PREMIERS CONTACTS AVEC
mais «le Christ est mort » et que dans 7 Cor., 9,1, il dit « Jésus » à propos du Seigneur glorifié qui s’est mohtré à lui. L'emploi du terme de Christ n’impose donc pas l'interprétation d’après laquelle il serait question ici, non pas de la personne de Jésus, mais d’une conception charnelle, judaïque et toute humaine du Messie que Paul aurait professée avant sa conversion oumême après, dans les premiers temps qui l’ont suivie, avant qu'il ait compris toute la portée de la mort du Christ. Cette dernière interprétation doit être écartée, parce qu’il n’y a aucun indice que la christologie de Paul ait subi une aussi grave évolution après la crise du chemin de Damas (HeiNrici, II Cor., p. 209). La première est aussi exclue par le fait que les mots, ei xa paraissent indiquer une simple hypothèse!. Par là, le texte de II Cor., 5,16
1. La première interprétation est celle de BAUR CP p'304); de HozsTEN (Z. Ev. d. Paul. u. Petr., p. 430 S.), de BRÜGKNER (Enisteh. d: paul. Christol., p. 26). La seconde est celle de BeyscaLAG (St. u. Kr., 1864, p. 248), et de V. WEBER (Wann und wie hat Paulus « Christum nach dem Fleisch gekannt »? Bibl. Zeitschr., 1904, p. 178-188).
2. Certains exégètes, comme LIETZMANN (I Cor1., p. 191), ont, il est vrai, soutenu que l’emploi de l'indicatif et non du subjonctif excluait l’idée d’une simple hypothèse, mais RerT- ZENSTEIN (Hell. Myst., p. 227s.)a apporté, à l’appui de l’interprétation déjà soutenue par Heinricr (II Cor., p. 210) de et xai Comme simple hypothèse, des textes si probants (Iliade,
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perd, au point de vue qui nous intéresse ici, la plus grande partie de sa portée. Il vaut cependant la peine d'examiner dans quelles conditions se présente l'indication qu'il donne. Puisqu'il s’agit d'une simple hypothèse, il ne peut être question que d’une connaissance de Jésus dans son ministère historique que Paul aurait eue à un moment donné. Que Paul ait eu avant sa conversion une conception du Messie qu’à son point de vue chrétien, il juge charnelle, ce n’est pas une hypothèse, c’est un fait. De l'angle sous lequel il envisage les choses dans la seconde épître aux Corinthiens, cette connaissance qu'il pourrait avoir eue de Jésus est désormais sans importance; on ne saurait donc objecter à l’idée d’un contact que, dans l'hypothèse la plus favorable, il n’y aurait en tout cas pas une connaissance aussi complète que celle qu’implique le mot iyyorausv. On pourrait, en effet, concevoir que l’apôtre, pour donner plus de relief à son idée, ait employé un terme qui forçait quelque peu l'importance de la rencontre avec Jésus à laquelle il ferait allusion. Il n’y a donc rien dans la phrase qui indique si l'hypothèse envisagée et qui désormais est
20,371 5,; XÉNOPHON, Mémorables, II, 2,7; EURIPIDE, Suppl., 528) que LIETZMANN (Cor?., p. 125) s’est déclaré convaincu.
sans importance, a été réalisée ou non. Certaines considérations pourraient cependant faire pencher vers la seconde interprétation. En employant le pluriel, Paul paraît vouloir englober dans son dédain, avec la connaissance qu'il pourrait avoir eue, celle dont ses adversaires se vantaient comme d’un privilège qui les mettait au-dessus de lui. Il pourrait dès lors n’y avoir rien de personnel dans l'hypothèse envisagée. On ne peut, en tout cas, songer à une influence profonde que Jésus, pendant son ministère terrestre, aurait exercée sur Paul. Tout ce qu’il serait, à la rigueur, possible d'admettre, c’est que Paul ait aperçu Jésus de loin dans le Temple, peut-être qu'il l’ait entendu ou ait assisté à son procès. La chose cependant est peu vraisemblable. Ce. que nous savons des sentiments de Paul avant sa conversion permet de penser que, si tel avait été le cas, le futur apôtre n'aurait pas été un témoin indifférent. Son attachement au parti pharisien, comme son fanatisme personnel, auraient fait de lui un adversaire décidé du prophète de Galilée. Il se serait joint à ceux qui machinérent son procès et le firent crucifier, Comment, lui qui s’accusera
1. C’est ce qu’admettent Mourron (The Gospel according to Paul, Expositor, July, 1911, p. 16-28) et WaABNiTz (Rev. th. et quest. rel., 1905, p. 385).
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plus tard d’avoir persécuté les Églises du Christ, n’aurait-il pas dit qu'il avait poursuivi de sa haine le Seigneur lui-même ? |
C’est donc dans la période qui a immédiatement suivi la passion que Paul a dû, pour la première fois, entrer en contact avec le mouvement chrétien.
Si même les disciples de Jésus n'avaient vu en lui, pendant son ministère, qu'un prophète ou un docteur, il est impossible qu'après le drame du Calvaire, ils aient continué à être groupés en son nom sans avoir attribué à sa personne une valeur toute particulière. Le problème christologique s’est posé dans l'Église primitive de lui-même et par la force des choses et cela dès le lendemain de la passion. Deux questions étaient à résoudre. Qui était ce Jésus en qui l’on continuait à croire malgré sa défaite apparente et comment expliquer cette défaite ? La notion traditionnelle du Messie pouvait fournir les éléments essentiels d'une réponse à la première question. La foi à la résurrection ne résolvait pas entièrement la seconde, car, Si la résurrection réparait, dans une certaine mesure, le scandale de la croix, elle ne le supprimait pas. On pourrait montrer comment l’ancienne Église a successivement envisagé diverses solutions qui, l’une après l’autre, devaient
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conduire à une conception plus profonde du problème. Ainsi, l’idée que la mort du Christ avait été annoncée à l’avance par les prophètes, idée qui paraît avoir été envisagée de bonne heure, devait conduire à se demander quel rôle cette mort jouait dans le plan conçu par Dieu pour opérer le salut des élus. Nous ne pouvons déterminer à quel point de développement était parvenue la christologie au moment où Paul entra en contact avec l’Église, mais il suffit, pour que nous puissions imaginer les sentiments qu’il dût éprouver, que nous sachions que les disciples continuaient à se réclamer de Jésus et à le considérer comme l’envoyé de Dieu.
Paul dut être profondément scandalisé de l'attitude de ces hommes qui se proclamaient les disciples d’un insensé dont le sanhédrin avait condamné les prétentions et qui avait péri de la main des autorités romaines. La pensée de Paul était dominée par ce principe du Deutéronome qu'il rappelle dans l’épître aux Galates : « Maudit est celui qui est pendu au bois » (Deut., 21,23. Cf. Gal., 3,13). En permettant qu'il pérîit de cette mort infamante, Dieu lui-même s'était prononcé contre Jésus et l’avait déclaré maudit. C'était donc d’un épouvantable blasphème que se rendaient cou-
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pables ceux qui voyaient dans ce maudit, le Fils de Dieu, le Messie promis à Israël.
Il n’est pas nécessaire, pour expliquer les sentiments et l’attitude de Paul, de supposer, comme l’a fait Wellhausen (Jsr. u. jüd. Gesch®., p. 386), que, rendu perspicace par la haine, il avait reconnu dans le christianisme naissant . un principe dont le développement ruinerait le judaïsme. Il est plus téméraire encore de penser, avec Pileiderer (Urchr., 41,#p: 63), et Ed. Meyer (Urspr. u Anf., III, 34) que ce qu'il avait entendu dire de Jésus et ce qu'il savait de ses disciples exerçait sur Paul un secret attrait et que ce serait là l’aiguillon auquel il aurait cherché à résister en persécutant l’Église. Le témoignage que Paul se rend à lui-même ne permet pas de mettre en doute la sincérité avec laquelle il persécuta l'Église. |
La véritable explication de l'hostilité de Paul à l'égard des chrétiens est beaucoup plus simple. Le futur apôtre ne pouvait voir dans les chrétiens que des sacrilèges et des blasphémateurs ; or, le blasphème et le sacrilège n'étaient pas, pour les Juifs, des péchés qu'il appartenait à Dieu seul de juger et de châtier, c’étaient des crimes contre la nation dont les autorités judiciaires avaient à connaître.
Es
La première prédication chrétienne semble s'être adressée exclusivement aux Juifs (Actes, 2,39). Les chrétiens n'avaient pas le sentiment d’avoir rompu avec le judaïsme, ils continuaient à fréquenter le Temple et à participer au culte de la synagogue. Cependant, dès avant la conversion de Paul, l'Évangile avait pénétré dans les milieux hellénistes et déjà Étienne semble avoir eu le sentiment qu'il substituait une économie nouvelle à l’alliance conclue par Dieu avec Abraham, alliance que l’idolâtrie dans laquelle Israël était tombé avait annuléet. Il n’est pas sans intérêt de constater que c’est dans des synagogues que Paul devait fréquenter? que ces idées ont été exposées. Elles ont dû contribuer à augmenter sa haine contre la religion nouvelle.
On s'explique ainsi que le jeune rabbin Saul
1. Sur Étienne et son discours, voir Introduction, III, p. 1935. Le fait que le discours d’Étienne contient sur les relations de l'Évangile avec le judaïsme une théorie très différente des idées pauliniennes ou deutéropauliniennes qui sont celles de l’auteur des Actes conduit à lui attribuer une grande valeur documentaire.
2. Les Actes (6,9) nomment, entre autres, les synagogues des gens de Cilicie et des Affranchis. Paul a très probablement appartenu à la première, il se pourrait aussi qu'il ait. fréquenté la seconde, si, comme on l’admet parfois, il descen-dait de captifs autrefois emmenés par Pompée et affranchis. dans la suite.
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de Tarse n’ait pas seulement éprouvé de la haine contre l'Église mais que son zèle l’aït poussé à la persécuter. Paul atteste le fait dans une série de déclarations explicites (Phil., 3,6. Gal., 1:13. 7 Cor., 15,9. Cf. 4 Tim., 1,°13). Mak heureusement, aucun de ces témoignages ne COMporte d'indication de lieu ou de circonstances.
Les Actes apportent quelques renseignements supplémentaires. Ils font d'abord jouer à Paul un rôle, d’ailleurs mal défini, dans le martyre d’Étienne (7,58; 8, 1°), mais les notices qui s’y rapportent, mal intégrées dans le récit, pourraient bien provenir d’un rédacteur qui, sachant que Paul avait persécuté l'Église de Jérusalem, aura pensé qu'il avait participé au meurtre d'Étienne. Une seconde indication d’une portée plus générale se trouve dans 8,3 : « Saul, est-il dit, était plein de fureur contre l'Église. Il entrait dans les maisons, enchaînait les hommes et les femmes et les jetait en prison ». Bien que le passage où se trouve cette notice soit assez confus et trahisse une combinaison maladroite de diverses sources, il paraît probable qu'il doit être rattaché d’une part à 8,1°° qui mentiomne la persécution et la dispersion qui en fut la conséquence et de l’autre à 8,4; 11,19 s. où est relatée l’activité missionnaire des Hellénistes chassés de Jérusalem.
Une troisième indication se trouve au début du récit de la conversion de Paul (9, 1-2}.
Cette notice qui s’appuie sur la donnée de 8,3 relate la mission confiée à Paul sur sa demande par le grand-prêtre qui lui remet des lettres pour les synagogues de Damas, afin qu’il ramène prisonniers à Jérusalem les chrétiens qu'il pourrait trouver dans cette ville. On a objecté à l’historicité de ce détail que les synagogues de Damas n'étaient pas sous la juridiction du grand-prêtre et du sanhédrin! mais le texte ne dit pas que Paul ait reçu des pleins pouvoirs ; il dit seulement qu’on lui remet des lettres de recommandation et il n’est pas douteux que le grand-prêtre ait joui à Damas d’une autorité morale qui lui permettait de le fairez.
Les renseignements donnés par les Actes sur l’activité persécutrice de Paul à Jérusalem ne sont guère explicites. Nous ne croyons pas qu’on soit, pour cela, en droit de les rejeter entièrement. Si le rédacteur des Actes avait librement inventé ce qu’il dit, il aurait donné à son récit un caractère plus circonstancié.
1. Scæwartz, Zur Chronologie, p. 275; WELLHAUSEN, Noten z. Apgsch., p. 9; Krit. An., p. 16; PREUSCHEN, Apg., p- 55; Loisy, Actes, p. 390.