IX INTRODUCTION
ment propres au développement des êtres organiques; 2' l'ordre qui préside à la formation des êtres organisés, finalement à celle de l'homme, que nous appellerons l’ordre terrestre, ou humain, pour le distinguer de l’ordre sidéral ou universel.
C’est exclusivement de cet ordre humain dont nous allons nous occuper ICI.
Ce qui distingue tout d’abord l’ordre humain, ou terrestre, de l'ordre sidéral, c’est la succession de la mort à la vie des êtres organisés. Les mondes dureut éternellement, ils ne vivent pas; les êtres terrestres durent éphémèrement, du moins ils vivent. Cette vie, ils la paient de la mort, et tous, la créature humaine comprise, sont ramerés inexorablement à l'état de matière inerte. Du moins, durant cette existence éphémère, l’homme jouit-il d’une suprème faculté, qui l’élève au-dessus des autres êtres : 1l pense. Et de ce fait il a son libre arbitre : ses actions obéissent à sa pensée. Il est, pour ainsi dire, maître de sa destinée, car, à son gré, sa vie peut être ordonnée ou désordonnée, selon qu'il écoute davantage sa raison ou ses passions, selon qu'il règle sa volonté et ses actes en se conformant davantage à l'esprit d'ordre, ou à l'esprit de désordre qui sont en lui.
Et c’est, entre cet esprit d’ordre et cet esprit de désordre un combat qui se poursuit depuis les premières heures de l'humanité. Et tandis que l'esprit de désordre, égarant sa raison, à inspiré à l’homme le mal sous toutes ses formes, le conduisant aux luttes aveugles, aux actions nuisibles, 2ux crimes les plus épouvantables, il doit à l’esprit d'ordre tous les progrès qu'il est parvenu à réaliser en jui et autour de lui, tant dans sa vie individuelle que collective ; il lui doit les œuvres admirables qu’il a conçues; il lui doit la Morale, il lui dit la Logique, il lui doit la Philosophie, àl lui doit les Mathématiques, il lui doit la mesure et le rythme de la Musique et de la Poésie, et tous les Arts, et toutes les Sciences, en un mot il lui doit les manifestations diverses de la Méthode, fruit de cet esprit d'ordre à défaut duquel toutes notions demeureraient confuses et sans enchaîinement, toute analyse éparse et sans synthèse, toute pratique empirique, sans théorie, sans principes.
En musique, par exemple, l’ordre n’aboutit-il pas à l’harmonie ? Et la mélodie elle-même ne veut-elle pas être ordonnée pour atteindre au beau ? En statuaire, en architecture, en peinture, dès que l'harmonie de la forme ou de la couleur cessent, l’art ne devient-il pas inférieur, aboutissant non plus au beau mais au
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INTRODUCTION JII
laid par des errements sans règles, par des pratiques désordonnées? Même chose touchant la littérature, la philosophie, les sciences, qui n'atteignent au beau et au vrai que par l’ordre, que par la méthode.
Placé en lui comme une lumière destinée à l’éclairer dans ses pénibles recherches à travers les ténèbres de l'ignorance et les embüches que lui tendent ses vices, l’homme doit donc à l'esprit d'ordre et la rectitude de sa raison, et tout ce qu'il a fait de bien, et tout ce qu'il a conçu de beau, de poétique, comme il doit à l'esprit de désordre toutes les modalités du laid, toutes les manifestations du mal, et toutes les infamies dont il s’est couvert.
Eh bien, une des formes de cet esprit d'ordre, que l’homme s’efforce de rendre méthodique en toutes directions, ne réside-telle pas dans la comptabilité, branche des mathématiques appliquées à la production, à l’échange, à la consommation et à l’administration des capitaux humains ?
La comptabilité — cette affirmation surprendra plus d’un lecteur — la comptabilité a joué, de toute antiquité, un grand rôle dans les choses d’ici-bas. Elle n’est pas, comme on le croit à tort, une production de civilisation, mais bien une manifestation du besoin inné d'ordre qu’éprouve l’homme de toutes les époques, besoin qui grandit et devient plus exigeant, il est vrai, à mesure que le cercle de nos connaissances s’élargit, à mesure que les progrès réalisés nous font entrevoir la possibilité d'atteindre à ce bonheur social, à cette terre promise, qui iuit sans cesse devant nous comme un mirage, et que nous n’atteindrons qu’en devenant plus ordonnés : le bonheur social ne pouvant être la résultante que de l’ordre social.
La comptabilité — qu’on ne nous taxe pas d'exagération — a été contemporaine des temps primitifs de l’homme. On peut même avancer que, sans elle, les sociétés humaines et la famille elle-même ne se seraient pas formées. S'il en est ainsi — et nous allons le démontrer en peu de mots — n’y a-t-il pas lieu de s'étonner que cette connaissance ancienne tienne de nos jours, au siècle de la science, si peu de place dans la considération des hommes qu’en aucun pays aucune Faculté ne lui ait ouvert ses portes ? Et n'est-il pas surprenant qu'elle se trouve encore, à l'heure actuelle, après des milliers d'années d’existence, si éloi-