‹ Introduction aux œuvres de SpinozaChapitre 4 sur 18 · XXX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXX INTRODUCTION

si elle n*est pas vraie, sa philosophie ne sera qu'un tissu régulier (VillusioDs.

Il ne faut pas croire que Spinoza s'arrête long-temps à discuter cette objection. Esprit vigoureux et plein de sève, ardent k la recherche du vrai, passionné pour les systèmes, profondément pénétré de la puissance de la raison , Spinoza ne pouvait avoir pour le scepticisniie que de Tindifférence ou du dédain.

« Ou ne peut pas parler de science avec un sceptique , n^als seulement d'affaires'. »

«Le véritable rôle d'un sceptique, c'est d'être muet^ »

«Entre un sceptique et un automate, où est la différence ' ? »

Spinoza recherche ensuite très-sérieusement l'origine du scepticisme , et il résout la difficulté qu'il s'est proposée luimême au nom des sceptiques avec un bon sens et une profondeur également admirables.

L'origine du doute , c'est l'erreur , c'est la contradiction qù tombe la raison quand elle ne garde pas l'ordre des idées \ On commence par douter des choses qu'on avait admises ; puis, de proche en proche , ou en vient à douter de tout , à douter de la raison même.

Mais assigner la cause du doute , c'est donner le moyen delà détruire. L'erreur n'est rien de positif et d'absolu; elle naît de la confusion de nos idées. « Celui qui commencera par où il faut commencer, sans jamais passer un anneau de la chaîne qui unit les choses, n'aura jamais que des idées claires et distinctes, et il ne doutera jamais \ »

Je dis que cette solution rapide est très-profonde. Quelle est «

' De la Ré/orme de V Entendement, tome ii, pag. 290

« Ibid.

» Ihid., pag. 291.

*> Ihid., pag. 288, 304.

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en effel, la question entre le scepticisme et le dogmatisme? C'est, dira un sceptique, de savoir si la raison humaine est légitime ou non, problème insoluble pour le dogmatisme. Nullement ; car un sceptique n'est pas un sophiste ; il ne doute pas sans dire pourquoi. Or, qu'est-ce qui conduit un esprit sérieux à douter de la légitimité de la raison? G*est qu'il la croit sujette à des contradictions nécessaires. Hlais s'il est propyé que, la confra(i^c|ion a sa source, non dans les idées, mais dans le défaut d'ordre dans les idées ; en d'autres termes , non dans la raison même, mais dans rbomme qui s'en sert mal , je demande si la racine du doute n'est pas détruite et le problème résolu? Quiconque a des idées claires et distinctes, formant une suite exacte et parfaite où la contradiction n'a pas de place, et cherche quelque chose au delà, est un sophiste ou un fou. C'est le cas de dire avec Spinoza : « Il ne faut point chercher des raisons pour les sceptiques, mais des remèdes ; des remèdes contre la maladie de l'opiniâtreté ^ » Spinoza n'est donc pas ébranlé, mais plutôt confirmé dans sa méthode par les arguments du scepticisme, et il conclut en la rappelant d'un seul trait :

« Notre esprit , pour reproduire une image ûdèle de la nature, doit donc déduire toutes ses idées de celle qui représente l'origine et la source de la nature entière, afin qu'elle devienne la source et l'origine de toutes nos idées ?. »

*■ De la Réforme de VEniendemenû, tome ii, pag. 303. * /6tef., pag. 288.

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