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Siignr, dans la Vie de Louis VI, est un modèle du genre

2. Tschudi, Chronicon Heh-clicum, en est un exemple frappant.

CniTIQUE DE SINCERITE ET D EXACTITUDE. l'iS

Charles du xi* siècle); mais elle altère prolondément tous les textes littéraires, y compris les récits des historiens. Or la tendance naturelle est de croire plus volontiers les écrivains de talent et d'admettre plus facilement une affirmation présentée dans une belle forme. Le critique doit réagir en appliquant cette règle paradoxale qu'on doit tenir une atlirmation pour suspecte d'autant plus qu'elle est plus intéressante au point de vue artistique '. Il faut se défier de tout récit très pittoresque, très dramatique, où les personnages prennent des attitudes nobles ou manifestent des sentiments très intenses.

Cette première série de questions aboutira au résultat provisoire de discerner les affirmations qui ont cliance d'être mensongères.

V. La seconde série de questions servira à examiner s'il y a un motif de se défier de l'exactitude de l'affirmation. L'auteur s'est-il trouvé dans une des conditions qui entraînent un homme à se tromper ? — Comme en matière de sincérité, il faut chercher ces conditions en général pour l'ensemble du document, en particulier pour chacune des affirmations.

La pratique des sciences constituées nous apprend les conditions de la connaissance exacte des faits. Il n'existe qu'un seul procédé scientifique pour connaître un fait, c'est l'observation; il faut donc que toute affir- / mation repose, directement ou par intermédiaire, sur j une observation, et que cette observation ait été faite correctement.

1. Aristophane et Démosthène sont deux exemples frappants du pouvoir qu'ont les grands écrivains de paralyser la critique ut de troubler la connaissance des faits. C'est seulement à la fin du xix" siècle qu'on a osé s'avouer nettement leur manque de sincérité.

lu

Le questionnaire des inolifs d'erreur peut se dresser en parlant de l'expérience qui nous montre les cas les plus habituels d'erreur.

1" cas. L'auteur a été placé de façon à observer le fait et s'est imaginé l'avoir réellement observé; mais il en a été empêché par quelque motif intérieur dont il n'a pas eu conscience, une hallucination, une illusion ou un simple préjugé. 11 est inutile (et il serait d'ailleurs impossible) de déterminer lequel de ces motifs a agi; il suffit de reconnaître si l'auteur a été porté à mal observer. — Il n'est guère possible de reconnaître qu'une affirmation particulière a été le résultat d'une hallucination ou d'une illusion. Tout au plus parvient-on, dans quelques cas extrêmes, à apprendre, soit par des renseignements, soit par des comparaisons, qu'un auteur a une propension générale à ces genres d'erreur.

Il y a plus de chance de reconnaître si une affîrraamation a été le produit d'un préjugé. On trouve dans la vie ou les œuvres de l'auteur la trace de ses préjugés dominants; on doit pour chaque affirmation particulière se demander si elle ne provient pas d'une idée préconçue de l'auteur sur une espèce d'hommes ou une espèce de faits. Cette recherche se confond en partie avec la recherche des motifs de mensonge : l'intérêt, la vanité, la sympathie ou l'antipathie produisent des préjugés qui altèrent la vérité de même façon que le mensonge volontaire. On peut donc s'en tenir aux questions déjà posées pour reconnaître la sincérité. Mais il en faut ajouter une. L'auteur, en formulant une affirmation, n'a-t-il pas été amené à la déformer à son insu parce qu'il répondait à une question? C'est le cas de toutes les affirmations obtenues par enquête, interrogatoire, questionnaire. Même en dehors des cas

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OÙ l'interrogé cherche à plaire au questionneur en répondant ce qu'il croit lui être agréable, toute question par elle-même suggère la réponse; ou du moins elle impose la nécessité de faire entrer les faits dans un cadre tracé d'avance par quelqu'un qui ne les a pas vus. Il est donc indispensable de soumettre à une critique spéciale toute affirmation obtenue par interrogation, en se demandant quelle a été la question posée et quel préjugé elle peut avoir fait naître dans l'esprit de celui qui a eu à y répondre.

2*^ cas. L'auteur a été mal placé pour observer. La ))ratique des sciences nous enseigne les conditions d'une observation correcte L'observateur doit être placé de façon à voir exactement, sans aucun intérêt pratique, aucun désir d'atteindre un résultat donné, aucune idée préconçue sur le résultat. 11 doit noter à l'instant même, avec un système de notation précis ; il doit indiquer avec précision sa méthode. Ces conditions, exigées dans les sciences d'observation, ne sont jamais toutes remplies par les auteurs de documents.

Il serait donc inutile de se demander s'il y a eu des chances d'incorrection ; il y en a toujours (c'est justement ce qui distingue un document d'une observation). Il ne reste qu'à chercher les causes évidentes d'erreur dans les conditions de l'observation : si l'observateur a été en un lieu d'où il ne pouvait pas bien voir ou entendre (par exemple un subalterne qui prétend raconter les délibérations secrètes d'un conseil de dignitaires); — si son attention a été fortement distraite par la nécessité d'agir (par exemple sur un champ de bataille), ou a été négligente parce que les faits à observer ne l'intéressaient pas; — s'il lui a manqué l'expérience spéciale ou l'intelligence générale pour comprendre les faits; — s'il a mal analysé ses impressions et confondu des faits

différents, Surtout il faut se demander quand il a noté ce qu'il a vu ou entendu. C'est le point le plus important : la seule observation exacte est celle (ju'on rédige aussitôt après avoir observé; c'est toujours ainsi qu'on procède dans les sciences constituées; une impression notée plus tard n'est déjà plus qu'un souvenir, exposé à s'être mélangé dans la mémoire avec d'autres souvenirs. Les Mémoires, écrits plusieurs années après les faits, souvent même à la fin de la carrière de l'auteur, ont introduit dans l'histoire des erreurs innombrables. Il faut se faire une règle de traiter les Mémoires avec une défiance spéciale, comme des documents de seconde main, malgré leur apparence de témoignages contemporains. 3° cas. L'auteur affirme des faits qu'il aurait pu observer, mais qu'il ne s'est pas donné la peine de regarder. Par paresse ou négligence, il a donné des renseignements qu'il a imaginés par conjecture, ou même au hasard, et qui se trouvent être faux. Cette cause d'erreur, très fréquente, bien qu'on n'y pense guère, peut être soupçonnée dans tous les cas où l'auteur a été obligé pour remplir un cadre de se procurer des renseignements qui l'intéressaient peu. De ce genre sont les réponses à des questions faites par une autorité (il suffit de voir comment se font de nos jours la plupart des enquêtes officielles), et les récits détaillés de cérémonies ou d'actes publics. La tentation est trop forte de rédiger le récit d'après le programme connu d'avance ou d'après la procédure habituelle de l'acte. Que de comptes rendus de séances de tout genre publiés par des reporters qui n'y ont pas assisté! On soupçonne, on croit même avoir reconnu, des imaginations analogues chez des chroniqueurs du moyen âge*.

1. Par exemple le récit de l'élection d'Otton V dans \esGesta Ottonis de Witukind.

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