UNE ERREUR DE MIGHELET
de plus près! Et comment les qualités de ce style qu'il admirait, cette vigueur de langage, cette fraîcheur d'expression, cette chaleur contagieuse, cette verve si jeune et si entraînante, ne Tont-elles pas averti de sa méprise?
Je regrette d'insister, mais il le faut, car Terreur de Michelet fortifie des vues inexactes sur la seconde moitié du xvi® siècle, sur l'issue de notre Renaissance; elle se rattache étroitement au jugement peu équitable qu'un autre écrivain illustre, Edgard Quinet, a porté sur toute notre histoire et que l'on cite souvent avec trop de complaisance. Le mal dont Quinet croyait la France atteinte, la servilité timide qu'il faisait remonter à la conquête romaine, est, au fond, le même mal que celui dont Michelet prétendait trouver les symptômes dans les Essais ^
({uablcs de notre histoire. Avant la Ménippée et beaucoup mieux ({u'ellc, ils disent la transformation de Télitc de la société française, pourquoi la Li^ue fut vaincue, comment tous les bons citoyens se sont ralliés à Henri IV et bien d'autres choses encore.
1. Ils no pardonnent ni l'un ni l'autre à la France d'avoir repoussé la Réforme. Michelet reproche à Montaigne de n'avoir déplu qu'à des
A entendre Micbelet, on croirait qu'après Rabelais, la Renaissance s'arrête, aboutit à un avortement ou tout au moins à une défaillance, à une sorte de recul dont Montaigne serait le réprésentant.
Je ne retire rien de ce que j'ai jadis accordé à Rabelais, mais je dois ajouter ce qui m'échappait alors : il pousse trop loin l'optimisme. Sans parler des abominations au milieu desquelles il vivait, pour peu que l'on réfléchisse aux conditions inéluctables de tout progrès, on avouera qu'il a trop bonne opinion de l'humanité. « Fais ce que voudras », n'est pas une parole à dire, même en s*adressant aux gens les mieux nés. Par le commentaire qu'il donne à cette maxime, il essaie de nous rassurer : les braves gens de Thélème ne sauraient avoir que de bons
huguenols ; il oublie qu'il a déplu aussi à des catholiques. Si Quinet avait mieux compris ce qui s'est passé au xvi* siècle, il aurait été moins dur pour les hommes de 89, aurait parlé autrement de la Constitution civile du clergé et de tout ce qui s'y rattache. — Ce que j'ai dit moi-même sur la fin du xvi* siècle dans la Philosophie de l'histoire de France, a besoin d'être un peu corrigé : peut-être n'y a-t-il rien à effacer ; certainement il manque quelque chose.
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mouvements. Malgré cela, je suis inquiet. J'ai peur que Rabelais, avec toute sa sagesse, ne soit pas exempt de fantaisies chipas assez d'une te. S'il avait vécu il eût sans doute me consigne plus dit : « Le noble ;rera en tous plaiite, nulle guerre, us parlé du repos ce tant florissant monde échappait i la folie. Il aurait nt avait mieux à ntilhomme » aure Jean était trop de sa vigne pour i demander une
rentrons dans la t trop perdue de
vue. Le ciel, radieux un instant et propice aux beaux rêves, s'est obscurci. Il apparaît que le retour à la nature n'est pas chose si simple et si facile que l'imaginait Gargantua quand il fondait son abbaye, et qu'une exacte discipline est indispensable. Un premier pas avait été fait : l'humanité était réhabilitée et la condamnation portée contre elle par le christianisme et confirmée par la Réforme, avait été infirmée par Rabelais. Restait un second pas, moins brillant mais non moins considérable: l'émancipation eût été précaire si elle n'avait été suivie de l'établissement d'une règle, unique garantie contre une recrudescence de la folie dont on sortait à peine : l'effort vers le juste milieu, loin de contrarier le retour à la nature, en est le complément nécessaire.
Il est vrai que Montaigne n'attaque pas les moines comme l'avaient fait Erasme, Rabe-' lais et, bien avant eux, saint Jérôme. Il ne revendique pas assez énergiquement la