‹ Introduction aux mélodies grégoriennesChapitre 18 sur 26 · JO INTRODUCTION · texte numérisé non relu

JO INTRODUCTION

Nous avons laissé saint Grégoire-le-Grand au retour de l'Office pascal de l'an 600, quand il sortait de la basilique indiquée pour la Station de ce jour et que, sur les degrés de son palais du Latran, il allait retrouver le groupe désolé des hymnaires, des séquentiaires et des prosateurs, qu'ilavait arrêtés à la porte de l'Eglise, n'ayant pas osé introduire des poètes modernes dans la compagnie antique des prophètes d'Israël et des évangélistes chrétiens, dont la collaboration exclusive devait fournir les textes de son Antiphonaire. Mais cet artiste généreux pouvait-il refuser à des poètes, dans son propre palais, l'hospitalité que l'Eglise rigoureuse ne leur accorderait que plus tard, après un examen sévère de leurs œuvres ? Le pontife descendit donc de sa blanche haquenée et, selon le cérémonial des papes, introduisit sa suite jusqu'au triclinium du Latran, à la salle des festins de son palais 011 les tables servies attendaient les convives. C'était d'abord la table particulière du pape, où il s'assit seul. Devant elle étaient rangées d'autres tables où prirent place, sous les yeux du Pontife, cinq cardinauxprêtres, cinq diacres et le primicier de la basilique. Une douzième escabelle attendait le basilicaire à qui le pape se chargea de mettre dans la bouche un morceau de l'Agneau pascal qu'il venait de découper et d'envoyer à chacun des convives: — « Ce que vous avez à faire, faites-le vite ! » dit le Pontife au basilicaire en lui remettant sa part, selon le cérémonial d'usage. « Mais cette parole qui fut dite pour la condamnation, se hâta-t-il d'ajouter, c'est pour la rémission que je vous l'adresse. » A ce signal, le jeûne solennel du Carême était levé dans toute la chrétienté, et l'allégresse du temps pascal commençait. On introduisit aussitôt dans le triclinium les chantres de la chapelle papale, et ceux-ci d'exécuter

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pendant le repas du pontife les plus belles hymnes qui Savaient pas encore trouvé place dans le Corpus antiphonarium, mais que Grégoire-le-Grand se garda bien d'exclure du Trésor liturgique de l'Eglise. Avec quel art plein d'onction et de charme les interprètes des primitifs hymnaires latins durent exécuter ces strophes auxquelles la foi avait donné des ailes et que le souffle musical des saints artistes emportait, d'un seul trait jusqu'à Dieu ! Plusieurs de ces motifs furent, sansdoute, écrits par ce même Grégoire que les enluminures représentent vêtu d'une robe dont les dessins sont formés par des neumes, et conversant avec les anges qui font tomber sur lui toute une pluie de notes dontson inspiration céleste est ainsi symbolisée. Pendant ces repas solennels, où le fouet légendaire du sévère pontife devait dormir sur le lit historique qui nous Ta conservé, on ne craignait pas de remonter les âges apostoliques et d'ouvrir les manuscrits "des premiers poètes chrétiens. C'était le Pédagogue de Clément d'Alexandrie et son hymne Frœnum pullorum dont les vers indociles marquaient bien l'âme irritable d'un poète digne du soleil et de la patrie de Tertullien, le barbare lettré aux redoutables représailles. C'était Y Hymnaire entier du suave Ambroise, nouvel Orphée qu'on accucusait de séduire le peuple, dit-il, « au moyen de poèmes chantés»; et son immortel élève, Augustin d'Hippone, n'en disconvient pas quand il confesse aies douces larmes qu'il versa » aux auditions inoubliables de la cathédrale de Milan. C'était l'admirable Exultet jam angelica de Pâques dont on attribuait la magistrale composition à saint Augustin lui-même, tant ce morceau anonyme portait la signature du génie. Dans le Peristephanon et dans le Cathemerinon de Prudence, le

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