DESCRIPTION
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DESSIN gAm^l ou tbrritoirs; y allées
BT FLEUVES.
Dans la première partie de ce travail, on a essayé de faire voir comment s'est formé, dans l'immense période des temps géologiques, cette partie de Fécorce terrestre qui porte aujourd'hui la France. 11 faut à présent sortir de la nuit de ces vieux âges; il faut oublier les scènes grandioses dont la nature est le puissant acteur et ces luttes des forces matérielles et fatales qui renouvellent les mondes. Mais, avant de contempler celles dontrhonune est l'humble agent, auxquelles, du moins, se mêleront de plus en plus Tintelligence et la
liberté, il est nécessaire d'étudier le théâtre où elles se déploieront.
L'histoire qui raconte est un art; Thistoire qui explique, qui classe les phénomènes sous des lois, je veux dire les faits sous leurs causes, est une science. J'ai cette ambition pour Tétude à laquelle j'avais voué ma vie, qu'elle peut monter à ce rang. Voilà pourquoi je veux étudier, avant les causes politiques et morales, la grcmde influence qui, au début, est la plus forte, celle du sol, du climat et de tous les agents matériels, le rôle, en un mot, de la nature dans le grand drame de nos destinées nationales.
On disait autrefois que la géographie était l'œil de l'histoire. On voulait dire qu'elle voit et qu'elle explique bien des choses qui sans elle resteraient obscures et inexplicables. De toutes les forces, en effet, qui déterminent la vie des nations, il en est une seule peutr-être qui agisse du premier au dernier jour : je veux parler de l'influence de la nature physique, sol et climat : des fleuves qui réunissent et des montagnes qui isolent, de la mer qui fait les marins, des mines qui font les industriels et
des plaines fécondes ou stériles qui fout le laboureur robuste ou le pâtre nomade.
Homère appelait la terre la mère nouiTice des peuples. Mais ce n'est pas seulement la vie matérielle qu'ils y puisent; ce sont des usages, des mœurs, et par conséquent des idées qu'ils y prennent : vieille vérité entrevue dès longtemps par l'instinct des ]>c uples qui se disaient autochthones; elle a inspiré à Hippocrate son traité fameux, à Tite-Live son explication de la fortune de Rome primitive , et elle faisait dire à Cuvier, cet autre ancien : « La Lombardie n'élève que des maisons de briques, à côté de la Ligurie qui se couvre de palais de marbre. Les carrières de travertin ont fait de Rome la plus belle ville du monde ancien; celles de calcaire grossier et de gypse font de Paris l'une des plus agréables du monde moderne. Mais Michel-Ange et le Bramante n'auraient pu bâtir Paris dans le même style qu'à Rome, ptftce qu'ils n'auraient pas trouvé la même pierre.... Nos départements granitiques produisent sur tous les usages de ^a vie humaine d'autres efiets que les calcaires. On ne se logera, ou ne se nouri*ira, le peuple, on peut le
dire y ne pensera jamais en Limousin ou en Basse-Bretagne comme en Champagne ou en Normandie. 11 n'est pas jusqu'aux résultats de
la coiiseriptiou qui n'aient été différents, et diûérents d'une manière fixe sur les différents sols. »
Le sol) en effet, est pour la société qui Thabite ce que le corps est pour l'esprit qu'il renferme. Gomme il n'y a pas d'fiommes qui soient de pures intelligences, il n'y a pas de ' peuple qui ait vécu en dehors des conditions que son territoire lui impose. Montesquieu, j'en demande pardon à son génie^ posait la question d'une nuiuière inroiiiplète en la plaçant surtout dans le climat ; Cuvier l'a mise dans la nature du sol; il faut la niettre dan^ l'ensemble des influences extérieures qui agissent sur riionnue. Mais de la phrase de Cuvier effaçons le mot jamais. On verra plus loin que, pour expliquer l'homnie et la société, il faut ajouter aux forces vives de la' matière^ les forces vives de l'intelligence. L'esprit souffle où il lui plait.
Voilà pourquoi je fais précéder l'histoire de la France d'une description de sa surface.
Nous marcherons ensuite plus à Taise à travers
les évéïiemeuts accomplis sur ce théâtre bien étudié. C'est d'ailleurs un devoir aussi pour nous de connaître, dans le détail de sa structure extérieure, cette terre de France* notre domaine et Tobjet de nos affections. Il y a quelque chose de nousp-mémes dans ces montagnes qui nous protègent et nous versent leurs eaux fécondes; dans ces ûeuves depuis tant de siècles nus serv iteurs lidèlosj dans cette terre enfin qui est aussi la poussière sainte de nos pères.
Les anciens contaient qu'Hercule lutta
tout un jour avec le géant Antée. Vingt fois il le terrassa sans pouvoir le vaincre, parce que chaque fois que le géant, fils do la Terre, touchait le sein de sa mère^ elle lui communiquait une force nouvelle et indomptable. La terre de France, on le verra, je l'èspère, a aussi communiqué au peuple qui l'habite une vertu particulière, une force qu'il ne peut perdre puisqu'elle ne tient pas à l'homme qui passe, mais a la nature qui demeure.
Deux mei*s, TOcéan et la Méditerranée, deux chaiues de liautes moutagues, les Alpes et les Pyrénées, enfin un des grands fleuves de l'Europe^ le Rhiu^ détermiiiaieut, dans l'antiquité, les limites de la Gaule. La France n'a reculé du Rliiu et des Alpes derrière la Meuse et le Rhdne qu'au traité de Verdun (843), après une victoire qui uous a enlevé autant de provinces que la défaite la plus désastreuse. Elle n'a cessé, depuis qu'elle s'est reconquise ellemême, dë réclamer sfon antique héritage. Elle a retrouvé depuis quatre ans ce qui lui manquait de la barrière des Alpes ; elle a accoj»té celle du Jui'a, qui laisse lu Suisse en dehors de son domaine, et elle a regagné ([uarante lieues de frontière, le long du Rhin. Mais de
Dunkerque àLauterbourg subsiste l'iinmense ouverture par laquelle toutes les invasions sout venues, et que Louis XIV a essayé de fermer en y élevant trois lignes de places fortes, la Révolution et l'Empire, en semant dans les provinces voisines, comme une garde avancée, nos idées et nos lois.
Si, par la pensée, on comblait toutes nos vallées, la surface de la France se présenterait comme un plan incliné depuis la cime des Alpes jus({u'à la mer. Étroit à sa partie supérieure, de Nice au mont Blanc, il s'ouvre en éventail sur TOcéaii et son bord extrême trace, des bouches du Rhin à celles de la Bidassoa, un quart de cercle dont le développement est de plus de quatre cents lieues.
Le trait caractéristique de notre sol est la longue chaîne des Gévennes et des Vosges, qui coupe la France en deux. A l'orient, entre elle et les Alpes, se trouve l'immense dépression où le Rhin et le Rhône se sont jetés. A Fouest et au nord, ses ramifications dessinent le relief du pays et ont donné naissance à quatre bassins débouchant sur trois mers.
Enfermée tout entière dans notre territoire.
elle est comme Tépiae dorsale de la France, le point d'appui de sa charpente oiographiquev .Mais en même temps qu'elle détermine la ligne ài } irtage des eaux, elle s'abaisse assez pour laisser passer sur son laite routes, canaux et chemins de fer.
Les Cévennes proprement dites n'appartiennent qu'au département de la Lozère, où elles atteignent leur plus grande altitude.
Hais elles étendent leur nom et abaissent leurs rameaux, d'iuie part, jusque vers Castelnaudary, où elles rencontrent, au col de Narouze (189 mèti'es), les dernières collines des monts Corbières, rameau détaché des Pyré?nées; de Vautre, jusque vers Châlons, où elles touchent aux côtes vineuses de la Bourgogne.
Ces collines, le plateau de Langres et les monts Faucilles unissent : les Cévennes aux Vosges, que le Rhin sépare du Taunus allemand ^
1. Les plus hautes sommités des Vosges' sont le ballon de Guebudller (1431 mètres) et le Haut-d'^onec (1431 mètres); celles des Cévennes sont la Lozère (1490 m.), le mont Meienc, dans le YÎYarais (1774 mètres). I>e point culminant de la Gôte-d'Or, le Tasselot, près de Bijou, n'en a que 603 ; la cime de Montaigu, sur le ])lateau de Langies, seulement 497 ; les monts Faucilles, au sud d'Épinal, 49 1 , et les montagnes du Mâconnais, à peine 160.
DU SOL FRANÇAIS. a?
Considérées ensemble, les Cévennes et les Vosges représentent une ligne de 960 kilomètres de développement, souvent étroite, mais qui a 280 kilomètres de largeur sous le parallèle de Limoges.
Du côté de l'orient, les Gévennes viennent brusquement mouiir dans le grand fossé du Rhône, comme les Vosges dans la plaine du Rhin. Mais à Touest elles étendent de puis— sants rameaux qui. {^près avoir formé la chaîne des Dômes d'Auvergne, courent dans, toutes les directions à travers nos provinces aquitauiques qu'elles ont, par leurs saillies, relevées au-dessus des eaux ^ A voir, dans le Limousin, le Quercy et le Périgord, leur sur^ fece largement ondulée, on dirait une mer solidifiée au milieu d'une tempête.
1. De la Lozère se détachent les montagnes du Velay et du Forez, qui séparent la Loire de l'iUlier, et les monts de la Margeride (1200 mètres), qui se réunissent aux montagnes de l'Auvergne, où le Puy-de-Dôme, le Plomh-ilo- Gantal et le Puy-de-Sancy sVlcvent jusqu'à 1476, 1858 et 1897 mètres. Du massif ([ue foriuent ces montagnes partent Ifs mamelons du Limousin, du haut Quercy et du Pi'rigord, dont les dernières ondulations vont mourir dans le Poitou, au plateau de Gatine (136 mètres), et dans la Sain* .longe, à la pointe de la Goubre.
Plus près de la chaiae centrale, Taspect eu est bion autrement sévère et grandiose. Si Ton gravit la cime du moui Mezeuc, près de la TÎUe du Puy, le rep;apd s'étend librement de la ligue verdoyante des Dômes d'Auvergne jusqu'aux Alpes aiguës du Dauphiné et de la Savoie, que couvrent des neiges éternelles, et Ton voit la Loire et l'Allier s'ouvrir péniblement une route par des défilés granitiques, l'une vers l'humide plaine du Forez* ; l'autre, vers l'étroite et féconde vallée de la Limagne* Mais ce que voient les yeux du corps n'est rien à côté de ce que peuvent contempler les yeux de l'esprit. Quel grand et terrible spectacle présentait cette région, lorsque toutes les montagnes de l'Auvergne, du Yelay et du Yivarais eu feu vomissaient les torrents de lave qui ont couverts leurs flancs et étendu dans les vallées ces prismes basaltiques que le peuple appelle les colonnades ou les chaussées des géants. Tout le Yivarais en est couvert. Mais l'homme alors n'était pas né ou
1 . La plaine du Fores a un eous-sol argileux qui ne laisse pas filtrer les eaux, et son peu de pente empêche leur écoulement à la surface.
errait encore dans les solitudes de TAsie. Aujourd'hui, villes et villages se sont assis sur les laves refroidies, et des forêts de chàtaiguiers enfoncent leurs racines dans la bouche des cratères*..
Ce sol tourmenté, qui rejette la Garonne à Fouest, et envoie la Loire au nord, régularise ses mouvements désordonnés en approchant du golfe de Gascogne. Les mamelons du Limousin deviennent deux séries de collines qui enveloppent Tancien golfe du Poitou^ terre basse, marécageuse, domaine encore récent de la mer, et vont mourir aux deux pointes de Saint-Gildas et de la Coubre, à l'embouchure des deux fleuves. Un cours d'eau devait naître à leur point d'intersection ^ il y est, la Charente, une de nos plus gracieuses rivières, de-
I. Toutefois, 1p voisinage des feux souterrains est révélé par les sources thermales. A Cliaudesaigues, près de Saint- Fleur, la source de Par a une température de 64"; beaucoup d'autres, qui sourdent de tous côtés dans cette vallée, sont presque aussi chaudes. On a calculé que la chaleur fournie par la première et utilisée par les habitants, équivaut à celle que leur donnerait le bois d'une forêt de chênes de 540 hectares. Des conduits mènent cetta eau dans' les maisons, et elle y sert à tous les usages domestiques. Elle cuit les œufs ou les fait ëdore, à volonté.
veniie aussi, grâce à Rochefort, une des plus
importantes.
Le rôle rempli , entre la Garonne et la Loii*e, par les hauteurs détachées des Cévennes. Test, entre Loire et Seine par la chaîne moins puissaute, mais plus simple et plus longue, qui part des montagnes de la Bourgogne, et donne d'abord naissance aux côtes tristes et sévères du Morvan. Derrière Orléans, ces hauteurs s'étalent en un vaste plateau et, plus loin, se relèvent en une petite chaîne, (jui est déjà remarquable vers Alençon (273 mètres). Entre la Mayenne et la Vire, cette chaîne se divise , et ses deux rameaux forment la charpente des deux presqu'îles du Cotentin et de la Bretagne, qui s'avancent si hardiment dans la mer, portant chacune, à son extrémité, sa grande forteresse maritime, Brest et Cherbourg. Le point de bifurcation est trop près de la mer pour qu*il en sorte une rivière de quelque importance. La Vilaine a assez d'eau pour alimenter un caual, trop peu pour un port. Cependant, grâce aux marées, la navigation maritime y remonte jusqu'à Redon, eu passant sous le
magnifique pont siiq>eiidu de la Roche^Ber-
nard^
Entre Seine et Meuse^ fait analogue. Une
chaîne double^ l'Argonne (439 mètres), et TArdenne occidentale (601 mètres), enveloppe la haute Meuse, qui, pourtant, coupe l'obstacle et s'enfuit vers le nord, aux Pays- Bas, tandis que TArdenne se prolonge dans l'ouest jusque vers Saint-Quentin, d'où elle envoie, d'un côté, les collines de la Picardie qui viennent s'étaler en un large plateau dont les saillants extrêmes sont les caps de la Hève et d'Antifer, derrière le Havre; de l'autre, celles de TArtois et du. Boulonnais, qui se terminent entre la Hanche et la mer du Nord, aux ' caps Gris-Nez et Blanc^Nez. Un troisième rameau entre en Belgique par le Quesnoy; il est peu élevé, mais souvent abrupt, quand ses flancs tombent à pic dans ia Meuse; Au nceud d'où partent ces hauteurs, sont les sources de qua-. tre cours d'eau, de l'Oise et de la Sambre, tributaires de deux fleuves et lien de deux pays,
1. Les hauteurs de la Bretagne^ connues sous le nom de montagnes Noires et de monts d'Arrée, ont 351 et 399 mètres.
72 DESCRIPTION DE hk SUBFAGE
la Belgique et la France; de la Somme et de
l'Ëscaut, qui arriveut à la cote et doivent aux marées de TOcéan Timportance commerciale que la masse peu cousidérabie de leurs eaux n'aurait pu leur donner.
L'Ardenne orieutule s'étale, entre la Moselle et la Meuse, en un plateau inculte et marécargeux (698 mètres). Au <lelà sont les collines volcaniques de FËifel (866 mètres) dont les derniers coteaux, chargés de vignobles et de vieilles forteresses féodales, forment, entre Cologne et Coblentz, la partie la plus pittoresque de la vallée du Rhin.
Les Vosges vont aussi mourir au bord du grand fleuve, entre Spire et Mayence*. Serrées de près par la Moselle et le llbin, t[ui leur sont parallèles, elles n'ont pas de contreforts étendus. Pourtant, leur épaisseur, entre Colmar et Luxeuil, est de 68 kilomètres; mais elle n'est que de 28 entre Pbalsbourg et Saverne. Du
1 . Elles y anivent sons le nom de Hardt (674 mètres) et de mont Tonnerre (678 mètres). Aux sources de la Lauter, une branche s'en détache, le Hundsruck (821 mètres), qui contourne la Nahe et rejette la Moselle jusqu'au pied de l'Ëifel.
cAté de l'Alsace , leurs collines sont encore
chargées des ruines féodales les plus pittoresqueSy et le voyageur qui traverse cette belle province se trouve constamment entre deux âges de la vie du monde : dans la plaine, les usines, avec leur activité leconde; dans la montagne, les murs démantelés et les tours entr' ouvertes des vieux châteaux, image désolée de ce temps où le grand travail était la guerre.
74 DESGRIPTfON DE LA SURFACE
Toutes les vallées Jout la tète est dans les Cévennes et les Vosges sont intérieures^ puis« qu'elles pai^teut de moutagues qu'un peut regarder comme le centre géographique de la France ; toutes celles qui vieuuent d'un point situé en dehors de la circonférence, je veux dire en dehors de notre frontière, sont excentriques. Cette différence n'est pas moins importante à noter en histoire qu'en géographie, car le régime hydrographique est pour un pays et pour une partie de ses mœurs ce que le système sanguin est pour un animal et pour ses habitudes. Les vallées intérieures ont été le berceau du peuple et du génie français ; pai* les autres sont venues les influences extérieures.
Mais les vallées de la chaîne cévenno-vos-
giemie sont bien diiférentesy selon qu'elles descendent sur Tun ou sur Fautre versant.
Celles de l'est, abruptes et courtes, ont moins des rivières que des torrents*: dans les Vosges, 1111; dans les Cé venues, l'Hérault, le Gard et l'Ardèche. Ce n'est point le Gard qui passe . par l'aqueduc maguiiique que les Romains ont construit pour amener à Nimes les eaux des montagnes, et qu'on appelle le ponX du Gard, L'Ârdèche, sans tant de frais, s'en est donné im à elle-même, à coté duquel toutes les constructions des hommes sont bien petites. Quand elle s'est précipitée, du haut de la roche basaltique appelée le Ray -Pic, dans uii bassin situé 40 mètres, plus bas, elle rencontre deux montafçnes coupées à pic qui resserrent son cours et autrelois renfermaient. Mais elle a accumulé ses eaux, rongé le calcaire friable, et un jour la l)ase peu résistante de la montagne s'est effondrée, laissant au-dessus de l'abîme un peut naturel, large de 54 mètres, et qui s'élève de t)5 au-dessus des eaux : c'est le pont d'Arc.
Une seule des rivières du versant oriental a
76 DESCSaPTION DE LA SURFACE
de rimpoi*tance, parce qu'elle court parai-
lèlenieut aux hauteurs, et recueille, chemin faisant, presque toutes les eaux 'des deux Bourgognes, la Saune, qui descend des monts Faucilles.
Ainsi, à Torient, la cliîiîne centrale verse peu d'eau au Rhin et au Rhône, qui d'ailleurs n'en ont pas besoin, venant tous deux de la Suisse, où une merde glace de 400 lieues car^ rées constitue l'inépuisable réservoir des eaux de l'Europe centrale. Mais à l'ouest et au nord de grands fleuves en descendent :
La Moselle, qui nous mène sur le Rhin in*^ térieur ;
La Meuse qui traverse, de Charleville à Gi-
vet, le grand défilé où l'Ardenne s'est eflbndrée jusqii^â une profondeur de 270 mètres, et qui nous couvrirait l'Océan germanique, si nous avions encore ses embouchures, que la mer a tant de fois remaniées ;
L'Escaut, dont nous ne tenons plus que la source et qui forme, à Anvers, ofiil a 500 mètres de largeur, le meilleur port du nord de l'Europe;
La Somme, bassin côtier sans importance
maritime^ maintenant que les atterrissements
de la mer ont transformé toute cette côte ;
Ënfin la Seine et la Loire, les deux fleuves français par excellence, ceux dont les bords ont vu la nationalité naître, grandir, et de là gagner de proche en proche la Garonne, le Rhône et le Rhin, les Pyrénées, les Alpes et le Jura. .
Ca Loire a ses sources sur une haute montagne du Vivarais, le Gerbier de Joncs, à 1373 mètres au-dessus de TOcéan. £lle coule d'abord dans une vallée profonde où sa pente est de 3 mètres par lieue. Près de Vilieren, en un endroit appelé le Perron^ elle traverse une gorge qui a 12 kilomètres d'étendue, et elle entre dans la plaine de Roanne par une série déchûtes dont la hauteur totale est de près de 3 mètres. Sa marche droit au nord, comme si elle voulait atteindi'e la Manche, est contrariée d'abord, puis arrêtée par le prolongement des côtes du Morvan. Elle s'infléchit alors à Touest, et trace une courbe élégante dont le point le plus élevé est à Orléans. Voilà pourquoi cette ville est la clef de nos provinces centrales.
La Loire est tristement célèbre par ses
78 DESGEOPTION D£ lA SUBFAGE
crues subites et ses bas-fonds mobiles. Elle en plus d'un endroit, changé son lit et supprimé ses iies pour eu créer de nouvelles. £n vain IVt-on enfermée entre les digues puissantes dont Torigine date peut-être des Romains, et que chaque génération a exhaussées, étendues ; elle renverse tous les obstacles qu'on lui oppose et en ({Tipl([ues heures engloutit un capital de quarante ou cinquante millions. Capricieuse comme elle est violente, en d'autres temps, elle erre paresseusement sur une grève immense, et même au-dessous de Nantes, elle a encore des bas-fonds qui forcent les gros navires de s'arrêter à Paim-. bœuf.
La cause de ces crues désastreuses est la forme de la vallée supérieure de la Loire et de celle de FAlIier son principal afiQuent*, toutes
1. L'Allier a ses sources plus haut encore que celles de la Loire, sur la Lozère, à 1423 mètres; aussi est-il trèsra])ide. Sa ponfe inoyeime est de I"',66 par 800 mètres, ce qui euijiêclie qui^ la na\iL:;ttion y ait lieu à la remonte. Les bateaux, construits à Chape, Brassac et Jumeaux, sont déchirés à Paris. On augmente leur charge à mesure qu'ils descendent (Ravinet, Dictionnaire liydrixjraphique de La France). M. Monestior-Savignaty ingénieur des,ponU et
deux étroites et profondément encaissées entre des montagnes déboisées. Lorscpi'un violent orage éclate sur ces hautes cimes, pas une goutte d'eau n'est perdue pour le fleuve. Les torrents glissent rapidement sur la pente inclinée des versants^ sans Imsser au sol le temps de rien absorber et arrivent d'un bond au fleuve qui, en quelques heures^ s'élève de plusieurs mètres. Autrefois, des messagers devaient se tenir prêts dans les villages riverains pour monter à cheval et porter tout le long de la Loire la terrible npuvelle. La crue allait souvent plus vite que les cavaliers. Aujourd'hui, du moins, elle ne peut lutter de vitesse avec le télégraphe électrique, et il reste quelque temps au pays d'aval pour prendre
dianssées, chargé d'étudîèr le moyen de discipliner TAlUer, se foisait fort, il y a quelques années, d'en yenir à l»out «▼eo 16 millioi^, et, avec 3k de plus, d'établir dans son bassin un système d'irrigation, de dessèchement, de conquête des terrains improductifs, etc., qui rapporterait, selon lui, une augmentation de produits agricoles de 10 à 20 p. 100 du capital dé|jonsé. M. d'Héricourt croit arriver au même but sans tant de frais; il aurait suffi, selon lui (Amiaks forestières de déceinijre 1857), de reboiser 200 000 hectares du bassin supérieur de la Loire, pour éviter les désastres de I mondatiou de 1846.
des mesures de défense contre le fléau qui accourt. Mais que de fois il s'est joué de tous les obstacles! Le fleuve se gonfle, les eaux, enserrées entre les levées qui le bordent, moulent plus haut que les campagnes voisines. Sous leur énorme pression, les digues crèvent*, et un torrent s'échappe comme une cataracte par la brèche qu'il s'est ouverte, laboure profondément les tem*es, bouleverse les cultures, couvre de monceaux de sable les champs fertiles et renverse les habitations. Le fleuve est devenu une mer furieuse qui roule pêle-mêle dans ses Ilots moissons, arbres brisés, meubles, bestiaux, et trop souvent de nombreuses victimes'^
1 . Les dignes de la Loire , cpii commencent à 8 ou 1 0 lieues en amont d'Orléans, ont romiuuiit'ment 2 mètres de hauteur sur 8 d'éjiaisst'ur à leur souiiuet. Klles sont revêtues, dans les parties les j)lus exposées au choc des eaux, de maçonnerie en pierre sèche nommée perrée, et le pied est défendu des atïouiilements par des bâtis de pieux et par des jet 'es en moellons. Ces digues resserrent beaucoup le lit du fleuve A Orléans, le lit naturel a 3500 mètres, le lit endigué n'en a que 280. Les digues de la Loire étaient autrefois placées sous la surveillance d'une administration spéciale, désignée sous le nom de Turcies et Levées de la Loire. La navigation n'est en pleine activité sur ce lleuve que durant sept à huit mois de l'année.