Ihn treibt die Gâhrung in diel*eme
Er iat êeiner Tollheit haXb bewust :
Von Himmel fordert er die achônêten Sterne, Und von Erde jede hôchste Luaty Und aile Nah'und aile Ferne Befreidigt nieht die tiefbewegte Brust,
Ce que Méphistophélës dit là de Faust est la traduction presque litté*
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goûter jusqu'en ses derniers jours € une perpétuelle variété de formes de notre nature * », l'avidité de voir des choses nouvelles et inconnues, portaient « témoignage d'inquiétude », il en convenait et ajoutait : « Oui, je ne vois rien en songe et par souhait, oii je me puisse tenir; la seule variété - /ne paie, et la diversité. »
Il se sent encore « fumer en l'âme parfois quelques tentations vers l'ambition », bien qu'il se ce bande et obstine au contraire ».
Toujours sociable jusqu'à l'excès, il tombe pourtant aussi dans l'excès opposé, celui de la sévérité et de l'humeur taciturne. Se laisset-il engager à quelque querelle, il se tient « trop ferme » dans son opinion ; une fois parti, il lui faut « aller ou crever ». Une dispute trouble l'exaspère; l'ineptie l'offense,^.
raie de ce que Montaigne dit de lui-môme dans son livre IH. Ceci également :
Ihm hat das Schiksal einen Geist gegeben Der ungebândigt immer vorwdrts dringt^ Und deêaen ûbereilteê Streben Der Erde Freuden iibertpringt,
1. Voltaire exprime le môme besoin presque dans les mômes termes.
tellement qu'il rompt des marchés avanta- ' geux parce que Timpertinence de ceux avec qui il traite est insoutenable. Il ne supporte pas la sottise, se dépite « de l'assurance et esjouissance dont elle remplit ses hôtes ».
Les fautes de ses gens ne l'émeuvent pas, mais leur bêtise et opiniâtreté font qu'il se prend « à la gorge avec eux tous les jours »• Il n'a pas cessé 'd'être affecté de « mille agitations indiscrètes et casuelles » , délicat « aux moindres piqûres ». Il ne se tourmente plus autant de ce qu'on peut dire de lui, . mais il n'est pas si bien purgé de toute susceptibilité, que ses amis « n'en reconnaissent quelque teinture » en sa complexion. Les incidents les plus futiles, un bout d'étrivière battant sa jambe, une rêne de travers à son cheval, le tiennent en humeur tout un jour.
La plus grande partie du troisième livre des Essais témoigne de cette ardeur et de cette sensibilité sur lesquelles les ans n'avaient aucune prise. Ici, point de Ion-
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gueurs, rien d'inutile ni d'ennuyeux, pas un | chapitre vide ou traînant, comme plusieurs de ceux qui sont au livre premier. Tout est [ animé, coloré, vibrant, plein de verve ; par moments nous sommes en pleine et grande • poésie ^ Bien des pages pourraient être citées à Tappui de ce qu'il dit de sa parole qui, vive et bruyante d'ordinaire, s'emporte facilement à l'hyperbole.
C'est là que, dans un chapitre où il s'agit de montrer comment, l'expérience venant en aide à la raison, nous pouvons acquérir les connaissances vraiment nécessaires, Montaigne, en haine de la scieiiçe pédan tique et et des gloses « qui augmentent l'ignorance », se met à vanter « l'ignorance et l'incurio- ■ site, doux et mol chevet, et sain à reposer une tête bien faite », et se propose de tenir dorénavant école de bêtise,
1. Ce prosateur qui conseille de naturaliser l'art, est un poète idéa- ' liste : il sait que les belles peintures sont conduites « non tant par dextérité de main, comme pour avoir l'objet plus vivement empreint * dans l'àme » . C'est l'id^ de Schiller : « Dasê er im innem Berxen spûret iDcu er erachafft mit seiner HandT». Seulement le poète -dit ici plus faiblement que le prosateur.
G'estlàqu'en termes magnifiques, ilcélèbre la profession militaire et la présente comme la plus plaisante de toutes les occupations.
C'est là que tout à la fois il maudit les jeux de mains où, comme dans les tournois, on se tue en s'ébattant, et regrette les jeux du cirque : « C'était pourtant une belle chose !... \ »
C'est là que, non content de dédaigner la bonne estime du peuple, il la traite d'injurieuse.
C'est là que, pour remédier à l'écrivaillerie, « symptôme de débordement», il demande une loi contre elle, comme contre le vagabondage ; il propose « et ce n'est pas moquerie », de bannir les écrivains ineptes et ridicules, en commençant par lui-même.
C'est là que, dans un accès d'humeur contre les mauvaises lois, il dit qu'il n'est aucun homme de bien qui ne soit pendable
1. Déjà, au livre 11, il avait excusé les combats de gladiateurs, « mcrveilicus exemple pour rinslitution du peuple m.
dix fois en sa vie, tandis que tel pourrait ne jamais offenser les lois, que la philosophie < « ferait fouetter très justement ».
C'est là qu'il veut fouetter aussi le jeune homme qui s'amuserait à choisir le vin et les sauces.
C'est là qu'il trouve qu'il y a vice ou folie à désirer le commandement de quelquesuns en l'état populaire, ou en la monarchie une autre forme de gouvernement.
Presque à chaque page, il manque ainsi de mesure. La tempérance qu'il prêche en la vie, fait singulièrement défaut en ses discours ; sur certains sujets, il conserve une discrétion louable, mais n'en garde pas trace lorsqu'il s'agit de ses appétits et besoins physiques. Aux amateurs de détails intimes, il en fournit plus qu'ils n'en ont besoin pour leurs dissertations psychologico-physiologiques. Il avait déjà un peu outrepassé les bornes prescrites par la bienséance, il n'en ^ tient plus aucun compte.
Les modifications qu'il apporte aux deux premiers livres, sont de la même force que le troisième. En de très rares endroits il atténue ou modère son texte : il efface quelques traits durs pour les médecins ; il supprime le mot : tout galant homme doit mourir debout. Il avait préconisé « la simplesse qui nous achemine à n'avoir point de mal », il ajoute qu'il ne la faut pourtant pas « tellement plombée qu'elle soit du tout sans goût; qui anéantirait la connaissance du mal, anéantirait l'homme ».
Mais, en général, les changements qu'il fait à sa rédaction première, au lieu de la * tempérer, l'aggravent plus ou moins : ils - ôtent souvent de la clarté, non de la chaleur, ils apportent une vie plus intense, un surcroît d'intérêt ^ de vigueur, d'éclat.
Il renforce des paroles dans lesquelles il y avait déjà quelque exagération et y
i. Comparez le chapitre 3 du livre I, dans rédition de 1580, avec ce môme chapitre dans Tédition de 1588.
appuie au risque d'aller beaucoup au delà de sa pensée ordinaire, véritable. Pour ses affections comme pour ses aversions, pour la louange comme pour le blâme ou le mépris, là-mêine oii il avait été vif, violent, il trouve moyen de Têtre davantage, d'introduire des expressions plus énergiques, des formules d'une netteté, d'une brièveté saisissantes.
Le beau passage sur l'honneur qui con- ' siste à combattre et non pas à battre, sur les pertes triomphantes à l'égal des plus belles victoires ; le charmant éloge de la poésie, « la bonne, la vraie, celle qui est \ au-dessus des règles et de la raison » ; Tinvective contre les échecs, amusement pué- ^ ril, niais, ridicule, auquel il est honteux de s'ébattre ; la page sur l'horreur et le poids du mensonge et la peine du feu qu'il mérite, , sont des additions . De même les imprécations contre la stupidité bestiale et l'ânerie funeste de ses contemporains, l'abjecte et
servile prostitution dont ils font preuve dans leurs lettres, les crimes des conquérants de l'Amérique, la science livresque « un peu , plus insupportable que la bêtise ».
A la place de : « Plutarque se fût offensé de ceux qui font Thonneur, la fin de toutes actions vertueuses », il met : « Sottes gens ! Caton eût bien fait une action généreuse et juste plutôt avec ignominie que pour la gloire ^ »
Une diatribe contre la science est enrichie de cette ligne finale : « Il n'y a point de science. »
Il avait dit que pour avoir un homme sain, il fallait commencer par l'affublei: de ténèbres, d'oisiveté et de pesanteur. Le paradoxe ne lui semble plus assez énorme ; il y insiste : « Il nous faut abêtir pour nous assagir et nous éblouir pour nous guider. »
Il avait dit : « Aucune éminente et gail-
1. Au même endroit il ajoute qu'il vaudrait mieux hausser les belles actions que de les détracter et qu'il ne serait pas messéant ; d'ôlre Iransporlé par la passion pour elles.
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larde vertu sans quelque agitation déréglée . - ^ Il développe cela en une page où Ton voit que nous devenons vertueux par la dislocation que les passions apportent à notre raison, et que notice sagesse est moins sage que la folie.
D'autres additions moins graves sont peutêtre plus étranges ; quelques-unes sont absurdes, comparables aux plus fatigantes énumérations du Pantagruel \ pour montrer ' ' tout ce qu'on peut signifier avec les mains, il entasse à la file quarante-sept verbes. .
Dans un morceau sur l'infinie variété qu'il ' y a en l'espèce humaine, il intercale ceci :
« Il y a des contrées où les hommes naissent sans tête, portant les yeux et la bouche dans la poitrine ; où ils n'ont qu'un œil au front ; où ils sont moitié poissons par en bas ...»
Il termine l'énumération par ceux qui « naturellement se changent en loups, en juments ».
Et il trouvait que tout cela n'était pas
assez! S'il avait achevé rédition qu'il préparait en ses dernières années, nous y verrions probablement des choses encore plus surprenantes, à en juger par certains échantillons que nous connaissons. En 1588, il avait introduit dans le chapitre de V Institution des enfants un paragraphe pour dire que si un élève préfère une fable au récit d'un beau voyage ou d'un sage propos, le jeu des bateleurs ou le bal aux exercices militaires, il n'est bon q\i'à être mis pâtissier en quel- ^ que bonne ville. En se relisant, il écrivit à la marge : « Que de bonne heure son gouverneur l'étrangle s'il est sans témoin ^ »
Ne reprochons pas à Montaigne d'accumuler ainsi les exagérations; réjouissonsnous plutôt de cette verve croissante. Certes il ne faut pas médire du juste milieu, comme
1. Le passage sur Y « horrible impudence » des Ligueurs, n'est pas dans l'édition de 1588; il n'a paru qu'en 1595. — Un peu après le début du chapitre 38 du lirrc II, à l'endroit oii il s'agit de la contenance que la philosophie nous impose dans les maux, le texte de 1595 est bien plus vif, plus pittoresque, plus incisif que celui auquel il est substitué. —, Comme exemple de progrès tardif, notez ' l'éloge de La Noue : ce chef protestant n'était pas, en 1588, inscrit parmi les modèles de grandeur peu commune.
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La Rochefoucauld \ ni même avoir l'air d'en faire peu de cas ; cela ne convient qu'à la sottise ou au fanatisme et est interdit également par le bon sens et par la prudence. Le juste milieu est un but d'autant meilleur qu'il est plus éloigné et plus difficile à atteindre ; si l'on y arrivait, surtout si on réussissait à s'y tenir et à s'y établir définitivement, peut-être le trouverait-on, à la longue, bien terne, bien prosaïque, bien stérile. Une modération imperturbable, une impartialité qui ne coûterait aucun effort et ne se démentirait jamais, se rapprocheraient trop de l'indifférence et de l'inertie ; un être incapable de tout excès, soustrait à toute espèce d'agitation ressemblerait à une mo* mie. Qui veut faire l'ange, fait la bête; celuilà ne la ferait-il pas aussi, qui végéterait sans élans, sans enthousiasme, ne dépasse'*
1.' c La modéralion est la langueur et la paresse de l'âme ». Il avait mis d'abord ceci, qui valait mieux : « On peut dire, à l'égard de la plupart des hommes ^que la modération est une bassesse dé ràmc: »
rait jamais les bornes prescrites par la raison, et, comme le Wagner de Gœthe, n'aurait jamais envié les ailes de Foiseau ? Quand les philosophes ou les poètes célèbrent le juste ~y milieu, le parfait équilibre, l'heureuse médiocrité, nous pouvons applaudir sans inquiétude : ils ne seront pas de sitôt assez écoutés pour devenir dangereux. Mais si le genre humain, tout & coup converti, se mettait à vivre conformément à cette sagesse, toute 'activité féconde serait bientôt amoindrie, sinon tarie, les grandes entreprises risqueraient fort de ne plus pencontrer d'amateurs, les longs espoirs paraîtraient imprudents ou trop ambitieux, même pour la jeunesse, et les hommes s'endormiraient dans l'ornière, mesurant leurs travaux à leurs besoins désormais bien modestes.
Montaigne parle admirablement d'une
vertu si entière qu'elle ne connaîtrait pas
de chutes, pas de défaillances ni même d'ef-
' forts, il se garde bien d'y prétendre ou de
nous y exhorter; il avoue qu'il faut avoir « un peu de folie », si Ton ne veut avoir •'' « plus de sottise ». Il conseille aux jeunes gens certains excès, afin d'éveiller leur ^ vigueur et de l'empêcher « de se moisir et apoltronniser ». Mieux vaut, en effet, avancer, au risque d'errer ou de tomber, que de ' s'engourdir en piétinant sur place, en imitant « l'indolence d'Épicure ». Se régler en j conservant l'élan qui emporte au delà de la règle, chercher l'équilibre sans rigidité, en restant souple et tellement vivant quel
des écarts sont possibles, aller toujours vers^ le juste milieu, mais ne jamais s'y immobi- J User et peut-être n'y parvenir jamais, n'est- » ce pas là tout ce qui nous est permis ? N'en demandons pas davantage, du moins jusqu'à l'avènement d'un nouvel ordre de choses.
On veut arriver ; on ne songe pas qu'un homme arrivé serait un homme fini, ou ne --serait plus un homme. La pleine sagesse, comme le bonheur, est un idéal aussi inac-
IG
cessible que les horizons bleus qui reculent à mesure que nous avançons. La vraie façon d'ôtre sages, la seule à notre portée, c'ast de travailler à le devenir.
Nous n'aimons tant Montaigne que parce qu'il n'est qu'à moitié l'homme qu'il veut être et qu'il annonce. S'il avait, dès sa retraite, trouvé et gardé son ariston metron, il nous attirerait moins, ne nous retiendrait guère. Heureusement, il fut toujours passionné, enthousiaste, sujet à des emportements et des ravissements superbes, il eut jusqu'à la fin de sa vie besoin de se régler, de se contenir, de se donner un frein ; l'effort même qu'il faisait pour se dompter renouvelait son ardeur. Tel un brasier inextinguible, d'où la flamme jaillit plus brillante à travers la cendre dont on le couvre.