Voir les textes cités par LIETZMANN, p
sens généralet ne fournit aucune indication pré-
cise sur le mal dont Paul pouvait être atteint. Le dernier des passages que nous avons à
examiner est 11 Cor., 12,7-9 : « Afin que je ne
m'enorgueillisse pas, il m'a été donné une
écharde dans ma chair, un ange de Satan qui me soufflette afin que jene m “enorgueillisse pas. Trois fois, à son sujet, j’ai pie le Seigneur qu’il s'éloigne de moi mais il m'a dit : ma grâce te suffit, la puissance est parfaite dans la faiblesse ».
On peut, sans hésiter, écarter l'hypothèse ancienne qui voit ici une allusion à des tentations charnelles. La manière dont Paul parle dans I Cor., 7 montre qu’elles n’avaient pas de prise sur lui. Comment, s’il en avait été autrement, l’apôtre aurait-il pu souhaiter aux Corinthiens d'être à cet égard comme lui-même (1 Cor., 7, 7) ? Aussi peu vraisemblable est l’interprétation qui voit ici les obstacles de toute nature que Paul rencontrait dans son ministère et qu'il pouvait considérer comme des entraves suscitées par Satan (cf. 1 Thess,,2,18). Cette interprétation se heurte aux termes « dans la faiblesse » et « dans la chair » qui imposent, croyons-nous, comme le reconnaît l'unanimité des exégètes modernes, l’idée d’un mal physique.
Preuschen (Paulus als Antichrist, Z. N.T.W., TT, 1901, p. 193-195) a vu dans ce texte une allu-
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sion à une forme atténuée de la lèpre. Le terme de sr3k0 devrait, d’après lui, être pris au pied de la lettre et viserait les morsures du mal. Le mot «souffleter » se rapporterait aux taches de lèpre au visage. Preuschen fait remarquer que le mot hébreu qui signifie lèpre vient d’une racine dont le sens est « frapper » et que le traïté talmudique consacré à cette maladie est intitulé «negaim» ce qui signifie «les coups ». Dans J’hypothèse de la lèpre, on comprendrait la purification à laquelle Paul se soumet en arrivant à Jérusalem. Outre que cette théorie repose sur de bien subtiles combinaisons, on peut lui opposer que, même en admettant que les Grecs et les Romains n’aient pas pris à l’égard des lépreux des mesures aussi rigoureuses que les Juifs, on ne peut comprendre, dans cette hypothèse, le ministère de Paul au cours duquel il à été en contact non seulement avec des Grecs mais aussi avec des Juifs. Quant à faire intervenir l’idée d’une forme atténuée de la lèpre, il est évident que, dans la mesure où elle porte, elle détruit le système de Preuschen et que, dans la mesure où elle le laisse subsister, ‘elle ne porte pas.
Bachmann (p. 392) a fait justement observer que Paul demande à Dieu que l’ange de Satan s'éloigne et non qu’il ne revienne pas. Par suite,
PR EMer U PR AN RE LAE
Feb
le mal dont il parle devait avoir un caractère chronique et ne pas consister en crises laissant entre elles des intervalles de répit. Il y a là un. argument très sérieux contre l'hypothèse de ceux! qui pensent que Paul veut parler ici d'attaques d’épilepsie.
L’apôtre établit une relation étroite entre le mal dont ïl souffre et les visions. Schmiedel (p. 294) pense que cette relation est directe et beaucoup d’auteurs se sont appuyés là-dessus pour soutenir que c'était pendant des crises d’épilepsie que l’apôtre avait ses visions et ses extases. Mais, en général, les épileptiques ne conservent pas le souvenir de ce qui s’est passé pendant leurs crises tandis que Paul, quand bien même il évite d’en parler avec trop de précision, a le souvenir très net de ses visions. En second lieu, Paul attachait trop de prix aux révélations qui lui étaient accordées pour avoir pu les mettre en relation organique avec ce qu’il tenait pour des manifestations démoniaques et pour avoir pu demander à Dieu de le délivrer de ce qui lui
1: W.-K-.L. ZitEeGrer, Theol. Abhandl., II, Goettingen, 1804, p. 127 s.; HoLsTEN, Zum Evangelium des Paulus und Petrus, Rostock, 1868, p. 28-32, 85-87, 395 n. 1; KRENKEL, D. 47-126; Scemrener, H. C., II, 1, p. 294 s.; WENDLAND, Hell-rôm. Kult., p. 125; Bousser, Schr., II, p. 217 (avec hésitation) ; FiscHer, Die Krankheit des Apostels Paulus, Gr. Lichterfeld, 1911. \
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apparaissait comme étroitement lié à elles. Il vaut donc mieux penser que le rapport affirmé par Paul est non pas d'ordre physique mais d'ordre téléologique. La réponse de Dieu à ses prières, réponse qui a été sans doute l’interprétation qu'il a donnée de leur non-exaucement, a été la révélation du sens mystérieux de son épreuve. On ne peut donc faire état des visions comme d’un symptôme direct du mal dont il souffrait!
Rien n’autorise donc à voir dans 11 Cor., 12, 7-9 une preuve que Paul était épileptique. Les arguments complémentaires apportés par Krenkel perdent une grande partie de leur valeur s'ils ne peuvent être appuyés sur 11 Cor. 12, 7-9. Il suffira de les passer rapidement en revue.
Mentionnons d’abord la confirmation du diagnostic d’épilepsie que l’on a cru trouver dans des accidents oculaires dont Paul aurait souffert mais qui ne nous paraissent pas établis par les textes de l’épître aux Galates que l'on invoque. Ce que les Actes y ajoutent est de peu de valeur. Il y a d’abord le fait que d’après 9,9
1. Ce qui ne veut pas dire, bien entendu, que le tempérament nerveux de Paul ne l’ait pas prédisposé aux visions. Il convient d’observer que l’état des esprits au temps de Paul faisait des visions un phénomène beaucoup plus répandu que de nos jours.
ea
et 22,11, Paul resta trois jours aveugle après l’événement du chemin de Damas (KRENKEL, p. 111): Mais il ne faut pas voir dans le récit qui nous est donné de cet événement une relation précise et, dans la cécité de Paul comme dans les écailles qui tombent deses yeux (9,18), on doit certainementreconnaître des détails allégoriques?. On a aussi invoqué l'épisode d’Actes, 23, 2-55 où Paul ne reconnaît pas le grand-prêtre, mais le récit n’est pas assez clair pour qu’on puisse affirmer que ce soit à cause de sa mauvaise vue. Il y aurait lieu de rappeler aussi que nous sommes loin d’avoir un procès-verbal de la séance du sanhédrin et que le détail considéré pourrait fort bien avoir été introduit pour illustrer l’indignité du souverain pontife et la déférence de l’apôtre pour les autorités de son peuple.
Krenkel (p. 111 s.) invoque encore les faits suivants :
1° Sur le chemin de Damas, Paul tombe à terre (Actes, 9,4. 8 ; 22,7 ; 26,14), ce qui caractérise bien la crise d’épilepsie avec cette réserve
1. Il faut remarquer que le détail des trois jours manque au chapitre 22 et toute l’histoire de la cécité au chapitre 26.
2. On doit ajouter que l’idée que contempler la divinité rend aveugle était très répandue dans l’antiquité. Cf. Wenp- LAND, Hell.-rôm. Kult., p. 125 n. 7.
3. NYEGAARD, L’écharde de saint Paul, Revue chrétienne, 1878, p. 184 s.
Pt à. Ce
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toutefois que le patient n’a pas de souvenir de ce qui s’est passé;
90.A son arrivée à Damas, Paul jeûne pendant trois jours. Or trois jours de jeûne étaient recommandés par les médecins de l’antiquité après les crises d’épilepsie.
Pour pouvoir retenir ces deux arguments, il faudrait d’abord attribuer au récit des Actes une précision qu'il ne nous paraît pas avoir. SE ons'y décidait plusieurs faits resteraient à expliquer. Dans un des récits il est dit que les assistants entendent la voix célesté mais ne voient pas la lumière (9,7), dans-un autre qu’ils: voient. la lumière mais n’entendent pas la voix (22,9), dars le troisième, enfin, qu'ils tombent à terre en même temps que Paul (26,14). L’intention du narrateur est de souligner le caractère objectif du phénomène. La contradiction est sans portée, elle montre cependant qu’il serait imprudent de faire fond sur le détail du récit. La même observation porte aussi sur le. deuxième point. Il n’est question des trois jours de jeûne ni au chapitre 22, ni au chapitre 26, leur historicité est donc sujette à caution et l’on pourrait se demander si l’auteur n’a pas pensé ici au jeûne précédant le baptême.
Enfin Krenkel (p. 112 s.) rappelle que la médecine antique recommandait à ceux qui