IV. Pour réaliser un enseignement rationnel il ne
l'enseignement de l'histoire? m 80 pour 100 des candidats ont répondu en substance, soit parce qu'ils le pensaient, soit parc(^ qu'ils croyaient plaire : « à exalter le patriotisme ». [Ch.-V. L.|
suffira pas de constituer une théorie de la pédagogie historique. Il faudra renouveler le matériel et les procédés.
L'histoire comporte nécessairement la connaissance, d'un grand nombre de faits. Le professeur d'histoire, réduit à sa parole, à un tableau noir, et à des abrégés qui ne sont guère que des tableaux chronologiques, se trouve dans la condition d'un professeur de latin sans textes ni dictionnaire. L'élève d'histoire a besoin d'un' répertoire de faits historiques comme l'élève de latin d'un répertoire de mots latins ; il lui faut des collections de faits, et les précis scolaires ne sont guère que des collections de mots.
Les faits se présentent sous deux formes, gravures et livres. Les gravures montrent les objets matériels et l'aspect extérieur, elles servent surtout pour l'étude de la civilisation matérielle. On a depuis longtemps, en Allemagne, essayé de donner à l'élève un recueil de gravures combiné pour l'enseignement historique. Le même besoin a fait naître en France V Album historique, qui se publie sous la direction de M. Lavisse.
Le livre est l'instrument principal, il doit contenir les traits caractéristiques nécessaires pour se représenter les événements, les motifs, les habitudes, les institutions; il consistera surtout en récits et descriptions, auxquels on pourra joindre quelques paroles ou formules caractéristiques. On a longtemps cherché à composer ces livres avec des morceaux choisis d'auteurs anciens ; on leur donnait la forme d'un recueil de textes *. L'expérience semble indiquer qu'il faut renoncer à ce procédé d'aspect scientifique, il est vrai, mais peu
1. C'est ce qui a été fait en Allemagne sous le nom de Quellenbuch.
L ENSEIGNEMENT SECONDAIRE DE L iUSTOIRE. 291
intelligible à des enfants; on préfère s'adresser aux élèves en langue contemporaine. C'est dans cet esprit que, suivant les Instructions de 1890', ont été composées les collections de Lectures historiques dont la principale a été publiée par la maison Hachette.
Les procédés de travail des élèves se ressentent encore de la création tardive de l'enseignement de Ihistoire. Dans la plupart des classes d'histoire dominent encore les procédés qui ne font faire à l'élève qu'un travail réceptif : le cours, le résumé, la lecture, l'interrogation, la rédaction, la reproduction des cartes. C'est la condition d'un élève de latin qui se bornerait à réciter des leçons de grammaire ou des morceaux d'auteur sans faire ni version ni thème.
Pour que l'enseignement fasse une impression efficace il faut, sinon écarter tous ces procédés passifs, du moins les renforcer par des exercices qui mettent l'élève en activité. On en a déjà expérimenté quelquesuns et on peut en imaginer plusieurs ^. — On peut faire analyser des gravures, des récits, des descriptions pour dégager les caractères des faits : ce petit exposé écrit ou oral donnera la garantie que l'élève a vu et compris, il sera une occasion de Ihabituer à n'employer que des termes précis. — On peut demander à l'élève un dessin, un croquis géographique, un tableau synchronique. — On peut lui faire dresser un tableau de comparaison entre des sociétés différentes et un tableau de l'enchaîneraent des faits.
1. On trouvera la même théorie pédagogique dans la préface de mon Histoire narrative et descriptive des anciens peuples de l'Orient, Supplément à l'usage des professeurs, Paris, 1890, in-8. [Ch. S.]
-.J'ai traité cette question dans la Revue universitaire. 1896. 1. 1. [Ch. S.]
Il faut un livre pour fournir à l'élève la matière de ces exercices. Ainsi la réforme des procédés est liée à la réforme des instruments de travail. Elles se feront toutes deux à mesure que les professeurs et le public apercevront plus nettement le rôle de l'enseignement historique dans l'éducation sociale.