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L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR DE L'HISTOIRE EN FRANCE

L'enseignement supérieur de l'histoire a été en grande parlie transformé, dans notre pays, depuis trente ans. Cela s'est fait lentement, par retouches successives, comme il convenait. Mais, quoique les mesures prises aient été rationnellement liées les unes aux autres, le grand nombre de ces mesures n'a pas laissé, en ces derniers temps, d'étonner, et même d'effaroucher le public. L'opinion publique, sollicitée en faveur des réformes, a été un peu surprise de l'être si souvent, et peut-être n'est-il pas superflu d'indiquer ici, une fois de plus, le sens général et la logique interne du mouvement auquel nous assistons.

I. Avant les dernières années du Second Empire, l'enseignement supérieur des sciences historiques était organisé en France d'une manière incohérente*.

Il y avait des chaires d'histoire dans plusieurs établissements, de types divers : au Collège de France, dans les Facultés des Lettres, et dans des « écoles

1. Voir, sur l'organisation de l'enseignement supérieur en Fiance à cette époque et sur les premières réformes, l'excellent ouvrage de M. L. Liard, l'Enseignement supérieur en France, Paris, 1888-1894, 2 vol. in-8.

spéciales », telles que l'Ecole normale supérieure et

.l'Ecole des chartes.

Le Collège de France était un vestige des institutions de l'ancien régime. Dressé au xvi^ siècle contre la Surbonne scolastique pour être l'asile des sciences nouvelles, il avait ce glorieux privilège de représenter historiquement les hautes études spéculatives, l'esprit de libre recherche, et les intérêts de la science pure. Malheureusement, dans le domaine des sciences historiques, le Collège de France avait laissé, jusqu'à un certain point, s'oblitérer sa tradition. Les grands hommes qui enseignaient l'histoire dans cette illustre maison (J. Michelet, par exemple) n'étaient pas des techniciens, ni, à proprement parler, des savants. Leur éloquence agissait sur des auditoires qui n'étaient pas composés d'étudiants en histoire.

Les Facultés des lettres faisaient partie d'un système établi par le législateur napoléonien. Ce législateur ne s'était nullement proposé d'encourager, en créant les Facultés, les recherches scientifiques. Il n'aimait pas beaucoup la science. Les Facultés de droit, de médecine, etc., devaient être, dans sa pensée, des écoles professionnelles qui fourniraient à la société les juristes, les médecins, etc., dont elle a besoin. Mais trois Facultés, sur cinq, ne furent pas, dès l'origine, en mesure de jouer le rôle qui leur était destiné, et qu'ont effectivement rempli les deux autres, Droit et Médecine. Les P acuités de Théologie catholique ne formèrent pas les prêtres dont la société a besoin, parce que l'Etat avait consenti à ce que l'éducation des prêtres se tit dans les séminaires diocésains. Les Facultés des Sciences et des Lettres ne formèrent point les professeurs de l'enseignement secondaire, les ingéiiieurs. etc., dont la société a besoin, parce qu'elles

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