de race, il s’était fait circoncire dans l’espoir d’épouser la fille

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a essayé de montrer que le témoignage des Actes sur le lieu de naissance de Paul était sans valeur. Il aurait été déduit du surnom de Tags: porté par lui, surnom qu'un séjour de quelque durée dans la capitale de la Cilicie suffirait à expliquer. Le surnom serait resté parce que l’apôtre était à Tarse au moment où les chrétiens de Judée entendirent pour la première fois parler de son activité missionnaire: (Gal. 1,21). Mais il n’est guère vraisemblable: que le surnom de Tarsiote ait pu être donné à un homme qui n'aurait fait à Tarse qu’un séjour occasionnel. Semblable hypothèse ne saurait être envisagée que si, par ailleurs, une tradition solide attribuait à Paul un autre lieu d’origine que Tarse. Il est vrai que saint Jérôme, dans son commentaire sur Phm., 23 dit qu’on racontait à Giscala, petite ville de la Galilée, que les parents de Paul en étaient originaires et que, lorsque la province fut dévastée par la main des Romains, et les Juifs dispersés dans le monde entier, ils furent transportés à Tarse ville de Gilicie et que Paul jeune homme (adulescentulus)

du grand-prêtre et que, repoussé par elle, il poursuivit lejudaïsme tout entier de sa haine (ÉPrpHaANE, Haer., 30,16.25). Cette accusation s’explique par des raisons dogmatiques sans. qu’il soit nécessaire de faire intervenir aucune tradition historique. :

suivit le sort de ses parentst. Que peuvent valoir des traditions sur la famille de Paul recueillies au temps de saint Jérôme et ne faut-il pas penser que le désir des gens de Giscala de faire de leur ville un lieu de pèlerinage suffit à les expliquer ? Jérôme parle de la dévastation de toute la province et de la déportation des Juifs en‘des termes qui font penser aux événements de 69 et non à la répression de la révolte qui suivit la mort d’Hérode le Grand2. Krenkel estime que cette inexactitude ne ruine pas entièrement. le témoignage des gens de Giscala et äl tente de justifier leur affirmation par diverses considérations. La principale est qu’on comprendrait malaisément comment, à un moment où personne ne songeait à contester le témoignage des Actes sur la naissance-de Paul à Tarse, aurait pu se constituer une tradition donnant à l’apôtre uneautre origine, mais il faut remarquer que le

1. Lamême histoire:est reproduite sous'uneforme plus brève dans le Deviris ill.,5,:mais Jérôme y emploie.le terme de commigravit (Dans In Phm., 23 il y a {anslatos). Ce désaccord peut. faire douter de la solidité de la ‘tradition recueillie par Jérôme.

2. TI faut ajouterique si Paul, jeune homme, avait été emmené en captivité en même ‘temps que ses parents, il m'aurait pu posséder par sa naissance le droit de cité romaine. Cf. Momm- SEN, Z. N. T. W., II, 1901, p. 82 n. 4.

8. ZxAaN (Zur Lebensgeschichte des Apostels Paulus, N. k. Z., XV, 1904, p. 29) souligne de même l’indépendance du témoignage de Jérôme à l’égard des données du Nouveau Testament.

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moment où apparaît cette tradition est celui où l’on commence à s'intéresser aux pèlerinages

aux lieux saints. De plus, la tradition relative à Giscala, loin d’être en opposition avec celle qui

se rapporte à Tarse, est venue se greffer sur

elle. Krenkel et Zahn ajoutent que, dans l’hypothèse de l’origine galiléenne de Paul, il y a

certains faits (éducation de Paul à Jérusalem, autorité dont il y a joui, présence dans la ville

de son neveu) qui s'expliquent mieux que si l’apôtre était venu de la Diaspora. Zahn (N. k. Z., XV, 1904, p. 32) voit même une sorte de disposition providentielle dans l’origine gali-

Iéenne de Paul qui l’aurait prédisposé à devenir

l’apôtre du galiléen Jésus. Nous ne croyons pas ces considérations décisives puisque le zèle juif de la famille de Paul suffit pour expliquer

les faits dont il s’agit.

S'il ne faut pas entièrement rejeter le témoignage de Jérôme!, tout ce qu’on pourrait en retenir c’est que la famille de Paul se donnait, à

tort ou à raison, Giscala comme patrie d’origine?,

mais ceci même ne saurait être considéré comme une donnée au-dessus de toite contestation.

1. Comme le fait Meyer, Urspr. u. Anf., III, D 312 ml: -2. RENAN, Les Ab.; p. 164; MommsEenN, Z. N."T: W., II,

1901, p. 82 n. 4 ; HARNACK, es p. 58n.1; J. Weiss, Urckhr., p. 131.

ds PEUT PET

Nous n’avons pas de renseignements directs

sur les parents de Paul. Certaines conclusions toutefois peuvent être tirées, d’une part du fait . que l’apôtre possédait de naissance le titre de citoyen romain et de l’autre de l’éducation rabbinique qu’il reçut.

Le droit de cité de Paul ressort de deux déclarations qui lui sont prêtées par l’auteur des Actes. À Philippes, il proteste parce qu’on les

a faitbattre de verges, Barnabas et lui, sans juge-

ment, alors qu'ils étaient citoyens romains (16,37). À Jérusalem, il fait entendre la même protestation devant le tribun qui veut aussi le faire flageller (22,25). A ce propos un dialogue s’engage entre le tribun et lui, au cours duquel Paul déclare que c’est de naissance qu'il possède le droit de cité (22,28). La déclaration de J'apôtre paraît confirmée par la nature même

du procès qui est engagé contre lui et par l’appel au tribunal de l’empereur qui le termine.

Cependant, la qualité de citoyen romain a été contestée à Paul: parce que, d’après son témoignage même (II Cor., 11,25), il fut trois fois

1. HAUSRATH, Jesus und die neutestamentlichen Schriftsteller, Berlin, 1908, ZI, p. 197 s.; MeyBoom, Het romenisch Burgerrecht van Paulus, T. T., 1879, p. 73-101, 239-267, 310-336. Des doutes ont aussi été émis par RENAN (Sf. P., p. 526 n. 1) et OvERBECK (Apg., p. 266 s., 429 s.).

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flagellé alors que ce supplice infamant ne pouvait être infligé aux citoyens romains. Mais il pouvait arriver que la loi ne fut pas respectée. Il semble d’ailleurs que, sans doute dans un esprit de solidarité avec ceux de sa race, Paul, au cours de son activité missionnaire, ait évité de se prévaloir de sa qualité de citoyen romain. L'épisode de Philippes est, à cet égard, sans portée puisque, même si l’on croit devoir retenir le récit des Actes, ce fut seulement après avoir subi la flagellation et non en public que Paul se déclara citoyen romain; quant au fait de Jérusalem, il convient de remarquer que Paul n'avait plus, à ce moment-là, aucun ménagement à garder à l'égard des Juifs et que s’il s’est alors déclaré citoyen romain, c'était le seul moyen qui lui restait de sauver sa vie et d'éviter une condamnation capitale que le sanhédrin n'aurait pas manqué de prononcer (Loisy, Actes, p. 648). |

Comment les parents de Paul avaientls acquis le droit de cité romaine ? Sur ce point on en est réduit aux conjectures. On sait qu’en 63 avant J.-C., Pompée amena beaucoup d’esclaves juifs à Rome et qu'ils ne tardèrent pas à

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