‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 3)Chapitre 12 sur 48 · LE SERMENT DE · texte numérisé non relu

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cédente au Colloque de Poîssy, auraient reçu de Tautorité compétente une solution définitive : la concession provisoire de Tédit n'avait pour but que le maintien de la paix en attendant les décisions du Concile de Trente dont les sessions, interrompues depuis plusieurs années, recommençaient le 18 janvier, précisément au moment où T^^ît paraissait.

Lies fanatiques ne se résignèrent point à cette trêve. L'Hospital avait beau remontrer en ses harangues éloquentes qu'ils allaient désoler la France et Texposer à devenir la proie d'un voisin formidable, ils avaient hâte d'en finir à tout prix avec l'hérésie. Le massacre de Vassy, qui arriva peut-être fortuitement le 1" mars, fut imité en plusieurs endroits, notamment à Toulouse, où chaque année, jusqu'en 1792, la fête des pénitents, célébrée le 17 mai, rappela les scènes abominables par lesquelles la ville avait été « délivrée » des huguenots.

A la fin de mars, pour empêcher la rei de suivre plus longtemps la politique 1 maine et patriotique du chancelier, Guises ne craignirent pas de commettre attentat tout pareil à celui qu'ils avai< tant reproché aux protestants. La conju tion d'Amboise est plus célèbre parce q lesi vainqueurs la présentèrent comme u révolte contre l'autorité royale, et surt< parce qu'elle leur servit de prétexte à < supplices qui firent une impression p fonde ; la leur ne fut pas en réalité mo grave, peut-être même le fut-elle davantaj ils n'étaient pas menacés de persécution en enlevant le roi, en le traînant de Font nebleau à Paris, ils n'avaient pas la ressou de prétendre le délivrer ; ils le mettaient contraire en captivité. Ce fut un vérita acte de violence : les écrivains de tous partis ont dit l'effroi de la. reine-mère, résistance, ses larmes. Dès lors, il fut é dent que les Guises étaient de redoutab

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séditieux : en parlant de leur lutte contre les princes qui étaient à la tête des protestants, L'Hospital avait lieu de dire que, de quelque côté que fût la victoire, ce serait la ruine du roi ' ,

La maison de Valois semblait même beaucoup plus menacée par la maison de Lorraine que parla Réforme. Il ne faut pas exagérer l'importance de quelques propos républicains échappés à certains hérétiques ; si, dès cette époque, Montaigne en eut connaissance, ce qui est possible, il connaissait mieux encore le Discours de la servitude 9olontaire <c bien proprement rebaptisé le Contre un » et savait que cet écrit hardi était l'œuvre d'un sujet fidèle, d'un bon catho-

(1) Dès le mois d^août 1560, aux conférences de Fontainebleau, rarchevêque de Vienne, Marillac, avait, dans un discours solennel, constaté qu'il existait des séditieux •• des deux côtés ». Comparez à la conduite de François de Guise celle de Coudé en 1648 : à cette époque le Parlement soutenait une cause honorable, il tenait iéte non plus à un L'Hospital mais à Mazarin. Voulant faire rentrer à Paris la reine-mère qui avait emmené le roi, il appela Condé comme il avait appelé François de lîuise en 1562. Condé quoique « très mal persuadé du cardinal » prii sans hésiter « la résolution la plus utile au bien de l'Etat » ; il dit à Retz : « Si je me précipitais avec le Parlement, je ferais peut-être mes affafares mieux que lui, mais je m'appelle Louis de Bouri>on, je ne veux pas ébranler la monarchie. »

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lique. Pour voir dans la Réforme une rébe lion contre la royauté, il îFallait être éga par Tesprit de parti. A court d'argument l'orateur du clergé qui, en 1561, accusait 1 protestants de vouloir l'anarchie, se trouva réduit à leur imputer de la dissimulatio des desseins et manœuvres occultes. Qu'< lise la préface de VInstituiion chrétienne Calvin, les déclarations réitérées des che de la Réforme française, celle de Tbéodo de Bèze à Poissy, celle de Coligny à Font?

nebleau : ces prétendus rebelles demande protection au roi « comme à celui qu' reconnaissaient pour souverain seigneur, l'obéissance duquel le commandement Dieu les assujétit,... protestant devant Di qu'ils n'ont jamais attenté ni n'attenterc contre la très humble obéissance qu' lui doivent^ ». Les huguenots ont pu

1. La manie de transformer les prolcstanU en républicains i devenue générale qu'au xii* siècle. Nous voyons dans les écriU d'Argenson qu'au xviii*, on savait parfaitement qu'ils ne s'éla révoltés que lorsqu'on les avait réduits au désespoir. De nos j< encore Michelet a constaté à plusieurs reprises que le roi n^avait de sujets plus soumis.

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vanter d'être appelés de ce nom parce qu*ils soutenaient les héritiers dé Hugues Gapet contre les Guises qui revendiquaient l'héritage de Charlemagne.

Le Parlement de Paris m ennemi capital de la Réforme » soutenait, excitait les Guises. Il partageait «c la soif de sang » dénoncée par L'Hospital. Il réprimait avec férocité les écrits des protestants : l'imprimeur d'un pamphlet « un peu aigre » fut pendu ; un passant, voyant la foule ameutée contre le supplicié, se récria, et fut en conséquence, sans autre motif, pendu également. « Il fallait bien faire quelque chose pour le car- ^ dinal de Lorraine», disait le conseiller rapporteur de cette afiTaire. L'édit de janvier ne fut enregistré qu'après trois lettres de jussion : contraint enfin à obéir, le Parlement ne se borna pas à protester avec éclat et fracas ; par tous les moyens en son pouvoir, il travailla à échauffer les esprits, à entretenir la discorde, à « corner la guerre ci-

vile». Au mois de juin, adoptant une émise le 13 mai par les Guises, il exige

tous* ses membres, non seulement une

fession de foi orthodoxe, mais le seri d'adhérer à Tample formulaire que la bonne avait dressé en 1543 pour servi guide aux prédicateurs dans leurs coi verses sur la foi et la discipline.

La décision du Parlement était incon tablement blâmable pour plusieurs mot

La Faculté de théologie n'a jamais p( pour être infaillible. Le Parlement qu maintes fois contesté son autorité, même matières religieuses, venait tout récemm de lui faire' la leçons La parfaite ort doxie du formulaire était donc discutai

En exigeant un pareil serment, le Par

1. En décembre 1561, le président de Thou, assisté du procu général et de deux conseillers, avait imposé à la Sorbonnc le déa de la thèse de Tanquerel sur l'autorité du pape. Que cette thèse été approuvée par la Faculté, ou qu'elle eût seulement été « mise avant » comme le veut Et. Pasquier, toujours est-il que l'interven du Parlement signifiait d'une façon assez nette, que la Faculté a besoin d'être régentée et préservée d'erreur. — Est-il besoin de i peler les innonsbrables condamnations prononcées par le Parien au sujet des refus de sacrements ?

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ment attentait d^une manière flagrante à la liberté de conscience.

Il faisait une manifestation d^hostflités contre le chancelier, favorisait une politique détestable qui allait mettre la France en danger.

Enfin, la mesure qu'il prenait pouvait paraître dictée par un odieux calcul : elle précipitait d'une manière scandaleuse Favancement des magistrats orthodoxes.

Chevemy, qui fut plus tard garde des sceaux, a avoué que sa fortune devint plus rapide « grâce à ce que force conseillers sortirent de la Cour par commandement ou par crainte ».

Le Parlement de Bordeaux qui n'avait pas fait beaucoup d-opposition à Tédit de janvier et l'avait enregistré sans grand retard, n'imita l'intolérance du Parlement de Paris que dans le mois de juillet ^ La Boétic

i. Pour cette date, comme pour tous les détails de la biographie de Montaigne, j^adopte les indications de M. Bonnefon.

qui en était membre comme Montaigne et que ses opinions fermement catholiques n'empêchaient pas dé soutenir la politique de L'Hospital \ était chargé d'appliquer Tédit en Guyenne ; il s'acquittait de sa mission avec zèle, s'efforçait de maintenir la paix.

Montaigne se trouvait à Paris. Au lieu d'imiter l'exemple d'un ami si sage et si cher, au lieu d'attendre la décision du corps dont il dépendait, il offrit spontanément aux magistrats de Paris, ce que, plus tolérant, plus soucieux de la paix publique et de sa dignité personnelle, il aurait dû refuser, même à ceux de Bordeaux ; il s'empressa de s'associer à leur manifestation coupable, sollicita la faveur d'être admis au serment qu'ils imposaient et, le 12 juin, le prêta entre les mains du premier président.

1. Montaigne en est convenu dans une lettre à L'Hospital. — La Boétie avait écrit sur l'édit de janvier des mémoires que Montaigne a, dans la première édition éwSitaiê, promb de publier: « Ils trouveront ailleurs leur place », disait-il; depuis il ajouta : « peut-étre », et enfin ne les a pas donnés, les a laissés se perdre, probablement pour le même motif qui Tempôeha d'insérer dans son livre le Contre un^ c'est-à-dire de peur de fournir des armes aux protestants.

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