XXII INTRODUCTION
traigne à faire un bilan annuel, alors qu’il n’en fait pas lui-même, — si bien, disons-nous, que les commerçants, pas plus que l'Etat, ne connaissent jamais au juste leur situation économique.
C’est cependant de ce minimum d'ordre que l'on tire tant de statistiques douteuses, sur lesquelles la science économique s’est échaffaudée jusqu'ici.
Nous le demandons, n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que les économistes n’aient rien fait pour qu'il en fût autrement? Car, enfin, il leur appartenait de prendre, les premiers, la cause de la comptabilité en mains, de l’élever au rang de science, d’en répandre, — par l'obligation et par l’enseignement, — la pratique dans le commerce et chez les individus en général. Car enfin, c'est faute de science comptable que ce siècle des grandes inventions scientifiques a traité, en se servant des procédés routiniers d'autrefois, les grandes affaires d'industrie et de commerce qu’il a créées, mal préparé à les conduire. Il eût fallu que nos économistes de la fin du siècle dernier fissent pour les comptes ce que Îles conventionnels firent pour les poids, monnaies et mesures. Le législateur de 1807 aurait ensuite pu décréter une loi de comptabilité qui eüt préservé le pays de l’effroyable gâchis comptable auquel il a assisté, — gâchis qui a certainement englouti plus de milliards qu'il n’en eût fallu pour régler la question sociale en créant des invalides civils. Cet exemple se serait répercuté au dehors, dans les législations étrangères; et la pratique de l’ordre aurait conquis une avance considérable, dont l'Humanité profilterait déjà, en richesse et en tranquillité.
Comment, — frappés de ce fait que l’économie politique est, de toutes les connaissances humaines, celle où les théories les plus opposées, les systèmes les plus contraires, ont leurs partisans convaincus, — comment des penseurs comme Colbert, comme Turgot, comme Adam Smith, comme J.-B. Say, Stuart Mill, et, plus tard, Bastiat, Comte, Herbert Spencer, etc., etc., n’ont-ils pas conclu qu'il fallait, avant toutes choses, s’efforcer de purifier les sources, d’obtenir des statistiques exactes et des comptes justes, éléments premiers de leur science ?
« C’est à l’aide des statistiques, dit M. Yves Guyot (1), que l’économie politique peut se procurer la plupart des éléments de ses travaux. » Puis, il constate, par le menu, que les statistiques sont
(1) Voir son intéressant ouvrage : La Science Economique, pages 33 et suivantes.
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