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qu'aux partisans do rimmorlalité «le ràiiic, (le la magie ou de la pierre philosophale; bref, il guerroie contre tout le monde et contre lui-même '; parfois on ne discerne plus à qui il en veut : au plus fort de son pyrriionisme, il s'avise «jue la pluralité des mondes n'est pas une opinion moins probable qu'une autre, et il plaide pour elle, contre qui? Sans doute contre ceux qui ne l'adinettent pas; mais « les nouveaux docteurs )) contre lesquels ce passage paraît dirigé, étaient-ils hostiles à la pluralité des mondes?
Cependant, Montaigne cesse })eu à [teu d'être le sceptique à outrance qu'il a été quelque temps : il conteste tout, met tout eu doute, aime mieux « demeurer en suspens que s'infrusquer en tant d'erreurs que l'humaine fantaisie a produites », mais sa
(1) Il coriloslf dans Tapolof^ic des proposilions ilont il iic paraît s'Clrt' jamais d(?parli S('Tieusomeul ; par exemple, il raille les pliilosoplies i|iii oui pi'tîclié à chacun le respect «les lois de son jtays. Ou bien il eonlcsle (|ue nous puissions tirer de nous-niônies le règlement de nos mœurs.
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balance n'est point l'emblème du doute illif mité, indclini, c'est l'emblème du doute méthodique, et sa devise : que sais-je? implique si peu une adhésion au pyrrhonisme, qu'il raccompaji;ne de l'objection à laquelle les pyrrhoniens n'ont pas de réponse :
« Quand ils disent le doute, on les tient immédiatement à la gorge pour leur faire avouer qu'au moins savent-ils cela, qu'ils doutent. » 11 continue à railler la raison huhiaine, mais raison humaine ne signifie ici que raisonnement creux et déraison de l'école. Sa balance lui sert à peser les propositions présomptueuses et à discerner celles qui valent mieux que les autres : « la raison fait la ditlerence ». 11 oppose « l'évidence des effets » aux arguments par lesquels on essaie de ruiner ces effets. Un homme « faisant profession de réformations physiques », affirmait que les anciens méconnaissaient les véritables mouvements des vents. Gomment donc, dit Montaigne,
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ceux qui naviguaient allaient-ils en Occident, quand ils tiraient en Levant? — C'est la fortune, répondit le réformateur; tant il y a qu'ils se mécomptaient. Montaigne répliqua (ju'il aimait mieux « suivre les effets que la raison ». 11 y a ici évidemment abus de mots. [)e même, à propos de la justice : en la dénigrant il pense à celle que borne une rivière^ ou un(^ montagne, la vraie justice nest pas en cause. S'il nie (ju'il existe pour TlioninK" des lois prescrites par la naturt', il ne persiste pas dans sa négation : dés la première édition de son livre, il avait loué les [)('ii[des où, comme cbez les cannibales, ces lois ne sont pas altérées par Aristote et la physi(|ue; plus lard, il ajoute : 11 est croyable (ju'ii y a des lois naturelles, comme il se voit aux autres créatures, mais en nous elles sont perdues. Est-elle d'un sceptique, la superbe réponse aux philosophes païens assez ridicules pour croire que l'homme est le but où vise
runiversalitc des choses, et que le branle de la voûte céleste, la lumière éternelle des flambeaux roulant si fièrement sur nos têtes, sont établis et se continuent depuis tant de siècles pour notre service? ^
A un début orthodoxe il avait attaché une profession de scepticisme absolu; à cette profession il joint des remarques ou des réflexions qui l'infirment, la démentent d'une façon plus ou moins catégorique.
De cette mêlée confuse, où par momentg on ne voit plus clair, une seule chose se dégage nettement : la condamnation de l'entreprise qu'il s'agissait de soutenir. A moins de remonter jusqu'au légendaire Balaam, on ne découvrirait nulle part rien de tel; qui a jamais, avant ou après Montaigne, terminé une thèse par une conclusion opposée à cette thèse? Tout autre que lui
1. L'opinion qu'il réfute en tonnes si magnifiques, est exprimée dans sa traduction de Sebond en ces termes : « Or sus, homme, considère comme le soin et sollicitude de nature ne vise qu'à Ion profit, comme elle a asservi tous ses desseins et tous ses effels à Ion seul besoin... Ce branle du soleil ne regarde qu'à ta nécessité... »
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aurait, sans hôsilor, supprimé un début ainsi réfuté par ce qui lo suit. II a pu le maintenir d'autant plus facilement que son habitude était de ne rien effacer : « Je ne corrige point mes premières imaginations parles secondes » dit-il ^ La contradiction de l'apologie n'est ni plus complète, ni plus manifeste, ni plus extraordinaire que tant (Taulrcs (ju'il s'est })erniises ailleurs, en particulier sur les manières d'(>uvisager la mort. Renonçant à insérer dans les Essais le discours de La Boétie, il a conservé néanmoins les lignes par lesquelles il l'avait annoncé. Il n'est pas plus surprenant que les premières pages de V Apologie aient subsiste bien qu'elle n'eussent plus de raison d'être. Outre que telle était sa marche coulumière, et qu'il allaittoujourssansombre de plan, enfilant au hasard des pièces incohérentes avec une aisance imperturbable, il
1. Ceci liés la première édition ; plus tard il a précisé et ajouté -. » Oui à l'aventure i(ucli|uc mol pour diversifier non pour ôlcr». En cHct, il n'a presque Jamais rien efTacé.
l'iS IM lîODUCTION AUX liSSAIS
civaiL intérèl évidenl à se présenter en principe comme un partisan de Sebond avant de se tourner contre lui, à affirmer que la religion est raisonnable avant de constater qu'elle ne Test pas : la conclusion qui, isolée, n'eût peut-être pas été tolérée, devenait bien moins compromettante, avait même des chances d'échapper à la censure, grâce au début écrit dans un esprit tout dilTérent et propre à justifier le titre du chapitre; le commencement excusait la lin dans une certaine mesure, et l'impossibilité de concilier l'un avec l'autre otait incontestablement de la gravité au chapitre tout entier.
Ainsi s'explique, d'une façon aussi simple que plausible, un problème qui reste inextricable tant qu'on s'obstine à le résoudre en ne consultant que le texte de l'Apologie. Si nous ignorions que Montaigne n'était plus en 1580 ce qu'il était dix ans auparavant et comment il procédait dans son travail, nous serions réduits à des hypothèses et très con-