‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 3)Chapitre 13 sur 48 · LB SERMENT DE · texte numérisé non relu

LB SERMENT DE

Il n'avait aucun attachement pour la magistrature ; son serment ne saurait être attribué à un excès de zèle professionnel.

Que signifie donc une démarche aussi indiscrète, en des circonstances où l'abstention était à la fois naturelle, facile et raisonnable?

Dans tout ce qu'il à raconté des Guises dix ans plus tard, nous tl'ouvons les vestiges d'un vieil et excessif engouement pour eux, d'une aveugle et surprenante indulgence ; l'éloge du cardinal de Lorraine est surtout frappant. Songez à ce qu'ont dit, non pas les protestants, dont les jugements, terribles et peut-être exacts, sont suspects, mais des témoins nullement hostiles et très bien informés : Brantôme qui a rappelé, non sans complaisance, les qualités et les talents du cardinal, a ajouté que c'était un brouillon, poltron, peu sincère, insolent dans la bonne fortune, humble dans la mauvaise, enflé de présomption, « âme fort barbouillée ». Ce

prélat qui contribua à précipiter la France dans une des crises les plus affreuses qu'elle ait jamais traversées, qui, à la stupéfaction d'Etienne Pasquier, allait, comme un simple prédicateur, dans la chaire de Notre-Dame et ensuite dans celle de Saint-Germain- TAuxerrois, exciter les Parisiens à la guerre civile, est dans les Essais « un personnage nécessaire pour le bien public » ! Après cela, j'ai moins de peine à comprendre le serment de 1562. J'hésite bien un peu à me servir de mots qui, appliqués à Montaigne, sonnent étrangement ; il faut pourtant appeler les choses par leur nom : ce serment dénote un violent esprit de parti, une sorte de fanatisme.

Page 1