E L'APOSTOLAT
f es RUES 77. ES DÉBUTS D
L'enseignement donné dans les maisons à côté des instructions publiques (Actes, 20,20) ne pouvait suffire. Aussi est-on en droit de consi-
-dérer comme très vraisemblable le renseigne-
ment d’après lequel Paul, à Corinthe, se serait établi dans la maison du prosélyte Titus Justus qui était-voisine de la synagogue (Actes, 18,8) et à Éphèse dans l’école de Tyrannus (Actes, 19,9).
Souvent la séparation d’avec la synagogue a dû être violente. Les Juifs paraissent avoir
__ organisé contre Paul une véritable contre-mis-
sion (7 Thess., 2,16)1. Les Actes nous présentent ceux d’Antioche et d’Iconium poursuivant Paul à Derbe (14,19) et ceux de Thessalonique le faisant chasser de Bérée (17,13 s.). Nous les
voyons, à peu près partout, susciter des difficul-
tés à l’apôtre soit par leurs intrigues comme à Antioche (13,50), à Iconium (14,2), à Thessa-
lonique (17,5), soit même, comme à Corinthe,
par une plainte devant le tribunal romain (18, 12 s.). Ces divers récits ne sont pas tous également solides ; ilest impossible, cependant, de penser, certains détails mis à part, qu'ils ne cor-
1. Jusrix MarRTyr (Dial. avec Tryphon, 17,108) parle aussi de délégués juifs envoyés par toute la terre pour combattre le christianisme. Cependant, dans Actes, 28, 21,les Juifs de Rome déclarent à Paul n'avoir pas reçu de lettres de Judée à son sujet.
respondent pas, en quelque mesure, à la réalité.
Malgré toutes les difficultés que les Juifs suscitèrent à Paul dans son œuvre missionnaire, il faut reconnaître que, sans le point d'appui du judaïsme, cette œuvre n'aurait peut-être pas été possible. Le judaïsme a fourni à Paul la tribune de la synagogue et lui a assuré — malgré lui, sans doute — la possibilité légale de sa mission. Pour les autorités romaines, jusqu’au procès de Jérusalem au moins, puisque la plainte des Juifs de Corinthe ne fut pas accueillie, le christianisme n’a pas été distinct du judaïsme ; il a ainsi profité de la protection que les lois romaines accordaientau culte juif reconnu religio licita’.
Il ne semble pas que Paul se soit préoccupé de donner une organisation aux Églises qu'il fondait. On n’y trouve aucun système ecclésias- : tique réglementé. Les principales fonctions y sont d'ordre charismatique (Cor 12,448.)
même celles qui se rapportent aux charges
administratives (J Cor, 12,28. Rom., 12,8)°.
1. Sur le privilège légal du judaïsme dans l’empire romain, voir Scnürer, Gesch., 111, p. 65 s:; Juster, ÎI, p. 215 s., 243.5., 8885: Etc.
2, Aussi ne faut-il accueillir qu’avec réserve l'indication d’Actes, 14,23, d’après laquelle, au retour du premier voyage, Barnabas et Paul se seraient préoccupés d’établir dans chacune des Églises qu’ils avaient fondées des Anciens auxquels ils imposaient les mains. Le rédacteur des Actes projette ici dans le passé la situation qui existait de son temps.
__ Dans son œuvre Paul a eu des collaborateurs. Les Actes et les épîtres nous en font connaître
un certain nombre. Leur rôle paraît avoir sensi-
blement varié et leurs relations avec Paul avoir |
été assez diverses. Les uns étaient ses véritables
associés comme Barnabas’ et Silas’, d’autres des
1UPOEZE, Die Mitarbeiter des Weltaposlels Paulus, Regens-
burg, 1911 ; REp1icH, St Paul and his Companions, London, 1913 ; HarnAcKk, Mission, 1, p. 785.