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fois que Paul les avait persécutés et qu'ils ne le connaissaient pas’. Il est parfaitement concevable que Paul ait pu persécuter les Églises de Judée tout en restant personnellement inconnu des chrétiens qui les constituaient.
Au temps où se placent ces persécutions, l'Église n’était pas encore un établissement constitué en face de la synagogue, il y avait seulement de petits groupes de frères qui, tout en continuant à participer au culte juif, se réunissaient, tantôt chez l’un et tantôt chez l’autre. La persécution ne pouvait consister qu’en mesures contre des personnes qu'il fallait d’abord dépister. Dans ces conditions, les chrétiens avaient toutes les raisons possibles d'éviter la rencontre de leur persécuteur. La lutte a pu se poursuivre un certain temps, sans qu’il y ait eu de contact personnel entre le persécuteur et ses victimes. Il faut ajouter que la persécution a provoqué une émigration importante et qu'il y a eu ainsi un renouvellement considérable des membres de l'Église. Il est ainsi possible qu'une dizaine d'années après les persécutions, la majorité des membres de l° Église de Jérusalem ait pu ne pas connaître Paul.
D'ailleurs le plus naturel paraît être d'admettre
1, Meyer, Urspr. u. Anf., III, p. 162.
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que, dans le passage considéré, Paul veut dire qu'au moment dont il parle, il n’était pas encore entré, comme chrétien, en relation avec l’Église de Jérusalem.
On doit ajouter que nous n’avons aucun renseignement sur l'existence de communautés dans la Diaspora avant la conversion de Paul. La mission dont il fut chargé par le sanhédrin s’expliquerait si l'existence de chrétiens à Damas était un fait isolé, beaucoup mieux que si l'Évangile s’était déjà passablement répandu hors de Judée.
Pour apprécier exactement en quoi a consisté: la conversion de Paul et comment elle s’est produite, il faudrait savoir ce que le futur apôtre connaissait de la tradition chrétienne au moment où il persécutait la foi qu’il allait bientôt partager. 3
Savait-il seulement que les chrétiens révéraient comme l’envoyé de Dieu un homme qui avait ignominieusement péri sur la croix ou bien connaissait-il quelque chose de ses paroles et de ses enseignements ? Ce n'est qu’indirec-
tement que nous pouvons essayer de déter-
miner quelle était la situation de Paul par rapport à la tradition chrétienne. Il semble, au premier abord, que les épîtres ne fassent au souvenir des faits de la vie de Jésus et à ses
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paroles qu’une place extrêmement réduite. Ce fait a été invoqué par ceux qui voient dans le paulinisme une construction mystique édifiée par un esprit systématique. Mais, à regarder es choses de près, on voit que la rareté des allusions à l’histoire évangélique qu’on relève dans les épîtres tient, pour une part, à la nature de ces documents.
Rien n’autorise à identifier ce que Paul connaissait de la tradition évangélique avec ‘ce qu’il en dit dans ses épîtres. Celles-ci sont adressées à des gens qui ont reçu l’enseignement de l’apôtre ou de ses collaborateurs, enseignement dans lequel le récit de la vie et surtout de la mort de Jésus occupait une grande placeï. Elles ne reviennent pas sur cet enseignement fondamental et se bornent à y faire les allusions que les sujets traités rendaient nécessaires.
Le relevé de ces allusions à l’histoire évangélique et à la tradition des paroles de Jésus a été souvent fait. Nous pouvons nous borner
à noter ici que Paul vise et suppose connus
1. Paul rappelle l’enseignement donné aux Galates en disant que, devant leurs yeux, Christ a été dépeint crucifié (3,1) ce qui signifie que l’apôtre leur avait fait de la mort de Jésus un tableau si saisissant qu’ils pouvaient penser y avoir assisté eux-mêmes. ‘
2. ScmoLLer, Die geschichiliche Person Jesu nach den paulinischen Schriften, St u. Kr., 1894, p. 656-705;
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beaucoup plus de faits de la vie de Jésus qu'il ne le semble au premier abord. Il s'attache surtout à ce qui se rapporte à la passion. On peut relever dans les lettres de Paul un grand nombre de réminiscences de paroles de Jésus.
Il y a même, dans quelques cas, des citations expresses, La parole du Seigneurest, pour Paul, la plus haute autorité qui se puisse concevoir. Quand il en connaît une qui se rapporte à la question qu'il traite, il la cite et le débat par là se trouve clos. ‘4 Paul apparaît ainsi nettement comme le porteur d’une tradition. Il serait faux de réduire tout le paulinisme à cela et de lui refuser toute originalité, mais c’est. une erreur non moins grave que d’insister seulement sur ce qu’il contient de nouveau. | Cette tradition qui est à la base de la cons-
Drescuer, Das Leben Jesu bei Paulus, Giessen, 1900 : STURM, Der Apostel Paulus und die evangelische Ueberlieferung, Berlin, 1897-1900 ; Liovp, Historic Christ in Letters of Paul, Bibliotheca Sacra, 1901, p. 270-293 ; FEINE, Jesus Christus und Paulus, Leipzig, 1902; Maurice Gocuez, L’Apôtre Paul et Jésus-Christ, Paris, 1904; KnowinG, Die geistige Einwirkung der Person Jesu auf Paulus, Goettingen, 1906; Joux. Weiss, Paulus und Jesus, Berlin, 1909; Dauscux, Jesus und Paulus, Münster, 1911; Mor, Paulus und die evangelische Geschichte, Leipzig, 1912 ; G. KiTTEL, Jesus bei Paulus, St. u. KT., 1912, p. 366-402. Voir aussi le chapitre que nous consacrons à la tradition évangélique chez Paul dans notre livre Jésus de Nazareth, mythe ou histoire, Paris, 1925.