ODA
prophète assiste déjà en esprit (14-16), avec l'idée que toutes les richesses de la terre ne pourront sauver ceux qui les détiennent (17, 18). Ce discours se termine par un appel à la repentance (2, 1-2), mais l’auteur ajoute qu'il n'attend de salut que pour les humbles qui formeront le Reste (3). | 2 Ch. 2, 4-15. Les nations paiennes seront frappées ; elles sont nommées dans cet ordre par rapport à Juda : OESN — Philistie (4-7) — Moab et Ammon (8-10) —
Ici un verset qui n'est pas à sa place parle de la crainte
puis de la conversion des païens (11) — Egypte (12) — Assyrie et Ninive (13-15).
30 Ch. 3. Nouveau chant funèbre sur Jérusalem rebelle, souillée, pleine d’oppression (1), désobéissante à Dieu, indifférente à sa parole et à son action dans l'histoire, sur ses dirigeants qui, par leur corruption et par leurs crimes, provoquent le courroux divin (2-7). Israël doit done attendre la venue du jour où Yahveh rassemblera les nations pour châtier les habitants impies de Jérusalem (8) (1). Alors Yahveh se fera connaître et adorer par tous les peuples, même les plus éloignés (9, 10). Israël lui-même sortira de ce jugement épuré ; les coupables seront retranchés; il ne subsistera qu'un reste confiant en son Dieu et le servant dans la fidélité et l'humilité (11-13). Le livre se termine par un chant de triomphe où le poète célébre la défaite des ennemis de Sion, le retour des captifs et leur joie de vivre pour toujours en présence de Yahveh qui habitera de nouveau au milieu d'eux, tout-puissant pour les délivrer de leurs ennemis, pour les glorifier et les sauver (14-20).
(4) Voir ci-dessous la discussion de l’authenticité et la traduction de ce verset.
a OMAN
On a remarqué depuis longtemps que cette division est celle même du livre d'Ezéchiel ; comme dans Ez. 29-32, les oracles contre les païens sont au milieu (Soph. 2, 4-15) et, comme dans Ez. 34-48 avec 33 comme introduction, l'ensemble se termine par des promesses consolantes (Soph. 3, 8-20) (1). Chez EKzéchiel, cette division est déterminée par les circonstances historiques et le développement religieux du prophète ; mais nous ne croyons pas, avec G. Beer (2), que, pour Sophonie, cette ordonnance soit, comme c’est le cas pour Es. 1-35, le fait d'une imitation. Comme nous le verrons, notre livre comprend deux morceaux symétriques et en gradation l’un par rapport à l’autre et nous estimons que cet ordre est primitif. Gela ne veut pas dire que le texte ait été sans subir des retouches. C'est ce que nous allons maintenant examiner.
B. Authenticité (3)
Nous ne ferons pas l'historique des discussions sur l'authenticité des différents fragments du livre actuel de Sophonie ; elle a été faite magistralement par les derniers commentateurs, eh particulier Schwally,
A) Cf. K. Buppe : Das 'proplietische Schrifitum — dans les Religionsgeschichtliche Volksbücher, 1906, p. 12, 47.
(2) PRES, article : Zephanjanh.
(3) Nous ne parlons ici que de l'authenticité des péricopes ou des versets isolés importants ; les questions relatives à des fragments de versets (interpolations, corrections de texte etc...) seront examinées dans les notes accompagnant la traduction que nous proposons, au paragraphe suivant, de ce qui a dû être, selon nous, le livre primitif de Sophonie. Ces questions sont particulièrement délicates, car, comme le remarque BACHMANN, la corruption du texte hébreu est, à beaucoup d’endroits, plus ancienne que nos plus anciennes traductions de PA. T.
Es eper
Davidson, Nowack, Marti, Driver, van Hoonacker (1). Nous nous contenterons de faire ce travail pour notre compte personnel, en examinant les péricopes que nous croyons devoir conserver ou rejeter et en indiquant les motifs qui ont déterminé notre choix.
Le ch. 1 est incontesté et, à notre avis, incontestable ; nous le maintenons donc dans son ensemble.
Au ch. 2, Schwally, Stade (2) et d’autres critiques suspectent les v. 1-3. Mais ce fragment, bien que le texte en soit quelque peu confus, est nécessaire pour compléter la pensée du ch. 1. En effet, le but du jugement est, non d'exterminer, mais de purifier (3) et, quand même il est représenté comme imminent, il peut être évité par la repentance ou fa conversion (4).
Marti, Fagnani rejettent le v. 3; Wellhausen, Schwallv, Nowack gardent des doutes sur son authenticité. I est vrai, comme le remarque Ad. Lods, que le prophète semble dire ici : Je suis venu appeler à la repentance, non les pécheurs, mais les justes. D'autre part, on fait valoir quele mot ‘17 nese rencontre avec le sens spécifiquement moral et religieux qu'il a ici que dans les Psaumes etles Proverbes (5). Cependant, avec Budde, nous pensons que cette constatation n'exclut pas la
(1) Nous ajouterons seulement l'opinion de DuxM que nous avons eue par lettre. Ce critique voit, dans notre livre, en dehors de la suscription dont il ne garde que la première partie (1 a), cinq «lieder »: 1°1, 2-6; 2° 1, 7-9 ; 3° 1, 10b-13a ; 4e 1, 14-182 ; 5° 2, 1.280. 4.5.6. 7bœ. 12-14.
(2) G VI, p. 644, note 3. Cf. Biblische Theologie des A. T., Tübingen, 1905, p. 251.
(3) Cf. Es. 4, 4.
(LCR 758 1778
(5) Cf. RanLrs : V2 und 19 in den Psalmen. Gôttingen 1892 p. 83. — GRÆTZ: Xrilischer Commentar zu den Psalmen. Breslau 1882 p. 20ss. — K. J. GRIMM: £uphemistic Appendixes in the O. T. Baltimore 1901 84-86.
VDO
possibilité de l'apparition de ce mot avec ce sens dans des temps plus anciens. [l serait, en effet, bien étrange,
comme le dit Lippl, que les prophètes qui censurent si souvent l'orgueil n'aient pas eu un mot pour désigner l'humilité. L'afflirmation de P. de Lagarde (1) que, de toutes les tribus sémitiques, aucune n'était plus éloignée par nature de l'y que les Israélites et les Phéniciens, même si elle pouvait être prouvée, ne signifierait pas que notre verset ne puisse pas être de Sophonie. Il est, d’ailleurs, très intéressant de remarquer que Schwally lui-même reconnait (2) que ses déductions sur l'suy € ne sont pas très convaincantes » et que l'exactitude de la phrase de Rahifs (p.83) « Les Anavim sont les partisans décidés de YVahveh pendant l'exil » n'est pas attestée. En outre, Budde constate que le mot se retrouve dans Am. 8,4; Es. 29, 19 associé à jan et dans Am. 2,7; Es. 11, 4 à coté de 5 et avec une forte signification morale (3) ; le terme ñ2y2 se trouve Ex. 10, 3 (J) dans un sens moral. Avec Budde, Ed. Kôünig et Lippl, nous donnons raison à Bacher contre Schwally pour le renvoi à Nomb. 12, 3 (E). Du reste, comme le remarque très justement Halévy, «on ne peut pas avoir la prétention deconnaitre exactement l'état du lexique hébreu du témps de Sophonie, comme, d'ailleurs, de n'importe quelle autre époque de son histoire ». Et puis, ce versetest la suite nécessaire de ce qui précède où le prophète, avant de développer la sentence dont il vient de menacer toute la terre, exhorte la partie fidèle de Juda à conjurer l'action de la colère divine. Nous nous associons à l'esprit de cette
(1) Das hebræische *2ÿ — dans: Nachrichten von der kœnigl. Gesellschaft der Wissenschaften... zu Gættingen. — 3 Décembre 1881 p. 405.
(2) ZATW-1891 p. 262.
(3) Cf. Es. 32,7 (Ketib).
remarque d'Halévy : «refuser à un prophète judéen du vie siècle la possibilité de concevoir l'idée de « justice et d'humilité » comme des vertus appréciées par Yahwé serait stupéfiant si on ne savait pas dans quelles dispositions de mauvaise humeur la psychologie biblique est traitée par l'Æcole.» De plus, l'idée que peut-être les bons seront épargnés au jour du jugement divin se retrouve Am. 5, 15. Rien n'oblige enfin à croire avec Ed. Dujardin (1) qu'« à l'époque où le prophète écrit, il y a sur toute la terre, c'est-à-dire dans tous les pays connus de l'écrivain, des Juifs fidèles qui pratiquent les ordonnances de lahveh. » Nous maintenons done ce verset (2).
Schwally, Budde et, à leur suite, d'autres critiques ont suspecté l'ensemble de 2, 4-15. Mais Robertson Smith (Ænc. Brit.) a montré que l'idéal d'une sécurité finale pour le Reste pauvre et humilié «implique nécessairement qu'ils ne seront plus menacés de l'hostilité de l'extérieur et cette condition est remplie par la vision qu'a le prophète d'un jugement suspendu sur les anciens ennemis de sa nation », c'est-a-dire sur ceux qui sont mentionnés dans nos versets (3). D'ailleurs, si ce morceau était, comme on le prétend, de l'époque de l'exil, il y serait certainement fait allusion à Edom. Davidson remarque, il est vrai, que, dans Deut. 23, 3-8, Moab et Ammon sont sévèrement dénoncés, tandis qu'il est parlé d'Edom avec bienveillance. Mais le point de vue du Deutéronome n'est pas le même que celui de Sophonie. Du reste, on ne connait pas de mouvement parmi les nations à l'époque de l'exil. Ç
(1) Les prédécesseurs de Daniel: Paris 1908 p. 90. (2) À propos de ce verset, signalons une étude très intéressante
d’I. LoeB : La littérature des pauvres dans la Bible. REJ 1890 à
(3) Cf. Am. 1 et 2.
Remarquons que l'oracle sur Ninive (v.13-15), écrit dans le mètre de la qinà, est impossible pendant l'exil, car Ninive a été détruite 20 ans avant le commencement de l'exil. On objectera que cette prophétie est bien générale ; cela tient au fait que Sophonie n'a pas un grand talent descriptif (1).
Il n’y a aucune raison pour que l’oracle contre les Philistins (v. 4-7), qui est composé dans le même mètre élégiaque, ne soit pas authentique : d'ailleurs, la Philistie était sur le chemin des envahisseurs scythes (1).
Quant à l'oracle sur Moab et Ammon {v. 8-10), il est plus suspect. D'abord, il n'est pas écrit dans le mètre élégiaque ; mais, comme le dit excellemment Driver (p. 410), « le temps. n'est pas encore venu où l’on peut faire du mètre un ceritérium d'authenticité. » Ensuite, ces deux peuples n'étaient pas sur la route de l'invasion scythe (2). De plus, l'attitude qui leur estreprochée surprend au temps de Josias : ce n'est qu'après la destruction de Jérusalem (586) que les peuples voisins envahirent le territoire de Juda (3). D'ailleurs, le reproche adressé à Moab et à Ammon d'avoir outragé Israël montre chez le prophète une tout autre attitude vis-àvis de son peuple qu'au ch. 1 :-1à Juda est coupable et le jugement qui menace le monde entier doit avant tout tomber sur lui; ici, au contraire, on lui a fait tort et il doit être dédommagé; pas un mot de sa‘culpabilité personnelle. C’est, comme le remarque Budde (4), la facon de sentir de l'époque post-exilique qui ne pouvait plus comprendre, sans y apporter une restriction,
(1) Voir ci-dessous la discussion de l'authenticité du v. 15.
(2) Voir ci-dessous ch. I1-2°-D.
(3) Cf. Ez 25, 3. 6. 8. ; Jér. 48, 27 Ss.
(à) Geschichte der althebræischen Litteratur. Leipzig 1906 p. 89,
la prophétie de malheur contre Israël. En outre, l’auteur promet le territoire de Moab et d'Ammon au Reste d'Israël ; mais, 1° Sophonie pense que les malheurs qui frapperont ces nations doivent venir, non des Judéens, mais des Scythes (1); 2° dans le contexte immédiat, il adresse à Juda, non des promesses, mais des menaces (Ad. Lods HLH). Avec Wellhausen, Budde, Nowack, Marti, Beer, Fagnani, Ad. Lods, etc., nous rejetons donc cet oracle.
Buhl, Schwally, Driver (2), J. A. Selbie (3) reconnaissent que le v. 11 de ce même chapitre n'est pas à sa place après le v. 10 qui termine clairement une pensée. Schwally remarque qu'il n’est possible qu'à la fin ou au commencement d'une péricope. Avec Halévy, nous le plaçons après le v. 15. Certes, ilest très dangereux de transposer un fragment sans appui formel dans les textes; mais, à l'endroit où nous le mettons, ce verset a un sens très satisfaisant et puis, comme le dit Halévy, la conclusion est conforme à Mi. 4, 2; 7, 17; Es. 2,2 ; 18,7; 19, 21-25. D'autre part, Kuenen et Baudissin prétendent que l'existence unique de Yahveh et — ce qui en est la contre-partie — le néant comptet des autres dieux à été enseignée expressément dans le Deutéronome et par Jérémie (4). Il nous semble que la transposition que nous risquons ici n'est pas plus difficile à admettre que celle, au ch. 1, du v. 7 avant le v. 2 proposée par Marti et adopté par Fagnani. L'universalisme que trahit ce verset nous fait cependant garder
(1) Voir ci-dessous ch. I1-2°-D.
(2) An introduction to the Literature of the O.T.T — Edinburgh 1898 p. 342.
(3) Dictionary of the Bible de J. Hastings — article : Zephaniah.
(4) Cf. A. KUENEN: Religion nationale et religion universelle — trad. M. Vernes. Paris 1883 p. 96 ss.
un doute sur. son authenticité. D'ailleurs, Schwally remarque — ce qui ne constitue à aucun degré une raison suffisante pour rejeter un fragment — que l'idée: d'après laquelle tous les peuples s'inclineront devant Yahveh na pas d'analogie dans les écrits pré-exiliques.
La plupart des critiques déclarent interpolé le v. 15 « centon de citations tirées d'écrits bibliques récents » (Ad. Lods HLH). Mais, comme le fait remarquer Nowack, il se compose de phrases courantes, sans originalité. Et puis, van Hoonacker montre qu'on ne peut conclure à un rapport de dépendance directe qu'en ce qui concerne la phrase : qui demeurait dans l'assurance et disait en son cœur : Moi et rien de plus! (cf. Es. 47, 8) et que rien ne prouve que l'emprunt ait eu lieu du côté de notre prophète. De plus, cette parole — dont Schwally pense avec raison qu'elle est, non une description de faits passés, mais une prophétie — ne s'est pas accomplie du temps de Sophonie : Hérodote nous apprend que les Scythes, loin de détruire Ninive, ont forcé Cyaxare et les Mèdes d'en abandonner le siège. Ce fait nous paraît militer en faveur de l’authenticité de notre verset. Il est vrai qu'Hérodote est le seul témoin de ce siège de Ninive par Cyaxare et qu'Abydène (1) ne s'accorde pas avec lui sur ce point. Mais, avec Ad. Lods HRI, nous estimons que ce n'est pas une raison suffisante pour révoquer en doute cette attaque, comme le fait Marti. D'autre part, ce verset contient le motif du châtiment de l’Assyrie. Toutefois, l'absence de cette explication n'aurait rien d’'exira- ‘ordinaire: exception faite pour Amos, les prophètes, n'ayant en vue que leur peuple, motivent toujours les jugements de Yahveh contre Juda, maïs ne se donnent
(1) Dans Eusèee : Chronique 1-37 (édit. Schône).
PTS D fe ri
jamais cette peine quand il s'agit des paiens qui, pour eux, n'ont qu'une importance secondaire.
Contre 3, 1-13 Schwally a fait des objections linguistiques que Budde (p. 398) a réfutées, à notre avis, d'une facon définitive. Baudissin (p. 553 ss.) voit dans ce morceau, mais sans raison décisive, une addition à la prophétie originale de Sophonie qui se terminerait 2, 12-15. F
Il n'y a aucune raison de douter de 3,1-7. Wellhausen pense que les aramaismes qu’on peut relever dans ce
passage sont l'indice d'une époque récente ; mais Kau-
tzsch (1) a montré qu'ils peuvent très bien se rencontrer à la fin du vr* siècle (2). D'ailleurs, on sent ici le même sérieux moral que dans 1-2, 3. Les épithètes «rebelle, souillée, ville d’oppression » n'ont pu être appliquées à Jérusalem qu'avant l'exil. On a dit que les griefs dont il s'agit dans notre passage (iniquités sociales) ne sont pas ceux du Ch. 1 et on a fait descendre la composition de notre fragment au ve et même au rtsièele (Marti). En réalité, Sophonie en voulait, non seulement aux adorateurs des dieux étrangers, mais aux trompeurs et aux fraudeurs (crime social), 1, 9. Et puis, ici comme au ch.1, l’auteur ne s'attaque pas au roi, mais aux classes dirigeantes, aux chefs, aux prêtres et aux prophètes, ce qui est un signe d’antiquité (cf. Jér., Ez.) : au If siècle il n’y avait plus de prophètes et dès le ve siècle les chefs et les prêtres tendaient à se confondre (3) (Ad. Lods HLH).
(1) Grammatik des biblisch-aramæischen. Leipzig, 1884, par. 2, cf. E. KAuUTzSCH : Die Aramaismen im A. T. Halle, 1902, passim.
(2) Cf. Hoo., p. 504.
(3) Remarquons cependant que dans Néhémie, comme dans les
papyrus d’Eléphantine, les nobles (D, D'YIND etc...) sont distingués des prêtres. ;
On a objecté contre 3, 8 que ce verset parle de l'écrasement des païens à un endroit où l'on attendrait la mention du châtiment d'Israël. Cette interprétation repose, à notre avis, sur un faux sens. Avec P. Ewald (p. 56), Budde, Ed. Kônig (p. 353) etc..., nous croyons qu'iciles nations ne sont pas réunies pour l'assaut contre Israël, mais pour verser sur lui la colère de Yahveh, exactement comme au ch.1. On répond que l'attente d'une réunion des peuples païiens pour le combat devant Jérusalem n'apparaît qu'avec Ezéchiel ; cela ne veut pas dire que Sophonie n'ait pas pu avoir, lui aussi,
cette idée.
3, 9-10 constitue certainement une interpolation.
Ces versets interrompent l’'enchaiînement des idées, gatent l’antithèse entre le v. 8 et le v. 11 et affaiblissent l'annonce du salut d'Israël au v. 11. De plus, aucun rapport n'est indiqué entre les nations qui se convertissent et celles dont la destruction est annoncée. La conversion des païens à Yahveh est une idée généreuse du Deutéro-Esaïe. Cette espérance est certes venue de conversions isolées de non-israélites à Yahveh comme il a pu s'en produire avant l'exil (1), mais elle ne s'est développée que pendant l'exil lorsqu'Israël eut pris conscience, au contact des religions et de la culture de l'Asie Mineure, de la valeur de sa religion et de son importance pour les paiens (Beer). Du reste, le trait du v. 10 est visiblement emprunté à Es. 18 où il a cependant un autre sens.
3, 11-13 décrivant la Jérusalem de l'avenir, purifiée par le jugement, est forcément en opposition avec l'état de Jérusalem du vivant du prophète (v. 1-7), comme la cité qu'Esaïe voit dans l'avenir (1, 26) est en contraste
(1) Par exemple, 2 Rois, 5,158.
DÉS REÉE
avec le repaire de meurtriers (1. 21) qu'il connaissait. Cependant, chez Sophonie, le peuple, quoique béni-et vivant en paix, garde toujours les cicatrices des afflictions passées. Ces versets, de plus, témoignent chez leur auteur du même sentiment du péché d'Israël et de la sévérité des jugements nécessaires pour le changer que l’on peut constater au ch. 1. En outre, de même que, dans la première partie du livre, l'annonce du jugement (ch. 1) est suivie d'une perspective de délivrance (2, 1-3), dans la troisième, à la menace du châtiment (3, 1-8), succède une promesse de rédemption (11-13). Mais l'une des parties ne peut rendre l’autre inutile, car elles forment une gradation : ce qui est présenté comme possible dans 2,13, est promis dans 3, 11-13. De plus, comme le remarque Budde, on pourrait difficilement se représenter après Esaïe une prophétie de malheur absolument sombre : il manquerait son au ne (1). D'ailleurs, «si la séparation des « humbles du pays » du reste du peuple déchu peut être rapportée au prophète, il est vraisemblable que, pour ce petit noyau de justes, une espérance de salut ait pu trouver place dans la prédication de Sophonie. » (2)
3, 14-20 n'est pas la suite des idées qui précèdent, mais une peinture plus large du temps messianique. Au lieu de l'aspect austère et sombre de 1-2, 3 et de 3, 1-13 où Israël coupable ne pourra être sauvé que (« Comme par le feu » (G. A. Smith), nous avons ici une prophétie triomphante de son relèvement et de sa gloire parmi les nations; de son péché, pas un mot. Les jugements que le prophète a annoncés à Israël paraissent déjà
(1) Cf. Es. 10, 20-23.
(2) P. Vozz : Die voreæilische Jahweprophetie und der Messias. Güttingen 1897 p. 68 en note. Cf. W. MÜLLER : Die messianische Erwartung der voreæilischen Propheten. Gütersloh, 1906, p. 2125.
avoir été accomplis (15). Budde dit avec raison : « Entre l'état de choses décrit ici et celui qui ressort du Ch. 1, il n’y a pas seulement quelques années ou quelques dizaines d'années, mais presque un siécle. » (p.394) Les ennemis de la communauté doivent étre détruits, sans que, du reste, il soit dit comment. La mention de Yahveh trôonant sur Sion comme un héros sauveur est étrange. Schwally a montré que « le boiteux et le dispersé » (v. 19) désignent, non le peuple en général, mais une partie qui est à l'étranger, par opposition à l’autre qui demeure dans le pays saint et que le v. 20 fait allusion, non au retour de la Gola, mais à la réunion des Juifs de la Diaspora. Déjà Ewald disait : « Tout ceci est un écho d’Es. 40-66. » (1) 11 y en effet la méme différence entre cette fin et le resté du livre qu'entre le Deutéro- Esaïe et l’auteur d'Es. 1-35 ou entre Mi. 7, 7 ss.et Mi. 6,1à 7,6. A la suite de Kuenen (Ond.? II, p. 398) et de Stade (GVI-I, p. 645), la plupart des critiques placent la composition de ce passage pendant ou peu aprés l'exil, Enfin Schwally (p. 237 s.) montre en détail que la langue de ce fragment n'est pas pré-exilique.