‹ Introduction aux essais de Montaigne (volume 4)Chapitre 38 sur 40 · UNE EIIREUU DE MICHELET · texte numérisé non relu

UNE EIIREUU DE MICHELET

qu'aucun tuilrc passé » et ne croit pas les esprits de son temps plus ineptes ni moins fertiles que ceux du temps crUomère ou du temps de Platon. En insistant sur le triste état de la France, il a soin de noter que les autres pays ne sont «ïuère en situation meilleure : « Tournons les yeux partout : tout croule autour de nous. En tous les grands Etats, soit de la chrétienté, soit d'ailleurs, vous trouverez une évidente menace de ruine. » Quant à la haine des réformes qui fâche si fort Michelet, elle élait, en bien des matières, naturelle, presque fatale, à l'heure où Montaigne écrivait; l'innovation « qui est de grand lustre ». semblait, comme il le dit, interdite en un temps oii Ton n'élait pressé et Ton navail à « se défendre que des novelletés ».

Regardez sans prévention : les caractères essentiels de la Renaissance ne sont pas marqués moins nettement cliez Montaigne que chez Rabelais. Los meilleurs juges ont

reconnu que dans l'cpopce française l'absence de physionomies distinctes est sensible, que les barons, incapables de sortir d'un horizon assez factice, sont à peine des hommes, que la vie manque partout, que les lignes sont rigides et sèches, les mouvements raides. Ce que M. Gaston Paris a dit à propos de la Chanson de Roland, est vrai de la littérature du moyen âge presque tout entière. Pour s'assurer que dans les Essais il n'y a ni défaillance, ni retour au passé, il sufhrait presque de savoir qu'ils existent, d'en lire la première page : se prendre soi-même comme sujet d'un livre ! Pascal avait de bonnes raisons pour blâmer cette idée; en disant que c'était un sot projet, il entendait reprocher à Montaigne autre chose que d'avoir manqué d'esprit : il estimait que faire ainsi son propre portrait, était une entreprise inouie, dangereuse, malsaine, et peut-être, en efFe^;, était-ce plus grave et plus téméraire que bien des hérésies.

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L'iiomiiu' capuble d'ciilroprciKlro une loUo œuvre; l'Iionimo qui assij^no à la vie IniniaiiK' un (liscipliuc piii'cinoiit Imniaino, louriiio par la connaissanco des laits et des choses, par l'expérience, et veut, au rebours de ceux qui ont « artialisé la nature », « naturaliser l'art »; l'homme qui pense et enseigne à penser avec une entière liberté, qui combat victorieusement les terreurs de l'antique superstition, cet homme-là ne recule pas; il avance, d'un pas ferme, dans la voie où Rabelais l'a précédé ^

I. Sur coilains poinis pravos, l'opinion de Moiilaip:no est plus voisine ilo la nolro ipa- colle ilo Rabelais. Par oxeniplo, selon Ralielais la femme est inférieuie il llionime; Moiilaiî,'ne ne la Halle pas, ne la croit pas très ca|)alile d'une amitié véritable ; ;i cela près, il ne la trouve nullement inférieure à l'iioninie. Il termine un cliapitre où il est beaucoup c|uesliou d'elle, par ces mots : « Je dis que mâles et femelles sont jetés dans un môme moule; sauf linslitulion et l'usafrc,

la différence n'y est pas faraude Il est plus aisé d'accuser un sexe

que d'excuser l'autre. »

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