II. i
â Qu'on examine sévèrement cet établissement, inconnu à nos pères (0, qui, sous le nom spe'cieux de mont-de-piétè , vend chèrement de l'argent au malheureux, et présente à l'infidélité un moyen sûr de cacher les rapines et d'en recueillir les fruits. {Paris.)
Que le prêt à intérêt, et tous les genres d'usure, qui font des progrès en proportion du luxe et de la décadence des mœurs, soient réprimés par l'exécution la plus sévère des lois ecclésiastiques et civiles qui les défendent (2). ( Vitry -le- Français .)
sujet donnera une idée de ce qu'on fit contre eux dans les autres pays. « Le roi Jean ayant fait emprisonner les juifs pour avoir leur bien, il » y en eut peu qui n'eussent au moins un œil crevé. Ce roi faisait ainsi j) sa chambre de justice. Un d'eux à qui on arracha sept dents , une cha- » que jour, donna dix mille marcs d'argent à la huitième. Henri III » tira d'Aaron , juif d'Yorck , quatorze mille marcs d'argent, et dix mille d pour la reine.... Les rois ne pouvant fouiller dans la bourse de leurs » sujets, à cause de leurs privilèges, mettaient à la torture les juifs, » qu'on ne regardait pas comme citoyens. Enfin il s'introduisit une cou- » tume d'après laquelle on confisqua tous les biens des juifs qui em-
u brassaient le christianisme On a dit qu'on voulait les éprouver,
» et faire en sorte qu'il ne restât rien de l'esclavage du démon. Mais » il est visible que cette confiscation était une espèce de droit d'amor- » tissement pour le prince, des taxes qu'il levait sur les juifs, et dont
» il était frustré lorsqu'ils changeaient de religion » Ainsi l'on
confisquait leurs biens lorsqu'ils voulaient être chrétiens, et bientôt
après on les fit brûler lorsqu'ils ne voulurent pas l'être Pauvres
juifs! ....
(i) Belle raison! quand il y en avait tant de solides adonner!
(2) La loi de Mahomet confond, comme V Ecriture, le prêt à intérêt avec l'usure. Celle-ci augmente dans les pays de l'Islamisme à proportion de la sévérité de la défense. Le prêteur s'indemnise du péril de la contravention. Bien plus, comme en Orient la plupart des hommes n'ont rien d'assuré, il n'y a presque point de rapport entre la possession actuelle d'une somme, et l'espérance de la ravoir après
Qu'il soit défendu aux juifs de contracter pour prêt d'argent avec les chrétiens, ni aucune vente mobiliaire à crédit, sous peine de nullité des actes qu'ils auront passés, sans préjudice des effets de commerce négociés entre eux et les banquiers (x). (Schélesiadt.)
Pour venir au secours de la classe indigente et l'empêcher de recourir aux juifs, il sera permis aux religieux de placer leurs fonds sur obligation, ou à de modiques intérêts (2). (Colmar.)
Qu'on supprime les loteries, toujours funestes au peuple par l'appât séducteur d'une faible chance, dont l'avantage n'est pas à comparer avec tous les malheurs qu'il occasione. (Vilry-le-Français.)
Que les loteries soient supprimées, comme tendantes à altérer la probité et l'honnêteté du peuple, et à le priver de toutes les ressources que le travail et l'économie pourraient lui assurer. ( Lyon, )
Que l'on supprime toutes les loteries, pièges tendus à la cupidité, et dont l'effet est d'ôter au pauvre sa subsistance, de bouleverser les fortunes les mieux éta-
l'avoir prêtée : l'usure y augmente donc encore en proportion du péril de l'insolvabilité.
(i) On a beau proscrire l'usure, elle se fait et se fera toujours. Le prêta la petite semaine soutient le luxe de tel de nos plus élégans. Deux ou trois pour cent par mois ne sont pas une affaire. Nous pourrions dfcer un capitaliste, du reste fort assidu à ses pratiques de dévotion, qui prête par 10 et 20 fr. à la fois plus de cinquante mille écus par an. C'est à des marchandes de la halle, qui, pour 5 fr. reçus le lundi , lui en rendent 6 et 7 le samedi ou le dimanche.
(2) On ne voulait interdire l'usure aux vins que pour la réserver aux autres. Au fait, il faut toujours que ce soit ceux qui ont l'argent qui le prêtent: tantôt les juifs, les Lombards ; tantôt les moines, les traitaos , les banquiers.
( '96) blies, et d'enhardir à violer la foi du dépôt celui-làs même qui en aurait eu horreur, s'il n'eût été séduit par l'appât qu'elles présentent et par la fureur du jeu qu'elles inspirent. ( Paris.)
C'est un abus que ces loteries, qui exaltent les imaginations par l'espérance (0, qui servent d'aliment à l'avidité, ruinent des familles, et exposent les enfans et les domestiques à voler leurs païens ou leurs maîtres pour satisfaire une passion qui n'a qu un objet fantastique. ( Manies et Meuîan. )
Les députés demanderont l'établissement d'une banque nationale (2). ( Vitry-le-Français.)
(i) Les loteries ont été supprimées sous la république ; on les réla folit sous l'empire.
(i) Le principal objet d'un établissement de ce genre est de fournir de l'aliment au commerce , et de lui procurer les moyens de multiplier ses opérations. Tant qu'elle se borne à cette mission, et tant qu'elle ne met pas en circulation de billets au-delà de ses ressources, il est certain qu'elle rend de grands services sans donner de craintes , et justifie la confiance dont elle est l'objet, le but qu'elle est chargée d'atteindre. Mais si elle sort de ces limites, elle devient, comme V emprunt, un instrument de dommage Si elle dépasse dans ses émissions de billets ses moyens possibles de remboursement; si elle se fait, par la suite des temps et par la force des choses, l'auxiliaire du gouvernement; si elle n'est plus que son prête-nom; si elle est pour lui désormais bien plus que pour le commerce; si l'aide qu'elle prêle à. celui-ci n'est qu'une apparence vaine et trompeuse, et qu'elle n* soit en réalité occupée avant tout et toujours que des escomptes du ministère, il est évident qu'elle n'est plus qu'un voile transparent derrière lequel
un jeu scandaleux se dérobe mal Elle ressemble à ces glaces d'une
nuit sur lesquelles des imprudens s'aventurent tout prêts qu'ils sont de s'engloutir sous son rideau imposteur et perfide.
Si la banque de France n'est point arrivée là, fondée qu'elle fut sur des bases stables , et confiées à des mains pures et fermes qui ne laisseront pas dévier ses capitaux îles canaux ouverts pour leur circulation
Les états prendront des mesures pour ane'antir Vagiotage, si commun aujourd'hui dans la capitale , et qui engloutit une partie des fonds qui feraient la prospérité du commerce et de l'agriculture.
L'intérêt de l'argent sera réduit au taux prescrit par les ordonnances. {Rouen.)
L'agiotage sera réprimé, ou, s'il se peut, détruit. 11 tarit la source des richesses que la France tirerait de la culture des terres et du commerce (x). {Paris. )
Noblesse. — Les monts-de-piété de la Flandre seront organisés sur le pied de celui de Paris, et conformément à redit de décembre 1777 (»).
{Douai et O relues. )
par ses articles réglementaires, il n'en est pas de même de la banque de Londres , si l'on s'en rapporte à ce que des écrivains habiles , impartiaux, en ont écrit dans les dernières années.
Depuis la suspension de paiement arriyée à la fin du dernier siècle , »:lle n'a point repris dans l'opinion la place que jusque là elle avait eue. Nous renvoyons pour les détails sur ses catastrophes, ses faux erremens, ses obligations contractées, et ses promesses faites, mais qu'elle n'a pas tenues; nous renvoyons, disons-nous, aux ouvrages de MM. Feri de Saint-Constant et duc de Lévis, publiés il y a vingt ans, et aux voyages plus récens qui ont paru depuis la restauration. On y trouvera, à travers quelques éloges, beaucoup de censures, et l'on démêlera la vérité sur une institution qui , en Angleterre comme en France, aurait besoin et ne peut jamais se passer d'une entière indépendance, et de tout lien qui la mettrait sous l'influence d'un pouvoir qui n'est propre qu'à étoufter ses germes de succès et de vie.
(1) Les dcputçs actuels de Paris sont priés de fajre attention à ce langage de leurs devanciers.
(a) On lit ce qui suit dans un voyage fait en Chine par Temkofski, dans les premières années du xixc siècle.
« Non loin de la demeure du ministre de Russie , à Pékin, se trouve
Il ne parait pas moins utile pour le commerce et pour les citoyens en général, d'encourager la circulation, en autorisant par une loi la perception de l'intérêt à cinq pour cent, avec les retenues légales, sur îe prêt pur et simple par billets et obligations.
( Angoumois. )
Que le prêt à intérêt légal, par obligation ou billet, soit permis indéfiniment, comme utile au commerce, à l'agriculture et à la société en' général.
( Clermont-Ferrand. )
Les députés représenteront aux états-généraux la nécessité pressante de déterminer une ligne de démarcation entre le prêt légitime et l'usure, et ils insisteront sur l'utilité dont est une pareille loi pour procurer à la circulation toute l'activité dont elle est susceptible.
( Troyes.')
Pour la facilité du commerce, et des transactions en argent, on demandera que le prêt à terme avec l'intérêt légal soit établi et autorisé dans tout le royaume. (Rhodez.)
Le bien du. commerce et l'intérêt public exigent que la jurisprudence des cours soit réformée sur un
» un grand dépôt d'effets mis en gage, dont le nombre est considérable » dans cette capitale. La dissipation et la misère des mandshours enriu dussent promptement ces établissemens. Le gouvernement n'a point » de monls-de-piété , mais les grands de l'État prêtent à intérêt au nom » de l'empereur. Dans les dépôts, les objets ne sont reçus que pour les » trois dixièmes de leur valeur. Ces nobles usuriers prennent deux » pour cent par mois sur les habillemens, et trois pour cent sur les » métaux et quincaillerie. L'intérêt légal, en Chine, est de trente-six » pour cent par année. On peut juger par là de ce qu'est l'usure dans » la basse classe des prêteurs. »
( *99 ) point où elle est en contradiction avec l'usage le plui universellement adopté. Une loi qui déclarerait légal l'intérêt au taux du roi> stipulé pour prêt d'argent à temps et sans aliénation du principal, aurait cet avantage, et les députés la solliciteront. (Fili-j-le-Français.) Qu'il y ait une loi contre l'agiotage (0. ( Evreux. ) L'agiotage est également dangereux pour l'Etat et pour les particuliers 02). Il convient d'aviser aux moyens les plus propres à prévenir le commerce frauduleux des effets royaux. (Ponlhieu.)
Les députés réclameront l'exécution des ordonnances contre les jeux de hasard (3)M (Rhodez.)
(r) On serait Lien venu à faire aujourd'hui une proposition de ce genre.
(2) Retournez cette phrase, au lieu de dangereux mettez utile, et vous aurez le système actuel, la morale du tem^s.
(3) Ordonnances toujours invoquées et non exécutées. Avec le produit des jeux on salarie des espions, et Ton gratifie des danseuses : une partie sert aux dépenses de la police, une autre à celles de l'Opéra.
M. Beuchot, cpii est l'homme aux anecdotes singulières, racontait, il y a peu de jours chez lui , que c'était à M. de Sartines qu'on devait la première protection accordée aux jeux de hasard. Mais il s'en trouva mal pour sa famille, car voici ce qui arriva plus tard. Son fils se maria a la iille de M,T,e de Sainte- Amaranthe, qui, ruinée de toutes les façons, ouvrit un salon, où après dîner tout le monde jouait. Robespierre et Trial étaient un jour à ce cercle, et dans la chaleur du dessert, dans l'entraînement de la conversation, pendant que les convives allaient de la table du festin à celles des jeux de toute espèce qu'on avait à dessein réunis, Robespierre laissa échapper des paroles qui sentaient le dictateur, et qui révélaient le secret de la prochaine prise de possession d'un pouvoir exclusif et suprême. Il sortit cependant, et Trial le suivit 5 mais ayant reconnu bientôt son indiscrétion, et redoutant les suites qu'elle aurait s'il ne coupait le mal dans sa racine, il ne perdit pas de temps- avant de se coucher il expédia ses ordres : des gardes allèrent enlever^ toutes les personnes de la société Sainte-Amarantht ,
La passion du jeu fait de grands progrès (0. Il y a des lois qui la refrènent. Que les infracteurs soient punis. La loterie est le jeu le plus dangereux, et cependant il est autorisé. U offre un appât auquel on se laisse prendre, et la ruine des familles est la suite de cette erreur funeste. (Crèpy.) -
Les jeux de hasard M et petites loteries seront supprimés et interdits. ( Vicomte de Paris.)
et, sans forme ni procès, la prochaine aurore éclaira l'exécution de tous ces joueurs voluptueux qui avaient eu le tort d'admettre au milieu d'eux le tyran , et d'entendre ses lâches complots contre la liberté publique.
(i)Que dirait-on aujourd'hui en voyant les mouvemens de la Bourse?
(2) On les tolère, et on les rançonne. On dit que le peuple ne peut s'en passer. Mais donne? à ce peuple une instruction suffisante et une éducation solide, élevez son esprit et son âme, et vous l'éloignerez par là des roulettes et du trente et un.
Voici une marque très-particulière du changement qui s'est fait dans nos mœurs:
11 y a vingt ans les entrepreneurs des jeux se défendaient dans le monde et se cachaient de leurs moyens de fortune. Ils rougissaient en quelque façon du métier qu'ils faisaient;, ils n'avouaient qu'avec une sorte de pudeur les bénéfices qu'ils tiraient de cette espèce de trafic, et ils dissimulaient le placement des millions qu'ils avaient enlevés aux pauvres dupes, non pas tant après tout des banquiers eux-mêmes, »|ue du gouvernement, qui favorisait ces établissemens, où des milliers de malheureux allaient se ruiner.
Plus tard cet ordre d'idées se modifia. L'argent produit par cette opération commença à couvrir ce qu'elle pouvait avoir de répugnant pour la conscience. PJus d'un favori du ministre de la police, qui était j'adjudicateur, brigua les bonnes grâces de son excellence pour cet objet , et ce fut à un homme qui avait fait ailleurs ses preuves de capacité qu'on afferma les prolits à faire sur tous les aventuriers parisiens qui voudraient risquer au passe-dix et à rouge ou noir la dot de leurs femmes et le patrimoine de leurs enfans.
Le bail fini, d'autres capitalistes arrivèrent. L'affaire avait pris une couleur. On regardait celle spéculation comme toul-à-fait pareille *
( soi )
Il faut empêcher les loteries étrangères.
( Elampes. )
Les loteries influent su r la dépravation des mœurs ( ' ) . Il n'y a guère de banqueroutes qui ne soient la conséquence des pertes qu'elles occasionent. Il faut remplacer cet impôt (s'il est nécessaire) par un autre,
( Bar- sur -Seine. )
Le régime de la caisse d'escompte sera soumis aux états-généraux, et l'administration de cet établissement sera astreinte à rendre des comptes publics et annuels,
d'autres. « On donne à jouer comme on fait du sucre, disait-on > et c'est » ici un placement de fonds comme dans les laines ou les soieries. » En effet , cette opinion a prévalu. La délicatesse n'est pas blessée de cette direction plus que de celle d'un comptoir ou d'une forge. Tout ce qui est utile est bon. Ce fut la maxime de Philippe de Comines , et ce qu'il appliquait à la politique, on l'applique aux mouvemens des valeurs , et à la rente que par là on peut se faire. Voilà comme on pense pendant cette ère d'intérêt qui a succédé à l'amour de la gloire, à l'enthousiasme de la liberté. l\ n'y a plus de croupiers des jeux, ce serait une injure gratuite que réprimeraient les tribunaux. Il y a un ou plusieurs financiers qui s'associent pour ouvrir et conduire, sous la protection du gouvernement et comme ses mandataires, des maisons qu'on peut appeler les succursales de la bourse. Ces messieurs font des gains licites et fort légitimés, avec lesquels ils achètent de jolies terres, où la meilleure société de Paris est empressée de se faire admettre. Ils remplacent à peu prés les fermiers généraux : ils donnent des fêtes charmantes j ils ont des parterres délicieux, des tables excellentes, des fleurs et des vins de tous les pays. Les députés et les généraux sont leurs habitués ; ceux mêmes qui les envient les respectent; ils font du bien autour d'eux, et vivent comme les heureux du siècle, se moquant du vieux préjugé qui jadis eût jeté un voile sur la source de leurs trésors.
(i)Fort bien... Mais elles rendent au trésor quinze à vingt millions.,. Quand on a tant besoin d'argent, pour tant de choses et pour tant de personnes, peut-on se résoudre à en faire le sacrifice?
Il serait à souhaiter qu'il fût e'tabli des caisses d'escompte dans toutes les villes de commerce où le besoin l'exige. Ces caisses correspondraient avec celle de la capitale sans y être subordonnées.
( Saint - Quentin. )
Tiers. — Si le mont-de-piété subsiste, il en faut réformer les abus. ( Paris. )
Que tous monts-de-piété et lombards soient supprimés (0, et que rigueur soit tenue aux usuriers (2) et prêteurs à la petite semaine. {Saint- Quentin.)
Il sera établi des caisses d'escompte partout où les négocians réuniront assez de fonds pour rendre ces ^tablissemens solides et dignes de la confiance publique. {Nantes.)
Qu'il y ait dans chaque ville une caisse pour faciliter le commerce et empêcher l'usure (3).
{Chàlons-sur- Marne.)
Il sera fait un règlement pour autoriser le prêt, d'argent à intérêt, et réformer les abus des constitutions à rente viagère. {Cotentin.)
Il sera libre de stipuler l'intérêt au taux du prince, ou du cours de la place, dans tous contrats publics ou privés pour prêt d'argent. {Lyon.)
Le prêt de l'argent, au taux de l'ordonnance, sera
(1) On les a réunis, et on leur a donné une organisation moins défectueuse.
(3) C'est là encore la désolation des campagnes.
(3) Les premiers Romains n'eurent point de lois pour régler le taux rie l'usure..... L'intérêt de l'argent était en général de douze pour cent à l'an.
permis à toutes personnes, sans distinction, comme essentiellement utile, dans nos mœurs actuelles, au commerce, à l'agriculture, à la société en général, enfin comme un frein salutaire à l'usure. (Riom.)
Tout citoyen pourra stipuler l'intérêt de l'argent qu'il prêtera sur de simples billets ou obligations, pourvu que cet intérêt n'excède pas le taux de l'or» donnance. (Nivernais.)
On aura la faculté de stipuler l'intérêt de l'argent dans tous les actes, billets et obligations.
(Paris, extra muros.)
Il sera stipulé des intérêts dans les billets et obligations pour prêt d'argent, remboursable à terme, pourvu que ces intérêts n'excèdent pas le taux légal.
( Trojes. )
Les agioteurs ou négociateurs de papiers publics seront obligés d'ouvrir leur porte-Feuille devenu le fléau du commerce et le piège le plus funeste tendu aux pères de famille? (Mantes. )
Seront déclarés ennemis de la nation , et indignes du nom de négocians, les hommes assez vils pour se prostituer au jeu de l'agiotage. (Lyon.')
Les états-généraux prendront en considération les inconvéniens résultant de l'établissement des loteries.
(Trojes.)
Il faut supprimer les loteries de toute espèce. C'est un impôt insidieux, dont le nom rappelle tant de malheurs domestiques (0; appât funeste qui fait qu'un
(i) La morale et la religion sont établies avec luxe et fracas daus le préambule de nos budjets, mais dans la suite des articles on sort de ces voies de pudeur et Ton rentre dans le système de corruption qui
( ao4 ) malheureux s'obstine à venir se heurter sans cesse
est toujours le plus commode. S'il est commode, il n'est pas sûr : jI sert pour uu moment, et fait pour la suite des plaies profondes, que le temps a bien de la peine à cicatriser.
Ouvrez la partie du budget dite des voies et moyens, vous y trouverez tous les articles sur les loteries et sur les jeux de hasard. « Il sem- » blait, dit un écrivain, que cette yieille conspiration contre le pauvre, » confiant et crédule, dût avoir un terme sous un gouvernement où la » responsabilité des ministres est une des conditions du pacte sociaU1). » Cependant les bénéfices honteux recueillis dans des repaires de ruine » et de dégradation, ouverts par bail et privilège, sous le nom de » cercle et de maison de jeu; les bénéfices plus scandaleux encore, » parce qu'ils sont pris sur les classes les plus indigentes 5 les gains » que procurent les loteries et les monts-de-piété, continuent à figurer » parmi nos ressources financières , et au nombre des moyens et voies
» d'un ministère d'économie Mettre le vice en fermentation pour
» en extraire de l'or, c'est faire un acte odieux aux yeux de la saine » raison, mais aux yeux dix politicisme c'est faire le petit Vespasien... »
Un moraliste moderne, comparant le gouvernement à un chef de manufacture, ou à un père de famille, s'écrie : « Que penserait-onde » ce père ou de ce chef, s'il rassemblait chaque soir au tour d'une table » de pharaon, ou de tel autre jeu plus ruineux encore, ses enfans , ses » ouvriers, ses domestiques, et s'il les excitait par toutes sortes de ten- » tations à exposer le fruit de leurs travaux quotidiens sur des chances » toutes infailliblement calculées à son avantage 5 s'il établissait pour » ceux qui perdent, c'est-à-dire pour tous, une chambre de prêt, un » petit mont-de-piété, où moyennant un pour cent par mois, et sur » nantissement de leurs bijoux , de leurs vêtemens , de leur linge , il » leur fournirait de l'argent pour aller de nouveau tenter les chances » du jeu ? Peut-on douter que l'autorité du magistrat ne s'interposât » entre les dupes et le fripon , eût-il sans cesse à la bouche les mots » de reforme et de vertu ; ou qu'à défaut de la loi, la censure publique » ne vengeât l'outrage fait aux moeurs et à la probité ?....
» Mais qui préservera le peuple des tentations du pouvoir ? Quel i> magistrat fera fermer ces bureaux de loterie placés au milieu des
(1) N'aytms-uoiu pas vu, dan» It? premier volume, que cette condition m <>*i qu'illusoire1?
( ao5 ) contre recueil fatal où il doit nécessairement se bn*
ser(0. (Meulan.)
» marchés et multipliés partout où les indigens sont en plus grand » nombre, et plus pressés par les besoins de toute espèce? Qui sup- » primera les commissionnaires au mont- de-piété ', établis tout à côté » des roues de fortune , afin que le malheureux ne puisse échapper aux » filets de toutes parts tendus pour le prendre, et que le fisc et la ra- » pine ne puissent jamais manquer leur proie. »
(1) Ces malédictions des provinces contre la loterie se sont renouvelées à toutes les époques. Qu'on ouvre le résumé des votes des conseils généraux de 1809, on trouvera au département du Lémdn : « A la » paix , supprimez la loterie. » Au département du Bas-Rhin : « Les » tirages fréquens de la loterie peuvent donner lieu à de grands abus : >> il serait digne de la sagesse du gouvernement de réduire à deux » par mois les tirages qui ont lieu à Strasbourg. » Au département du Rhône : « L'appareil du tirage de la loterie attire l'ouvrier ; il met » d'abord en gage les matériaux de ses ouvrages; il finit par les voler.., » Cestune calamité pour le commerce et pour la France... Supprimer » promptement la loterie 5 tout délai serait fatal. »
Depuis la restauration , les mêmes cris s'élèvent de toutes parts : « Que l'on fasse disparaître (dit en 1823 le conseil général des Bou- » ches-du-Rhône ) , que l'on fasse disparaître, des ressources de l'État, » les deux recettes immorales provenant des loteries et de la ferme » des i eux. »
Le conseil général du Jura s'exprime en ces termes : « Les loteries , » dans les communes rurales et dans les petites villes, offrent de » dangereux appâts aux habitans des campagnes. »
Le ministère connaît biert ces demandes, puisque c'est lui qui les provoque, les reçoit, et en publie plus ou moins scrupuleusement
l'analyse Il les connaît, mais il n'en tient compte, et il poursuit
froidement la carrière qu'il s'est tracée au milieu des libertés eplorées «et des doléances publiques....
Documens particuliers.
Une lettre singulière est tombée entre nos mains. Elle fut écrite à M. de Châteaubriant pendant qu'il était ministre des affaires étrangères. Elle se reporte à tout ce qui vient d'être dit sur le commerce, et sur les traités à pa'sser comme sur les mesures à prendre en sa faveur. Nous ne croyons pas faire une chose inutile en la publiant à cette place, et par forme de corollaire aux paragraphes qui viennent de passer sous les yeux de nos lecteurs.
Monseigneur,
Je ne suis pas un grand personnage, mais je suis un bon citoyen. Je ne me borne point à m'occuper des intérêts privés de ma famille; je porte plus haut et plus loin mes regards, et je m'occupe aussi des intérêts de ma patrie. Si je puis par cette déclaration vous inspirer quelque confiance , lisez-moi avec attention, et si vous devez rejeter mes projets, que du moins ce ne soit pas sans les avoir examinés.
Les ministres doivent , comme les abeilles, choisir entre les fleurs et les plantes celles dont les sucs ont le plus de saveur et promettent défaire le plus de miel.
S'ils veulent tout créer et tout inventer, leur ge'nie s'y épuisera et sans doute n'y pourra suffire. S'ils savent au contraire se servir de toutes les intelligences, employer toutes les forces, tirer parti de tous les sages conseils, ils feront sans peine de grandes choses et verront remonter la France à ce degré de prospérité dont elle brilla sous les premières années du règne de Louis XIV, et dans les belles, mais courtes phases du règne de Napoléon.
Je ne viens point vous parler politique, mais commerce. Je ne m'arrête point au dedans, mais je vais m'élancer au dehors et parcourir avec vous, qui partagez avec M. de Humboldt Je premier rang parmi les voyageurs, toutes les contrées de la terre, pour chercher au milieu d'elles celle qui peut offrir de l'aliment à nos calculs et un champ vaste à nos espérances
L'Amérique du nord se partage entre des nations qui ne nous y laissent plus de place. Londres et Boston se disputent les principales provinces. Les Russes s'avancent à l'ouest. Les Espagnols commencent à se ré^ veiller au Mexique , les indigènes ont oublié le nom français, et il n'y a plus pour nous d'établissement à former dans cette partie du monde.
L'Amérique du sud est divisée entre les vieilles autorités et les peuples nouveaux. On se bat sur tous les points, depuis la Terre de Feu jusqu'à la Terre-Fernle, et nos armes et nos couleurs sont à peine respectées sur une plage étroite et malsaine 7 au-delà de laquelle
nous essayâmes vingt fois et toujours Sans fruit êtéleh* die nos relations.
L'Asie nous est fermée. Les Russes, qui embrassent tout le nord, menacent le sud. Ils envahissent la Perse, ils pénètrent en Arabie, ils ont des intelligences partout.
La Chine occupe le centre, et sur les confins de ses provinces il s'élève au sein de la Barbarie un État qui , d'abord faible, mais devenu plus considérable, peut, s'il est servi par les circonstances, renouveler les empires de Gengis et de Timur. Je veux parler du royaume de Kokang, que gouverne un jeune prince qui avait trois millions de sujets à la fin de 182 1. Le midi est demeuré sousla domination anglaise, et quand il cessera d'être dans ses mains, il n'en sortira pas pour rentrer sous nos lois. Nos vaisseaux n'aborderont plus en maîtres aux rives du Gange et de l'Indus.
L'Océanie offrait des ressources à notre marine et à notre industrie. Sien 1802, au lieu de confier à Baudin le commandement de l'expédition aux terres australes, on l'eût remis au capitaine Freycinet, lès choses eussent autrement tourné qu'elles n'ont fait. Le Port- Jackson ou n'existerait plus, ou il serait en notre pouvoir, et toute la Nouvelle-Hollande, la Zélande et la terre de Diémen seraient des possessions françaises. Mais dans la plupart de nos affaires nous choisissons mal les directeurs ; tout manque bien souvent par les chefs : ils sont présomptueux ou perfides; par eux les plus belles espérances s'évanouissent, les plus hautes opérations tournent à mal. L'Océanie, à l'heure qu'il est, est toute anglaise; les continens, les îles, les mers, tout obéit aux léopards ; Londres fait un trafic immense
( mj )
dans tous les archipels ; les baleines et les phoques enrichissent les marchands de la Cité, et là encore se formera une seconde compagnie souveraine, qui rivalisera et surpassera bientôt celle du Bengale.
L'Europe ne veut plus ni de nos codes, ni de nos soldats, ni de nos manufactures. Les petites nations qui nous touchent osent presque nous insulter. Les grandes nous compriment et nous observent. Notre indépendance est compromise et nos richesses anéanties. Votre Excellence, qui a le sentiment de l'honneur national profondément gravé dans son âme, a vu ces périls, et les veut carter. Je fais des vœux pour le succès !
En attendant je porte mes regards sur l'Afrique, et j'y vois une mine féconde prête à nous livrer ses trésors. Le nom français est chéri au Caire. Nos conquêtes furent généreuses, l'Egypte en garde le souvenir. Le pacha est de nos amis, peut-être a-t-il besoin de secours. Le grand-seigneur lui a intimé des ordres qu'il n'a pas suivis. Il y aura entre eux des divisions. Le gouvernement qui viendra le premier au secours de Mohamed- Ali aura droit à sa gratitude et se trouvera bien de son alliance. Ismael, fils d'Ali, est mort. Il était brave, entreprenant, il aimait la nation française : sa perte est pour nous regrettable. Mais Youssouf Boglios a de l'inclination pour nous aussi. Il a donné des marques d'estime à Caillaud et à Letorzec. Drovetti, notre consul, est bien venu du vice-roi. Ce serait le moment d'envoyer des présens à Mohamed (0. Plus tard on en-
(i) Il accueillit fort bien ceux qui lui furent portés en 1819. Il lit traduire en arabe, et répandre dans le peuple la lettre que le ministre