‹ Introduction au Recueil de chartes et pièces relatives au prieuré N.D. des Moulineaux, membre dépendant prieuré N.D. de Louye, de l'ordre de Grandmont; et à la châtellenie de Poigny;Chapitre 4 sur 8 · LE PRIEURÉ DE N-D. DES MOULINE AUX · texte numérisé non relu

LE PRIEURÉ DE N-D. DES MOULINE AUX

Le prieuré des Moulineaux , de l'ordre de Grandmont, était situé, à deux kilomètres environ, vers le sud-ouest du village de Poigny , dans la commune de ce nom , canton et arrondissement de Rambouillet. Il occupait l'emplacement où l'on voit encore les ruines du château de Poigny , au lieu connu actuellement sous la dénomination assez récente de Petit-Poigny. Au milieu de l'enceinte de murailles à demi ruinées, et en partie bordées de fossés, qui entoure ces ruines, s'élève l'abside semi-circulaire

■ O l'un, donné, sur récépissé du i5 mai 1657, à un nommé Gravai, inconnu, n'a pas été retrouvé. [Note de dom Nicod)

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. xlv d'une chapelle gothique qui, avant detre la chapelle du château, était celle du monastère, dont elle est aujourd'hui l'unique vestige architectural '. Nous verrons, dans la suite de cette notice , comment il arriva que, vers la fin du xvi e siècle , un manoir seigneurial soit venu se substituer au cloître austère d'une maison religieuse. Qu'il nous suffise pour le moment d'avoir déterminé l'exacte position du prieuré de Notre-Dame des Moulineaux , dont le nom est complètement oublié, et auquel aucune tradition ne se rattache plus, sur les lieux mêmes où ce monastère a subsisté pendant plus de quatre siècles, et où, par conséquent, il a dû jouir d'une certaine célébrité. Si l'ancienne existence d'une congrégation de l'ordre de Grandmont au lieu des 3Ioulineaux, dans le diocèse de Chartres, n'était point tout à fait inconnue ; si elle se trouvait mentionnée dans des recueils imprimés' ou manuscrits 1 , on ignorait du moins la véritable situation de ce monastère, et surtout son identité avec une localité du même nom , nommée sans autre désignation dans quelques anciens titres, ou figurant au nombre des fiefs qui constituèrent plus tard le duché-pairie de Rambouillet 4 . Cette situation et cette identité eussent été ignorées longtemps encore sans doute, si elles ne nous eussent été révélées par la découverte que nous avons faite, aux archives de Rambouillet , des titres du monastère et du fief des Moulineaux , qui forment la partie principale de ce recueil. Quelque incomplets que soient les documents que nous avons publiés, ils sont malheureusement

' Voir la Planche I.

' Hermant, dans son Histoire des ordres religieux, t. I, p. 3o4 (Rouen, 1710), cite la maison de Molinelle, au diocèse de Chartres , comme incorporée au prieuré de Louyc; mais, à l'époque où cet auteur écrivait , il y avait déjà longtemps que la maison dw Moulineaux était supprimée.

' Aux Archives d'Eure-et-Loir; dans le»

titres de Louve; l'Inventaire de 1696, et le Journal de D. Nicod. — A la bibliothèque de Chartres , le manuscrit de l'historien Souchet, p. 4a* et 4*3, etc.

* Archives de Rambouillet , titre* de Poigny, d'Épernon , aveu de 1497 , plusieurs autres anciens titre*.

xlvj PRIEURÉ DES MOULQŒAUX.

les seuls qui nous fassent connaître les destinées si variées de ce monastère, depuis sa fondation jusqu'à son extinction, depuis son érection en fief jusqu'à son incorporation au duchépairie de Rambouillet, et depuis cette incorporation jusqu'à l'époque actuelle.

L'acte primordial de la fondation du prieuré des Moulineaux , ou plutôt l'acte de la donation du territoire de ce lieu aux frères de Tordre de Grandmont, ne s'est point retrouvé parmi les chartes qui composent notre petite collection. Cette pièce importante paraît avoir été perdue depuis fort longtemps : peut-être même a-t-elle disparu pendant les guerres qui désolèrent la France au commencement du xv* siècle, et qui , comme nous l'avons vu, furent si funestes an prieuré de Louye et à ses annexes. Elle n'est point mentionnée dans les déclarations des biens et du revenu du temporel de la maison des Moulineaux, qui furent faites au roi depuis i5i8 jusqu'en 1567*. Nous voyons, dans le jugement rendu par les commissaires royaux pour les amortissements, qu'en i5i8, le prêtre Jean Mondinot, fondé de procuration de Louis du Bellay, alors prieur commendataire, affirme que la déclaration qu'il vient de bailler des biens du prieuré des Moulineaux contient vérité , et que tous ces biens sont de l'ancienne et primitive fondation et augmentation dudit prieuré, qu'il dit estrc de fondation royale. Mais, pour de ce faire apparoir, il ne met par devers les commissaires que quatre lettres en forme de chartre, données en 1222 et en 1229 par Amaury VII, comte de Mont fort, et par le roi Louis IX '. Ces quatre lettres ne sont que les titres de l'augmentation faite par le comte de Aloutfort , et la confirma-

' Ces déclarations sont d'avril et août 1 S 1 8, juillet iSaa et i5$i , mars 1S47, et la dernière de 1567. Nous avons jugé inutile île les reproduire , parce qu'elles

ne contiennent aucun détail qui ne soit mentionné dan* l'acte d'échange de t$"}6.

• Pièce XXXIX.

PRIEURE DES MOUUNEA.LX. xlvij tiou donnée par le roi de France Elles ne justifient nullement l'allégation de fondation royale. Il est bien présumante que si l'acte de cette fondation n'eût point été perdu des cette époque, on n'eût pas manqué d'en joindre la copie à celle des lettres précédentes, comme c'était l'usage constant, et comme on avait reproduit l'acte de fondation de Louye dans les déclarations de ce prieuré, faites en i5i8 et i5ai '.

Un mandement donné à Guérende, le 9 juin i4*9> par Jean VI, duc de Bretagne et comte de Montfort-l'Amaury, semblerait opposer une contradiction formelle à l'allégation de fondation royale donnée par Jean Mondinot. Le comte s'y exprime ainsi en parlant des Moulineaux : « Que ledit prieuré est « la plus ancienne église de nostre fondacion en ladite conté \ » Mais il faut faire observer qu'il arrivait souvent qu'une maison religieuse eût plusieurs fondateurs; que celle des Moulineaux pouvait être dans ce cas , et qu'alors , suivant l'opportunité du moment et la qualité des seigneurs dont ils imploraient la bienveillance, les moines qui l'habitaient pouvaient alors et à bon droit se prévaloir de l'une ou de l'autre fondation.

II résulte implicitement , de la première et de la quatorzième charte de notre recueil , que le roi de France et le seigneur de Montfort avaient également droit au titre de fondateurs des Moulineaux. Dans la première, nous voyons Robert, abbé de Marmoutier, tout le chapitre de cette abbaye et les frères de Saint-Thomas d'Épernon, tous, d'un commun accord , donner à

' Ce» lettres sout celles transcrites sous les o°« XIII, XVII et XVIII.

1 Appendice, pièces A et B, 1 163.

} Pièce XXXII. — Cependant , il s'en fallait de beaucoup que les Moulineaux fussent la pins ancienne maison de la fondation des seigneurs de Montfort; car, en

io5'3 , longtemps avant l'institution <l<l'ordre de Grandroont , Amaury II avait fondé le prieuré de Saint-Thomas d'Épernon ; plus tard, Bertrade de Montfort , celui de Haute - Bruyère ; et Simon le Jeune, mort en 1 to3, passe pour le fondateur de l'abbaye de Claire-Fontaine.

xlviij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

Simon III , comte d'Évreux , leur bienfaiteur, l'usage du bois mort, et tous autres droits qui leur avaient été donnés et aumônes par l/ouis VII , roi de France , autour du Moulineau ( Molendudlum) , dans l'enclos des frères de l'ordre de Grandmont; usages et droits que les deux mêmes seigneurs, le roi et le comte, avaient aussi donnés et aumônes à ces derniers frères, pour en user dans tous leurs besoins, à perpétuité, et sans aucun trouble. Dans la seconde, Hugues, abbé de Marinoutier, confirme à peu près 'dans les mêmes termes cette donation de l'abbé Robert '. Dans l'acte primordial de la donation du territoire de Louve , nous avons vu que les hommes du roi , demeurant aux Granges, renoncèrent aussi aux droits qu'ils avaient dans les bois de l'enclos du monastère 1 . L'usage du bois mort, et les autres droits dont il est question dans les deux chartes des abbés de Marnioutier, avaient été donnés, dès l'an n4<>, au prieuré de Saint-Thomas d'Épernon, membre dépendant de cette abbaye, par le roi Louis VII , non-seulement dans les bois des Moulineaux, mais encore dans toute la forêt Yveline et deux autres bois qui en étaient voisins, les bois du Déluge et du Champ-Gaudein \ Si le comte d'Évreux avait concédé de semblables droits aux frères de Grandmont, ce ne pouvait être que dans les bois de sa châtellenie d'Épernon, limitrophes du lieu des Moulineaux, et qu'il possédait à cause de sa vaste seigneurie

' Pièces I et XIV. — Les titres français qui précèdent le texte de ces chartes sont fort inexacts. Ils devraient être ainsi conçus , pour la première : Donation faite au comte d'Évreux , par l'abbé Robert, «les droits que l'abbaye de Marnioutier avait sur l'enclos des Moulineaux; et pour la seconde : L'abbé de Marmoulier rooKnne la donation faite au comte d'Évreux par l'abbé Robert.

» Appendice, pièce B.

1 . . . L'MiMgium suuui in situa nostra que Equiligna dicitur, tnortiium scilicet nemus ad comburendiim. ... et «le uitio nemore qiiantiimciinqne sibi opus fuerit ad cdiGcandmn .... (Cirographe original de Louis V II, an 1 ■ $«», aux arrh. d'Eureet-Loir, litres de .*aint-Thoinas d'Épernon,

PRIEURE DES M0LL1NEAUX. xlix de Montfort-l'Amaury. De là il résulte évidemment que le territoire des Moulineaux avait été donné pur ces deux princes, et que, par cela même, tous deux peuvent être regardés comme fondateurs de cette maison. Il en résulte aussi que ce territoire était compris et dans le domaine royal et dans la ehâtellenie d'Épernon. Pour expliquer comment il arriva que, par la suite, on ait dit, dans plusieurs titres de ce recueil , qu'il était assis au comté de Montfort, nous devons ajouter ici qu'en iao4, Philippe-Auguste ayant cédé, à titre d'échange, toute la forêt Yveline à la comtesse Amicie, veuve de Simon III, comte d'Évreux, cette forêt, après la mort de la comtesse, échut à Amaury VII, l'un de ses petits-fils, et fut depuis incorporée à son comté de Montfort*. Alors le prieuré des Moulineaux, étant situé dans l'Yveline, fit naturellement partie du nouveau comté. Pour compléter les détails de son ancienne situation , nous devons dire encore qu'il était de la paroisse de Poigny et du doyenné d'Épernon, au diocèse de Chartres.

Quant à l'époque de la fondation du prieuré, il est bien difficile de la déterminer d'une manière précise, puisque nous n'avons pas l'acte de la donation du territoire, et que tout autre document nous manque à cet égard. Elle ne peut être antérieure à l'année 1 i4o, date de l'avènement de Simon III de Montfort au comté d'Évreux , et de la donation des droits d'usage dans la forêt Yveline , faite par Louis VII aux moines d'Épernon. Elle doit se rapprocher beaucoup, sinon être tout à fait contemporaine de la date à laquelle l'abbé de Marmoutier abandonne ces mêmes droits au comte d'Evreux; mais malheureusement cette charte ne porte pas de date, et il n'est pas moins difficile de lui en assigner une. Pendant le xn e siècle, deux abbés, du nom de Robert, se succédèrent immédiatement au siège abbatial de

1 Voir" noire Notice n-jointesur l» ehâtellenie de Poigny.

i PRIEURÉ DES MOUL1NEAUX.

Marmoutier. Le premier, Robertus Brito, l'occupa de ii55 à ii 65, et le second, Robertus Blesensis, depuis u65 jusqu'en 1 1 7G '. Pour savoir auquel des deux Robert on pourrait attribuer notre charte, il faudrait peut-être la comparer à d'autres chartes émanées de ces abbés ; mais elle est dépourvue du sceau dont elle était munie, et d'ailleurs ce sceau devait être celui du monastère, qui ne changeait pas à chaque mutation d'abbé. Un autre motif rendrait encore cette comparaison inutile , car la charte en question, quoiqu'elle ne porte aucune mention de vidimus ou de copie , parait avoir été transcrite en même temps que la confirmation, donnée en i2a5, par l'abbé Hugues'. L'écriture de ces deux pièces nous paraît parfaitement identique, et le parchemin dont elles sont faites tellement homogène, qu'il est à peu près certain qu'il provient du même animal. Il n'est guère admissible que la même main les ait écrites l'une et l'autre à un intervalle d'un demi-siècle au moins. La date de la donation du territoire des Moulineaux doit donc flotter incertaine dans un espace de vingt et un ans, compris entre les années 1 155 et 1 176. Pour nous, nous serions tenté de la faire remonter aux dernières années de l'abbatiat du second Robert, parce qu'après celui de l'abbé de Marmoutier, les deux plus anciens actes de donation qui nous soient parvenus se rapprochent beaucoup de cette époque.

Le premier acte est celui par lequel Jean de Maintenon et Agnès, sa femme, donnent aux frères du Moulineau (Molinelli) douze deniers de cens qu'ils avaient à Épernon , sur la vigne que Gautier du Rossay et Arsent sa femme avaient donnée aux mêmes frères s . Il est vrai que cette charte ne porte point de

• Nous devons ces dates i l'obligeance de notre collègue M. Lion Aubineau , archiviste de la préfecture de Tours, qui le» a tirées de l'Histoire de l'abbaye de Marmoutier, par D. Martène. 3 Pièce II.

• Pièce XIV.

PRIEURÉ DES MOUMNEAUX. Ij

date; mais comme on trouve parmi ceux des témoins qui y sont rapportés, et en première ligne, les noms de Simon comte d'Évreux et de Simon son fils, qui lui succéda à la seigneurie de Montfort, et tut le célèbre Simon IV, il est certain qu'elle ne peut être postérieure à l'année 1181, vers laquelle mourut le comte d'Évreux '. Elle ne doit pas non pl us être de beaucoup antérieure à l'année 1176'. Le second acte, qui est du cinquième jour avant les calendes de septembre de l'an 1178 (lundi 29 août), est la confirmation donnée par l'illustre Jean de Salaberry, évèque de Chartres, à la riche aumône faite au monastère par Jocclin, seigneur d'Auneau \

Quoi qu'il en soit, il nous est acquis, d'une manière bien positive, qu'une congrégation de l'ordre de Grand mont était fixée au lieu des Mou I ineaux pendant le dernier tiers du xn* siècle. Aucun document ne nous apprend de combien de frères elle se composait, soit dès son origine, soit pendant le cours de son existence. Trois frères seulement sont nommés dans une charte de notre recueil , comme présents à la confirmation que Gui d'Auneau donna, en 1 19D , de l'aumône précédemment faite par Jocelin , son père. Ces trois religieux étaient Guillaume de Gri-

1 Art de vérifier les date t.

' Parmi les charte» émanées de Simon IV, la plus ancienne que nous connaissions est «le l'an 1176; elle est insérée dans une copie que nous possédons d'une déclaration de l'abbaye des Vaux-de-Cernay , faite en i5n , et l'original en est conservé aux archives de Seine-et-Oise. Simon y est nommé Simo Rstpcfortis, de Rochefort en Yveline, Tune des plus importantes chiitellenies de la seigneurie de Montfort.

5 Pièce 111. — Jocelin d'Auneau figure dans un diplôme de Louis VII, de l'année

1 1 55 (B. Guéi ard, Carlut. de Saint-Péie , p. 648). En 1168, il donna une charte eu faveur de l'abbaye de» Vaux-de-Cernay (Déclarât, de cette abbaye en 1 5 1 1). Mais, comme de nombreux exemples le prouvent , les confirmations données par les evéques suivaient presque immédiatement les donations faites par les seigneurs. lien résulterait que la douation de Jocelin ne serait pas antérieure à l'année 1178. Jean de Salaberry occupa le siège épiscopal de Chartres, de 1 176 à 1 180 environ. [Chronologie de» évéques de Chartres.)

Iij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

moard , Bernard de Josbert et Sévin de s/ntuis '. Leur présence à la rédaction d'un acte aussi important pour leur maison , semble indiquer qu'ils exerçaient tous trois des emplois supérieurs dans le monastère. Nous voyons, en effet, qu'en 1202 le même Guillaume de Grimoard, ou de Grimoald , était maître, correcteur ou prieur des Moulineaux (curium agens de Molinellis) , et qu'en cette qualité il échangeait conjointement avec les religieux soumis à son autorité, et du consentement du prieur général de Grand mont, les droits qu'ils avaient sur la dîme de Faverolles, contre trente-six arpents du bois de la Cliarmoie, qui leur étaient donnés par l'abbaye de Coulombs

Du moment que les frères de Grandmont ne pouvaient quitter leur cloître pour vaquer à l'administration de leurs possessions J , la présence des trois frères à la confirmation de Gui d'Anneau indique clairement que ce seigneur, et tous ceux qui figurent parmi les témoins de cette confirmation , étaient venus eux-mêmes aux Moulineaux. On sait que les rois, les princes et les seigneurs honoraient souvent les monastères de leurs visites , et que les religieux profitaient de cette occasion pour se faire confirmer leurs biens, dont la possession était précaire surtout sous le régime féodal, et aussi pour se faire faire de nouvelles concessions. Vers 1202 ou i2o3, soit avant son départ pour le siège de Zara, soit avant son expédition en terre sainte, Simon IV de Montfort vint au monastère des Moulineaux. Là, en présence de Matthieu de Montmorency, son beau-père , de Simon de Gazeran , de Sévin-Gorloëm , le même que nous voyons figurer au premier rang des témoins de la confirmation de Gui d'Auneau et d'un grand nombre d'autres témoins , clercs ou laïques , nobles ou bourgeois, il bailla à cens les étaux des halles d'Epernon

« Puce IV J Pif-oe i\ .

» Pièce VIII

PRIEURE DES MOULINEAUX. liij

aux bourgeois de cette ville *. L'année précédente , le même seigneur avait, avec Matthieu de Marly, servi de témoin à la donation que Guy de Chevreuse avait faite au monastère '.

Le territoire que Louis VII et le comte d'Evreux avaient donné aux frères deGrandmont constituait la plus importante propriété foncière du prieuré des Moulineaux, qui tira son nom d'un petit moulin à eau qui existait en ce lieu', et auprès duquel s'élevèrent les bâtiments claustraux. Il consistait en cour, jardins, terres labourables, prés, étangs, bruyères, et surtout en bois : sa contenance était d'environ quatre cent soixante arpents 4 ; mais, dans l'origine, elle n'était pas tout à fait aussi considérable , comme nous le verrons bientôt. En 1209, Simon IV de Montfort fit don aux religieux de tous les droits qu'il pouvoit avoir suites héritages dépendants des Moulineaux ; et, en juillet 1220, Amaury VII approuva cette donation faite par son père 5 . D'après

' La charte originale de ce bail est conservée aux archives du département d'Enre-et-Loir , dans les titres du prieuré de Saint-Thomas d'Épernon, n° 8. Elle est ainsi datée : Auctam aputl MolendincUos.

Cette dénomination latine ne peut, dans les environs, s'appliquer à aucune autre localité qu'au prieuré des Moulineaux, qui était assez proche de la petite ville d'É]>ernon, oit Simon de Montfort parait avoir résidé asse* souvent ; car nous avons sous les yeux plusieurs chartes qu'il donna en iaoî eu faveur des bourgeois et des moines de cette ville , dont elles portent la date.

' Pièce VU.

' Le moulin a subsisté jusqu'après i83o; depuis il a été converti en usines de diverses natures, et aujourd'hui c'est une larainerie pour l 'damage des glaces.

* Pièces XL1V et XLVI.

' Ces deux chartes ne se sont point retrouvées parmi les titres originaux ; mais elles sont mentionnées dans l'inventaire des titres des archives de Rambouillet • la première, dans les termes mêmes que nous avons écrits en italiques. Comme les sommaires des pièces contenues dans cet inventaire sont souvent inexacts, nous pensons que celui donné à lu charte de noy doit l'être particulièrement. Le seigneur de Montfort ne pouvait avoir aucun droit sur la partie du territoire des Moulineaux donnée par Louis VU. S'il avait quelque droit sur les possessions des religieux, ce ne pouvait être que sur la partie de ce même territoire qui avait été donnée par son père, le comte d'Evreux. Nous verrous, dans l'analyse que nous allons faire de lu pièce XIII, qu'Auiaury de Montfort n'a aucune prétention sur l'enceinte claustrale et sur la petite clôture du monastère,

liv PRIEURE DES MOULINEAUX.

ces actes, on aurait pu croire que les religieux de Grandmont seraient restés paisibles possesseurs des terres et des bois qui leur avaient été aumônes par la libéralité et la charité de leurs premiers bienfaiteurs ; mais il n'en fut point ainsi. Peu de temps après la confirmation dont nous venons de parler, un différend s'éleva entre le comte Amaury' et les frères , sur la possession des bois renfermés dans les anciens fossés de la clôture extérieure des Moulineaux. Il s'ensuivit, en mai iaaa, une transaction amiable entre les parties, dont la teneur, qui nous a été conservée par trois chartes originales, contient de précieux détails sur les possessions du monastère, et fait que cette transaction est l'une des pièces les plus importantes de notre recueil. — Il fut arrêté que tout le bois compris dans l'enceinte des fossés les plus voisins de la maison des Moulineaux, c'està-dire, le bois contenu dans l'intérieur de la petite clôture, avec feutrée, le chemin et le bois qui était sur ce chemin, comme les fossés se poursuivaient et comportaient, resteraient, à titre de domaine, en la libre possession des frères, entièrement francs et quittes et sans aucune retenue*. Mais l'autre bois, renfermé d'un côté entre les anciens fossés et l'ancien chemin qui longeait les murs extérieurs, serait vendu; et tout le prix qui proviendrait de cette vente serait assigné au comte ,

tandis qu'il paraît avoir eu des droits réels Moutfort seulement après la cession de

sur la grande clôture ou clôture exté- son comté de Toulouse et de ses au-

rieure ; d'où nous devons conclure que très possessions dans le Languedoc, au

la donation des droits deSimou de Mont- mois de février ia«4 (n»»3 v. s.). (Voir

fort ne peut s'appliquer qu'a celte dernière les acte» de cetlt cession dans ['Histoire du

enceinte. Languedoc, t. III , col. 990-391, édit. de

' On remarquera qu'à l'époque de cette >7^7« in-fol.). transaction, c'est-à-dire, on iaaa, Amaury * Cette petite clôture, avec le terrain

VIlétaitsimplemenlseigueurdeMonlfori; sur lequel était construit le

s'il y prend le titre de comte, c'est a cause serait, selon notre opinion, la partie du

de son comté de Toulouse. Il parait pren- terriloire donnée par Louis VII. <lre régulièrement le titre de comte de

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. k

à l'exception de raille livres parisis que les frères recevraient pour les besoins de leur maison '. Cette vente devait être faite ainsi qu'il suit : Le bois susdit, celui qui était en dehors de la petite clôture , serait vendu , coupé et enlevé en l'espuce de cinq ans, à partir de la prochaine fête de la Nativité de saint Jean-Baptiste. La première coupe se ferait au plus près du circuit de la petite clôture , et en une seule fois ; les autres la suivraient immédiatement, et l'enlèvement des bois abattus serait lait dans le plus bref délai. Le comte devrait veiller à ce que ni les charbonniers , ni les autres ouvriers employés à l'exploitation de ces bois, n'y commissent aucun dégât qui pût empêcher la reproduction naturelle du taillis , comme il faisait habituellement dans ses propres forêts. Les acquéreurs seraient tenus de payer aux religieux deux cents livres parisis par an , cent à la Purification , et les cent autres à la Saint-Jean- Baptiste, jusqu'à l'entier acquittement des nulle livres'. Si, avant l'expiration du délai de cinq ans, ils voulaient enlever tout le bois, alors ils seraient tenus de payer comptant le reliquat du prix total. S'ils ne pouvaient remplir tous leurs engagements , le comte serait tenu de compléter de ses deniers ce qui manquerait au payement.

Cette vente et ces coupes une fois faites , les frères de Grandmont auraient désormais la pleine et entière jouissance des bois et la pleine et entière liberté du fonds de la grande clôture, comme ils possédaient déjà celui de la petite, sans que le seigneur de Montfort ou ses successeurs y pussent réclamer le droit de garde ou de gruerie , ou quelque autre droit que

1 Tous ces bois situés auprès de la petite clôture seraient ceux sur lesquels Simon III aurait donné certains droits , droits auxquels Simon IV aurait renonce en «aoo,.

'Cette somme de iooo livr. parisis équivalait à i»5o livres tournois du temps de Louis VIII, et vaudrait »i,7>« fr. 3$ c.frl de notre monnaie actuelle (valeur intrinsèque).

Ivj P1UEURE DES MOUUNEAUX.

ce soit , excepté toutefois la justice du sang répandu , du meurtre, de l'homicide, du vol et du rapt, c'est-à-dire, de la violencc exercée contre les femmes; justice qui appartenait de plein droit à lui et à ses successeurs. Mais s'il arrivait que les serviteurs des religieux , ou ceux qui travaillent pour eux, soit à gages, soit à titre gratuit, se prissent de querelle dans ces mêmes bois, et, en se battant, arrivassent à l'effusion du sang nu à quelque autre blessure, la justice en appartiendrait aux religieux , et le seigneur de Montfort ne pourrait aucunement prétendre aux amendes qui en proviendraient, à moins que les blessures n'aient été faites par une arme tranchante ou contondante, ou que la mort s'en soit suivie'. Si quelqu'un, par violence ou larcin, coupait et emportait le bois, faisait quelque dommage dans les vignes., les blés, les jardins, et toute autre culture du monastère, ou bien encore péchait dans ses étangs, toutes les amendes provenant de ces délits appartiendraient exclusivement aux religieux *.

la petite clôture, avec l'église, les maisons et toute l'enceinte claustrale qui y étaient renfermées, devaient avoir les franchises et libertés dont jouissaient toutes les églises et tous les lieux religieux \ Les seigneurs de Montfort étaient les protecteurs et gardiens de ces franchises.

• . . .Pro cullcllo, vel pro mahennio, vel pm morte. Ces crimes, avec quelques autres qui ne sont point définis ici, tels que Y incendie, Yencis, etc. , appartenaient exclusivement à la haute justice. ( Voir les prolégomènes du Cartntaire de Saint- Père, par M. B. Guérard, num. 104 à 1 1 3. 1 Il recuite de cette charte voir pièce XIII",, que le seigneur de Montfort se réservait la haute justice des bois des Moulincaiix, et ne laissait aux religieux que l;i moyenne *t la basse.

' L'eunmeration de cesdclitsest l'exacte définition des droits appartenant a la Graerie et à la Garde qui avaient été concédées au\ religieux. La Gruerîc était la charge du grujrer, officier qui connaissait des délits forestiers.

J Oo voit que la franchise dis Moulineaux était moins étendue que celle de Louve, puisqu'elle ne dépassait pas les limites de la petite clôture.

PRIEURÉ DES M0UL1NEAUX. Ivij

Il fut donc convenu que tous les seigneurs de Montfort et leurs héritiers pourraient chasser librement dans les bois des Moulineaux, comme leurs prédécesseurs et eux-mêmes l'avaient toujours fait. Enfin , le comte renonçait à tous les droits qu'il pouvait avoir sur ces bois , et promettait toutes les garanties nécessaires pour que les religieux en eussent la pleine et entière possession et jouissance , qu'il s'engageait avec ses frère» et sœurs, à garantir et à défendre envers et contre tous. Il devait de plus, et à ses dépens, obtenir pour les religieux les lettres d'homologation du roi, de l'archevêque métropolitain et de l'évêque diocésain : avant l'obtention de ces lettres, on ne pouvait commencer la coupe et l'enlèvement des bois '.

Nous ignorons si l'on obtînt ces lettres, nécessaires pour l'exécution du traité. Nous n'en avons retrouvé aucune trace , et la déclaration de i5i8 ' n'en fait pas même mention. L'absence complète de tout vestige de ces homologations nous porterait à croire qu'elles ne furent jamais demandées , et que la transaction ne fut exécutée qu'en ce qui concernait l'abandon du fonds de terre et de tous les droits qui y étaient attachés, et sont spécifiés dans l'acte original; mais que le seigneur de Montfort ne fit point couper les bois. Ce qui nous confirmerait dans cette opinion , c'est surtout le chiffre élevé de la somme de mille livres parisis que les religieux devaient prélever sur le prix de la vente des bois. Cette valeur donnée à une partie du prix de la coupe , même totale , des bois des Moulineaux , nous paraît d'autant plus exagérée , qu'un peu plus d'un siècle après la transaction, c'est-à-dire, en i338, toute la seigneurie de Poigny fut vendue pour la somme de a8o livres parisis, ou 35o livres tournois J . La même seigneurie fut, en i4o5 et i4o6, vendue en deux lots pour le prix total

« Voir la pièce XIII. * Appendice, pièce C.

• Pièce XXXIX.

Iviij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

de 45° livres parisis, ou 56a livres 10 sous tournois*. Nous voyons qu'en i54o cette terre valait ^oo livres tournois de revenu', et qu'en i558, non -seulement tout le territoire, mais encore tous les revenus du monastère des Moulineaux , étaient affermés pour fao livres tournois seulement 3 , il est donc peu probable qu'au xni c siècle, quelle que soit la valeur comparative des sommes ci -dessus énoncées, la superficie de 33a arpents et un quartier de boys taillis , buissons, bruyères 1 , ait pu valoir plus de mille livres parisis, somme qui déjà était plus (lue le double du prix vénal d'une terre vendue au commencement du xv e siècle, et qui , au milieu du xvi*, ne rapportait que 4oo livres; d'où, nous croyons pouvoir présumer que le fonds et la superficie des bois en question furent simplement abandonnés aux donataires, sans que toutes les clauses de la transaction aient reçu leur rigoureuse exécution.

Quoi qu'il en soit, les frères des Moulineaux paraissent avoir été dès lors paisibles possesseurs de ce territoire, dont l'étendue fut encore augmentée peu de temps après , par suite des dommages et intérêts qui leur furent alloués par le même Amaury de Montfort.

Le vaste étang de Guyperreux 5 , appartenant au comte de Montfort , n'était séparé que par une chaussée de l'étang de la Licorne, qui faisait partie du territoire des Moulineaux. Le premier de ces étangs avait rompu ses digues , et l'inondation qui s'ensuivit avait causé de grands dommages aux possessions des religieux ; l'eau avait couvert le sol de plus de trente arpents de bois entièrement francs et libres. Par suite de cette inondation, le moulin du monastère, qui rapportait annuellement au moins douze muids de blé, avait été mis presque

' Appendice, pièces D et E. 4 Pièce XLVI.

• Ibid., pièce F. ' Sa superficie est de 35 hectare» au

1 Pièce XLII. moios.

PRIEURE DES MOULINEAUX. lu dans l'impossibilité de tourner. La pêche des fossés situés audessous de l'étang de la Licorne et sur les autres parties du territoire , qui valait plus de six livres pari sis par an , avait été perdue, ainsi que celle des anguilles. L'eau de l'étang du comte avait en partie rompu la chaussée de l'étang de la Licorne ; et d'ailleurs, le voisinage de l'étang de Guyperreux était très-préjudiciable au territoire des Moulineaux, aux étangs duquel on ne pouvait plus donner le cours habituel. Enfin , si l'on ne s'empressait de lixer une certaine hauteur que ne pourraient dépasser les eaux de l'étang du comte, le monastère était menacé d'une submersion imminente.

Tels étaient les griefs qui occasionnaient les plaintes des frères des .Moulineaux. Trois arbitres furent nommés pour les apprécier, et fixer la quotité des dommages et intérêts. Ce furent Guillaume, évêque de Paris; Eudes, prieur de Haute-Bruyère', et maître Guillaume, prêtre de l'église de Saint-Germain l'Auxerrois, à Paris. Le prieur ou maître des Moulineaux , avec les frères de cette maison, et le comte de Montfort, s'engagèrent, sous peine de cent marcs d'argent, à l'exacte observation de ce qui serait ordonné par les arbitres, sur les dégâts qui avaient été ou qui seraient causés dans la suite par le débordement dudit étang. Après quoi les arbitres, pleinement édifiés par les rapports des témoins oculaires et les propositions des parties, prononcèrent leur jugement eu présence des procureurs spéciaux élus par les mêmes parties.

Il fut arrêté que, pour le dommage causé à leur moulin , le comte de Montfort assignerait aux frères des Moulineaux une rente annuelle et perpétuelle de six nniids de blé commun, à

1 Le prieuré de Haute-Bruyère était un couvent de femmes; mais on sait que dans l'ordre de Fontevrault une congrégation de femmes ne pouvait exister sans être

voisine d'une congrégation d'homme» , et qu'à cause de cette disposition, un couvent d'hommes était toujours juxta-posc

Ix PRIEURÉ DES MOULINEA.UX.

prendre sur ses moulins d'Épernon, à la mesure de ce lieu', et payable en trois termes, savoir : deux muids à Noël, deux au jour de la Quadragésime, et deux autres à Pâques. Dans le cas où les moulins viendraient à manquer, cette rente serait perçue sur la prévôté d'Épernon ; et les meuniers, ou les préposés à la perception du blé, seraient tenus de le livrer aux frères, non de la première ni de la dernière qualité, mais de la qualité moyenne et commune.

Pour la perte de la pêche que les frères faisaient ordinairement derrière leur moulin , le comte leur assignerait une rente annuelle et perpétuelle de cent sous parisis', payable à Pâques, par les mains du prévôt, sur les revenus de la prévôté d'Epernon.

Pour le dommage causé à leurs terres et bois, le comte leur

' D'après les calculs approximatifs donne» par M. Gu«;rard (Cartulaire de Saint- Père, prolég. 168), l'évaluation du muid ■le blé chartrain monterait à i5i7 litres. Le muid se divisait en 1a setiers ou a4 mine*, ou 48 minois ou 1 44 boisseaux. Mais le muid d'Épernon était plus grand que celui de Chartres. Noua voyons dans les Anciennes mesures d'Eure-et-Loir, publiées par M. A. Benoît (Chartres, i8/ t 3), que le miuot chartrain, c'est-à-dire , la 48* partie «lu muid, coutenait 3i lit. 65cj, tandis que relui d'Épernon contenait 35 lit. 448; de sorte que le muid chartrain, s'il eût été usité à la (in du siècle dernier , eût contenu i5ig lit. 63a, ce qui se rapproche singulièrement du calcul de M. Guérard.

Le muid d'Eperoonauraitconteou 1701 Ut.

5o4.ll est très-probable qu'au xni" siècle !«•* mêmes rapports existaient entre les muids de ces deux villes. Les six muids

de blé, à la mesure d'Épernon, vaudraient donc aujourd'hui environ 10a hectol.090.

* Selon XArt de vérifier les dates , à la mort de Louis VHI(iaa6), 100 sous tournois valaient 88 liv. de l'an 1785, t'est-àdire, 86 fr. 91 centimes fi de notre monnaie actuelle. Comme la livre parisis valait un quart en sus de la livre tournois, les 100 sous parisis dont il est ici question auraient valu 1 10 livres tournois (108 fr. 65 cent. ±7). D'après le calcul approximatif de M. Guérard (Cari, de Saint- Père, prolég. i83), le sou tournois de Philippe-Auguste, en laoa, représente environ 18 sous modernes; d'où il résulterait que 100 sous parisis ou n5sous tournois équivaudraient à 5o6 fr. a5 cent, de notre monnaie actuelle. Ces évaluations ne doivent être considérées que comme

PKIEURÉ DES MOULINEAUX. Ixj

assignait trente arpents de terre plantés en bois ', de même qualité et valeur que ceux endommagés, qui seraient contigus aux fossés de la clôture extérieure, et que les frères prendraient où ils le voudraient, et posséderaient à perpétuité, avec les mêmes franchises que les autres bois situés autour de leur maison.

Le comte serait tenu de faire réparer à ses frais, avant la Saint-Remi prochaine (1" octobre), la chaussée de l'étang des frères, non-seulement cette fois, mais encore toutes celles qu'elle serait endommagée par le débordement de l'étang de Guyperreux ; ce qui serait constaté par des experts.

La chaussée de l'étang du comte ne pourrait pas être élevée plus haut qu'elle ne l'était, et les eaux de cet étang ne pourraient, par l'effet des eaux de l'étang des religieux , monter au delà d'une certaine limite de bois (ou tabot) t fixée sur le parement de la chaussée de ce dernier étang. Du côté de l'étang de Guyperreux , on fixerait d'autres limites égales à la première, afin que si l'une venait à se détruire , on retrouvât les autres.

En outre, le comte serait tenu, à la demande qui en serait faite par les frères le jour ou la veille de la Septuagésime, à lui on à ses gens, de lâcher l'eau de son étang, et de le vider, de manière que, à partir de l'étang de la Licorne, cinq toises de terrain restassent à sec dans l'étang de Guyperreux , jusqu'à ee que le premier étang fût péché. Le dessèchement de ces cinq toises devrait être fait le lendemain du jour des Cendres, et durer jusqu'à la veille de Pâques; mais s'il arrivait que, par la faute du comte ou de ses gens, et malgré la demande des frères, ce dessèchement ne fut point fait au terme fixé, et si les gens du comte ne s'y étaient point pris à temps pour l'opérer

' Dans l'évaluation de ces io arpents, nous «levons prendre pour base la contenance de l'arpent en usafje à Epernon,

qui était de5i ares 7 centiares; ik valaient donc i5 hectares 1* ares et 16 centiares.

Uij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

le lendemain du jour des Cendres, alors les frères pourraient eux-mêmes faire vider l'étang de Guyperreux, et le comte devrait les dédommager.

Si les religieux éprouvaient quelque dommage par le manque des réparations dues par le comte, des dégâts causés à la chaussée de leur étang par le fait des eaux de celui de Guyperreux; si par le fait du comte ou de ses gens ils ne pouvaient pécher leur étang, ou s'il n'était satisfait à quelqu'un des articles de cette présente sentence, le comte et ses gens seraient tenus de leur compenser leurs dommages, sur le dire de deux frères des Moulineaux, qui affirmeraient ces dommages par serment juré sur l'aine de leurs frères, dans les huit jours qui suivraient ce serment.

Enfin, le comte serait obligé de garantir la ferme exécution de cette sentence, et de la faire homologuer à ses frais, et par qui de droit '.

Ainsi la transaction de iaaa avait fixé les limites, déterminé les droits seigneuriaux , et assuré la paisible possession du territoire des Moulineaux, qui se trouva encore agrandi par suite de la sentence arbitrale de 1229. On voit que cette sentence fut rendue tout au prolitdes religieux, puisque, indépendamment des revenus qu'ils (M)uvaient retirer de leur moulin, de leurs étangs et de leurs terres, ils devaient percevoir une indemnité annuelle et perpétuelle, égale à la quotité de ces revenus, qui très-probablement n'avaient pas à souffrir chaque année des inondations causées par l'étang de Guyperreux. C'étaient ces deux pièces importantes qui étaient présentées dans les déclarations faites au roi, pour justifier de la possession et de l'amortissement des biens de la fondation primitive, que nous avons reconnue être royale, et de l'augmentation faite par les seigneurs de Montfort.

' Voir I acte de cette sentence, nièce XIII.

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. Ixiij Les richesses ou plutôt les moyens de subsistance de la congrégation des frères de Grandmont, établie aux Moulineaux, ne se bornaient pas à la simple possession du territoire qui environnait le monastère. Simon d'Évreux, et son fils Simon de Montfort, les avaient considérablement accrus, sur tous les points de leur terre patrimoniale de Montfort. C'est uniquement à ces deux seigneurs que nous croyons devoir attribuer les donations des revenus assis dans leurs diverses chàtellenies; donations dont les actes originaux ne nous sont point parvenus, mais dont le souvenir nous a été conservé par la liste que nous avons donnée précédemment des biens perdus par le prieuré de Louye '. Ce qui nous suggère cette attribution et nous la rend probable, c'est que le monastère des Moulineaux avait des revenus à Montfort, à Gambais, à Houdan, à Rochefort et à Épernon,qui appartenaient aux deux Simon et étaient les principales châtelleniesde leur grand fief, tandis qu'il n'eut jamais rien dans la châtellenie de Saint-Léger en Yveline, dont il était très- voisin, mais qui , comme nous l'avons vu, ne fut réunie au comté de Montfort que sous Amaury VII \ Les bienfaits de ce dernier comte nous semblent tous consignés dans les actes de iaaa et 1229.

A l'exemple de leur seigneur dominant, les vassaux de Montfort vinrent aussi apporter leurs aumônes à la nouvelle congrégation. Au nombre de ses principaux bienfaiteurs, nous devons placer les seigneurs du Rossay, de Main tenon', d'Au-

' NoUinmenl les n°* aa, a4, afi, a», ao, 3o, 3a, 35, 36, 4», 43, 46, 47, 54, et le* pièce* I, IX, XIV, XXXII.

* Après la mort <T Amaury Vil, arrivée en ia4i,Épernon échut à Lauredc Montfort, l'une de ses filles, mariée à Fernami de Castille, comte de Pont Lieu. Houdan fut 1'béritage de l'uuc de ses autres filles, Alix, femme de Simon de Clermont, sire

de Nesle [ffùt. généat. d'Anselme). Kn tîi7, Rochefort échut a Jeanne, corn tesw de Roue y, secur de Yolande de Dreux , qui fut comtesse de Moulfort et duchc**e de Bretagne. ( Lettres de partage de la comté de Montfort, aux archives de Rambouillet.) J Pièce II.

Ix.v PRIEURE DES MOULINEAUX.

neau', Cécile, femme de Hugues de Rengellon les seigneurs de Gazeran'et ceux de Clinaumont 4 ; parmi le clergé, l'abbaye de Marmoutier* et l'évêque de Chartres 4 ; puis, parmi les feudataircs voisins, mais non soumis à la poté de Montfort, le comte de Meulent 7 , les sires de Chevreuse*, de Maule 9 , de Poigny'°, d'Orfin", et beaucoup d'autres encore, vassaux ou voisins de Montfort, dont les noms nous sont inconnus.

Les biens provenant de ces aumônes consistaient moins en terres, vignes, prés et bois, qu'en revenus d'argent et de grains assis sur les seigneuries des donateurs, et sur des dîmes que leurs détenteurs laïques, à l'instigation incessante desévéques, restituaient peu à peu au clergé, auquel , dans l'origine, elles étaient réputées appartenir de droit divin ".Mais comme les religieux de

' Pièces 1U, IV, V, VI, XXVI et XXVII.

• Pièce! XVI.

1 Pièce XXII.

4 Pièce XXIV.

1 Pièces I et XIV.

4 Pièce XXI.

» Liste des biens perdus, n°* 38 et 45.

• Pièces VU.

, Pièces X, XI, et n» 47 des biens perdus.

Pièce XV.

" Liste des biens perdus, a' 53.

" Les exemples de dîmes usurpées et possédées par les seigneurs laïques, et les preuves des efforts coostants que firent les évoques, surtout ceux de Chartres, pour les faire restituer au clergé, se rencontrent trop fréquemment pour qu'il soit nécessaire d'en rapporter ici. Nous nous bornerons à faire observer que bien que les dîmes appartinssent , dans l'origine , aux églises, elles ne furent pas toujours usurpées par les seigneurs laïques qui

les possédaient. Ceux-ci les tenaient quelquefois eu fief, ou par suite de l'acquisition qu'ils en avaient faite de leur» légitimes possesseurs. Souvent aussi les églises et les monastères rachetaient à prix d'argent les dîmes possédées par les seigneurs laïques, comme nous en voyons un exemple dans la pièce XXIII.

Les seigneurs d'Auneau possédaient toutes les dîmes grosses et menues de leur seigneurie , et en concédèrent en aumônes une certaine partie aux frères des Mou) ineaux (pièce IV). Cette concession dut cependant recevoir l'approbation de l'évéque diocésain , qui , si nous n'errons pas sur ce point, les avait peut-être inféodées à ces mêmes seigneurs (pièces III et VI). Quant aux aumônes faites sur la menue dîme d'Auneau, on voit que le cure de la paroisse dut y donner son consentement (pièce VI), et qu'il ne le donna qu'à la condition que le seigneur d'Auneau payerait annuellement le synode sur les

PRIEURE DES MOULINEÀUX. Ixv Grandmont étaient exactement cloîtrés et ne pouvaient sortir de leur monastère sous aucun prétexte , leurs bienfaiteurs leur donnèrent en même temps, dans les seigneuries où étaient situées leurs possessions, des hommes qui devaient faire leurs affaires et percevoir leurs revenus. Ces hommes étaient au choix des frères, qui pouvaient les changer toutes les fois qu'ils le jugeaient convenable, et en élire d'autres parmi les sujets du fief du seigneur qui les leur avait concédés'. Souvent, au lieu d'un homme seulement, on leur avait donné également, pour faire leur service, un hôte avec la maison ou hostise qu'il habitait. Les frères des Moulineaux possédaient un assez grand nombre de ces hommes et de ces hôtes à Epernon,Montfort, Houdan, Gamhais, Rochefort, Anneau, Voise, Clievreuse, Mantes, Menlent, etc., comme nous le voyons dans quelques chartes de ce recueil , et dans la Liste des biens perdus par le prieuré de T*oiiyc'.

Il ne faudrait pas croire, cependant, que ces donations comprissent la personne même des hommes et des hôtes, et conférassent aux donataires le droit d'en disposer arbitrairement , de les donner ou de les vendre, comme on aurait l'ait des esclaves dans l'antiquité. Ces hommes restaient parfaitement libres, et le service qu'ils devaient aux moines n'était pas même rendu à titre gratuit, puisqu'en raison de ce service les hommes ainsi donnés devenaient francs et libres dans toute l'étendue de la seigneurie où ils étaient choisis : c'est-à-dire qu'ils étaient af-

cens de sa châlcllenie (pièce III). On sait que le synode était » une taxe imposée aux

• ecclésiastiques que l't'vèqut' réunissait en

• synode, an siège episcopal, une ou plu- « sieurs fois par année , tant pour s'assu-

• rer de leur -.avoir et de leur aptitude , « que pour punir les fautes commises con-

• tre la discipline. - (B. Guerard, Prolég.

du Cartul. de Saint- Père, $ 9a.)

' Pièce IV.

• Biens perdus, n°* aa, 16, 3o, 33, 4» , 43, 45, 46, 47 el 5o. — Le privilège de choisir ces hommes était un de ceux qui avaient élé accordés à l'ordre «le Grandmont, par les rois de France et d'Angleterre. (Hermant, Histoire des onlret religieux, t. I, p. ao4.)

Ixvj PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

franchis de tout impôt et de toute redevance envers leur seigneur. Ces franchises et libertés sont spécifiées dans l'acte de donation d'un bourgeois, faite par Simon de Montfort en 1209. Le seigneur de Montfort avait donné une hostise à Épemon avec le bourgeois ' qui l'habitait. C'était Arnulfe de la Porte, et son fils ou son héritier, qui devaient faire le service des frères des Moulineaux,dc même que tous ceux qui, parla suite, viendraient habiter cette maison , et qui , à cause de ce service , seraient (juittes et francs, dans tonte la seigneurie d'Epcrnon , de la taille, de la corvée, de l'armée, du guet», des murs et des fossés de la ville 3 , comme de toute autre exaction 4 .

La qualité d'hôte des frères desMoulineaux, et l'exemption des droits dus au seigneur qu'elle lui conférait, n'étaient attachées à la personne qui en jouissait qu'autant qu'elle habitait la maison

1 Cette donation d'un bourgeois (burgensis) serait, à défaut de tout autre, un argument très-fort à invoquer en faveur de la liberté dont jouissaient les hommes ci les Adieu donnés pour le service des frères des Moulineaux. Si le nom de bourgeois était donne quelquefois aux habitants d'un bourg comme était alors Épernon, il s'appliquait aussi à ceux d'une commune. Déjà Simon d'Évreux avait donne aux Moulineaux un bourgeois d'Épcrnon : en devonsnous conclure que ce fut lui qui donna une charte de commune aux habitants de cette ville? Quels qu'en soient d'ailleurs la date et l'auteur, il est certain que cette commune fut octroyée. Nous en trouvons la preuve dans une charte par laquelle Simon de Montfort reconnaît que les hommes de la commune d'Épcrnon ne lui doivent pas les fossés de celle ville. « Quc-d • aidia illa quam habui de eommunibus « hominibut Sparuonis, ad eiusdem castri

« clausturam, non fuit neque poterit esse « ex debito siue ex necessilate : immo fuit

• liberalis atque voluntaria... Actum anno

• gratie M°CC"1V°. . (Arch. d'Eure-et- Loir, Titres du prieuré de Saint Thomas d'Épcrnon, n° i5. )

' Nous traduisons par le mot guet le mot ckauguette, d'où est venu éckau guette , lieu élevé et couvert , sorte de guérite placée sur le haut des tours, et où on faisait le guet (custodia et cxcubùv), dû par les vassaux au seigneur châtelain.

' Non-seulement les hommes sujets de la chl tcllenic d'Épcrnon , mais encore le* sujets de quelques seigneuries voisines, telles que Gazeran et Rambouillet, devaient lesJbsscs, c'est-à-dire, contribuer à la réparation des fossés de l'enceinte de cette ville. (Archives de Rambouillet, Aveu d"Épernon, 1*0,7.)

• Pièce IX.

PRIEURE DES MOULINEAUX. lxvij qui donnait lieu à cette qualité et à ces exemptions. Si cette personne cessait d'habiter l'hostise, elle perdait sa qualité d'hôte, et les droits attachés à cette qualité devenaient ceux du nouvel hôte établi par les religieux. La qualité d'hôte était héréditaire, et le père mourant la transmettait à son fils; mais quand l'hôte mourait sans hoirs, les donateurs de l'hostise en redevenaient légitimes possesseurs et seigneurs'.

Les franchises des hôtes que les frères de Grand mont possédaient à Epernou, donnèrent lieu à des différends qui s'élevèrent entre eux et les moines du prieuré de Saint-Thomas. Après de grandes discussions, ceux-ci avaient déjà renoncé aux droits qu'ils prétendaient avoir sur le premier bourgeois donné par Simon d'Evreux'.

Un autre différend s'éleva, en 1270, au sujet du bourgeois et de la maison que Simon IV avait donnés en 1209. Cette maison avait conservé le nom de son premier hôte, et s'appelait la Maison d'Arnulfe de la Porte. Elle était située à Épcrnon , dans la paroisse (aujourd'hui faubourg) de Saint-Jean, près de la grande maison des dames de Haute-Bruyère, et alors occupée par Robert Broute-Sauge, hôte des frères des Moulineaux. Le prieur d'Épernon réclamait de cet hôte le droit de forage 1 et certaines autres coutumes, qu'il prétendait lui être dus à cause du dixième marché 4 d'Épernon, qui appartenait à ses frères du prieuré de Saint-Thomas. Le maître et les frères des Moulineaux prétendaient au contraire que leur hôte n'était point

• Pièce» IX et X.

• Pièces I et XTV.

1 Forage. C'était un droit perçu sur les boissons.

• Dixième marché. Les précédents seigneurs de Monlfort avaient donné aux moines d'Épernon la dîme des droits perçus sur les marchandises exposées ou

vendues au marche de cette ville , et Simon IV l'avait confirmée en iao3. Le»

moines percevaient cette dîme en prélevant l'intégralité des droits d'un marche sur dix, d'où le nom de dixième marché.

(Arch. d'Eure-et-Loir, Titres du prieuré de Saint-Thomas d'Épernon, il"' 6, 7 et 34.)

Uviij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

sujet à ces coutumes , à cause des immunités accordées, par les seigneurs de Montibrt. Enfin, les parties, sur ce bien conseillées , passèrent, devant l'official de Chartres, un accord qui fut très-favorable à notre monastère. Il fut convenu que Robert Broute-Sauge, ou tout autre qui serait l'hôte des Moulineaux, tenant et habitant la maison d'Arnulfe de la Porte, serait franc et libre de toutes coutumes dues, au prieuré d'Épernon, en raison du dixième marché; de plus, que tant que ledit Robert, ou un hôte quelconque demeurant dans ladite maison , tiendrait et posséderait deux autres maisons désignées dans l'accord', il pourrait, dans ces maisons, exposer en vente et vendre toute espèce de denrée, sans payer les coutumes ; que tout individu qui , n'ayant point la qualité d'hôte, habiterait lesdites maisons et y exposerait en vente ou y vendrait des marchandises, serait tenu de payer les coutumes ordinaires. S'il était douteux que ces marchandises fussent celles de l'hôte, celui-ci pourrait affirmer par serment qu'elles étaient bien à lui, et devrait être cru sur ce serment, prêté au prieur d'Épernon , ou à son mandataire, dans les huit jours à partir de celui où il serait requis de le prêter, et toutes les fois qu'il y aurait lieu. Que s'il arrivait par la suite que l'hôte des Moulineaux, demeurant dans la maison d'Arnulfe de la Porte, vînt à acquérir ou à posséder à tout autre titre d'autres maisons, il devrait payer, à cause de celles-ci , les droits dus au prieur d'Épernon. Et enfin, si cet hôte cessait de posséder l'une ou plusieurs de ces hostiscs, le nouveau possesseur devrait les droits au prieur ; mais si l'hôte rentrait en possession des hostises aliénées, il serait franc et quitte de tous droits dus à cause d'elles, tant qu'il habiterait la maison d'Arnulfe de la Porte 3 . En 1283, les religieux des Moulineaux abandonnèrent à

' Il est à présumer que ces maisous les seigneurs de Montibrt. étaient celles de deux bourgeois ou hôtes * Voir la pièce XXV.

précédemment donnés aux Moulineaux par

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. Ixix

Jean, comte d'Aumalc et seigneur d'Épernon', le droit qu'ils avaient sur un des bourgeois de cette ville et sur la maison habitée par ce bourgeois, libre comme lui de toute exaction, et située dans la paroisse de Saint-Jean \ Le comte leur donna eu échange soixante sous parisis de revenu annuel , à percevoir sur la prévôté d'Épernon , et une autre maison sise également à Épernon , entièrement franche et libre, dans laquelle ils pourraient placer, à temps ou à perpétuité, un autre homme qu'ils choisiraient, soit dans la chàtellenie d'i pernon, soit partout ailleurs. Cet homme serait entièrement franc et libre de la taille, de la corvée, de l'armée, du guet, des fossés, et de toutes autres exactions, par toute la chàtellenie; mais s'il était marchand, il devait payer les coutumes, comme tous les autres marchands le faisaient dans l'étendue delà baronnie d'Épernon*.

« Jean 1", comte d'Aumale, était fils de Fernand de Castille et de La tire de Montfort. En taîki, il succéda à sa mûre en la baronnie d'Épernon.

* C'est par erreur que nons avons dit , dans la note a de la pièce XXVIII, que l'église de Saint-Jean d'Épernon était située près du cimetière actuel. Cette église était assez voisine de la grande maison de Haute- Bruyère, dans le faubourg Saint-Jean.

* Voir la pièce XXVIII. — Les maisons dont il est question dans les pièces XXV et XXVIII paraissent avoir été possédées par les Moulineaux jusqu'à l'extinction de ce monastère; mais, après l'an n83,uousiie retrouvons plus de trace* des hommes et des hôtes attachés au service des religieux. Nous avons tout lieu de croire que ces maisons sout celles que nous voyons an xvi* siècle faire partie des censives du fief du monastère des Mouli-

neaux , et dont il est question dans la pièce XI. , et qui étaient tenues l'une par Thomas Randon, et l'autre où pendait pour enseigne l'image de saint Sébastien , par Pierre Lenaid. Nous retrouvons encore des traces de ces trois maisons dans divers mémoires faits en 1743, dans le but de recouvrer certaines censives qui dépendaient du fief des Moulineaux. Nous donnerons de ces mémoires l'extrait suivant : « Il est reconnu qu'il en relevoit (du « fief des Moulineaux) trois maisons se te-

- uant l'une l'autre, assises en la ville d'Es-

- pernon, et près de l'église Saint-Jean,

• et six ou sept arpents de vignes situés » près de l'ancien château de ladite ville. »

» La première (celle où pend pour en- « seigue l'image saint Sebastien) est char- « gée de fournir au receveur du fief un lit

• pour y gister tant qu'il y restera pour « faire sa recette, et uuc écurie pour son

Ux PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

Depuis sa fondation jusqu'aux premières années du xiv' siècle, le monastère des Moulineaux avait subsisté du produit des biens et des revenus qui lui avaient été aumônes par ses fondateurs et par ses bienfaiteurs. Pendant tout ce temps il avait été régi, comme toutes les maisons de son ordre, par un supérieur relevant immédiatement du prieuré-ehef de Grand mont, et. qui prenait indifféremment, comme il paraît par plusieurs chartes de ce recueil , le titre de curiam agens, de maître , de prieur-maître ou de correcteur des Moulineaux '. Nous avons dit comment en 1 3i 7, et en vertu d'une bulle du pape Jean XXII , il fut réuni et incorporé comme annexe au prieuré de Louyc, avec les maisons du Bois-Saint-Martin et de Sainte- Radegonde de la Coudre *. Pendant plus d'un siècle après cette incorporation , nous ne retrouvons plus aucune pièce relative aux Moulineaux , hormis quelques lettres de vidirnus qui reproduisent plusieurs titres de propriété, et semblent témoigner des efforts inutiles qu'on faisait pour recouvrer les biens et les revenus perdus par cette maison, sans jeter aucune lumière sur son histoire ou sur son état pendant tout ce laps de temps 3 . La reconnaissance que Guyot de Voise souscrivait en i36i, au proBt

' cheval, ainsy qu'il est porté dans uo « acle passé devant Marcelle , notaire a « Espernon , le i" octobre 1604, par le-

• quel il paroist que le propriétaire de la-

- dite maison s'est acquitte desdits droits « qui sont fondés sur un bail à cens, qui

• en a esté Tait par le prieur des Mouli-

• neaux le 10 avril • 5 1 S.

• La seconde. . . . paroist chargée d'un

- sol de cens ; et la troisième est char-

• gée de 7 sob 6 deniers de ceus, ainsi

• qu'il paroist par le titre nouvel passé « devant le notaire d'Espcrnon, le 1 4 aoust ■ tSaft, par Thomas Raudon , au proflit

« de messire Guillaume de Paris, archi- • diacre de Sotssons. ... etc. > (Archives de Rambouillet.)

» Pièces VH1, XVII , XXIV, XXV et

* Voir la notice sur le prieure de Lou je.

1 II est à remarquer que ces vidirnus qui reproduisent ou nous font connaître les pièces IV, X, XII, XIII, XXII et XXVIII, sont des aonéest 388, 1407, 1 4*5 «t 444, qui correspondent aux années désastreuses de Charles VI et de Charles VII , pendant lesquelles le prieuré de Loore et ses annexes eurent le plus à souffrir.

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. Uxj du prieur de Louye, donne au prieuré des Moulineaux la simple dénomination d'hosteldes Moulinea ux. Les termes de cette reconnaissance nous semblent démontrer clairement qu'à cette époque, et même depuis longtemps, c'était au profit du prieuré de Louye que les revenus des Moulineaux étaient perçus, et que par conséquent cette dernière maison avait entièrement cessé detre conventuelle. Depuis son incorporation, elle n'était donc plus qu'un lieu d'obédience du prieuré-chef, mais qui, jusqu'à sa distraction de l'ordre, conserva son titre de prieuré. A cause de son éloignement assez considérable, elle était habitée très-vraisemblablement par un, sinon par plusieurs religieux de Louye, qui étaient chargés de l'administration de ses biens, de la perception de ses revenus; et, en outre , d'y célébrer le service divin , d'exécuter les fondations pieuses qu'elle avait à remplir, et de rendre au prieur de Louye un compte fidèle de leur administration.

Nous voyons qu'en 1^29, frère Pierre Galle, bachelier formé en théologie , religieux et proies du prieuré de Louye , était prieur du prieuré de Nostre-Dame des Moulineaux. En cette qualité , il obtenait de Jean VI , duc de Bretagne et comte de Montfort , un mandement pour le payement d'une rente avec ses arrérages ; rente que son prieuré avait depuis sa fondation sur la prévôté de Montfort-l'Amaury, et qui ne lui avait point été payée depuis l'an 1419» à cause des guerres et imprévues hostilités qui régnèrent et qui régnaient encore dans cette contrée'. En i43o, ce même Pierre Galle, toujours prieur des Moulineaux, était chargé par lettres de Henri VI, roi d'Angleterre et maître d'une partie de la France, du gouvernement des religieux et de l'administration du prieuré de Louye , abandonné par son prieur titulaire, Michel Pourrat, resté fidèle a la cause de Charles VII \ Dans les deux actes auxquels nous emprun-

• Pièce XXX.

• Pièces XXXII et XXXIII

Ixxij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

tous ces derniers faits, rien n'indique à quel titre Pierre Galle possédait alors le prieuré des Moulineaux. Il nous parait certain que c'était à litre de bénéfice personnel , comme nous le verrons par la suite donné à plusieurs autres religieux.

Nous devons faire observer ici que les bénéfices personnels ou personnats [bénéficia prrsona/ia sive personatus) étaient des biens ou revenus ecclésiastiques qui n'étaient pas des bénéfices perpétuels , mais étaient donnés en viager à des personnes ecclésiastiques, après la mort desquelles ils rentraient en la pleine propriété des donateurs, sans que ceux-ci fussent tenus de les conférer à d'autres bénéficiaires '.

Lorsque la maison des Moulineaux était ainsi conférée à quelques religieux de l'ordre, c'était par le prieur et les frères du prieuré conventuel de Louye, réunis en chapitre avec toutes les solennités d'usage. Le nouvel élu était investi de son bénéfice par la remise d'un livre qui lui était faite entre les mains, et sa nomination devait être approuvée et confirmée par l'abbé de Grandmont, général de l'ordre. Le n mai i45a, le frère Lubin Papillon, religieux de Louye, fut promu à ce bénéfice personnel, tant à cause de sa capacité et de son mérite, que des grands services qu'il avait rendus à son ordre. Il devait jouir, sa vie durant, de la maison des Moulineaux, avec tous ses revenus , cens et obventions ' ; des bois , des étangs , des prés et pâturages ; des terres cultivées ou incultes, et généralement de tous ses droits et appartenances, avec les honneurs et les charges, les profits et les augmentations. Mais le prieur de Louye retenait, sur les précédents revenus, cinquante livres tournois, que Lubin Papillon devait payer annuellement, à lui et à ses

' • Licet persouatus sou persnnalia be- • nefina idrô nuncupata sinl , ijuod non « ut in perpétua bénéficia remanerrnt , sed . ad vittm aliquarutn personarum ecclc-

• siasticaruni duutaxat instituèrent!!!-... • (Concile de Tarragon , an iSgi. — Glost.

de du Cange, verb. Personalia bénéficia.) ' Obtentions , profits éventuel».

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. Ixxiij successeurs, au terme de Pâques. Il se réservait aussi la Visitation annuelle' accoutumée dans Tordre de Graudmont. Le bénéficiaire devait supporter toutes les charges qui pourraient tomber sur la maison, et réparer, autant que possible, les bâtiments. Il devait exploiter les bois par coupes consécutives et ordinaires, sans rien prendre des bois de réserve, a moins que ce ne fût pour les réparations des édifices. Enfin, comme administrateur perpétuel de la maison des Moulineaux , il recevait plein pouvoir et mandat spécial pour gouverner ses biens comme il l'entendrait; pour demander, requérir, prendre et recevoir ses revenus, en délivrer quittance sous scel authentique ou sous le sien propre, et, si besoin était , pour citer ou comparoir en justice. Tous ses actes recevaient d'avance l'approbation du prieur '.

Le a5 mai if\yo y Pierre Roland, religieux du prieuré de Pommier-Aigre, au diocèse de Tours, fut aussi élu administrateur et bénéficiaire du prieuré des Moulineaux, dans les mêmes termes et aux mêmes conditions; mais la somme annuelle qu'il devait payer au prieur de Louve ne fut fixée qu'à 10 livres parisis seulement (i 2 1. ios. t.)'. Devons-nous voir dans cette réduction une augmentation du bénéfice, ou bien la preuve de la diminution toujours croissante de ses revenus? Roland paraît avoir eu pour successeur immédiat Nicolas Ledroy, que nous voyons, dès l'an i47#> déjà revêtu des titres de maître et d'administrateur des Moulineaux, et recevoir pour cette maison la dernière aumône dont le souvenir nous ait été conservé *. Deux ans plus tard , nous trouvons une terrible sentence d'aggravation , de réaggravation et d'excommunication lancée contre ce même Nicolas Ledroy par le vice-gérant de Péviquc de Beauvais, con-

» «VisitatioestdisciplinsecoDserratio...» ' Pièce XXXIV.

(Qesarius, de Miracul., lib. I, cap. i, cite ' Pièce XXXV.

par le Glou. de du Cange, »erb. ruitator.) * Pièce XXX VI.

Ixxiv PRIEURE DES MOULINEAUX.

servateur des privilèges de Grandmont. Il est à regretter que cette condamnation ne se soit pas trouvée accompagnée des pièces de la procédure , qui nous auraient appris la nature des griefs que le jeune Matthieu , écolier de Paris, avait eu à reprocher au maître des Moulineaux, et qui attirèrent sur celui-ci une peine si sévère. Une mention écrite au dos de la lettre d'excommunication nous apprend qu'elle fut signifiée au condamné, trouvé gravement malade et gisant au lit, par Guillaume Bigeon , clerc notaire juré de l'archidiacre de Chartres, et qu'elle fut affichée à la porte même des Moulineaux, après avoir été publiquement notifiée devant un nombreux concours de spectateurs '.

Nicolas Ledroy nous semble avoir été le dernier administrateur bénéficiaire du prieuré de IN.-D. des Moulineaux. Après lui, cette maison et ses revenus furent administrés par le dernier prieur titulaire du prieuré-chef de Louve. C'est au moins ce que nous devons conclure du bail qui fut passé en assemblée capitulaire de Louye , l'an i4o3, par Guichard Baisle, de quelques arpents de terre situés dans les fossés des Moulineaux 1 ; bail qui , un demi-siècle plus tard , fut cassé par lettres royaux , à la requête de Guillaume de Paris, alors prieur commendataire de Louye et de ses annexes J .

Dans la suite, le revenu des Moulineaux, comme celui des autres annexes, paraît avoir été attribué aux prieurs commendataires de Louye , qui prirent aussi le titre de commendataires des Moulineaux 4 . Cette maison avec ses revenus était affermée en tout ou en partie , et le fermier des anciens bâtiments claustraux était tenu de faire célébrer à ses frais le service divin dans la chapelle de l'ancien monastère; de réserver un loge-

■ Pièce XXXVII.

• Pièce XXXVIII.

1 Voir la Notice sur Louye, et U pièce XU.

* Pièces XXXVIII à XLVIII.

PRIEURE DES MOULINEAUX. kxv

ment pour le prieur commendataire de Louye et pour ses gens , toutes les fois qu'il lui plairait de venir visiter son annexe ; de fournir une écurie pour ses chevaux, et de les approvisionner de paille et de litière. C'est ainsi que, le 18 niai i558, elle fut affermée pour neuf ans , et moyennant la somme annuelle de 4oo livres tournois , par Ëustache du Bellay, évêque de Paris et prieur commendataire de Louye, à Charles d'Angennes, récemment promu à 1 evêché du Mans par le roi Charles IX , sur la recommandation de Catherine de Médicis , et qui fut depuis le célèbre cardinal de Rambouillet, du titre de Sainte-Euphémie. Les conditions de ce bail sont assez amplement détaillées dans le long extrait que nous en avons donné , pour nous dispenser de nous étendre davantage sur ce sujet '.

Le prieuré des Moulineaux était voisin du château de Rambouillet', alors possédé et fréquemment habité par Jacques d'Angennes I" du nom, et par sa nombreuse famille 3 . C'est peut-être dans cette circonstance qu'il faut rechercher les causes qui déterminèrent 1 évêque du Mans à la conclusion d'un bail qui lui procurait une résidence située à proximité de celle occupée par son père et par ses frères et sœurs , lorsque, libre de ses missions diplomatiques ou de ses fonctions pastorales, il désirait goûter quelque repos et se retirer auprès de ses parents.

Ce furent de semblables motifs qui , dix-huit ans plus tard , amenèrent l'aliénation de l'annexe des Moulineaux et sa distraction de l'ordre de Grandmont. Jacques d'Angennes était mort en 1 56a ; ses enfants s'étaient partagé sa riche succession et ses vastes domaines, dans lesquels la plupart d'entre eux avaient

■ Pièce XLH.

' Les Moulinera* «ont à neuf kilomètres environ à l'ouest de Rambouillet.

3 Jacques d'Angennes, che* qui François I" r mourut en i5$7, avait eu, de son

mariage avec lui beau Gotereau , douze enfants, dont huit lils, qui se distinguèrent tous, et quatre tilles, qui furent alliées à d'illustres familles.

io.

Ixxrj PRIEURÉ DES M0UL1NE4UX.

établi leur résidence habituelle. Nicolas d'Angennes habitait le château de Rambouillet, qu'il tenait delà succession de son frère Jacques IT, mort en i56o ; Charles, évéque du Mans, possédait la terre et chàtellenie des Essarts-le-Roi , où il avait un manoir féodal ; Louis s'était retiré en son château de Maintenon; François, en sa terre de Montlonct; et Philippe, le plus jeune de tous, habitait son manoir seigneurial d'Auffargis.

Jean d'Angennes désirait fixer sa demeure le plus près possible du lieu de sa naissance', et dans le voisinage de ses frères: ne trouvant pas de lieu convenable dans les terres qui lui étaient échues de la succession de son père et de celle de son frère aîné, il jeta les yeux sur les bâtiments claustraux du prieuré des Moulineaux. Ce monastère n'était pas éloigné de Rambouillet; il était contigu à la terre de Poigny, dont Jean d'Angennes portait le nom sans la posséder; car cette terre appartenait par héritage à son frère Claude. Les bâtiments des Moulineaux étaient construits dans un plat fond , environné de coteaux boisés, et dans une position des plus agréables. Il était facile de les convertir en maison de plaisance. Le seigneur de Poigny désira faire l'acquisition de ce prieuré avec toutes ses dépendances, et proposa de le prendre en échange de sa terre seigneuriale de Besnières , sise dans la paroisse de la Celle-les-Bordes. Son frère Claude, qui avait succédé à Eustache du Bellay, mort en 1 564, était alors prieur commendatairc des prieurés de Louye et des Moulineaux. 11 accéda facilement à la proposition de son frère, avec lequel il était très-uni ; et l'échange proposé fut accompli , par contrat passé le 1 5 juillet i5j6 '.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur les circonstances et sur les conditions de cet échange , qui sont très-amplement détaillées dans l'acte original de 1 578 , que nous avons transcrit

' Il riait ne au rliAteau de Rambouillet. ' Pièce XUV.

PRIEURÉ DES MOULINEAUX. Ixxvij dans son entier ; et dans le rescrit du pape Grégoire XIII , dont nous avons donné un long extrait. La haute faveur dont la famille d'Angennes jouissait alors, tant auprès delà cour de France nue du siège apostolique de Rome, Ht que les parties contractantes, aidées de la puissante assistance du cardinal de Rambouillet, obtinrent facilement toutes les autorisations nécessaires, et l'aplanissement de toutes les difficultés qui accompagnaient l'aliénation des bénéfices ecclésiastiques. L'aliénation du prieuré des Moulineaux fut donc conclue, bien plus à l'avantage du seigneur de Poigny qua celui du prieuré-chef de Louve; car celui-ci fut ainsi dépourvu de la plus importante de ses annexes, et la vit remplacer par une terre qui , quoique située à une moindre distance et d'une administration en apparence plus facile, était d'une valeur et d'un rapport beaucoup moindres. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans le journal du prieuré de Louye, écrit en 1770 par dom Nicod, vicaire général de l'ordre de Grand mont :

« Cette terre ( Besnières ) provient de l'échange qui fut

« fait contre l'annexe des Moulineaux par Claude d'Angennes, a prieur commendataire , en faveur de Jean d'Angennes, son « frère, seigneur de Poigny.

« Nous avons le contrat d'échange passé en vertu d'une bulle « du pape Grégoire XIII, en date des ides d'aoust 1576, homo- « logué au parlement le 3o juin i5H4, du consentement de frère « Lescanias, prieur commendataire.

« Les motifs de cet échange, détaillés dans la bulle du pape, « sont des plus spécieux, et à l'avantage du prieuré; mais, sui- « vant une ancienne tradition, le prieuré a été très-lézé : quoi « qu'il en soit, il n'est plus temps de revenir'. »

Par suite de cet échange, le prieuré de N.-D.des Moulineaux

' Archives d'Eure-et-Loir, Journal ms. de D. Nicod.

Ixxviij PRIEURE DES MOULINEAUX.

vit éteindre son titre, et fut distrait de l'ordre de Grand mon t, auquel il avait appartenu pendant plus de quatre siècles, soit comme maison conventuelle, soit comme annexe ou membre perpétuellement uni à la maison de Notre-Dame de Louye. Il fut érigé en fief relevant du roi, à cause de la grosse tour du châtelet de Paris , et incorporé à la châtellenie de Poigny par lettres patentes de Henri III, en date du i5 novembre 1 584. *- A partir de cette incorporation, l'histoire du nouveau fief appartient tout entière à celle de la terre seigneuriale de Pciigny.

Pour compléter autant que possible cette notice, dans laquelle nous nous sommes efforcé de réunir les plus importants souvenirs écrits qui nous soient restés du prieuré des Moulineaux , il nous reste à dire quelques mots sur le peu de débris qu'on retrouve encore des anciens bâtiments de ce monastère.

L'architecte du duc d'Alençon \ Olivier Ymbert, qui demeurait à Saint-Léger en Yveline, et avait, en i556, « besoingné « au chasteau de Ramboillet , de son estât de maçon et tailc leur de pierres, » nous a laissé, dans son rapport du 9 août, et dans sa réponse du ao août 1 577 à l'enquête du promoteur, une description très-sommaire , mais néanmoins fort précieuse, des bâtiments claustraux \ Ces constructions étaient alors dans un grand délabrement, dévastées et ruinées qu'elles avaient été, non-seulement par le fait des guerres de religion 4 , mais aussi par le défaut d'entretien et de réparations. Lors de la construc-

• Ce» lettres sont conservées aux archives du domaine de Rambouillet. Nous n'avons pas jugé utile de les reproduire, non plu» que beaucoup d'autre» pièces de la procédure nécessitée par les nombreuses formalités de l'échange. Tous ces titres ne renferment d'ailleurs aucun nouveau détail.

' François de Valois, frère de Henri III, était alors comte apanagiste de Mootfort.

1 Pièces XLVI et XLVII.

4 Très-probablement vers l'an i56s:

l'abbaye des Vaux-de-Cernay avait été , cette même année, dévastée par un parti de huguenots. (Boucliitte, Notice hiit. sur Ut Vaux^e-Cernay.

PRIEURÉ DES MOUMNEAUX. Ixxix tion du château seigneurial , on paraît s être servi, pour le principal corps d'hôtel et pour l'aile méridionale, des anciennes fondations du monastère.

Le bâtiment qui fermait la cour intérieure, à l'ouest, fut supprimé, et donna entrée à la cour d'honneur du château. On se conforma rigoureusement à cette clause de l'acte d'échange : « Le « seigneur de Pougnis ne pourra ruyner ne faire ruyner, desmolir a ou abbattre , ny aplicquer totalement ladicte chappelle des « Molincaux à vsages prophanes; mais s'il veult y bastir ou faire «bastir, ou s'ayder en partie d'icelle pour acconioder sa de- « meure, sera tenu reserver tout le bout d'icelle où est le maisce tre autel, et tout le chanceau en estât de chappelle, sans « l'aplicquer à aultre vsage que pour seruir d'oratoire et y faire « dire la saincte messe... » La chapelle fut en effet réservée dans son entier, et forma l'aile septentrionale du château. On sépara le chœur de la nef par un mur de refend , et celle-ci fut divisée en deux étages. Le rez-de-chaussée fut converti en une vaste cave que l'on voûta en berceau, et dans laquelle on pénétrait, en descendant quatre ou cinq degrés , par une porte cintrée , de construction nouvelle , pratiquée dans le soubassement méridional. Le premier étage fut converti en une grande salle, à laquelle la tradition a conservé le nom de salle d'armes. Elle était, à ce qu'il paraît, voûtée en ogive, et éclairée par des fenêtres ogives, longues et étroites; ce qui ferait supposer que la nef avait été conservée telle qu'elle était. Aujourd'hui cette salle n'existe plus , et les murailles en ont été rasées au niveau de la voûte de la cave, qui , exposée aux eaux pluviales, couverte de broussailles et de végétations pariétaires, ne pourra résister longtemps, si l'on ne veille pas avec plus de soin à sa conservation. Tout le parement extérieur des murailles de cette cave est fait de pierres de grès grossièrement appareillées, comme le seul pan de mur qui reste du principal corps d'hôtel du château.

Ixxx PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

Comme Olivier Ymbert , dans ses deux descriptions , ne parle que de pierres de taille ou de pierres de bloc, il est évident que l'appareil de grès ne date que de la fin du xvi e siècle , c'est- à -dire, de l'époque où le manoir seigneurial fut construit.

[je cliœur , ainsi séparé de la nef, forma la chapelle ou l'oratoire du château. On y pouvait pénétrer par trois portes : la première s'ouvrait au fond de la salle d'armes, et donnait accès sur une petite tribune, de plain-pied avec cette salle. Aujourd'hui , cette porte est bouchée de maçonnerie. Les moulures de plâtre dont elle est ornée à l'extérieur ne permettent pas de faire remonter sa décoration au delà du règne de l/ouis XV. La seconde porte, de moindre dimension , s'ouvrait dans une baie rectangulaire à l'angle méridional de la salle, et donnait également entrée sur la tribune. Une autre porte, percée dans le mur latéral, permettait de communiquer du premier étage du château dans la salle d'armes, et de celle-ci dans la chapelle. Nous avons sous les yeux, en écrivant ces lignes, la serrure de la petite porte de la tribune : cette serrure, comme les pentures encore attenantes à la porte, ont tous les caractères de la serrurerie de la fin du xvi' siècle. Enfin , la troisième entrée s'ouvrait au rez-de-chaussée à l'angle méridional , et communiquait avec les salles basses du principal corps de logis. Cette dernière entrée était très-probablement celle du chapelain et des domestiques , tandis que les deux supérieures, ouvrant sur la tribune, étaient réservées au châtelain et à sa famille.

A l'extérieur, les deux parois latérales sont appareillées de grès coin nie le soubassement de la nef : sur la paroi méridionale on voit encore les traces de l'escalier qui conduisait au second étage du château , les arrachements des deux murailles de la façade principale, et les traces de l'enduit de plâtre dont le mur était recouvert. L'abside, en hémicycle, faisait saillie sur

PRIEURÉ DES MOULIN EAUX. Ixxxj

cette façade principale ' ; elle est appareillée de pierres de taille de moyenne dimension, en calcaire coquillier , et appuyée sur quatre colonnes de même nature, qui lui servent de contre' forts. Ces colonnes sont munies de chapiteaux à feuilles d'eau, d'une grande simplicité ; et leurs bases , d'où s'échappent quatre appendices , reposent sur un double socle quadrilatéral et sans ornements. Dans les entre-colonnements , s'ouvrent trois longues et étroites fenêtres à amortissement ogival , encore pourvues de leurs châssis de fer, mais entièrement dégarnies de leurs vitres. Le toit de tuiles , en fort mauvais état , s'appuie simplement sur le mur, qui semble avoir été privé de la corniche, ou des modillons cubiques qui, selon toute probabilité, le couronnaient autrefois. Le caractère général de cette abside ne permet pas de lui assigner une date postérieure à la fin du xu" siècle; c'est assez dire que nous la considérons comme contemporaine de la fondation du prieuré des Moulineaux \

A l'intérieur, la chapelle offre un berceau de voûte en ogive, terminé en cul-de-four, entre les arêtes duquel s'évasent les embrasures des trois fenêtres qui éclairent l'édifice. A la naissance du sanctuaire, qui est séparé de l'ancien chœur par trois degrés de pierre , la voûte est soutenue par un arc doubleau , dont les bases, qui s'élargissent considérablement, reposent de chaque côté sur des consoles, ornées, à leur face antérieure, de plusieurs tores et plates-bandes en encorbellement, et faisant saillie sur le cordon qui règne à la naissance de la voûte \ L'autel était placé au fond de l'abside, et au-dessous de la fenêtre du milieu. Depuis quelques années , la table de pierre qui le

'Voirie petit plan du château, que nous ' Voir, aux planches, la vue générale donnons dans notre notice sur la chitelle- de la chapelle et les détails des colonne», nie de Poigny. 1 Voir les détails, planche II.

Ixxxij PRIEURÉ DES MOULINEAUX.

formait a été enlevée, convertie en pierre d'évier, et placée dans la cuisine du propriétaire actuel. C'est à peu près le sort réservé à tous ces vénérables autels de pierre qui datent des siècles les plus reculés du moyen âge , et que le désir de les habiller à la nouvelle mode fait chasser de toutes nos églises, et employer aux usages les plus immondes'. La profanation de cet autel est- elle ici plus grande que celle de l'antique chapelle qu'il sanctifiait , et qui a été convertie en grenier à fourrage et en serre à légumes ? De chaque côté de l'autel , et dans les murs du sanctuaire, sont pratiquées deux piscines : celle de droite 1 offre une tablette de pierre percée de deux cuvettes , l'une carrée et l'autre ronde, posée dans une niche ogivale, dont l'arc très-obtus se rapproche un peu de l'arc en anse de panier. Il nous a été impossible de voir l'autre piscine, qui est recouverte, depuis fort longtemps, de bottes de foin; mais, d'après les renseignements que nous avons pris , elle est percée d'une seule cuvette , et sous une arcade qui diffère de la première. Les murs de la chapelle sont revêtus d'un enduit trèsblanc et très- dur, sur lequel on remarque encore quelques traces de peintures murales indéchiffrables, et des assises de pierres de taille simulées. Nous avons vérifié sur les lieux les mesures de la chapelle des Mouliueaux, données par Olivier Ymbert dans sa déposition du ao août 1577. La longueur

' L'ancien autel de pierre de l'église abbatiale des Vaux de Cernay sert de table rustique , dans le même parc où la dalle tumulairv de l'abbé Saint-Thibault, descendant dis Montmorency et aini de saint Louis, sert de banc. L'autel de l'abbaye de Cltiirefontaine, après avoir longtemps icrvi de dalle, est aujourd'hui relègue à la porte de l'église.

' Voyez la planche de détails. Nous devons uos deux planches de dessins a l'obligeance de M. Faillie de Vanteaux, l'un de 00$ officiers de cavalerie les plus distingués, qui obtient dans la pratique des beaux-arts, et dans les études archéologiques, non moins de succès «rue dans l'état militaire.

PRIEURÉ DE SAINTE-RADEGONDE DE LA COUDRE. Ixxxiij totale de l'aile du château de Poigny, qui fut formée de cette chapelle, est en effet d'un peu plus de dix-huit toises. C'est donc par erreur que, dans son rapport du 9 août, le même architecte lui a donné une longueur de douze toises.

La petite chapelle des Moul ineaux, quelque délabrée qu'elle soit aujourd'hui, n'en est pas moins un des plus intéressants monuments historiques de l'arrondissement de Rambouillet. Elle est l'unique vestige d'un monastère fondé par le roi Louis VII et par Simon , comte d'Évreux , l'un des plus illustres seigneurs de Montfort-l'Amaury. Elle a été possédée par la famille d'Angennes, l'une des plus nobles et des plus illustres maisons dont notre histoire locale doive recueillir les brillants souvenirs. Elle est en outre, comme œuvre d'architecture, l'un des édifices les plus anciens que nous possédions dans notre pays, où le temps, les guerres , les révolutions , le vandalisme municipal surtout et la spéculation , ont mutilé ou détruit tant de monuments historiques. Après avoir résisté aux ravages de sept siècles au moins et à plus de cinquante ans de propriété particulière, puisse-telle perpétuer longtemps encore les souvenirs intéressants que nous venons d'évoquer !

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