‹ Introduction comptable à la science socialeChapitre 20 sur 48 · XXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVI INTRODUCTION

est le plus précieux des biens, ils entendent qu’il faut respecter la propriété individuelle. Les néo-socialistes veulent supprimer cette liberté individuelle au profit de la collectivité et de quelques privilégiés, dépositaires du pouvoir collectif. C’est l’absolutisme. Ils veulent également supprimer le capital individuel, la propriété, ainsi que prescrire le partage des biens, toujours au profit de la collectivité et de ses chefs ; toutes choses qui ne pourraient se réaliser que par la force substituée au droit, et très difficilement : car le nombre de ceux qui pese est bien supérieur à celui des prolétaires.

Au reste, Supprimer la propriété ne serait-ce pas, du même coup, supprimer la famille? puisqu'on supprimerait son centre d'action et de rayonnement, c'est-à-dire le foyer, créé, embelli, accru par le travail du père, de la mère et des enfants. Plus encore, ce serait Supprimer le travail lui-même. Car enfin, où cela mènerait-il désormais de travailler, puisqu'on n’en aurait plus le profit, pour soi et les siens ?

Chacun tenant ce dernier raisonnement, tout le monde se reposerait, et il est clair qu’il n’y aurait plus alors besoin de comptabiliser les faits du travail, puisqu'on ne ferait plus rien. À moins cependant que le fouet de quelque dépositaire du pouvoir social n’obligeât les uns à travailler pour les autres, comme au temps où il y avait des maîtres et des esclaves.

Voilà ce qu'on peut attendre de l'application de la théorie collectiviste ou de Ia théorie mutuelliste : c’est-à-dire le désordre, la guerre Civile, l'anarchie. Car l’ordre ne saurait être la résultante du désordre,

Conclusion : La panacée du désordre étant l’ordre et ne pouvant être que l’ordre, il est clair que c’est à en répandre la pratique dans toutes les classes de la société qu’il faut s’efforcer, et certainement les économistes ont un beau rôle à remplir ici, car ils ont l'oreille des hommes qui exercent le pouvoir. Avec la Législation en vigueur on ne peut espérer le résultat que nous souhaitons, puisque les Commerçants ne sont qu’imparfaitement obligés à la pratique de l’ordre comptable et que les non-commerçants, — qui composent l'immense majorité du pays, — échappent entièrement à cette obligation. Mais la loi commerciale peut être refaite, et l’obligetion peut être étendue, par exemple, aux agriculteurs, qui, de fait, sont iout à la fois producteurs et échangisies, industriels et marchands. On compte, en France, à peine quelques millions

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d'industriels et de commercants, tandis que l’agriculture est exercée par environ quinze millions d'individus : propriétaires, fermiers, métavers, éleveurs, etc. L'obligation de comptabiliser, conformément aux prescriptions d’une loi semblable à celle dont nous proposons la formule dans ce livre, s’appliquerait ainsi à plus de la moitié de nos habitants. Il ne resterait en dehors de l'obligation, — outre les ouvriers et les employés du commerce, de l’industrie et des administrations, — que les individus exercant les professions dites libérales, et les personnes vivant exclusivement de leurs revenus.

Mais, ne pourrait-on pas, — pour encourager cette partie de la population à comptabiliser, — l’admettre, par exemple, au bénéfice de la production de ses livres en justice, dans les contestalions et procès, quand ces livres seraient reconnus régulièrement et intégralement tenus ? |

Voila pour la partie adulte de la nation, sur laquelle, étant données la résistance des habitudes prises, on ne peut agir sérieusement qu’au moyen de la loi et de ses pénalités.

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En ce qui concerne la partie jeune, ce serait à nos éducateurs d'agir sur elle, en introduisant non seulement l'enseignement comptable mais les habitudes d'ordre comptable dans nos écoles des divers degrés.

C’est donc à nos éducateurs, laïques et clercs, que nous nous adressons ici, avec l’espoir de les convaincre, car c'est eux surtout que nous voudrions gagner à la belle cause plaidée dans ce livre de vérités nouvelles, puisées pour ainsi-dire uniquement aux sources de l'observation et du bon sens. Nous le leur disons, de toutes les-forces d’une profonde conviction, il n'est que temps d’opposer à l’envahissement du désordre la seule force qui puisse lui résister, celle de l’ordre. Nous venons d'exposer que le désordre règne aujourd’hui partout : dans les affaires comme dans les idées. Nous ajoutons que l'anarchie socialiste est un produit de cette anarchie économique, qui provient surtout du défaut d'ordre cComptable dans les faits du travail, du capital et de l’administration, lequel défaut d'ordre a, d'autre part, pour conséquence, le défaut de vérité et de logique dans les systèmes conçus forcément @ priori ou d’après des statistiques tantôt fausses, tantôt incomplètes. En résumé, la science sociale, — il n’y à pas à sortir de là, — devrait

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avoir à sa base des comptes bien faits, puisque la vie n’est qu'une suite d'échanges de valeurs ou de services aboutissant, pour ainsi dire constamment, à des comptes. |

Or, nous avons constaté que l’ouvrier, Femplové, le pelit bouti-quier, le petit fabricant, et les non-commercants en général, ne tiennent pas de comptes. Ils ne savent pas les tenir. On ne le leur a pas appris à l'école, disent-ils, pour leur défense. Nous avons constaté ia même ignorance ou peu s'en faut, chez les commerçants, les industriels et les cultivateurs. Tout au moins l’on constaic que beaucoup d’entre eux, — dans l'incapacité où ils se trouvent de diriger, contrôler et apprécier les comptables qu'ils prennent, — laissent l'obscurité et le désordre prendre, dans leurs livres, Ja place de l’ordre et de la lumière, plus préoccupés de réaliser une économie de personnel que de tirer tout le parti utile de leur comptabilité. Ce qui ne veut pas dire que la corporation ne possède pas dans ses rangs un grand nombre de bons teneurs de Hvres et d'excellents comptables. Mais ces honnêtes professionnels, — même les plus éclairés et les plus autorisés d’entre eux, — ne Sont que bien rarement laissés libres de tenir leurs livres, d'organiser leurs comptabilités et surtout d'établir les Bilans comme ils le voudraient. Ils ne commandent pas. Ils doivent obéir. Il y va du pain quotidien. Ce pain, hélas! est souvent pour eux bien amer à manger !

On m'a fait la réponse suivante, qui est caractéristique, dans une Chambre de commerce, où j’exposais que les commerçants honnêtes devraient réagir, par l'exemple, contre l’ignarance, le mauvais vouloir, la routine et la duplicité ambiantes. — « La Compta- « Dilité ? Comment la connaïtrions-nous ? On ne l’enseignait pas € lorsque nous étions sur les bancs de l’école. Or, passé un Certain « âge, on n'a plus ni le temps, ni le goût, ni la volonté d'apprendre. € EL puis, où l’apprendrions-nous, même aujourd’hui ? Vous l'avez « Sans doute constaté, on l'enseigne généralement mal dans les « rares écoles professionnelles qui la comprennent dans leurs pro- € grammes ? Vous n’ignorez pas, non plus, que dans les Écoles pri- « maires, dans les Écoles primaires supérieures et dans les Cours « du soir subventionnés par la Ville de Paris, les lecons comptables, « sauf quelques rares exceptions, demeurent purement empiriques, « c’est-à-dire aboutissant, en somme, à enseigner aux élèves la € pratique néfaste des inventaires inexacts et des bilans faux. » Le président de Chambre, qui s’exprimait ainsi, concluait judi-

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