CHAPITRE IV
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Dans la retraite à laquelle il se résignait, il pouvait espérer, sinon une vie agréajjle, (lu moins la tranquillité et la })aix, lecaluic et le repos. Il ne les eut pas.
Son esprit « libre enlin de s'arrêter et rasseoir en soi, en pleine oisiveté », ne sut pas profiter d'une faveur si grande, se mit à « faire le cheval échappé », se donna cent fois plus de carrière que jamais, enfanta « sans ordre et sans propos, des chimères et des ludustres fantasques ». Le loisir de s'entretenir avec lui-même et c le chagrin de la solitude » proiluisirent en lui « une humeur mélancolique », il sentit le besoin
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de s'y soustraire, de brider 'et contraindre cet esprit déréglé, de Tempècher de s'égarer (( dans le champ vague des imaginations où il n'est folie qui ne se produise ». De là, lui vint premièrement en tête cette rêverie de se mêler d'écrire '. Pour « se distraire d'idées importunes et se décharger d'une oisiveté ennuyeuse », il prit la plume et se mit à compiler avec une ferveur que l'abbé Trublet lui-même n'a pas surpassée.
Les Essais ne furent d'abord qu'un pa- / quet de notes dans lequel il entassait pêlemêle, au hasard, des textes recueillis sans choix, sans ombre de critique, sans écarter les choses les plus oiseuses ou les plus puériles. Il conseille de ne pas s'arrêter à ses « fadaises » et plus d'une page ne mérite que trop ce nom. Des chapitres entiers sont « un fagolage de pièces décousues » ^,
1. Dans un autre endroit il dit qu'il écrivit d'abord « pour garder son imagination de se perdre et exlravaguer au vent ».
•2. Il disait cela à propos du chapitre 11 du livre 11 dans la première édition ; depuis il l'a effacé. Cela s'applique mieux encore à
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des enfilades de citations qui n'ont pas même l'excuse de servir de prétexte à une remarque instructive ou ingénieuse, qui ne s'expliquent que par le désœuvrement, le parti pris d<> s'imposer pendant quelques heures une tâche propre à passer le temps, en évitant de rélléchir. Les chapitres sur les questions militaires, très arides pour la plupart, et beaucoup trop nombreux à notre gré, bien que nous ne les ayons pas tous \ l'ont amusé; sa discussion sur la tactique du duc de Guise à la bataille de Dreux mérite d'èlrc comparée avec le chapitre qu'un des meilleurs capitaines de la même époque a écrit sur le môme sujet ^ : de part et d'autre, même curiosité. Evidemment la question n'intéresse pas Montaigne moins que La Noue. Mais pourquoi écrire le
d'aulrcs chapitres, surtout à ccuv <lc la fin du livre I, tels qu'ils ftaiont priinilivemcnt.
i. Après avoir écrit sur les armes des l'arthcs, il s'élait occupé de celles des Romains cl avait dit « bieu amplement » ce qu'il en savait. Le morceau lui fut dérobé cl, heureusement pour nous, il n'a pas perdu sou temps à le refaire.