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Il sera question des interpolations au chapitre m, p

2. Les scribes de la Renaissance carolingienne et de la renaissance proprement dite, depuis le xv' siècle, se sont préoccupés de fournir des textes intelligibles. Ils ont corrigé en conséquence tout ce qu'ils ne comprenaient pas. Plusieurs œuvres de l'antiquité ont été de la sorte abîmées par eux à jamais.

sont irréparables dans le cas, qui nous occupe, d'une copie unique. INlais la plupart des erreurs accidentelles se laissent deviner, lorsqu'on en connaît les formes ordinaires : confusions de sens, de lettres et de mots, transpositions de mots, de syllabes et de lettres, dittographie (répétition inutile de lettres ou de syllabes), haplographie (syllabes ou mots qu'il aurait fallu redoubler et qui ne sont écrits qu'une fois), mots mal séparés, phrases mal ponctuées, etc. — Des erreurs de ces divers types ont été commises par les scribes de tous les temps et de tous les pays, quelle que fût l'écriture des originaux, en quelque langue qu'ils fussent rédigés. Mais certaines confusions de lettres sont fréquentes dans les copies exécutées d'après des originaux qui étaient en caractères onciaux, et d'autres dans les copies exécutées d'après des originaux en minuscule. Les confusions de sens et de mots s'expliquent par des analogies de vocabulaire et de prononciation qui diffèrent, naturellement, suivant que l'original était en telle langue ou en telle autre, de telle date ou de telle autre. La théorie générale de la restitution conjecturale se réduit donc à ce qui précède, et il n'y a pas d'apprenlissage général de cet art. On apprend à restituer, non pas n'importe quels textes, mais des textes grecs, des textes latins, des textes français, etc.; car la restitution conjecturale d'un texte suppose, outre des notions générales sur le processus de la dégénérescence des textes, la connaissance approfondie : 1° d'une langue; 2° d'une paléographie spéciale^; 3° des confusions [de lettres, de sens et de mots) dont les copistes de textes rédiges dans la même langue et écrits de la même manière ai'aient ou ont l'habitude. Pour l'apprentissage de l'émendation conjecturale des textes grecs et latins, des répertoires (alphabétiques et méthodiques) de

58 OPKRATIONS ANALYTIQUES.

« variantes de tradition », de confusions fréquentes, de corrections probables, ont été dressés'. Ils ne suppléent certes pas à des exercices pratiques, faits sous la direction des hommes du métier ^ , mais ils rendent de grands services aux hommes du métier eux-mêmes.

Il serait facile d'énumérer des exemples de restitutions heureuses. Les plus satisfaisantes sont celles qui ont un caractère d'évidence paléographique, comme la correction classique de Madvig au texte des Lettres de Senèque (89, 4). On lisait : « Philosophia unde dicta sit, apparet; ipso enira nomine fatetur. Quidam et sapientiara ita quidam fînierunt, ut dicerent divinorura et humanorum sapientiam... »; ce qui n'a pas de sens. On supposait une lacune entre ita et quidam. Madvig s'est représenté le texte en capitales de l'archétype disparu, où, suivant l'usage antérieur au viii^ siècle, les mots n'étaient pas séparés [scriptio continua) et les phrases n'étaient pas ponctuées; il s'est demandé si le copiste, qui eut d'abord sous les yeux l'archétype en capitales, n'avait pas coupé les mots au hasard, et il a lu sans difficulté : « . . ipso enim nomine fatetur

1. Ces collections sont arrangées suivant l'ordre méthodique ou suivant l'ordre alphabétique. — Les principales sont, pour les deux langues classiques, outre l'ouvrage précité de Blass (cidessus, p. 54, n. 1), les Adversaria critica de Madvig (Copenhague, 1871-74, 3 vol. in-8). Pour le grec, la célèbre Commentatio palœographica de Fr. J. Bast, publiée en appendice. à l'édition du grammairien Grégoire de Corinthe (Leipzig, 1811, in-8), et les Varise lectiones de Cobet (Leyde, 1873, in-8). Pour le latin : H. Hagen, Gradtis ad criticcn (Leipzig, 1879, in-8), et W. M. Lindsay, An introduction to latin textual emendation based on the text of Plauttis (London, 1896, in-16). Un rédacteur du Bulletin de la Société des humanistes français a exprimé, dans cette publication, le vœu qu'un recueil analogue soit composé pour le français moderne.

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