‹ Introduction comptable à la science socialeChapitre 33 sur 48 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

du désordre auquel aboutit la pratique comptable empirique actuelle ?

{Il faut donc réagir sur l'esprit des commerçants, et le seul moyen de le faire utilement est d'établir à leurs yeux que la comptabilité est bien réellement une science, dont les applications peuvent triompher de toutes les difficultés et faire l’ordre intégral dans les allaires, même les plus complexes. Pour atteindre ce but il faut s’y consacrer, faire de gros efforts, rompre avec les pratiques d’un autre temps. Nous ne saurions trop le répéter aux teneurs de livres el aux comptables de bonne volonté: — Instruisez vous professionnellement, lisez, observez, étudiez. Formez-vous, Chacun, une bibliothèque de bons ouvrages de commerce, de comptabilité, d’arithmétique commerciale et financière, de droit Commercial, de géographie et d'économie. Enfin, rapprochez-vous, groupez vous, inspirez-vous davantage de l'esprit de solidarité. Vous êtes trop épars, trop divisés, vous ne vous sentez pas assez les coudes, et [rOp de passants et de faux comptables se glissent dans vos rangs.

La grande majorité des commerçants, — nous l'avons constaté, el nous en avons donné la raison plus haut, — jenore la comptabilité, voire même la tenue des livres. De fait, les commerçanis ne savent de la Science du commerce, que ce qui se rattache à l'art d'acheter et de vendre. Hs trouveraient donc des auxiliaires précieux dans des Teneurs de Livres possédant bien l'ari d'enregistrer les opérations et dans des Comptables QUI Joindraient à leur capacité d'organisation des livres et des Comptes, les connaissances qui se rattachent à l’art de payer et de recevoir.

On a créé des écoles supérieures de commerce.

Ces écoles, — récemment admises au patronage de l'Etat, — lorment de nouvelles générations de commerçants et d’industriels fort instruites, appelées à étendre notre commerce extérieur, grâce a leur Connaissance des langues et à l'étude qu’elles font des trois branches de la science du commerce que je viens de dénommer (1).

Eh bien, ces couches nouvelles de commerçants instruits, n’appellent-elles pas des couches nouvelles de teneurs de livres et de comptables, libérées des routines séculaires dont la pratique a raValé la corporation actuelle dans l'opinion publique ? Comment,

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(1) Lire à ce sujet la très remarquable suite d'articles publiés dans le Figaro, par M. Hugues Le Roux, sous le titre : Nos FILS.

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INTRODUCTION XLIH

sur 4,000 maisons de commerce prises au hasard, on n’en trouverait peut-être pas deux dont la comptabilité fut méthodiquement ordonnée, dont l’Inventaire et le Bilan fussent justes et rationnellement établis! Comment, sur 1,000 faillis, tous ou presque tous, ont des livres en désordre, des comptes irrégulièrement tenus, et il y a des teneurs de livres, que dis-je, des comptables, pour faire une telle besogne de désordre !

Encore quelques années et les commerçants instruits ne voudront plus de tels auxiliaires. [ls chercheront des teneurs de livres sachant tenir les livres, des comptables sachant organiser les comptes et aptes aux milles détails de la pratique de l’ordre, dont le commerçant, en quête d’affaires, n’a pas le temps de s’occuper.

Cela veut dire, oh ! mes chers confrères, que l'heure de la Comptabilité rationnelle est venue.

Crovez-en votre ami, votre meilleur ami, celui qui, depuis plus de vingt ans, lutte pour le triomphe de votre belle profession.

Notre corporation, restée ouverte aux ignorants, aux routiniers et aux déclassés, va se fermer, je vous le prédis, par la force même des choses, sous la pression inéluctable des nécessités de la concurrence, qui oblige tout commerçant à compter de près, sous peine de faillite finale. C’est la science, elle-même, qui enclora la corporation de ceux qui comptent, ou plutôt qui comptabilisent pour les commerçants, quand ces derniers ne peuvent le laire eux-mêmes. C’est la science qui placera les barrières.

J'ai fait naguère, dans mon livre l'Enseignement commercial et les Ecoles de commerce, un plaidoyer en faveur d’une création de brevets officiels de Teneur de livres (1% degré), de Comptable (2° degré). et d’'Expert Comptable (3° degré, ou degré supérieur), brevets qui seraient délivrés par le Ministre du Commerce, après examen ad hoc.

Cette proposition était prématurée en 1886 ; aujourd'hui, non seulement elle est opportune, mais elle s'impose.

La création des brevets officiels sauvera la corporation des comptables de son discrédit actuel : 1°en éloignant d'elle les ignorants et les déclassés qui la déshonorent ; 2° en constituant une hiérarchie du savoir comptable; 3° en attirant l'attention des commerçants sur les sujets capables.

C’est dire que cette sélection officielle ne profiterait pas seulement

à ceux de nos dignes confrères qui comprennent limportance de

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