Dans I Cor., 15,33, on trouve un trimètre iambique em
prunté à une comédie de Ménandre : « les mauvaises compagnies corrompent les bonnes mœurs », mais c’est une formul
qui.était peut-être devenue proverbiale en sorte qu’il n’est
nullement établi que Paul ait eu le sentiment de citer un poète. , 3. Il est vrai que dans Phil., 2,6, SALomoN Reixacu (L'in-
dolence des dieux, Revue des études grecques, 1916, p. 238-244
reproduit dans Cultes, Mythes et Religions, IV, Paris, 1923,
p. 301-306), et A. FRIDRICHSEN (Quatre conjectures sur le texte
AU NT, RH PER, 1028, P. 4415.) ont, par une conjecture
qu’ils ont proposée indépendamment l’un de l’autre (ärpayuov
au lieu de &prayuèv), cru trouver une polémique contre la doctrine épicurienne de l’impassibilité des dieux. Cette ingénieuse hypothèse ne nous paraît pas devoir être adoptée pour trois raisons : 1° Il est difficile d'admettre, alors que la tradition du texte ne présente aucun flottement, qu’un mot rare ait été
DU "a us a
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166 LES ÉPÎTRES PAULINIENNES
tives établissent seulement que Paul n'a pas subi d’une manière profonde l'influence de la littérature et de la philosophie grecques, elles ne prouvent pas encore qu'il n’ait eu aucun contact avec la pensée grecque, spécialement avec la pensée religieuse.
Il vaut la peine d’essayer de serrer le problème de plus prés!. Il convient d’abord de noter qu’un des éléments. importants de la prédication missionnaire de Paul est sa polémique contre le polythéisme. Or cette polémique à un caractère très particulier. Paul ne reproche pas aux païens d’adorer des êtres irréels, de pures créations de leur esprit, de simples nonêtres, il leur reproche de rendre un culte à des « êtres qui, par nature, ne sont pas des dieux » (reïc œüset coiv Os) (Gal. 4,8), :
d'offrir des sacrifices « aux démons et non à Dieu » (1 Cor., 10,20). Sans doute, pour Paul, il n’y a, au sens absolu, qu'un seul Dieu, le Père (1 Cor., 8,6), mais, dans le pas-
substitué à un autre dont le sens aurait été clair ; 2° Le texte des manuscrits n’est nullement incompréhensible, voir en dernier lieu GuIGNEBERT, Quelques remarques d'exégèse sur Phil., II, 6-11, R. H. P.R., 1993, p. 515 s.n. 9:30 Il nya pas d’autre exemple de polémique de Paul contre des: doctrines philosophiques grecques.
1. Sur les différentes manières dont on a conçu les rapports de Paul avec l’hellénisme voir WEINEL, pP. 432 s.
sage même où se trouve cette déclaration qui semble être celle d’un monothéisme intransigeant, on rencontre cette affirmation très dette : « Bien qu'il y ait, dans le ciel et sur la terre, beaucoup de dieux et beaucoup de Seigneurs.… «(1 Cor. 8,5):. Ce sont ces « princes de ce monde « qui ont crucifié le Seigneur de gloire » (I Cor., 2,8). Le culte païen est l’asservissement aux otoysx où unéouou (Col, 2,8.20). c'est-à-dire, très probablement, aux astres?. Il est, selon Paul, le renversement de l’ordre normal puisqu'il substitue ce qui est créé au créateur comme objet de l’adoration (Rom.
Sans doute, l’idée que Dieu s’est réservé la
1. Le premier membre de phrase paraît être une citation de la lettre des Corinthiens, mais, dans le second, Paul prend à son compte l’affirmation qu’elle contient.
2. Dans Gal., 4,3.9, Paul considère à la fois le judaïsme et le paganisme comme un âsservissement aux éléments, c’est pour cela que l’exégèse traditionnelle à compris (ororyeta) dans le sens de «rudiment », sens qui ne peut convenir dans l’épître aux Colossiens et qui, dans l’épître aux Galates elle-même, s’accorde mal avec les mots « être asservi » et avec le complément « du monde ». Il est probable que, dans le feu de sa polémique antijuive, Paul assimile le judaïsme au paganisme, peut-être par l’intermédiaire de cette idée que l’observation des temps (sabbats, fêtes, etc.) est un asservissement aux astres qui en règlent la marche. Cf. LIETzMANN, Gal., p. 24 s. et (sur le sens de ototyeia) : DiBeLius, Geisterwelt, p. 227-230, KI. paul. Br., p. 78 s.; PRAT, 11, p. 503-509.
domination sur Israël et qu il a abandonné Fes autres nations à la direction des anges est une idée bien juive (Sirac., 17,17) et l’on comprend aisément que de l’idée d’un gouvernement des peuples par les anges, on ait passé à l'idée d’un culte rendu à des anges révoltés contre Dieu, c’est-à-dire à des démons. La pensée de Paul pourrait donc avoir ici des racines juives. Diverses raisons doivent cependant, croyons-nous, faire admettre qu’elle a subi fortement l'influence
de l’hellénisme. D'abord, la théorie des anges
en quelque sorte délégués par Dieu au gouvernement des nations était, à l’époque qui nous occupe, en voie de complète JE (BousseT, Rel. d. Jud., p. 172), ce qu’on pour-
rait expliquer par le fait qu’elle constituait
une justification, au moins relative, du paganisme.
Il faut, en second lieu, noter que ce qu’on pourrait appeler la théorie du polythéisme chez Paul n’est nullement à la périphérie de sa pensée ; elle est en relation avec certaines idées
comme celles du péché et de la rédemption qui
en forment le centre et on a très nettement le
sentiment qu’elle constitue une de ses préoccu-
pations essentielles. L'influence, ou du moins l'impression produite par l’hellénisme, paraît
ici ondes ste bien même il ne saurait être question d’emprunti.
Il faut mentionner, dans le même ordre d’idées, la manière dont Paul parle du culte païen et spécialement de la communion réalisée par le sacrifice (1 Cor., 8-10). Il n’émet aucun doute
ni sur l’efficacité du sacrifice, ni sur la réalité
de la communion qui en résulte. S’il n’y avait, pour lui, dans tout cela, que geste vain et illusion, toute l’exhortation qu'il adresse aux
Corinthiens deviendrait sans objet?. Nous avons
affaire ici à une conception païenne très générale qui n’a pas seulement effleuré l'esprit de l’apôtre d’une manière superficielle, mais qui l’a pénétré très profondément. Il ne saurait donc être question d’une impression qu’il aurait éprouvée lors de son séjour à Corinthe. C’est dans son enfance que ces idées ont dû pénétrer dans son esprit puisqu'elles forment une des assises premières de sa pensée. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire de supposer que Paul ait lu et médité la
HSEnDE mystique païenne*, encore moins
1. Ce que nous avons dit des idées de Paul sur les dieux païens est vrai aussi de son angélologie. Le Diserius, Geisterwelt, p. 189 s.