‹ Introduction au prophète SophonieChapitre 20 sur 26 · OÙ · texte numérisé non relu

OÙ

prenant de la part de contemporains (1). Comme le déclare excellemment L. Gautier (p. 637), on peut dire de Sophonie ce que Jér. 26, 20 dit d'un autre contemporain, Urie : Il prophétisa contre cette ville et contre ce pays entièrement les mêmes choses que Jérémie.

Nous avons indiqué ce qui sépare Sophonie de de Nahum et d'Habaquaq (2).

En un sens, notre prophète prépare Ezéchiel. Nous reviendrons sur les éléments mythiques que renferme sa notion du jour de Yahveh. L'idée que le châtiment que subissent les nations a pour but de faire rentrer Juda en lui-même, a bien pu donner naissance à cette autre idée que les- bienfaits divins répandus en abondance sur le peuple de Dieu le forceront à rougir deluimême et à se convertir {3). De plus, la déclaration de Soph. 2,1 ss. contient en germe l'espérance d'Ez. 9,3 ss. suivant laquelle, quand viendra la chute de Jérusalem, il y aura une différence très tranchée entre les impies et les pieux : aucun juste ne périra, mais aucun méchant n'échappera à la mort.

A ce que nous avons dit de Sophonie précurseur du Deutéronome (4), ajoutons avec Ad. Lods (HRI) que leur programme est le même : abolir les cultes étrangers et relever le niveau moral de Juda. Mais, s’il est certain que Sophonie a écrit avant le Deutéronome, il ne s'ensuit pas qu'il ait travaillé effectivement avec les réformateurs. En effet, il attend du jour de Yahveh

(1) Plusieurs critiques ont regardé notre prophète comme un abréviateur de Jérémie (cf. ELzAS IT, p. 48). DELITZSCH n’est pas éloigné de le penser, quoiqu'il déclare expressément que Sophonie inaugure la « jeremianische Prophetenreihe. »

(2) Voir ch. III-1°.

(3) Cf. Ez. 20, 41 ss. ; 16, 60 ss, elc...

(4) Voir ch. I ; ch. II-2°-D.

CEE

l'anéantissement de tout ; dès lors, à quoi bon une réforme religieuse ? l'heure du châtiment a sonné, les impies doivent périr ; de quelle utilité pourrait ètre une nouvelle {horah cultuelle pour les justes ? Il leur suftira de rester humbles et de continuer à mettre en Yahveh seul leur confiance. Du reste, Jérémie est dans le sentiment de Sophonie quand il déclare avortée l'œuvre des Deutéronomistes (1). Cependant, comme le fait ressortir Ad. Lods (HLH}, notre prophète, en transportant la lutte du terrain moral qui avait été celui de tous les prophètes du vrrre siècle, sur le terrain Culluel, inaugure le ritualisme du temps de l'exil.

B. Le jour de Yahveh (2)

Avant d'aborder cette question, ouvrons une parenthése qui nous parait avoir son utilité. Jusqu'à présent, la plupart des interprètes de l'A. T. ont pensé que le domaine de Yahveh était limité, du moins jusqu'à Kzéchiel, au seul territoire de la Palestine, qu'être hors de Palestine était synonyme d'être loin de la face de Yahveh {3). Partant de là, ces critiques ont rejeté Ccomme gloses les passages de l’ancienne littérature israélite où Yahveh était représenté comme un dieu du ciel ou bien comme ayant un pouvoir sur la nature entière.

(1) Nous pensons que 8, 8 exprime la vraie pensée de Jérémie, quelque opinion qu'on ait Sur le ch. 11. Ce que nous disons ici nous confirme dans l'hypothèse que Sophonie n’a pas dû vivre jusqu’à ce moment. Cf. eh. I.

i2) Dans ce paragraphe, nous nous sommes très directement inspiré du magistral ouvrage de H. GRESSMANN auquel nous ne pouvons que renvoyer quiconque veut étudier l'éschatologie juive.

(3) Voir en particulier le développement de cette idée dans STADE : Bibl. Theol, p. 103 s., 2905.

Page 1