LA
JEUNESSE ET LA FORMATION 143 avaient eu une crise d’épilepsie de se faire raser la tête. Or, Paul s’est fait raser la tête à Cenchrées (Actes, 18,18): ce qui, pense Krenkel, doit. être retenu comme historique bien que l’explication qui en est donnée — un vœu qu'aurait fait l’apôtre — soit sujette à caution parce qu'elle ne s’accorde pas avec les idées de Paul sur l’abrogation de la Loi juive. On doit remarquer d’abord que la rédaction du texte est obscure et qu’il n’est pas certain que la phrase considérée se rapporte à Paul et non à Aquilas. D’autre part, il faut distinguer entre les idées théoriques de Paul et son attitude pratique. Ne dit-il pas qu'il s’est fait juif pour les Juifs (I Cor., 9,20) et ne s’associa-t-il pas à Jérusalem à une pratique de dévotion juive, se soumettant lui-même à une purification rituelle (Actes, 21, 23-27)2?
1. KRENKEL (p. 114) fait. aussi remarquer que Phœbé, la diaconesse de Cenchrées avait rendu service à Paul (Rom., 16,2). Il pense qu’elle l'avait soigné au moment d’une de ses crises, Il est à peine besoin de dire que cette explication toute: conjecturale est loin d’être la seule qu’on puisse imaginer.
2. Les objections qui portent contre l'hypothèse de. l’épilepsie, portent en même temps contre celle de l’hystérie (admise par BnxswanGer, Lehrbuch der Psychiatrie?, 1907, P«, 41; LIETZMANN, Cor., p. 1535. et Lomgarp, Les extases et. les souffrances de l’apôtre Paul, Rev. de théol. et de: phil., 1903, p.483). Il faut ajouter qu’en l’état actuel des idées sur l'hystérie, telles qu’elles résultent notamment des travaux de
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144 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
I1 résulte, nous semble-t-il, de l'examen des textes qu’il est impossible de porter un diagnostic précis’, qu'il s’agisse d’épilepsie, de maladie oculaire (glaucome ou trachome)* ou d’un
Babinski, le diagnostic d’hystérie est particulièrement délicat à porter, à plus forte raison quand il s’agit d’un diagnostic rétrospectif. En outre, ce que nous connaissons de la vie de Paul est en contradiction avec les rétrécissements du champ de conscience et les affaiblissements de la personnalité qui caractérisent la psychologie des hystériques telle qu’elle a été décrite dans les travaux de Prerre JANET (L'état mental des hystériques?, Paris, 1911).
2. C’est la conclusion à laquelle aboutissent beaucoup de critiques en admettant, d’une manière générale, l’état nerveux de l’apôtre. On peut citer ici: RENAN, Les Ap., p. 1715; Henmict, II Cor., p. 402; Lrpsius, ÉGARD ND AS TERRES nacx, Medizinisches aus der alten Kirche, Leipzig, 1892, AUS VIT I RARE 93 s.; SEELIGMÜLLER, War Paulus Epileptiker?, Leipzig, 1910 ; Romr, Paulus und die Gemeinde in Korinth, Freiburg i. B., 1899, p. 5 n. 5; JACQUIER, Histoire, I, p. 34. ZAHN (R.E., XV, p. 70) hésite entre les trois diagnostics de neurasthénie, de maladie oculaire et d’épilepsie.
3. Parmi les auteurs, autres que ceux que nous avons déjà cités, qui admettent l'hypothèse de la maladie oculaire on peut nommer : LOMLER, Ann. d. ges. theol. Lit., 1831, p. 276; WEIZSAECKER, Ap. Zeit., p. 76; CREIGHTON, art. Diseases of the eyes, Enc. Brit., II, c. 1456 ; KoTELMANN, Verh. d. 48 Philologenversammlung, 1906, p. 170-172, id. Die Ophtalmologie bei den Hebräern, Hamburg, 1910 (d'après NowaCK, Ie Litzg., 1911, c. 41) ; GRIMBERT, La maladie oculaire de saint Paul et l'apparition du chemin de Damas, Bulletin de la société française d'histoire de la médecine, mars-avril, 1923, p. 114-118 ; LomgarD, Rev. d. th. et d. ph., 1903, p. 464-467; MEYER, Urspr. u. Anf., III, p. 338.
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autre mal'. Tout ce qu’on peut dire, c’est que Paul a souffert d’un mal chronique qui donnait à son apparence quelque chose de chétif et de faible ; il était certainement impressionnable à l'excès et devait traverser des moments de profonde dépression. Ainsi s'explique la manière très vive dont il ressentait les attaques de ses adversaires et les alternatives de découragement et d'enthousiasme par lesquelles il passait et que révèlent notamment ses relations avec l’Église de Corinthe. En outre, Paul a certainement traversé à diverses reprises des crises aiguës mais on ne peut affirmer ni qu’elles aient toujours été de la même nature, ni qu’elles aient été en relation avec son ral chronique. Tout cela donne à sa vie un caractère éminemment dramatique par le contraste qu'il y a entre la faiblesse de ses moyens physiques et la puissance de son action. |