INTRODUCTION XXIX
cieusement que la comptabilité, étant au premier rang des connaissances utiles, il ne faudrait plus que le public put dire : — On ne l'enseigne pas. Et encore moins : — Là où on l'enseigne, on l’enseigne mal.
En effet, mal enseigner dans les Écoles et les Cours Commer- Claux de la grande ville reviendrait à laisser croire à une approbation, quasi officielle, des errements de la routine, de l’ ignorance et du désordre, contre lesquels, au contraire, le Conseil municipal ne peut que vouloir réagir, lorsqu'il inscrit la comptabilité aux programmes de ces Écoles et de ces Cours, auxquels il vote de larges subventions.-Il existe aujourd’hui une centaine de proiesseurs munis du certificat d'aptitude à l’enseignement de la Comptabilité. C’est peu, pour un pays comme la France. Mais il faut dire que ce diplôme officiel a été récemment créé. Eh bien, ces professeurs, — qui ont fait preuve d'instruction générale et spéciale devant le Jury chargé de les examiner, — croirait-on qu'ils attendent encore, pour la plupart, leur nomination dans les Écoles et Cours où l’on enseigne la Comptabilité. Qu'il nous soit permis de Signaler ce fait à M. le Directeur de l'Enseignement primaire de la Ville de Paris, ainsi qu’à la quatrième Commission du Conseil municipal.
Il est nécessaire, ici, de parler franc, car c’est de l'intérêt public qu'il s'agit. Nous le faisons sans fiel. Nous savons d'ailleurs, qu’en toutes choses, le temps est un facteur avec lequel il faut compter, et qu'on ne substitue pas facilement ni rapidement un enseignement rationnel à un enseignement routinier. Il faut du temps pour lormer des professeurs, il en faut pour faire triompher les vérités, mème les plus évidentes. Mais aujourd’hui que la science est faite, que ses principes sont introduits dans les programmes des Écoles ressortissant de l’Instruction publique et du Commerce ; aujourd'hui que les professeurs existent et que les méthodes sont créées, il n°y a plus de raison pour maintenir un état de choses qui n'a que trop duré. Paris, la Ville lumière, se doit de suivre le mouvement scientifique et de rompre avec un enseignement comptable définitivement condamné. Paris a le devoir de donner l’exemple aux autres villes qui entretiennent des Cours de comptabilité.
Qu'on ne nous taxe pas d’impatience. Nous avons su attendre. En veult-on une preuve ?
En 1877, lorsque j'ai commencé cette campagne, mon but d’alors élail déja de parvenir à faire pénétrer l’enseignement comptable, J1F.
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si restreint fût-il, dans le programme des Ecoles primaires. Eh bien, si j'en fais la proposition seulement aujourd'hui, après vingt années de lutte, c’est que j'ai dû prendre par le chemin le plus long. C’est qu’il a fallu commencer par créer, avec Guiibault, la science des comptes. Ensuite il a fallu en perfectionner l'ensei-
onement; puis, en faire pénétrer les principes dans les programmes des Écoles des divers degrés, — ce qui n’a pas été commode, —
puis, préparer des professeurs, et obtenir pour eux la création d’un diplôme officiel, etc., etc. Et c’est seulement aujourd'hui, aprés plus de vingt années de lutte, que nous nous décidons à dire ouvertement notre pensée, à dévoiler notre but de derrière la tête : l'heure nous semblant venue enfin de demander à nos éducateurs d'introduire, à si faible dose que ce soit, fût-ce même sous lorme d'application de l’arithmétique, l’enseignement comptable à l’école primaire.
Oui, l’école du nombre, à notre époque de dur combat pour la vie, doit inscrire sur son programme la connaissance des rudiments de l’ordre comptable. Il est aussi nécessaire, aujourd’hui, de savoir tenir ses comptes, d’une manière ordonnée, que de savoir lire et écrire. Ces trois facultés se tiennent. L'ordre dans le travail est devenu chose indispensable à tous les travailleurs, et Surtout aux plus pauvres. C’est en même temps, et au plus haut degré; un moyen de moralisation. Amener un travailleur à se rendre méthodiquement compte, ce n’est pas seulement tenir sa pensée en éveil sur ses intérêts, mais sur sa conduite. C'est augmenter sa puissance de travail utile et productif. C’est lui donner la force d'économiser, et celle d’épargner, et celle de conserver son épargne, ainsi que le moyen de faire tout cela avec ordre. Nous le demandons, n’est-il pas évident que faire d’un prolétaire un producteur d'épargne, c’est arracher une victime à la misère, une recrue aux penchants du désordre, aux rangs des partisans du partage et de l'anarchie? L’épargne grossit vite chez lindividu ordonné. Or, l'épargne, en chassant l'inquiétude, adoucit le cœur de l’homme. Le petit capitaliste oublie vite les jalousies et les rancœurs du prolétaire. IL s’attache à ce qu'il a, à ce qui est ; il voit toutes choses sous un meilleur jour ; il respecte la propriété des autres, voulant qu’on respecte la sienne. Il ne parle plus de détruire mais d’édifier. Comment nos éducateurs n’ont-ils pas Com pris, dès longtemps, que puisque toute société doit reposer sur l’ordre, il faut nécessairement, — et par l’école, — initier l'enfant
. ” Dern