CHAPITRE II
Le livre canonique de Sophonie
A. Contenu et divisions générales
Ce livre est le neuvième des écrits des douze petits propiiètes dans le T. M. comme dans les LXX. Il se divise, en 3 parties (1) : 1° : ch. 1 à ch. 2, 3 : annonce de la destruction de la terre avec tout ce qu'elle contient : les hommes et les bêtes (2, 3) ; puis, condamnation, parmi les habitants de Jérusalem, des idolâtres (4-6), des grands, amateurs et imitateurs des modes assyriennes, coupables aussi de violences et de fraudes (8, 9), des riches marchands (11), des indifférents et des sceptiques qui, selon l'expression de Wellhausen, font de Dieu un « brave homme » (12, 13). Suit une description grandiose des terreurs du jour de Yahveh auxquelles le
(1) Nous admettons avec Keil que « le livre de Sophonie comprend, non deux ou trois discours prophétiques, mais la quintessence de. la prédication orale du prophète », avis partagé par Reuss : Gcschichto dor heiligen Schrijten A. T's. — Braunschweig 1881, p. 345 s. — W. R. Smith : Enctjclopœdia britannica 1888, article : Zepkanlah — et d'autres encore. Mais, en partant de cette idée, on peut légitimer toutes les contradictions du livre ; il suffit de placerles morceaux difficiles à expliquer à des dates différentes. Il nous semble que le résumé des discours de Sophonie a dû être rédigé dans un laps de temps suffisamment court pour qu'il ne soit pas permis de rendre le prophète lui-même responsable de l'incohérence actuelle de son livre.
prophète assiste déjà en esprit (14-16), avec l'idée que toutes les richesses de la terre ne pourront sauver ceux qui les détiennent (17, 18). Ce discours se termine par un appel à la repentance (2, 1-2), mais l'auteur ajoute qu'il n'attend de salut que pour les humbles qui formeront le Reste (3).
2<'Gh. 2, 4-15. Les' nations païennes seront frappées ^ elles sont nommées dans cet ordi-e par rapport à Juda : O E S N — Philistie (4-7j — Moab et Ammon (8-10) - Ici un verset qui n'est pas à sa place parle de la crainte puis de la conversion des païens (11) — Egypte (12) — Assyrie et Ninive (13-15).
3° Gh. 3. Nouveau chant funèbre sur Jérusalem rebelle, souillée, pleine d'oppression (1), désobéissante à Dieu, indifférente à sa parole et à son action dans l'histoire, sur ses dirigeants qui, par leur corruption et par leurs crimes, provoquent le courroux divin (2-7). Israël doit donc attendre la venue du jour où Yahveh rassemblera les nations pour châtier les habitants impies de Jérusalem (8) (1). Alors Yahveh se fera connaître et adorer par tous les peuples, même les plus éloignés (9, 10). Israël lui-même sortira de ce jugement épuré ; les coupables seront retrancliés ; il ne subsistera qu'un reste confiant en son Dieu et le servant dans la fidélité et l'humilité (11-13). Le livre se termine par un chant de triomphe où le poète célèbre la défaite des ennemis de Sion, le retour des captifs et leur joie de vivre pour toujours en présence de Yahveh qui habitera de nouveau au milieu d'eux, tout-puissant pour les délivrer de leurs ennemis, pour les glorifier et les sauver (14-20).
(1) Voii' ci-dessous la discussion de l'authenticité et la traduction de ce verset.
On a reinarqué depuis longtemps cfue cette division est celle même du livre d'Ezéchiel ; comme dans Ez. 25-32, les oracles contre les païens sont au milieu (Soph. 2, 4-15) et, comme dans Ez. 34-48 avec 33 comme introduction, l'ensemble se termine par des promesses consolantes (Sopli. 3, 8-20) (1). Chez Ezéchiel, cette division est déterminée par les circonstances historiques et le développement religieux du prophète ; mais nous ne croyons pas, avec G. Béer (2), que, pour Sophonie, cette ordonnance soit, comme c'est le cas pour Es. 1-35, le fait d'une imitation. Gomme nous le verrons, notre livre comprend deux morceaux symétriques et en gradation l'un par rapport à l'autre et nous estimons que cet ordre est primitif. Gela ne veut pas dire que le texte ait été sans subir des retouches. G'estce que nous allons maintenant examiner.
B. Authenticité (3)
Nous ne ferons pas l'iiistorique des discussions sur l'authenticité des différents fragments du livre actuelde Sophonie ; elle a été faite magistralement par les derniers commentateurs, en particulier Schwally,
(1) Cf. K. BuDDE : Das prophetische Schrifttum, — dans les RoUgionsgcscliicktUchc Volksbucher, 1906, p. 12, 47.
(2) PRE^, article ■.Zephanjah.
(3) Nous ne parlons ici que de l'authenticité des péricopes ou des versets isolés importants ; les questions relatives à des fragments de versets (interpolations, corrections de texte etc.) seront examinées dans les notes accompagnant la traduction que nous proposons, au paragraphe suivant, de ce qui a dû être, selon nous, le livre primitif de Sophonie. Ces questions sont particulièrement délicates, car, comme le remarque Bachmann, la corruption du texte hébreu est, à beaucoup d'endroits, plus ancienne que nos plus anciennes traductions de l'A. T.
Davidson, Nowack, Marti, Driver, van Hoonaclcer (1). Nous nous contenterons de faire ce travail pour nôtrecompte personnel, en examinant les péricopes que nous croyons devoir conserver ou rejeter et en indiquant les motifs qui ont déterminé notre choix.
Le cil. 1 est incontesté et, à notre avis, incontestable ; nous le maintenons donc dans son ensemble.
Au ch. 2, Scliwally, Stade (2) et d'autres critiques suspectent les., v. 1-3. Mais ce fragment, bien que le texte en soit quelque peu confus, est nécessaire pour compléter la pensée du ch. 1. En effet, le but du Jugement est, non d'exterminer, mais de purifier (3) et, quand môme il est représenté comme imminent, il peut être évité par la repentance ou la conversion (4).
Marti, Fagnani rejettent le v. 3 ; Wellhausen, Schwally, Nowack gardent des doutes sur son authenticité. Il est vrai, comme le remarque Ad. Lods, que le prophète semble dire ici : Je suis venu appeler à la repentance, non les pécheurs, mais les justes. D'autre part, on fait valoir que le mot ij" ne se rencontre avec le sens spécifiquement moral et religieux qu'il à ici que dans les Psaumes et les Proverbes (5). Cependant, avec Budde,' nous pensons que cette constatation n'exclut pas la
(1) Nous ajouterons seulement l'opinion de Duhm que nous avons eue par lettre. Ce critique voit dans notre livre, en dehors de la suscription dont il ne garde que la première partie (1 a), cinq « lieder » : 1" 1, 2-6 ; 2» 1, 7-9 ; 3» 1, 10^-13» ; 4» 1, 14-i8'i ; 5° 2, 1.2.3". 4. 5.6. 7iw.. 12-14.
(2) GVI, p. 644, note 3. Cf. Bibliscke Théologie des A. T., Tûbingen, 1905, p. 251.
(3) Cf. Es. 4, 4.
(4) Cf. .Ter. 7, 5 ; 18, 7. 8. ,
(5) Cf. Rahlfs: ''TJ and \T:3 in deii Psalnien. Gôttingen 1892 p. 83. — Gr/ETZ : Kritischer Commentai sa don Psalinen. Breslau 1882 p. 20 ss. — K. J. Grimm: Euphcinistic Appendices in tlie 0. T. Baltimore 1901 84-86.
possibilité de l'aiDparition de ce mot avec ce sens dans des temps plus anciens. Il serait, en effet, bien étrange. Comme le dit LiiDpl, que les prophètes qui censurent si souvent l'orgueil n'aient pas eu un mot pour désigner l'humilité. L'affirmation de P. de Lagarde (1) que, de toutes les tribus sémitiques, aucune n'était plus éloignée par nature de l'mjî; que les Israélites et les Phéniciens, môme si elle pouvait être prouvée, ne signifierait pas que notre verset ne puisse pas être de Sophonie. Il est, d'ailleurs, très intéressant de remarquer que Schwally lui-même reconnaît (2) que ses déductions sur l'mJî? « ne sont pas très convaincantes » et que l'exactitude de la phrase de Rahlfs (p. 83) « Les Anavim sont les partisans décidés de Yahveh pendant l'exil » n'est pas attestée. En outre; Budde constate que le mot se retrouve dans Am. 8, 4; Es. 29, 19 associé à pi^x et dans Am. 2, 7; Es. 11, 4 à côté de S" et avec une forte signiQcation morale (3) ; le terme njw se trouve Ex. 10, 3 (J) dans un sens moral. Avec Budde, Ed. Konig et Lippl, nous donnons raison à Bâcher contre Schwally pour le renvoi à Nomb, 12, 3 (E). Du reste, comme le Tcmarque très justement Halévy, « on ne peut pas avoir la prétention de connaître exactement l'état du lexique hébreu du temps de Sophonie, comme, d'ailleurs, de n'importe quelle autre époque de son histoire ». Et puis, ce verset est la suite nécessaire de ce qui précède où le prophète, avant de développer la sentence dont il vient de menacer toute la terre, exhorte la partie tidèle de Juda à conjurer l'action de la colère divine. Nous nous associons à l'esprit de cette
(1) Das hebrœlscliG '^^V — dans: Nachrichton vôn cler kœnigl. GcsellschaJ't cler Wissenschaften... su GœtUngcn. — 3 Décembre 1881 p. 405.
(2) ZATW-1891 p. 262.
(3) Cf. Es. 32,7 (Ketib). ' .
remarque d'Halévy : « refusera un prophète judéen du vp siècle la possibilité de concevoir l'idée de « justice et d'humilité » comme des vertus appréciées par Yahwé serait stupéfiant si on ne savait pas dans quelles dispositions de mauvaise humeur la psychologie biblique est traitée par l'Ecole. » De plus, l'idée que peut-être les bons seront épargnés au jour du jugement divin se retrouve Am. 5, 15. Rien n'oblige enfin à croire avec Ed. Dujardin (1) qu'(( à l'époque où le prophète écrit, il y a sur toute la terre, c'est-à-dire dans tous les pays connus de l'écrivain, des Juifs fidèles qui pratiquent les ordonnances^ de lahveh. » Nous maintenons donc ce verset (2).
Schwally, Budde et, à leur suite, d'autres critiques ont suspecté l'ensemble de 2, 4-15. Mais Robertson SmiLh (Enc. Brit.) a montré que l'idéal d'une sécurité finale pour le Reste pauvre et humilié « implique nécessairement qu'ils ne seront plus menacés de lliostilité de l'extérieur et cette condition est remplie par la vision qu'a le prophète d'un jugement suspendu sur les anciens ennemis de sa nation », é'est-à-dire sur ceux qui sont mentionnés dans nos versets (3). D'ailleurs, si ce morceau était, comme on le prétend, de l'époque de l'exil, il y serait certainement fait allusion à Edom. Davidson remarque, il est vrai, que, dans Deut. 23, 3-8, Moab et Amraon sont sévèrement dénoncés, tandis qu'il est parlé d'Edom avec bienveillance. Mais le point de vue du Deutéronome n'est pas le même que celui de Sophonle. Du reste, on ne connaît pas de mouvement parmi les nations à l'époque de l'exil.
(1) Les prédécesseurs de Daniel. Paris 1908 p. 50.
(2) A propos de ce verset, signalons une étude très intéressante d'I. LOEB : La littérature des pauvres dans la. Bible. REJ 1890 à
(3) Cf. Am. 1 et 2.
Remarquons que l'oracle sur Ninive (v. 13-15), écrit dans le mètre de la qinâ, est impossible pendant l'exil, car Ninive a. été détruite 20 ans avant le commencement de l'exil. On objectera que cette prophétie est bien générale ; cela tient au fait que Soplionie n'a pas un grand talent descriptif (1).
Il n'y a aucune raison pour que l'oracle contre les Philistins (v. 4-7), qui est composé dans le même mètre élégiaque, ne soit pas authentique : d'ailleurs, la Philistie était sur le chemin des envahisseurs scythes (1),
Quant à l'oracle sur Moab et Ammon (v. 8-10), il est P.1US suspect. D'abord, il n'est pas écrit dans le mètre élégiaque ; mais, comme le dit excellemment Driver (p. 110), « le temps n'est pas encore venu où l'on peut faire du mètre un critérium d'authenticité. » Ensuite, ces deux peuples n'étaient pas sur la route de l'invasion scythe (2). De plus, l'attitude qui leur est reprochée surprend au temps de Josias : ce n'est qu'après la destruction de Jérusalem (586) que les peuples voisins envahirent Le territoire de Juda (3). D'ailleurs, le reproche adressé à Moab et à Ammon d'avoir outragé Israël montre chez le prophète une tout autre attitude vis-àvis de son peuple qu'au ch. 1 : là Juda est coupable et le jugement qui menace le monde entier doit avant tout tomber sur lui ; ici, au contraire, on lui a fait tort et il doit être dédommagé ; pas un mot de sa culpabilité personnelle. C'est, comme le remarque Budde(4), la façon de sentir de l'époque post-exilique qui ne pouvait plus comprendre, sans y apporter une restriction,
(1) Voir ci-dessous la discussion de l'authenticité du v. 15.
(2) Voir ci-dessous ch, II-2°-D.
(3) CL Ez. 25, 3. 6. 8. ; Jér. 48, 27 ss.
(4) Goscliichte der aUhebrœischen Litteratur. Leipzig 1906 p. 89.
la prophétie de malheur contre Israël. En outre, l'auteur promet le territoire de Moab et d'Ammon au Reste d'Israël ; mais, 1° Sophonie pense que les malheurs qui frapperont ces nations doivent venir, non des Judéens, mais des Scythes (1) ; 2° dans le contexte immédiat, il adresse à Juda, non des promesses, mais des menaces (Ad. Lods HLH). Avec Wellhausen, Budde, Nowack, , Marti, Béer, Fagnani, Ad. Lods, etc., nous rejetons donc cet oracle.
Buhl, Schwally, Driver (2), J. A. Selbie (3) reconnaissent que le v. 11 de ce môme chapitre n'est pas à sa place après le v. 10 qui termine clairement une pensée. Schwally remarque qu'ir n'est possible qu'à la fin ou au commencement d'une péricope. Avec Halévy, nous le plaçons après le v. 15. Certes, il est très dangereux de transposer un J'ragment sans appui iormel dans les textes; mais, à l'endroit où nous le mettons, ce verset a un sens très satisfaisant et puis, comme le dit Halévy, la conclusion est conforme à Mi. 4, 2 ; 7, 17 ; Es. 2, 2 ; 18,. 7; 19, 21-25. D'autre part, Kuenen.et Baudissin prétendent que l'existence unique de Yahveh et — ce qui en est la contre-partie — le néant complet des autres dieux a été enseignée expressément dans le Deutéronome et par Jérémie (4). Il nous semble que la transposition que nous risquons ici n'est pas plus difficile-à admettre que celle, au ch. 1, du v. 7 avant le v. 2 proposée par Marti et adopté par Fagnani. L'universalisme que trahit ce verset nous fait cependant garder
(1) Voir ci-dessous ch. II-2''-D.
(2) An introduction to the Liieraturo of the O.T.' — Edinburgh 1898 p. 342.
(3) Dictïonarij ofthe Bible de J. Hastings — article : Zephaniah.
(4) Cf. A. KuENEN : Relir/ion nationale et reli(jion unioersellc — trad. M.'Vernes. Paris 1883 p. 96 ss.
un doute sur son authenticité. D'ailleurs, Scliwally remarque — ce qui ne constitue à aucun degré une raison suffisante pour rejeter un fragment — que l'idée d'après laquelle tous les peuples s'inclineront devant Yaliveh n'a pas d'analogie dans les écrits pré-exiliques. La plupart des critiques déclarent interpolé le v. 15 « centon de citations tirées d'écrits bibliques récents » (Ad. Lods HLH). Mais, comme le fait remarquer Nowack, il se compose de phrases courantes, sans originalité. Et puis, van Hoonacker montre qu'on ne peut conclure à un rapport de dépendance directe qu'en ce qui concerne la phrase : qui demeurait dans l'assurance et disait en son cœur : Moi et rien de plus ! (cf. Es. 47, 8) et que rien ne prouve que l'emprunt ait eu lieu du côté de notre prophète. De plus, cette parole — dont Scliwally pense avec raison qu'elle est, non une description de faits passés, mais une prophétie — ne s'est pas accomplie du temps de Sophonie : Hérodote nous apprend que les Scythes, loin de détruire Ninive, ont forcé Gyaxare et les Mèdes d'en abandonner le siège. Ce fait nous paraît militer en faveur de l'authenticité de notre verset. Il est vrai qu'Hérodote est le seul témoin de ce siège de Ninive par Gyaxare et qu'Abydène (1) ne s'accorde pas avec lui sur ce point. Mais, avec Ad, Lods HRI, nous estimons que ce n'est pas une raison suffisante pour révoquer en doute cette attaque, comme le fait Marti, D'autre part, ce verset contient le motif du châtiment de l'Assyrie. Toutefois, l'absence de cette explication n'aurait rien d'extraordinaire: exception faite pour Amos, les prophètes, n'ayant en vue que leur peuple, motivent toujours les jugements de Yahveh contre Juda, mais ne se donnent
(1) Dans EusÈBE : Chronique 1-37 (édit. Schône).
jamais cette peine quand il s'agît des païens gui, pour eux, n'ont qu'une importance secondaire.
Contre 3, 113 Scliwally a fait des objections linguistiques que Budde (p. 398) a réfutées, à notre avis, d'une façon définitive. Baudissin (p. 553 ss.) voit dans ce morceau, mais sans raison décisive, une addition à la prophétie originale de Soplionie qui se terminerait 2, 12-15.
Il n'y a aucune raison de douter de 3, 1-7. Wellliausen pense que les aramaïsmes qu'on peut relever dans ce passage sont l'indice d'une époque récente ; mais Kautzsch (1) a montré qu'ils peuvent très bien se rencontrer à la fm du vip siècle (2). D'ailleurs, on sent ici le môme sérieux moral que dans 1-2, 3. Les épithètes « rebelle, souillée, ville d'oppression » n'ont pu être appliquées à Jérusalem qu'avant l'exil. On a dit que les griefs dont il s'agit dans notre passage (iniquités sociales) ne sont pas ceux du ch. 1 et on a fait descendre la composition de notre fragment au v" et même au w^ siècle (Marti). En réalité, Soplionie en voulait, non seulement aux adorateurs des dieux étrangers, mais aux trompeurs et aux fraudeurs (crime social), 1, 9. Et puis, ici comme au ch. 1, l'auteur ne s'attaque pas au roi, mais aux classes dirigeantes, aux chefs, aux prêtres et aux prophètes, ce qui est un signe d'antiquité (cf. Jér., Ez.) : au 11'^ siècle il n'y avait plus de prophètes et dès le v^ siècle les chefs et les prêtres tendaient à se confondre (3) (Ad. Lods HLH).
(1) Graininatik des biblisch-aramœischen. Leipzig, 1884, par. 2, cf. E. Katjtzsch : Die Aramaisinen im A. T. Halle, 1902, passim.
(2) Cf. Hoo., p. 504.
(3) Remarquons cependant que dans Néhémie, comme dans les papyrus d'Eléphantine, les nobles (D''in, D''JKD etc..) sont distingués des prêtres.
On a objecté contre 3, 8 que ce verset parle de l'écrasement des païens à un endroit où l'on attendrait la mention du châtiment d'Israël. Cette interprétation repose, à notre avis, sur un faux sens. Avec P. Ewald (p. 56), Budde, Ed. Konig (p. 353) etc., nous croyons qu'ici les nations ne sont pas réunies pour l'assaut contre Israël, mais pour verser sur lui la colère de Yaliveh, exactement comme au cli.l. On répond que l'attente d'une réunion des peuples païens pour le combat devant Jérusalem n'apparaît qu'avec Ezéchiel ; cela ne veut pas dire que Sophonie n'ait pas pu avoir, lui aussi, cette idée.
3, 9-10 constitue certainement une interpolation. Ces versets interrompent l'encliaînement des idées, gâtent l'antithèse entre le v. 8 et le v. 11 et affaiblissent l'annonce du salut d'Israël au v. 11. De plus, aucun rapport n'est indiqué entre les nations qui se convertissent et celles dont la destruction est annoncée. La conversion des païens à Yahveh est une idée généreuse du Deutéro-Esaïe. Cette espérance est certes venue de conversions isolées de non4sraélites à Yahveh comme il a pu s'en produire avant l'exil (1), mais elle ne s'est développée que pendant l'exil, lorsqu'Israël eut pris conscience, au contact des religions et de la culture de l'Asie-Mineure, de la valeur de sa religion et de son importance pour les païens (Béer). Du reste, le trait du V. 10 est visiblement emprunté à Es. 18 où il a cependant un autre sens.
3, 11-13 décrivant la Jérusalem de l'avenir, purifiée par le jugement, est forcément en opposition avec l'état de Jérusalem'du vivant du prophète (v. 1-7), comme la cité qu'Esaïe voit dans l'avenir (1, 26) est en contraste
(1) Par exemple, 2 Rois, 5, 1 ss.
avec le repaire de meurtriers (1, 21) qu'il connaissait. Cependant, chez Sophonie, le peuple, quoique béni et vivant en paix, garde toujours les cicatrices des afflictions passées. Ces versets, de plus, témoignent chez leur auteur du même sentiment du péché d'Israël et de la sévérité des jugements nécessaires pour le changer que l'on peut constater au ch. 1. En outre, de même que, dans la première partie du livre, l'annpnce du jugement (ch. 1) est suivie d'une perspective de délivrance (2, 1-3), dans la troisième, à la menace du châtiment (3, 1-8), succède une promesse de rédemption (11-13). Mais l'une des parties ne peut rendre l'autre inutile, car elles forment une gradation : ce qui est présenté comme possible dans 2, 1-3, est promis dans^ 3, i 1-13. De plus, comme le remarque Budde, on pourrait difficilement se représenter après Esaïe une prophétie de malheur absolument sombre : il manquerait son 2W INU? (1). D'ailleurs, « si la séparation des « humbles du pays » du reste du peuple déchu peut être rapportée au prophète, il est vraisemblable que, pour ce petit noyau de justes, une espérance de salut ait pu trouver place dans la prédication de Sophonie. » (2)
3, 14-20 n'est pas la suite des idées qui précèdent, mais une peinture plus large du temps messianique. Au lieu de l'aspect austère et sombre de 1-2, 3 et de 3, 1-13 où Israël coupable ne pourra être sauvé que a comme par le feu )) (G. A. Smith), nous avons ici une prophétie triomphante de son relèvement et de sa gloire parmi les nations ; de son péché, pas un mot. Les jugements que le prophète a annoncés à Israël paraissent déjà
(1) Cf. Es. 10, 20-23.
(2) P. VoLz : Dia vorcxilischc Ja/nooprop/iMie uncl cler Messias. Gotlingen 1897 p. 68 en note. Cf. W. Môller : Die messianisclie Encai'tunfj (1er vorrsrilifsclien Prophcten. Gûtersloh, 1906, p. 212 s.
avoir été accomplis (15*^). Budde dit avec raison : « Entre l'état de choses décrit ici et celui qui ressort du ch. 1, il. n'y a pas seulement quelques années ou quelques dizaines d'années, mais presque un siècle. » (p. 394) Les ennemis de la communauté doivent être détruits, sans que, du reste, il soit dit comment. La mention de Yahveh trônant sur Sion comme un héros sauveur est étrange. Schwally a montré que « le boiteux et le dispersé » (v. 19) désignent, non le peuple en général, mais une partie qui est à l'étranger, par opposition à l'autre qui demeure dans le pays saint et que le v. 20 fait allusion, non au retour de la Gola, mais à la réunion des Juifs de la Diaspora. Déjà Ewald disait : a Tout ceci est un écho d'Es. 40-66. » (1) Il y en effet la même différence entre cette fin et le reste du livre qu'entre le Deutéro- Esaïe et l'auteur d'Es. 1-35 ou entre Mi. 7, 7 ss. et Mi. 6, 1 à 7, 6. A la suite de Kuenen (Ond."-^ II, p. 398) et de Stade (GVI-I, p. 645), la plupart des critiques placent la composition de ce passage pendant ou peu après l'exil. Enfin Schwally (p, 237 s.) montre en détail que la langue de ce fragment n'est pas pré-exilique.
G. Traduction
I. — ^ Parole de Yahveh qui fut (adressée) à Sophonie fils de Kousi, fils de Guedalyah, fils d'Amaryah, fils d'Ezéchias aux jours de Josias, fils d'Amon, roi de Juda.
2 Je ferai tout périr de dessus la face de la terre, oracle de Yahveh ; '^ je ferai périr homme et bétail, je
(1) Die Prophetcn des alten Blindes. Stuttgart, 1840, I., p. 372 en note, cf. en particulier Es. 52, 1 ss. ; 54, 1 ss. ; 60, 1 ss.
ferai périr la gent ailée des cieux et les poissons de la mer (1).
'' Et j'étendrai ma main sur Juda et sur tous les habitants de Jérusalem et j'extirperai le (dernier) reste de Baal et le nom des prêtres (2) ^ et ceux qui se prosternent sur les toits plats devant l'armée des cieux et qui se prosternent (3) devant Yahveh et jurent (4) en même temps par leur Mèlèk (5) ^ et ceux qui se sont détournés de derrière Yaliveli et ne l'ont point consulté.
■^ Silence devant le Seigneur Yaliveli, car le jour de Yahveh est proche, car Yahveh a préparé le repas sacrificiel (6), il a sanctifié ses invités. ^ Et il arrivera, au jour du repas sacrificiel de Yahveh, que je punirai les chefs et la maison (7) du roi qui remplissent la maison
(1) Avec la majorité des critiques nous supprimons 3^ ; en effet 1° dans le contexte, l'action de Yahveh est exprimée par des verbes à signification plus forte (New.); 2° 3b introduit un élément disparate; 8° — ce qui est toutefois moins concluant — les impies sont une classe de gens dont il n'est question que depuis Ezéchiel (Wellh.).
(2) Supprimer nTH QlpdT'ça (Marti, Sievers : Atttestainentliche Miscellen. Leipzig 1907, Fagnani, Lippl), quoique ce soit sans doute à Jérusalen que la réaction idolâtrique de Manassé atteignit son maximum d'intensité, ce qui ne pouvait manquer de révolter un Jérusalémite comme Sophonie; rayer ~DV D'''ia:>n (ScHW., Now., Fagnani, Ad. Lods, Lippl).
(3) Supprimer Diyati;:!! devant m.T'b (Hitzig, Schw., Roths- TEiN, New., Marti, Sievers, Fagnani, Hoc, Lippl).
(4) Rayer l'article de □''î;i'U7J(n)1 (LXX Alex.).
(5) Leur Mèlèk c'est-à-dire le génie lulélaire de leur ville. Avec Cyrille d'ALEXANDRiE, ScHEGG, Ewald, Keil, Orellt, Beck, Schw., Halévy, Davidson, nous préférons la leçon du T. M. qui est aussi celle des LXX (Vat.) à la leçon Milcom donnée par 6 mss. des LXX (-22, 36, 51, 95, 185, 238) et adoptée par la Peschitto, la Vulgate et presque tous les critiques modernes. L'adoration du dieu ammonite n'est du reste pas attestée en Israël (Schw.).
(6) Littéralement : le sacrifice. Nous adoptons la traduction ci-dessus proposée par H. Gressmann : UIJE p. 136.
(7) Lire ni2 et non iJl (LXX, Gr.etz, Oort, G. A. Smith, xVIarti, Fagnani, Hoc.). Avec Schw., New., Fagnani, Ad. Lods transposer S^^ et 9^.
de leur maître de violence et de fraude " et je punirai en ce jour-là quiconque saute par-dessus le seuil (1) et tous ceux qui revêtent un vêtement étranger.
'° Et il y aura, en ce jour-là, oracle de Yahveh, une rumeur de cris (venant) de la porte des poissons et une lamentation (venant) de la nouvelle ville et un grand fracas (venant) des collines. ^^ Lamentez- vous, habitants du Maktes, car il est détruit, tout le peuple de Canaan (2), ils sont retranchés, tous ceux qui pèsent l'argent. ^^ Et il arrivera, en ce temps-là, que j'explorerai Jérusalem avec une lanterne (3) et que je punirai les hommes qui reposent sur leur lie et qui disent en leurs cœurs : Yahveh ne fait pas de bien et il ne fait pas de mal. ^^ Et leur opulence sera (livrée) au pillage et leurs maisons à la dévastation et ils bâtiront des maisons et n' (y) habiteront point et ils planteront des vignes et n'en boiront pas le vin.
^•' Proche est le grand jour de Yahveh, proche et se hâtant (4) extrêmement ; écoutez ! le jour de Yahveh (est) amer, l'homme fort même (5) pousse dos cris. '■'' Un jour de colère (est) ce jour-là, un jour d'angoisse et de détresse, un jour de ruine et de ravage, un jour d'obs-
(1) A. Jeremias : Das A. T. un Llcktii des alteii Oricnis '^ Leipzig 1906 p. 603 propose de traduire ; ceux qui tnuntuiit sur le miftan. Et il explique que le niiftaa est le piédestal à marches sur lequel se trouve l'image du dieu ou le trône dans le palais royal et qu'il est fait allusion ici aux grands dignitaires qui montent les marches du trône royal (cf. 1 Rois 10, 18 ss.). Il nous paraît plus vraisemblable de voir dans notre verset l'idée de la vénération superstitieuse du seuil sur lequel l'ancien Israélite n'osait pas poser le pied par crainte des génies protecteurs de la maison qui y résidaient (cf. Es. 57, 8 ; 2 Rois 23, 8) (Ad. Lqds H R l).
(2) C'est-à-dire tout le peuple marchand.
(3) Lire le singulier pour le pluriel (LXXj Fagnâni, Lippl).
(4) Lire inDG pour inDT (Wellh., Schw., Rothstein, New., Marti, Fagnani, Lippl).
(5) Lire Da pour DU; (Marti).
curité et de ténèbres, un jour de nuage et de sombres nuées, '*' un jour de trompette et de cris de guerre contre les villes fortifiées et contre les hautes tours. '^ Je plongerai l'homme (les hommes) dans l'angoisse et ils marcheront comme des aveugles, car ils ont péché contre Yahveh, et leur sang est (sera) versé comme de la poussière et leur sève (1) comme des ordures (2). '^ Ni leur argent ni leur or ne pourra les sauver au jour ^e la colère de Yahveh et par le feu de sa jalousie toute la terre sera consumée, car il fera une destruction, même (3) une ruine soudaine (4) de tous les habitants de la terre.
II ' Ayez hOnte et soyez honteux (5)... ^ avant que vous ne ressembliez à la menue paille qui passe (6), avant que vienne sur vous l'ardeur de la colère de Yahveh. ^ Cherchez Yahveh, (vous) tous les humbles du pays qui pratiquez sa loi, cherchez la justice, cherchez l'humilité, peut-être serez-vous à l'abri au jour de la colère de Yahveh (7).
(1) Lire Dnb pour DGnS (Wellh., Schw., Now., Marti).
(2) Notons la très intéressante correction de ces derniers mots que propose Bachmann : D''SaW □('')3 (l)nS"! = et ils lécheront l'eau comme les chameaux. Epuisement extrême.
(3) Lire nK pour "|N (LXX, Peschitto, vers, arabe, Wellh., Schw., Gr.etz, New., G. A. Smith, Marti, Halévy, Driver).
(4) Lire nbna, pour nSnîJ (Gr/etz, New., Marti).
(5) Corriger en "1^27111 Tl^U^nrin (Gr/etz, Cheyne [sur Es, 29, 9], BUDDE, New., Driver, Fagnani). l^ est absolument incompréhensible.
(6) pour 2» nous adoptons la correction de Wellh., Gr/etz, OoRT, Rothstein, New., Marti, Driver, Fagnani d'après les LXX. 2e est une glose évidente de 2b; du reste, ces mots ne se trouvent pas dans la version Syro-hexaplaire, donc ne figuraient pas dans le texte primitif des LXX.
(7) Voir au paragraphe précédent la discussion de rautheniicité de ce verset. Citons comme curiosité la correction de A. B. Ehrlich adoptée par Fagnani : "iW pour lUV.
■• Car Gaza (1) sera abandonnée
Et Ascfalon réduite en désert ; En plein midi on expulsera (les iiaMtants d') Asdod
Et Eqron (1) sera déracinée.
^ Malheur aux habitants de la région maritime,
(2) A la nation des Kéréthiens ! (3) Et je te détruirai, en sorte qu'il ne reste plus d'habitants',
(4) Terre des Pliilistins !
^ Et tu seras changée (5) en pâturage (6) pour les bergers Et en parcs à petit bétail ;
(1) Les paronomasies à propos des noms de Gaza et d'Eqron ne peuvent être traduites; notons pour mémoire l'essai, pas très heureux du reste, de Riickert : H'ibrœische Proplieten. Leipzig, 1831 : Ga:~^a tsergessea loirds Uiid Ekron wii-d lungeackcrt (Ewald : entackcrt) . Reuss propose : '^;?^a/(, en aura assez, 'Eqrôii sera effrénée.
(2) Supprimer pour le rythme a La parole de Yaltcek est contre tous », qui n'ajoute rien au sens et, avec Now., Marti, Fa- GNANi, transposer « Terre des Philistins » à la fin du verset.
(3) Kéréthiens = Pliilistins (cf. I Sam. 30, 14 ; Ez. 25, 16), sans doute à cause de la légende qui les faisait originaires de l'île de Crète (Hérodote 1-173 : Am. 9, 7 ;. et. Deut. 2, 23 ; Jér. 47, 4). Cf. le P. Lagrange : Le licre des Juges. Paris, 1903, p. 262 sa. Ad. LoDs et Stade GVI l, p. 142 pensent que les Philistins étaient des Sémites fixés en Crète, puis chassés de cette ile par des envahisseurs de race grecque. Winckler : Altorientalische Forschungen. Leipzig, 1902, III, p. 232 s., croit qu'il s'agit ici des vrais Cretois. Voir aussi F. Hitzig : Urgeschichie and Mjjtholoffie der Philister. Leipzig, 1846. — M. Mûller : Die Urheimat der Philister dans : Mitteilungen der vor doras iatischen GesellscJiaft. Berlin, 1900.
(4) Rayer Canaan (Wellu., New., Marti, Fagnani).
(5) Corriger : et elle sera changée en : et tu seras changée (Marti, Fagnani, Lippl), supprimer les mots : la région maritime (LXX, Wellh., Schw., Rothstein, New., Marti, Driver, Fagnani, Hoo., LippL).
(6) Supprimer m3, glose venant de Kerethini du verset précédent (cf. BÔHME : Zu Malcachi and Haggai ZATW,1887, p. 212, en note) ou diltographié' erronée et mutilée après coup de nil qui précède (Rothstein), suppression adoptée par Schw., Rothstein, Siegfried und Stade: Hebrœisches Wœrterbuch .zaïii A. T. Leipzig, 1893, p. 299, Marti, Driver, Fagnani, Lippl.
^ (1) Dans les maisons d'Asqalon ils (2) se coucheront, Au bord de la mer (3) ils feront paître (leurs trou-
[peaux).
'^ Vous aussi, Kousites,
Vous serez percés de mon épée.
Eux (4)
^3 Et il étendra (5) sa main vers le Nord Et il détruira Assur.
Et il fera de Ninive une désolation.
Une terre aride comme la steppe ; '■' Au milieux d'elle se coucheront des troupeaux, Tous les animaux de la terre (6). •
(1) Rayer dans 7^ les mots: ot la région (niarttiinc) appartiendra au reste de la maison de Juda (Wellh., Now., Marti, Fagnani, Béer, Hoo., Lippl), transposer pour le rythme la fin de 7a avec 7ba (New., Marti), supprimer 7^^ (Wellh., New., Marti, Fagnani, Hoc, Lippl).
(2) Ils c. a. d. les nomades arabes ccnus du S. (Wellh., Marti).
(3) Au lieu de Dn^Sî? == sur eux, lire DirTlV = au bord de la mer (Wellh., G. -A. Smith, Oort, Rothstein, New., Marti, Driver, Fagnani, Lippl).
(4) Nous n'avons ici que le début d'un développement écrit dans le mètre de la qîna (cf. v. 4-7 ; 13-15) et qui devait avoir trois vers de deux hémistiches chacun : 13^ est le dernier vers de la seconde strophe. Le mot : eux, qui n'a pas de sens ici mais que nous ne voyons aucune raison de supprimer, était sans doute le commencement du second hémistiche perdu. W.-R. Smith (Enc.
brit.) dit que Kous désigne l'Eg-ypte, parce que Psammétique a été l'héritier de la grande dynastie éthiopienne. Du reste, jus-
que dans les temps les plus récents, l'Egypte est appelée Kous (New.).
(5) Avec la plupart des critiques, lire rrCI pour "Dt! (cf. Kautzsch : Hebrœische Grammatik-^ Leipzig 1889, par. 109 2 b).
(6) Supprimer lia que les exégètes n'arrivent pas à traduire d'une façon satisfaisante et qui est peut-être une dittographie de aa qui suit et suppléer ici yixri lu par tous les mss. desLXX, le Targum, la vers, arabe.
Le pélican comme le gippod (1) Logeront dans ses chapiteaux,
Le hibou (2) chante à la fenêtre,
Le corbeau (3) se tient sur le seuil (4).
'"' (5) La voilà, la cité fière
Qui demeurait dans l'assurance,
Elle qui disait en son cœur : Moi Et rien de plus !
Gomment est-elle devenue un désert,
Un repaire pour les bêtes ?
Quiconque passeVa la sifflera
Et agitera la main.
" (5.) Yahveh sera terrible pour eux, car il fera évanouir tous les dieux de la terre et, chacun de son lieu (6), (les habitants de) toutes les îles des nations se prosterneront devant lui.
III ^ Malheur ! (ville) rebelle et souillée ! cité d'oppression ! 2 Elle n'écoute aucun avis, elle n'accepte aucune correction, en Yahveh elle ne se confie pas, de son Dieu elle ne s'approche pas. ^Ses princes au milieu
(1) Nous renonçons à identifier le qippod ; on y a vu le hérisson (LXX, VULG., Wellh., New., Makti, Hoc, etc.), le butor (HrrziG, Cheyne, G. A. Smith), le corbeau (Dillmann), le i)orcépie (Fagnani).
12) Pour Sip — èoix, lire D13 = Idboa (Orelli, Wellh., RoTHSTEiN, New., G. A. Smiïh, Marti, Dkiver, Fagnani, LippL, etc.).
(3) Pour :nn = séc/wresso, lire 2iy = corbeau (LXX, Vulg., EwALD, Wellh., Gr.etz, Bachmann, Oort, Now., G. A. Smith, Marti, Halévy, Driver, Fagnani, Lippl etc.).
(4) La fin du v. 14 dans le T. M. est inintelligible ; ces ti'ois mots doivent venir des lettres du pi-eniier membre du v. 15 (Buhl, Schw,, peut-être Now., Marti, Lippl).
(5) Voir le paragraphe précédent.
(6) D'après le sens de ce mot dans plusieurs passages de l'A. ï. et en arabe, ce terme doit désigner ici les lieux saints. Rien ne s'oppose à l'attribution de cette idée à Sophonie.
d'elle sont des lions rugissants ; ses juges, des loups du soir~: ils ne.... (1) pas au matin ; ''ses prophètes sont des vantards, des hommes perfides ; ses prêtres profanent ce qui est saint, ils violent la Thorah (2).
^ Yahveh (seul) est juste (3) au milieu d'elle, il ne fait pas d'iniquité ; tous les matins il établit son jugement pour donner la lumière (4), il ne manque pas, mais l'homme inique ne connaît pas la honte.
" J'ai retranché les nations, leurs tours ont été détruites, j'ai dévasté leurs routes en sorte qu'il n'y a plus de passants, leurs villes ont été saccagées en sorte qu'il n'y reste plus personne, plus un (seul) habitant. ^J'ai dit (5) : Au moins elle me craindra, elle acceptera la cor-
(1) Toutes les tentatives pour traduire le verbe dlJ ont été vaines ; avec la plupart des critiques, nous laissons ce mot en blanc.
(2) C.-à-d. non les prescriptions écrites, comme le veut Lippl (p. 26) et aussi Baudissin : Gescldclite des alttestamentlicheii Priestertains. Leipzig 1889, p. 242 qui pourtant place tout ce chapitre avant la réforme de Jdsias, mais l'enseignement oral du prêtre (Wellh. : Prolegoinena ;sur Gesckickte Israels 2. Berlin 1883. Ch. 10). Cf. Ez. 7, 26 ; 22, 26 ; 44, 23 ; Ag. 2, 11 ; Mal. 2, 7. 8.
(3) Ce mot a choqué bien des critiques. Cependant Jér. 12, 1 emploie ce terme dans un sens analogue ; Schw. et Duhm, il est vrai, ont déclaré ce passage secondaire, mais W. Erbt : Jerciiiia und seine Zeit — Gôttingen 1902, p. 174 a maintenu son caractère primitif. Cf. Ex. 9, 27. Voir Budde, p. 398. E- Kautzsch : Ueber die Derioate des Staminés pTÏ im alttestamentlichen Sprachgebrauc/i. Tûbingen 1881 établit que pTjî est une conception purement formelle et qui a servi d'enveloppe au cours des temps aux idées les plus diverses. Cf. Wildeboer : Die œlteste Bedeutung des Stammes pTJ-ZATW 1202, p. 167-169. — W. R. Smith : The Prophets of Israël — Edinburgh 1882, p. 388, note 12.
(4) Avec Hoc, corriger IInS := comme lumière en "I^nS (pour 1\S'nS)= pour donner la lumière.
(5) Avec Wellh., Oort, Rothstein, New., G. A. Smith, Marti, Fagnani, I,ippl, corriger, dans les deux premiers verbes suivant : J'ai dit, la 2" personne en 3° personne.
rection et de ses j^eux (1) ne s'effaceront point tous les (crimes) pour lesquels je l'ai punie (2) ; mais ils n'ont mis que plus de zèle (3) à corrompre toutes leurs actions. ^ C'est pourquoi, attendez-moi, oracle de Yahveli, au jour où je me lèverai comme témoin (4), car c'est mon arrêt de réunir les nations, d'assembler les royaumes pour verser sur eux (5)mon courroux, toute l'ardeur de ma colère, car, par le feu de ma jalousie, toute la terre
sera consumée (6). " Car (7) " En ce jour-là, tu ne
seras plus confuse à cause de toutes tes actions (8) ; car alors je chasserai du milieu de toi les (hommes) joyeux qui sont ton orgueil et tu ne continueras plus à te glorifier sur la montagne de ma sainteté. '^ Mais je laisserai comme Reste au milieu de toi un peuple humble et pauvre et ils chercheront un refuge dans le nom de
(1) Au lieu de nJiyD = de sa demeure, lire niJiya = de ses yeux (LXX, Peschitto, Gr^tz, Oort, Rothstein, Now., G. A, Smith, Marti, Driver, Hoo., Fagnani, Lippl).
(2) Littéralement : 7ie périra pas tout ce pour quoi je l'ai visitée.
(3) Littéralement : ils s'y sont mis do bonne heure.
(4) Pour 7yS = dans l'aoenir ou pour le butin, lire IV^zn comme témoin (LXX, Peschitto, vers, arabe, Hitzig, Orelli, Wellh, Budde, Gr^tz, Rothstein, Now., G. A. Smith, Marti, Driver, Hoo., Fagnani, Lippl etc.). Notons, par curiosité, que ce verset est le seul de la Bible hébraïque où toutes les lettres de l'alphabet soient réunies (Lippl, p. 126).
(5) Sur eux, c'est-à-dire sur ceux qui se sont hâtés de corrompre leurs actions, sur Israël coupable. Voir le paragraphe précédent.
(6) Aucune raison pour suprimer la fin du verset ; son manque d'originalité ne peut la taire attribuer qu'à l'auteur de 1, 18.
(7) Nous sommes enclin à croire que ce mot, qai n'a pas de sens dans le contexte actuel, commençait un développement exprimant la même idée que les versets précédents ; un lecteur aura supprimé ce fragment et l'aura remplacé par la promesse de la conversion des païens qu'on lit aux v. 9 et 10.
(8) Rayer avec Fagnani après : toutes tes actions les mots : par lesquelles tu as péché contre moi.
Yahveli. ^^ Ceux du Reste d'Israël ne commettront pas d'iniquité, il ne diront pas de mensonge et il ne se trouvera pas dans leur bouche une langue trompeuse ; car ils paîtront et ils se coucheront et il n'y aura personne pour les faire trembler.
D. Date
La suscription de notre livre place l'activité prophétique de Sophonie au temps de Josias (637-608). La mention du titre : roi de Juda appliqué au souverain montre que cette indication n'est pas du prophète luimême ; un contemporain aurait dit simplement : au temps du roi Josias (cf. Es. 6, 1) (1). Il n'y a du reste aucune raison de suspecter l'historicité de ce renseignement. Smend (2) pense que la tradition juive déposée dans les suscriptions est très précieuse et la plupart du temps digne de foi (3).
Notre prophète menace l'Assyrie (2, 13-14) : par conséquent, cet empire existait encore à l'époque où il écrivait. Nous sommes donc avant 606. D'un autre côté, le culte de l'armée des cieux était généralement célébré de son temps (1, 5) : ceci nous reporte au temps du syncrétisme introduit par Manassé (693). 693 est donc le terminus a quo.
Il est plus aisé encore de fixer avec précision le tet^minus ad quem. Sophonie a certainement écrit avant la réforme de Josias (621). En effet, la mention du culte des baals, de l'adoration des astres sur les toits, de l'imitation du paganisme jusque dans l'entourage du roi (1, 4-9) montre que Josias, en raison de son âge et
(1) Ad. LODS HLH.
(2) Aninerkungen su Jcs. 24-27. ZATW, 1884, p. 224.
(3) Voir du reste ci-dessus ch. I.
des circonstances polUiques, n'avait pas osé, en dépit de ses bonnes dispositions envers le groupe des prophètes,, abolir les cultes rendus aux dieux de son suzerain, le roi d'Assur, ni secouer la tutelle des princes du sang, partisans du syncrétisme religieux (1). Et puis, comme le fait remarguer L. Gautier (p. 634), si notre livre était postérieur à la réforme, il y aurait dans sa terminologie des Influences sensibles de la langue deutéronomiste.
Presque tous les critiques adoptent cette opinion. Cependant, à la suite de Tliéod. de Mopsueste, de D. Kimhi etd'Abrabanel, quelques exégètes (Eiclihorn, Maurer, Htiverniclc, Hitzig, Keil, Delitzscli(2), Kleinert, Beck, Leimbach, Montet (3), Lippl etc.) pensent que Soplionie est postérieur à la réforme de 621. Scliulz (p. 6) le place même tout à la fln du règne de Josias. Ces critiques voient dans Soph. 1, 16 un écho de Deut. 28, 52; cf. Soph. 1, 13 et Deut. 28, 39(4); Soph. 1, 17 et Deut. 28, 28-29 ; Soph. 3, 5 et Deut. 32, 4. Mais les passages invoqués sont trop généraux pour qu'on puisse sérieusement s'appuyer sur eux. Ils allèguent ensuite que l'expression : reste de Baal (1, 4) n'est possible qu'après 621. En réalité, 7^esie signifie ici derniers vestiges (5). Cependant 2 Ghr. 34, 3 parle d'une réforme accomplie par Josias la douzième année de son règne : le reste pourrait désigner ce qui a survécu à cette première tentative. Mais cette réforme n'offre pas de
(1) Ad. LODS HLH.
(3) Histoire de la religion d'Israël. Cours inédit. Faculté de Théologie de l'Université de Genève, 1906-1907.
(4) Orelli a montré qu'il y a plus de rapport encore entre le passage de Sophonie et Am. 5, 11.
(5) Cf. Es. 14, 22 ; Am. 1, 8 ; 9, 1. 12.
garanties sérieuses d'historicité. D'ailleurs, à notre avis, Baal doit désigner tous les cultes idolâtriques, y compris celui de Yaliveh (1). Delitzsch invoque aUssi la condamnation des fils du roi (1, 8) : il pense qu'il s'agit des fils de Josias qui, avant la réforme de 621, étaient trop jeunes pour être condamnés et qui, plus tard, devinrent si mauvais que le châtiment tomba sur eux. Mais ici les LXX ont la leçon originale : maison du roi. Cependant, l'expression : fils du roi peut s'appliquer aux membres de la l'amille royale ayant dans leurs ancêtres un roi qui n'est pas nécessairement le prince régnant (2). Kleinert, Delitzsch, Ed. Rupprecht(p. 275) et quelques autres, d'après l'ordre des livres dans le canon, placent Sophonie après Habaquq. Mais cet ordre n'est pas chronologique (cf. Osée, Joël, Amos) ; Sophonie, en réalité, se place entre Nahum et Habaquq. Ces critiques s'appuient aussi sur le : Silence devant le Seigneur Yahveh (1, 7) où ils voient une citation de Hab. 2, 20 (3) ; mais cette phrase est trop générale pour être décisive (4) et puis, s'il y a eu emprunt, ce peut avoir été du côté d'Habaquq. Ed. Kônig (p. 352 s.) descend même jusqu'à la période de réaction qui suivit la mort de Josias (608) ; il pense que les mots du titre : dans les jours de Josias sont une inférence tardive et erronée de 1, 4. Il est vrai qiie le culte de l'armée des cieux reprit une grande extension sous Yoyaqim (5), mais cela ne signifie pas qu'il n'ait pu être répandu au point où Sophonie le dit du temps de Josias. D'autre
(1) Voir ci-dessous ch. III, 2''-B.
(2) Cf. 1 Rois 22, 2b ; 2 Rois 11, 2 ; Jér. 36, 26 ; 38, 6.
(3) Cette idée se trouve déjà exprimée par F. B. Kôster : Die Propheten des A. luid N. T. Leipzig, 1838, p. 111.
(4) Cf. Zach. 2, 17.
(5j Cf. Jér. 7, 18.
part, au règne de Yoyaqim convient bien l'indifférence décrite 1, 12 et qui se comprend après la faillite de la grande réforme de 621 ; mais elle est bien plus compréhensible après la longue période de paix qui précéda l'avènement de Josias, sans compter que l'omission du roi 1, 8 n'est possible qu'au temps de Josias qui a eu une longue minorité et non à l'époque de Yoyaqim et Kônig est obligé, pour établir sa thèse, de supprimer purement et simplement -cette phrase. Le même critique estime que la menace aux Kousites (2, 12) ne s'explique ■ qu'après la déportation en Egypte de Yoahas et que l'oracle contre Ninive (2, 13-15 ; cf. 3, 6) ne peut être placé qu'au milieu du règne de Yoyaqim. Il nous paraît plus naturel de mettre la composition de ces menaces après une première expédition scythe vers l'Egypte suivie d'un brusque retour vers le Nord (1). Lippl (p. 19) invoque à l'appui de sa thèse, qui est aussi celle d'Ed. Kônig, le fait que Jérémie, qui écrit certainement après 621, observe vis-à-vis de Josias la môme attitude que Sophonie, tandis qu'il parle très sévèrement de Yoyaqim (2) et de Jéconias (3). En réalité, Jérémie aurait eu bien mauvaise grâce à s'attaquer à Josias qui avait essayé de rétormer Juda dans le sens des exigences prophétiques et qui ne pouvait être rendu responsable de l'échec de sa tentative. Notre critique (p. 21 ss.) s'appuie encore sur le fait que l'état de Jérusalem, tel qu'il se dégage du livre de Jérémie, est plus sombre encore que le tableau qu'en fait Sophonie et il ajoute que le pessimisme de ce dernier ne s'explique qu'après la réforme et non quand elle se préparait.
(1) Voir ci-dessous même paragraphe,
Cela montre que la réforme de 621 n'a pas eu le caractère déïinitif qu'on lui a prêté dans la suite et que, si elle a eu une grande inlluence théorique, elle n'a rien changé pratiquement à l'état moral et religieux de .Tuda. De plus, nous avons dit que Sophonie n'a pas dû prendre part à un mouvement quelconque de réforme (1).
Notre prophète appartient donc à la partie dii vip siècle comprise entre 693 et 621. Ne pourrait-on pas préciser davantage ?
Manassé monta à l'âge de 12 ans sur le trône de son père Ezéchias. Après quelques années de paix, Assarhaddon succéda à Sanchérib (681) et envahit la Syrie trois ans plus tard. Il s'empara de la péninsule du Sinaï, ancien apanage de l'Egypte, détruisit Sidon, maik échoua devant Tyr. Il réussit cependant à imposer un lourd tribut à 22 principicules palestiniens, parmi lesquels celui de Juda. Dans un temps où le vassal devait adorer les dieux de son suzerain, cette dépendance amena Manassé, comme naguère Achaz, à ouvrir les portes de son pays à l'idolâtrie étrangère. Il reconstruisit Tes hauts lieux qu'Ezéchias, sous l'influence d'Esaïe, avait détruits d'autant plus facilement qu'ils avaient été dévastés par les Assyriens en 701 (2).
Du reste, l'état d'âme du peuple encourageait cette attitude du souverain. En effet, les uns, attribuant l'abaissement de Juda à la colère divine, cherchèrent à faire revenir leur dieu national à de meilleurs sentiments; pour cela, ils employèrent des moyens extraordinaires : sacriflces d'enfants par exemple et en parti-
(1) Voir ci-dessus, ctiap. I.
(2) Ce n'est pas l'opinion de Stade, GVI, I, p. 627 ss. Voir aussi : Stadk : Miscellon : Anmorkungen ^u 2 F{œ..i.5-21. ZATW. 1886, p. 186 ss. Cf. Ad. Lods, H RI. '
culier des premiers-nés (1). D'autres s'imaginèrent que si Yahveli n'avait pas délivré son peuple, comme en 701, c'est qu'il ne l'avait pas pu et ils se tournèrent du côté des divinités adorées par les vainqueurs et qui, certes, devaient être plus puissantes que leur dieu vaincu : de là le développement que prirent à cette époque les cultes et les rites étrangers, assyriens en particulier (2) : le culte de l'armée des cieux (3), l'encens (4). D'autres, enfin, crurent à une vengeance des anciens baals cananéens supplantés par Yaliveh : de là une recrudescence des vieux cultes palestiniens, avec leurs orgies,, entre autres celui de la « reine des cieux » (5). Des pratiques
(1) Mi. 6, 7; Jér. 7. 31 ; Ez. 20, 25-26 etc.. montrent que c'était bien à Yahveh qu'ils étaient ofïerts. 2 Rois 17, 31 y voit un emprunt aux Babyloniens; mais Ad. Lods, H RI a montré que jusqu'à présent les textes cunéiformes ne fournissent aucun exemple avéré des sacrifices humains chez les Babyloniens et que cette coutume barbare, procédé exceptionnel pour se concilier là faveur divine (Jephté, Abraham, Mésa) est bien plutôt un cas d'atavisme, d'atavisme hébraïque peut-être — il est fort possible que les ancêtres pré-yahvistes d'Israël, comme les anciens Arabes, aient pratiqué déjà ces usages dans le désert, — d'atavisme cananéen surtout — les fouilles palestiniennes, corroborant les témoignages historiques, attestent la fréquence en Canaan de ces immolations d'enfants — ; Cf. R. Smend : Lehrbnr/i, (/or alttestamenUichen Religionsgesckichte". Freiburg i/B1899, p. 273. Dans la suite de ce travail, .nous désignerons cet ouvrage : Smend 2.
(2) Avec G. -A. Smith (II, p. 8), nous plaçons à l'époque de Manassé le texte Am. 5, 26 ss. où l'auteur accuse Israël dans son ensemble d'adorer les divinités astrales d'Assyrie (Cf. 1, p. 204, 205) et, avec Ad. Lods, HLH, nous assignons à cette période la composition de Mi. 6, 1-8.
(3) Preiswerk (p. 7) pense que ce culte désigne la religion de Zoroastre, « importée à Jérusalem depuis la Chaldée » ; cf. EWALD, Reinke.
(4) Voir par exemple Jér. 6, 20.
(5) Jér. 7, 16-18. 44 ; 44, 17. 18. Ad. Lods, HRI pense que c'était une divinité cananéenne contre Wellh. qui en fait une déesse assyrobabylonienne de l'étoile du matin: Israelitischeuncljudische Gesc/iic/ite. Berlin, 1894, p. 127. Cf. Reste arabischen Heiden-
pré-yahvistes réapparurent : le culte des morts (1), celui dont Ez. 8, 7-12 dit qu'il était adressé aux « ordures », c'est-à-dire aux Jaux dieux Israélites, peut-être celui de Gad et de Méni (2). Les prbpliètes protestèrent, mais une persécution, mal connue du reste, leur ferma la bouche (3). Pendant 70 ans environ, il sembla que l'ère' du prophétisme était close.
Cependant Assarhaddon (681-668) marcha contre l'Egypte et, vers 670, prit Thèbes au pharaon éthiopien Taharka, puis il mourut. Avec son successeur Assourbanipal (668-626) commence le déclin de l'empire ninivite.. Ce prince perdit l'Egypte, puis, aux environs de 665, avec l'aide de ses tributaires palestiniens, il renversa Taharka, prit Memphis et établit le long du Nil une série d'états vassaux. Il réussit à étouffer en 663 une révolte dans ces régions et reprit Thèbes (4). En 662, Tyr céda. Mais l'empire assyrien était trop vaste : il était impossible à un seul homme de le gouverner. Une révolte générale éclata en 652. Assourbanipal réduisit Elam et Babylone (649), puis Hauran, Edom, Ammon, Moab, Madian et l'Arabie du N. (647 et 645). Il peut se faire que, lorsqu'à son retour il traversa la Palestine occidentale pour aller punir Ushu et Acco, il ait châtié Mànassé avec d'autres rebelles (5). Mais il
tuincs-Ski:szcn und Vorarbeilen-. Berlin, 1887, III, p. 41. Voir aussi NôLDEKE ZDMG, 1887, p. 710. — Smend - p. 272, pense que c'est une parhôdré féminine de Yahveh.
(1) Au syncrétisme de cette époque Ad. Lods, HRI a consacré un remarquable chapitre dont nous n'avons fait qu'indiquer les grandes lignes. Cf. B.ethgen : Beitrœgc, p. 254 ss. — Pour le culte des morts, voir surtout 2 Rois 21, 6 ; Es. 8, 19.
(2) Es. 65, 11.
(3) 2 Rois 21, 16; Jér. 15, 4,
(4) Cet événement eut un retentissement considérable dans, toute la fin du siècle (Nahum).
n'est pas exact, comme le veut le chroniqueur, que Manassé, à son retour de Babylone (y est-il vraiment allé ?), ait aboli en Juda tous les cultes sauf celui de Yahveh, car, sous Amon, le syncrétisme ne semble avoir subi aucune éclipse.
. Amon. fut assassiné avant la fin de sa seconde année de règne (1) et le peuble mit à sa place son fils Josias (2). Après 645, les Assyriens ne reparurent plus en Palestine. Par contre, Psammétique I^r commença, à partir de ce moment, à s'avancer vers le N. Le relâchement du joug assyrien fut le signal d'un réveil de l'esprit national en Israël. D'autre part, n'étant plus contraints au silence par un tyran indigène ou par les exigences d'une alliance étrangère, les prophètes purent de nouveau élever la voix.
Mais, de l'extrême Nord, des hordes sans nombre et sans nom se déversèrent sur la Palestine : c'est la grande invasion scythe dont parle Hérodote (MOS ss.) et dont nous pouvons nous faire une idée par ce que nous savons des expéditions échevelées des Mongols et des Tartares qui, dans les siècles suivants, suivirent à peu près le même chemin vers le Sud. Hérodote place cette invasion dans la 112® année de l'ère de Nabonassar (laquelle commence 747/746), donc en 636 ou 635 (3) et il ajoute que les Scythes parcoururent l'Asie pendant
(1) 2 Rois 21, 23.
(2) Il est intéressant de noter que, contrairement à son père et à son grand père, ce prince a un nom composé avec celui de Yahveh. Y aurait-il dans sa nomination l'indice d'un changement dans les dispositions religieuses du peuple ?
(3) Cf. WiLDEBOER : Die Literatur des A. T. nach der ZeltfoUje hrer Entstehung — trad. ail. de F. RiscH — Gôttingen 1905,
p. 191. — H. GuTHE : Goschichte des ^olkes Israël'' — Tûbingen und Leipzig 1904, p. 234 ss. — Schw. recule l'invasion scythe en Syrie jusqu'en 615.
28 ans (1). Dès les dernières années de Sargon (721-705), on les voit apparaître dans l'empire assyrien (2). En 630 (3), ils traversèrent le Caucase et, en 626, ils atteignirent les confins de l'Egypte. Ils durent suivre le chemin de l'armée assyrienne au viipsiècle et traverser la Palestine par le Hauran, la plaine d'Esdrelon et, la côte pliilistine (4). Psammétique pr (663-610) (5), au dire d'Hérodote (1-105), acheta leur retraite et ils s'en retournèrent. Juda ne fut pas atteint, mais la consternation fut grande (6).
C'est dans ces circonstances que s'explique le mieux l'oracle dé Sophonie. Il déclare, en effet, comme Amos, que le jour de Yahveh est proche. Et puis, la description qu'il fait de l'état des classes dirigeantes convient très bien à cette époque : plus tard, elles n'auraient plus eu aucun intérêt à faire leur cour à l'Assyrie en adoptant ses coutumes et ses cérémonies cultuelles.
La plupart des critiques depuis C. F. Cramer (7) pensent que Sophonie fait allusion aux Scythes (8). Cette
(1) Dk Saulcy : Recherches sur la Chronologie des enifàres de Niiiice, do Babijlone et d'Ecbalaiie. Paris 1849, p. 79 pense qu'il s'agit de 8 ans, non de 28. — cf. Lenormant : Lettres assijriolorjiqucs. Paris 1871, p. 83.
(2) ï\. WiNCKLER : Geschlchle Babijlonlens und Assyriens. Leipzig 1892, p. 268 ss.
(3) Ces dates de l'expédition des Scythes sont très controversées. Cf. LipPL, p. 14.
(4) Il subsiste du reste dans cette région des traces possibles de
leur passage : le nom de Bethsean de Manasse change en celui de Scythopolis (cf. 2 Mac. 12, 29 ; Judith 3, 11 [LXX] ; Jug. 1, 27 [LXX]). Hérodote (1-105) nous dit qu'ils s'emparèrent d'Asqalon.
(5) Ed. Meyer : Geschichte des AUertliums. Stuttgart 1884'. I, p. 601.
(6) Cf. G. A. Smith, II, p. 5 ss.
(7) Scijtliische Denkniœler in Palœsiina. Kiel und Hamburg 1777.
(8) Une très intéressante confirmation de cette manière de voir par les inscriptions cunéiformes est exposée par W. St^rk : Das assijrische Wellreic/i ini Urteil der Proj)heten. Gôttingen 1908, p. 161 ss.
idée a cependant rencontré une certaine opposition (1). Schw'ally (p. 216 ss.) pense cfue notre prophète a en vue les Egyptiens. Certes, l'Egypte devait convoiter l'empire assyrien à son déclin. Mais ce ne doit pas être une nation aussi connue d'Israël qui avait pour mission d'accomplir le jugement de Yaliveli ; de plus, l'Egypte elle-même (Kous) est menacée de l'épée de l'envahisseur et Schwally est obligé, pour établir son hypothèse, de supprimer 2, 12. Halévy (2) pense à l'Assyrie et son principal argument est que, Moab et Ammon n'étant pas sur le chemin des cavaliers scythes, il ne peut s'agir de ces ennemis. L'inauthenticité de 2, 8 10 suffit à faire crouler cette hypothèse. Strauss, A. Kahle (3), Keil, Schlatter (4), Elzas, L. Gautier, Lippl et quelques autres pensent qu'il s'agit des Babyloniens sous Nabopolassar . Assourbanipal venait de mourir (626) ; mais Babylone dépendait encore de l'Assyrie qui restait maîtresse de l'Occident, et rien dans l'histoire ni dans la position des Ghaldéens à cette époque ne pouvait faire penser qu'ils pussent devenir les maîtres du monde. De plus, Sophonie décrit la ruine de Ninive comme subséquente à l'invasion de la Philistie, tandis que les Ghaldéens envahirent la Philistie après la chute de Ninive. Enfin, il semble qu'une raison d'inimitié entre Babylone et Israël aurait été indiquée (5). Certains critiques (6) ont soutenu que Sophonie n'a pensé ni aux
(1) JÉRÔME, Cyrille d'Alexandrie, Maurer, Strauss, Knobel, H^VERNiCK, Reinke, Delitzsch, Kuenen, Knabenbauer, Lippl etc..
(2) Recherches bibliques. Paris 1905 III p. 836.
(3) Biblischo Eschatologie. Gotha 1870 p. 172.
(4) Einleltung lu die Blbel. Calw und Stuttgart 1889 p. 230.
(5) Pour plus de détails voir H. Ewald : Gescklehie des Vulkes Israël. Gôttingen 1866. III p. 742 ss.
(6) BUDDE, H. Gressmann : UIJE, p. 146 etc..
Scythes ni à un ennemi quelconque, que sa conception du jour de Yaliveli est purement mytiiologique. Nous reviendrons sur ce sujet. Que l'idée que notre prophète se fait du jour de Yahveh renfermé des éléments mytiques, cela est pour nous hors de doute ; mais nous nous rallions à l'opinion qui voit dans les propliètes des « oiseaux de tempête » jetant à leurs concitoyens coupables, comme un appel de trompette, leur cri d'alarme lorsqu'ils pressentent que la destruction de Juda est décidée par Dieu et qu'elle va s'accomplir, noU: par des moyens naturels (primitivement par Yahveh lui-même se manifestant dans ces phénomènes) — ce qui est, nous le verrons-, l'idée populaire —, mais par un ennemi historique, concret, dont le Dieu vengeur fait son instrument.
Sophonie dut prophétiser après la randonnée scythe que nous avons rappelée et qui était pour lui « un. échantillon de ce que les Scythes pouvaient faire, et un avant-goùt de ce que Yahveh allait les charger d'accomplir » (Ad. Lods HLH) (1). En effet, au cours de cette invasion, leurs hordes n'ont pas atteint Juda et beaucoup de critiques se sont basés sur ce fait pour décla-, rer que Sophonie ne les avait pas en vue. Ce nouveau raid des cavaliers scythes devait, dans la pensée du prophète, suivre le même chemin, vers l'Egypte.
Les Scythes paraissent être visés par Jérémie (2) et ce sont eux qui ont du inspirer la peinture d'Ez. 38, 3 ss. ; du reste Ez. 38, 8.17 fait allusion aux prophéties de Sophonie et de Jérémie sur les Scythes (3) et
(1) LIPPL (p. 28) qui suppose que Sophonie pensait aux Babyloniens, admet que notre prophète s'est servi, pour sa description de l'invasion ennemie, des souvenirs que lui avait laissés le raid des cavaliers scythes.
(2) Cf. la forme originale de 4, 6 à 6, 30.
(3) Cf. Wellh. : Isr.-Jdd. Gesch. p. 110 en note.
fait remarquer que la seconde invasion annoncée par celui-ci. n'a pas eu lieu (1) ; quant à Jérémie, qui avait aussi prédit leur retour, l'invasion chaldéenne vint, un quart de siècle après, donner raison à sa prophétie ; aussi, lorsqu'il rédigea ses anciens oracles, le flt-il en désignant l'ennemi qu'il avait annoncé par des traits pouvant s'appliquer aussi bien aux Scythes qu'aux Chaldéens.
Nous pouvons donc placer la composition du livre de Sophonie vers 625 (2).
C'est, du reste, aux environs de cette date que s'arrêtent la plupart des critiques. Citons, à titre de curiosité, deux opinions émises par leurs auteurs comme des axiomes, mais sans aucune espèce de preuve. M. Vernes (3) voit dans notre livre une « œuvre lilDrement composée aux temps du second temple, selon les règles de la pseudépigraphie. » E. Havet (4) place Sophonie à la fin du second siècle. Plus récemment. Ed. Dujardin met notre prophète au iif siècle ; mais cette opinion repose sur un a priori : l'authenticité
(1) ToY et Kr.'ETZschmar l'ont ressortir que, dans l'oracle d'Ezéchiel sur Gog-Magog, il y a deux recensions parallèles : 39, 1-8 est un doublet de 38, 18-23, caries deux morceaux annoncent la destruction de Gog et de 39, 9-20, car tous deux contiennent l'idée d'un repas sacrificiel pour les bêtes. Dans 39, 1-8, Gog est poussé par Yahveh contre Israël, de même dans 38, 3 9 ; par contre, dans 38, 10-16*, il agit de lui-même. Donc 38, 3-9. 16 b. 17. 39, 1-8 (B) d'un côté et 38, 10-16*. 18-23. 39, 9-20 (A) de l'autre vont ensemble (39, 21-29 étant une glose postérieure) et ces critiques admettent que les prophéties plus anciennes dont parle la récension B ne sont pas autre chose que la récension A. Cf. H. Gressmann UIJE p. 182.
(2) En 625, Josias avait 20 ans :" nous ne croyons pas qu'on puisse descendre plus près de 621, car l'omission du roi 1, 8 deviendrait alors incompréhensible.
(3) Grande Enci/clopédie. — Ai-ticle : Sophonie.
(4) La modernité des prop/uHes. — Revue des Deux- Mondes. 1" août 1889, p. 518.
intégrale du livre ; notre auteur écrit: «Pour faire d'un écrivain manirestement imité du second Esaïe le contemporain de Josias, il fallait, comme Reuss, fermer volontairement les yeux ou, comme les critiques qui l'ont récemment étudié en Allemagne, déclarer interpolée la majeure partie du livre. » [Op. cit. p. 51).