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Les digues ne sont-^Ues pas pour quelque chose daus

On a vu j>lus haut pourquoi Orléans se trouvait à la place qu'il occupe ; Nantes ne doit pas davantage la vie à un caprice. Cette ville s'élève sur la Loire inférieure, en un point où des lies rapprochent les deux rives, écartées en cet endroit de 4 kilomètres, et où deux, rivières descendant, l'une du nord (FErdre), l'autre du sud (la Sèvre), viennent s'y jeter. Dans un temps où les plus forts navires n exi-

.ces malheurs? Elles préservent à' coup sftr dans les crues ordinaires, et elles seraient toujours un moyen de salut si, toujours aussi, elles tenaient bon, et à condition encore qu'on portera sans cesse leur sommet plus haut. C'est une loi delà nature que les plaines s'exhaussent aux dépens des montagnes. Cette loi, on peut la contrarier, on ne la changera pas. Si ce n'est pas la plaine qui monte, ce sera le lit du fleuve, comme à Ferrare, où le P6 est plus élevé que les toits de la ville. Que, dans ce cas, les digues crèvent, et l'inondation prend le caractère d'un torrent furieux et dévastateur. Sans elles, les eaux monteraient lentement par-dessus leurs rives, couvriraient lentement aussi les campagnes, et souvent, au lieu deles ruiner, y déposeraient un Umon fertile. Après la dernière inondation, on remarquait à Orléans, dans tous les lieux d'où la Loire se retirait, une odeur fétide s'échappant de la vase qu'elle avait apportée. G't'taient les débris organiques de toute sorte charriés par le lieu vu, qui entraient en décomposition. Ils infectaient la ville, ils eussent fécondé la campagne. Là oïl les eaux s'épandent tranquillement, trois ou quatre années de récolte payent et au delà une année d'inondation. Les terres du val d'Orléans, si exposées aux assauts du

8S DËSGaiPTiON m LA SUHFAGË

geaieut pas uu très-grand fond d'eau, il n'y avait pas, sur la Loire, de position plus importante poui* dominer sûrement le cours du fleuye et défendre, derrière les deux rivières, tout le pays environnant. Aujourd'hui encore, Nantes serait au besoin ce qu'il a été contre les Anglais et. contre les Vendéens, une barrière infranchissable. Il conserve donc les avantages militaires de sa situation, quoiqu'il n'y ait plus de péril à craindre de ce côté;

fleuve, se vendent pins cher que dans les cantons voisins, parce qu'eUes sont plus fertiles. M. Êlie de Beanmont {Uçons Géologie pratique) voit bien des dangers dans rétablissement des digues, et cite l'exemple contraire et heureux des attenissem^ts qui se forment à Tembouchure de l'Elbe. Un de nos savants agronomes, M. de Gasparin, pensait de même au sujet des digues du Rbdne qui, dans le département des Bouches-dn -Rhône, n'ont pas moins de 100 kilomètres d'étendue. 11 déplorait qu'on les eût construites (Mémuirc sur ks déborde inenU du Wiôiic, dans le com})te rendu de l'Académie des sciences, l. XVllI, p. 504). Même danger pour la Basse-Louisiane, à cause des levées qui bordent le Mississipi. Je n'ai pas besoin d'ajouter que la rônrliision de ce qui précède n'est pas qu'il faudrait détruire les digues, car il y a des fleuves et des torrents qui n'apportent jamais que du sable et des pierres. En outre, la population ayant depuis des siècles compté sur leur protection, a disposé en conséquence ses habitations et ses cultures qui^ sans les digues, seraient aujourd'hui détruites.

mais ceux qu'il offre au commerce diminuent.

Le tonnage des navires tend à s'accroître ; il leur faut des eaux plus profondes. Par les sables qu'elle apporte incessamment du haut pays, la Loire exhausse et embai i asse son lit, à ce point que les navires de plus de 200 tonneaux ne peuvent plus remonter jusqu'à l Erdre avec plein chargement. Nantes, qui porte dans ses armes un navire équipé d'or, aux voiles d'argent, voyait naguère encore diininuer son commerce et sa population. En 1789, elle avait 90 000 habitants, et en 1841, elle n'en comptait plus que 77 000. Mais le chemin de fer lui a rendu sa prospérité, elle renferme aujourd'hui 108000 âmes. Pour affermir cette prospérité et l'étendre, on exécute dans la basse Loire des travaux analogues à ceux qui s'achèvent dans la Seine, à Quillebœuf : on fixe les sables mobiles, on creuse le chenal, on arrête l'extension menaçante du banc qui s'aecroit graduellement à l'embouchure du fleuve. Déjà on est assuré de quatre mètres de profondeur dans une partie du chenal; encore quelques ellorts heureux et les grands navires arriveront jusqu'à Nantes.

Le malheur lies uns fait la fortuue des autres. Paimbœuf qui, il n'y a paà deux siècles, était un hameau de pécheurs, a maintenant 4500 habitants et un port où peuvent s'abriter jusqu'à des irégates. A Saintr-Nazaire sont établis les pilotes lamaneurs ({ui guident les navires à leur entrée dans la Loire ; c'est la première étape du fleuve. Nantes, effrayée de l'accroissement de ces deux villes, réclamait naguère le maintien de privilèges qui les auraient tenues dans sa dépenduuce. Mais Tintérèt générai remporta : le gouvernement a concédé à Saint- Nazaire une des lignes des paquebots transatlantiques, et y a fait creuser, en grande partie dans le roc vif, un vaste bassin à Hot, qui donnera peut-être un jour à Saint-Nazaire la fortune du Havre.

A 12 kilomètres de Nantes se trouve le lac le plus considérable de Tancienne France, celui de Grand-Lieu. Sa longueur est de 8 à 10 kilomètres, sa plus grande largeur de 7, sa superficie de 9000 hectares \ Il fut formé, au

1. En comptant 5500 hectares de marais qui sont à différemes époques couverts par les eaux, il ne reste donc pour le lac proprement dit que 3500 hectares d'une profion-

sixième siùclo, par une inondation qui suLnior- . gea la petite ville d'Herbaugé et la vallée où elle s'élevait. Mais une explication aussi simple ne pouvait suffire aux hommes de ce temps, et, au risque de donner à Dieu l'esprit de colère et de vengeance, ils ont fait de cette catas^ trophe une punition divine. Là, disent les traditions, s'élevait une cité corrompue. Saint Martin vint y prêcher i'Ëvangile ; luais sa voix ne fut pas écoutée. Le saint se plaignit à Dieu de l'endurcissement des habitants. Ce n'était guère selon le cœur de l'apôtre, qui un jour partageait son manteau avec un mendiant sans lui demander sa foi ; mais il fallait que la légende se fît. A peine le saint eut-il adressé au ciel sa prière, que les eaux accoururent de toutes parts, et la ville maudite, ses habitants et leur vertes prairies, furent submergés. Un géant s'était surtout opposé aux pieux efforts de saint Martin ; il fut enchainé au plus profond des eaux; il y est encore, et ses convul-

deur moyenne an basses eaux de 2 mètres. M. de Jiiigné en avait proposé le dessècliement. L'annexion de la Savoie a donné à la France un Jac bien plus considérable, celui du Bourget, qui a 20 kilomètres de long sur 4 à 5 de large, avec des profondeurs de: 200 luèlres.

se DESCRIPTION DE LÀ. SURFACE

sions causent les agitations que Ton remarque

parfois à la surface du lac. Les habitants y sont aussi. Ce sont les farfadets qui égarent le voyageur et le mèuent au milieu des marais, où il périt, et les loups^arous, qui remportent et le tuent. Ces maudits sont cependant forcés de rendre, malgré eux, hommage à la foi qui les punit. Chaque année, dans le silence de la nuit de Noël, ils sonnent à toute volée les cloches de la ville engloutie, pour célébrer la venue du Messie , qu'ils ont repoussé, et l'on entend le son qui s'élève du fond des eaux. Ici, la tradition a raison. On entend bien distinctement le son des cloches, et non-seulement dans la nuit de Noël, mais tous les jours de grande fête, quand souffle le vent du nord-est. C'est lui qui l'apporte de la cathédrale de Nantes à travers Tair silencieux, et cç sont les eaux du lac qui le répercutent.

Le Loiret n'est qu'une infiltration de la

Loire. Il sort d'un gouffre, à 8 kilomètres d'Orléans, et n'en a que 12 de cours; mais il porte bateau dès sa source. Ses crues suivent . celles de la Loire, à un jour ou deux d'inter-

valle. n sert de gare, dans les temps de glace, dWL bateaux d'Orléans.

La Seine naît dans la Côte-d'Or, à 471 mètres d'altitude, et parcourt un bassin peu profond, large, évasé, perméable, qui ne laisse arriver jusqu'à elle qu'un tiers des eaux répandues par les pluies à sa surface. De là les paisibles allures du ûeuve, .qui monte et descend lentement, sans causer jamais de grands ravages, bien que les hautes eaux excèdent parfois l'étiage de 7 à 8 mètres *. Il n'a pas dû en être toujours ainsi. Son bassin était plus humide quand il était plus boisé ; le fleuve, plus puissant, rongeait ses rives, et, comme les grands cours d'eau d'Amérique, charriait des arbres^ entiers. On a trouvé dans son lit des arbres bitumineux d'un noir d'ébène, et on suppose quç l'ile de Chatou, au-dessous de Pal is, repose sur un amas de grands végétaux arrêtés au milieu du ûeuve \

1. La crne de 9", 04, mentionnée par le P. Cotte, paraît contestable. La plus haute crue bien constatée, celle de 1740, a été de 7'',90. Les progrès de la culture dans le bassin de la Seine diminuent rélévation des crues

S. Ce sont des hêtres, des bouleaux, des saules, desnoisetiera et surtout des chênes. On en a découvert en creu*

âô DESCRIPTION DE LA SURFACE

Avant Montereau, la Seine n'a reçu que l'Aube; après Pontoise, elle ne reçoit que TEure. C'est enti*e ces deux villes que ses principaux affluents lui arrivent : l'Yonne, la Marne et l'Oise, grossie de l'Aisne. C'est enti*e ces deux villes, au-dessous de la Marne qui vient de l'est, au-dessus de l'Oise qui vient du nord, au centre par conséquent du bassiu, que, sur des îles placées au milieu du fleuve, s'est tout naturellement formé un refuge pour les populations primitives, un centre d'attraction pour les premières relations commerciales, une cité eufiu, dont les circonstances lûstoriques ont fait la capitale de la France.

Il semble que la Seiue avance à regret vers la mer; elle^y descend paresseusement, en traçant mille courbes élégantes et gracieuses, qui triplent pour elle Tétendue du chemin. En Normandie, son bassin se resserre entre deux rangées de collines qui la suivent et l'enferment jusqu'à Quillebœuf. Prisonnière capricieuse, elle court sans cesse d'un de ces coteaux

sant Ips fondations de i'Kcole militaire, des ponts de Neuilly et de la Concorde; ils étaient assez bien conservés pour servir encore de bois de cbarpente.

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à l'autre, baignant une rive boisée ou battant le pied d'une falaise escarpée et croulante.

Dans ses eaux se mirent, ici de vieilies lorteresses féodales à demi ruinées, là les charmantes villas de nos modernes seigneurs, les armateurs du Havre ou les manufacturiers de Rouen et de Louviers. Mais à Quillebœuf l'aspect change, la Seine devient immense : ses rives naturelles s écartent de 12 kilomètres. Ce large lit est la couche nuptiale où elle reçoit l'Océan et mêle ses eaux douces aux ondes amères. Du moins, pour Bernardin de Saint- Pierre, né sur ces bords, la marée montante, qui refoule le fleuve de ses flots redoutables et l'oblige à retourner vers sa source, c'est l'amoureux Neptune, qui poursuit la nymphe efii^ayée, l'atteint et l'enveloppe de ses bras puissants. Mais parfois, que de colère dans cet hymen I quelle lutte entre le fleuve et l'Océan 1 Des coques de navires qu'on voyait naguère enfoncées çà et là dans le sable, des mâts qui élevaient au-dessus du fleuve leur téte brisée, révélaient tous les périls de cette passe dangereuse, où se produit un phénomène curieux et terrible, la barre.

Tandis qu^à Tembeuchure de la Seine, la mer, à l'instant du flux, monte par degrés insensibles, on voit, vers Quillebœuf, dans les grandes marées, le premier ûot se précipiter instantanément en une imménsé cataracte, qui forme, dans toute la largeur du ûeuve, une vague roulante haute parfois de 3 mètres*, et suivie d'autres vagues appelées éteulesj qui s'entrechoquent avec une inexprimable violence : c'est le chaos, mais un chaos qui marche et semble vouloir tout envahir. Sous Ténorme pression de cette vague furieuse, le fleuve remonte vers sa source avec la rapidité d'un cheval au galop« Les navires échoués ou arrêtés sur leurs ancres sont en perdition;

1 . La hauteur de la barreyarie ayec l'élévation de la marée ^ du Havre, la direction du vent et l'état des eaux de la Seine. Sa vitesse maxiina est de 22 680 mètres à l'heure. Entre la Meilleraye et Quillehœuf, aucun navire ne reste à quai ou an mouilla^ pendant les fortes marées. Tons appareillent et vont recevoir le flot au point le plus rapproché d'eux où l'aotion de la barre est le plus atténuée. Maintenant les pertes de navires sont rares en cet endroit; elles n'ont plus lieu qu'au-dessous dans la haie de Seine, où les passes sont encore bouleversées parlesgrandes marées. Aussi leur baUsage ezige-t-il des soins oontinuels. Quant aux navires perdus, le service des ponts et chaussées fait aujourd'hui disparaître rapidement les épavds.

les prairies des bords, rongées par le courant,

disparaissent; los bancs de sable du fond sont agités comme les eaux de là surface, et le lit du fleuve se déplace parfois de plusieurs kilomètres, de l'une à l'autre des falaises qui lé dominent. Rien d'étrange comme de voir et d'entendre, par un jour serein, dans le calme le plus complet de la nature, ces flots terribles et mugissants, que soulève et précipite une force invisible et silencieuse, Tattraction universelle, et qui, la passe franchie, retombent et s'apaisent soudain.

Toute cette colère des ûots vient du peu de profondeur du fleuve, et l'on ferait disparaître la barre s'il étût possible de faire disparaître les hauts-fonds. Aussi, d'immenses travaux ont été entrepris vers Quillebœuf, pour rétrécir le courant, le rendre plus rapide, et l'obliger par là à creuser lui-même son lit, à rejeter à poste fixe les bancs de sable mobiles qui étaient Tefiroi des marins. Grâce à ces ouvrages, qui ont été continués jusqu'à la Roque, et qui le seront bientôt jusqu'à la pointe de Berville, les anciennes passes se sont approfondies d'un mètre, et le péril a diminué aux

9i DESCRIPTION DE Là SURFACE

lieux où jadis il était si grand. Mais sll n'est

plus entre les digues, il reste à leur extrémité avec la barre demeurée elle aussi tout autant redoutable. La traverse^ c'est-à-dire les hautsfonds, n'a fait que reculer devant les di^es; si ou les poussait plus loin, il y aurait à craindre qu'elle ne descendit ti op près du Havre, où déjà le régime des courants a changé. Les grands navires, qui . entraient au port une demi-heure avant le plein,, n'osent plus s'y risquer qu'un quart d'heure après.

A toutes les marées de nouvelle et pleine lune, là barre remonte jusqu'à Jùmiéges, même jusqu'à Rouen, avec une vitesse de près de six lieues à l'heure. Un phénomène analogue se produit dans la Gironde et la Dordo— ^'iie. Il y est connu sous le nom de mascaret. Il a lieu également dans beaucoup de jQeuves tributaires de l'Océan, comme la Sevem, l'Amazone et le Gange.

Rouen n'a qu'une marée d'eau douce, mais assez forte pour que des navires de cinq cents tonneaux s'amarrent à ses quais. Cette ciiv constance explique sa fortune, comme elle rend compte de celle de Nantes et de Bor-

deaux. Les négociant du moyen âge mettaient

leurs places de commerce à l'intérieur et non au pourtour des côtes, pour les pouvoir mieux défendi^e des pirates, comme le seigneur plaçait son manoir non. dans la plaine, mais aux flancs des monts.

La Garonne, le Rhône et le Rhin ont leur source hors de noti*e territoire. Aussi, les vallées qu'ils arrosent ont-elles été rattachées les dernières au royaume, l'une en 1371 et en 1433, Tautre en 1481, la troisième en 1648.

Toutes trois conservaient encore, en 1789, des privilèges et une organisation à part, mais les deux premières avaient depuis longtemj)s uiélé leur vie à celle de la France, dont l'action, pendant tout le moyen âp;e, fut principalement dirigée du nord au sud. C'est avec Henri IV et Richelieu (jue nous avons fait face au Rhin.

Si ces provinces, récemn^ent acquises, ont peu contiibué à la formation de la nationalité française, elles la complètent admirahlement, (;ar elles nous font toucher à nos limites véritables. Aussi toute l'activité de la France, refoulée pendant des siècles dans les régions centrales, s'est étendue vers ces extrémités

94 DESCRIl'TION DE LA SURFACE

plus animées, plus brillantes aujourd'hui que ne Tout jamais été nos vieilles provinces. Poi— tiers, Bourges, Sens, Provins, Tours, Bloîs, Chartres^ s'appauvrissent et se meurent en comparaison du Havre, de Bordeaux, de Marseille ^ de Mulhouse et de Strasbourg, dont chaque année la population^ Factivité et la , richesse s'accroissent.

La Garonne ndit sur le versant espagnol et méridional des Pyrénées, dans le val .d'Arau, y court pendant 48 kilomètres, pour entrer en France au Port-du-Hoi, présentant le rare phénomène d*un fleuve né sur le versant d'une chaîne et l'rauchissant la ligue de laite, pour couler sur le versant opposé. A la pointe dite le Bec-d'Amhcz, elle reçoit la Dordogne et perd ou transforme son nom : elle s'appelle la Gironde, et va, 70 kilomèti es plus bas, mourir dans rOcéan, entre les pointes de Grave et de la Couhre, auprès du rocher qui porte la tour et le phare de Cordouan.

La vallée de la Garonne a, des sources de la Neste à celles de la Vézère, 300 kilomètres en largeur. La paroi méridionale de ce grand bassin est formée par lés Pyrénées, qui en-

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voient à la Garonne les eauiL tombées à leur surface, sur une étendue de 140 kilomètres.

Mais la paroi septentrionale , formée par les montagnes d'Auvergne et du Limousin, a une longueur double. Aussi, lui fournissent-elles de si nombreux et puissants tributaires qu'à Bordeaux elle a 7 à 800 mètres de large et, sans la marée, 6 mètres de profondeur, de sorte que 1000 à 1200 navires marchands du plus fort tonnage peuvent y tenir à Faise.

A Blaye, la Gironde est un golfe, au-dessous de Roy an une mer

De ce côté se trouve l'isthme le plus étroit qu'on rencontre sur tout Je continent européen. Les mers du midi de r£urope n'y sont séparées des mers du nord que par lés 400 kilomètres que Ton compte de la tour de Cordouan à Narbonue. Encore cet bthme est-il creusé, sur les deux, tiers de son étendue, par

1. Au-dessous de Macau, la largeur est de 3000 mètres ; à Blaye, 350U ; à Pauillac, 5000 ; à Mortagne, 10 500 ; aux Monnards, 14 000. Mais elle n'est plus que de 5000 mètres à la pointe de Grave. A Toulouse, la Garonne débite, à l'étiage, 80 mètres cubes par seconde; la Seine, k Paris, 00; la Loire, à Orléans, 24; le Rhône, à Lyon, ÂSÛ; la Saône, à Mâcon, 60; le Rhio, à iStrasbourg, 340.

la Garoime, un des plus bcciiix llcuves de France. La nature a donc placé là une admirable ligue de iiavigalioii naturelle. De Toulouse, OÙ la Garonne tourne vers l'Océan jusqu'à l'Aude qui se jette dans la Méditerranée, il n'y a que 80 kilomètres. Mais les monts Corbières y passent; heureusement, c'est pour y mourir. Au coi de Narouze, leur altitude est de 189 mètres. Celle de Toulouse étant de 146, il suffit de s'élever, depuis cette ville, de 43 mètres pour atteindre le col et redescendre à la Méditerranée.

Sans même consulter l'histoire, nous pouvons dii'e hardiment que les hommes, les choses et les idées ont depuis vingt siècles passé par là. Il s'y trouvait, en eifet, au témoignage de Strabon, une des grandes routes du commerce gaulois. Les Romains et, après eux, les Visigoths Tout suivie pour gagner Toulouse, Bordeaux et Poitiers, en tournant l'Auvergne. Les Francs ont refait la même route, mais en sens contraire, pour atteindre Narhonne. Un magnifique ouvrage, monument de la persévérance d'un homme, s'y trouve, le canal du Midi, mieux appelé le canal des Deux-Mers,

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qui aura peut-être à nous rendre d'autres services que ceux qu'il nous a rendus déjà ^ .

Cette belle vallée devait avoir detix grandes villes^ Tune maritime, l'autre agricole et industrielle; car ce phénomène se reproduit sur tous nos. fleuves : le Rhône à Lyon et Marseille; la Loire, Orléans et Nantes; la Seine, Paris et Rouen. Le Havre est de récente origine : ce n'était pas trop de deux ports pour Paris grandissant. Les mêmes causes expliquent ce parallélisme singulier. La vie abondante, dans ces riches hassins, se concentre naturellement en deux points pour répondre au double intérêt que le fleuve dessert : Texploitation de la mer et celle de la terre. Sur la Garonne, ces deux villes s'appellent Rordeaux et Toulouse; la première, qui du milieu de ses landes ne peut regarder que la mer, .n'a jamais eu par elle-même d'influence continentale; la seconde, qui fait songer à Paris par sa position au débouché de plusieurs vallées et

1. Un bâtiment de guerre, une canonnière à vapeur, y a passé. Toulon peut déjà, en quarante-huit heures, envoyer ses marias à Cherbourg; il pourra, si l'essai réussit, envoyer au besoin une partie de sa tloltiiie à Hociietort ou à Brest.

98 DESCRIPTION DE LA bURFAGE

au centre d'un fertile bassin, a eu de brillantes destinées et se croit encore la reine du midi.

La vallée du Rh&ne est plus longue mais

aussi plus étroite. Ce fleuve uait au glacier de la Furca. Dans le Valais^ son bassin n'a par«fois, comme le Valais lui-même, qu^une lieue de largeur, et seulement quelques toises à Saint-Maurice, où le fleuve s'est creusé un étroit passage entre les parois escarpées de deux montagnes hautes de huit à neuf mille pieds. Plus loin s'ouvre l'immense abime que les eaux du Rhône ont rempli, le Léman, le plus beau des lacs de l'Europe. Là, l'espace s^étend, la vallée s'élargit, et les âpres montagnes de la Savoie qui viennent baigner dans le lac jusqu'à une profondeur de 400 mètres leurs ûancs coupés à pic, laissent voir, pardessus leurs cimes noirâtres, l'éclatante blancheur des neiges éternelles du géant des Alpes. Sur l'autre rive se développent les riches plaines et les belles collines du pays de Vaud, semées d'élégantes villas qui semblent les lubriques d'un immense parc anglais, et que domine fièrement le lugubre donjon du cliâ-

D1gitiz€a

teau de Wufleus avec ses quatre tourelles de sinistre mémoire , tandis que les remparts de Chillon desceudent dans le lac même et ont leurs prisons bien au-dessous du niveau des eaux*.

A trois lieues de Genève , au fort FÊcluse,

limite actuelle de la France, le Rhône, comme à Saint-Maurice , traverse une gorge affreuse, où sa proloudeur, à l'époque de la fonte des neiges, est de 60 à 70 pieds. Près de Belles garde, il disparaissait naguère pendant 60 pas, car il s'était frayé dans les basses eaux une route souterraiue, au milieu d'un terrain iria-

l. Je ne dû^i pas, comme tout le monde, que le Rhône traverse le Léman. A 1 00 mètres de son embouchure, je n'ai

plus trouvé trace de courant ni vu ses eaux jaunâtres tachant la verte éinerauJc du lac. Outre le Rhône, 400 ruisseaux ou torrents tombent dans le profond abirae où les eaux se sont accumulées jusqu'à ce qu'elles aient trouvé une écbancrure par où elles s'échappent. Ce point s'est rencontré vers Genève ; c'est par là que le trop plein du lac s'écoule, en formant un nouveau courant auquel on a donné le nom du principal tributaire du Léman, le Rhône. Le Rhin ne traverse pas davantajre le lac de Constance. Il en est de même de tous les cours d'eau qui se jettent dans des lacs profonds et considérables, qui ne sont pas la simple expansion du fleuve sur des rives basses et noyées. Il conviendrait de supprimer une expression vicieuse, qui fait naître dans l'esprit une idée fausse.

100 DESCaiPTm DE LA bUUFAGE

ble, que recouvrait une roche plus résistante. Beaucoup de rivières eu France présentent le même phénomène. L'Eure, FIton , la Rille , la Meuse et bien d'autres coulent sous terre pendant un certain temps.

Le Rhône n'est navigable qu'à partir du Parc, au-dessus de Seyssel. Cependant , plus bas, à Lesault, un banc de roches appelé le Saut du Rhône j et qui a 1000 mètres de longueur, forme encore deux cascades d'un mètre chacune. Heureusement, le fleuve s'est creusé entre ces roches plusieurs sillons qui servent de passes à la navigation , mais ne sont pas sans dangers.

Ce n'est qu'après avoir tourné les dernières pointes du Jura que le bassin du Rhône s'étend enfin des Alpes 'aux Cévennes. Mais l'espace est encore trop étroit pour qu'il prenne l'allure paisible d'un fleuve des plaines. Les hautes montagnes qui l'entourent ne lui envoient que des rivières torrentueuses, et il garde toujours un caractère capricieux et terrible. Depuis Lyon, il fuit vers la mer avec la rapidité d'une flèche : en quinze heures, il arrive à Beaucaire. Ën vain les digues s'amoncellent

DU iSUL FHANÇAlij. lOl

sur ses bords, il les franchit et porte au loin la désolatiou. Qu'un veut du midi passe sur les hautes cimes et y fonde en quelques beurres les neiges de Thiver , ou . que les vents d'ouest arrivent chargés d'une humidité qui, à cette altitude et dans l'atmosphère refroidie par le voisinage des glaciers, se résout en pluies abondantes sur les Alpes déboisées ^ aussitôt, le long de leurs flancs dénudés, se précipitent mille torrents qui entraînent les sables et les rochers, comblent leurs anciens lits, en cherchent de nouveaux et vont grossir les rivières, puis le grand fleuve, de leurs < eaux troublées et impétueuses.

Le limon que le Rhône reçoit ainsi^ il le porte le long de son cours, qu'il sème de nombreux bas-fonds, et jusqu'à la Méditerranée, où il jette, dans les grandes crues, envingt-quati'e heures, 5 millionsde niètrescubesde matières terreuses. Ainsi s'est comblée l'immense embouchure que la nature, aux premiers âges du monde, lui avait formée, alors que tout l'espace qui s'étend d'Arles à la mer n'était qu'un vaste golfe. A un kilomètre au-dessus d'Arles , il se divise en deux bras. Ceux-ci. donnent naissance à

plusieurs autres qui, comme ceux du Nil, ont

souvent changé de position et de nombre Aujourd'hui il en reste deux y dont uo seul est navigable et se porte de plus en plus vers l'est; encore est-il fermé par une barre qui, année moyenne, avance de 50 ou 60 mètres vers le, sud, et dont le sommet n'était encore naguère qu'à quelques décimètres au-dessous des eaux. Cette barre s'entr'ouvrait çà et là pour former des passes qui changeaient incessamment sous l'impulsion des vents du large ou des crues du fleuve; de sorte que les navires attendaient

1 . Le Sylvéréal est à sec, le Japon ou Bras-de-fer où passait encore, en 1711, la plus grande masse des eaux, n'est plus qu'un canal d'irrigatioii. Le petit Rhône, qui passe à Saint-Gilles et aux Saintes-Mariés, et qui était anciennement le bras principal, n'est plus qu'un vaste fossé. Le grand Rliône , qui coule à l'est, entraîne les quatre cinquièmes des eaux du fleuve; il entre à la mer par deux embouchures, celle de l'Est et celle de Roustan. Huit mariziB étaient occupës naguère à sonder chaque jour ces passes mobiles. Vauban déclarait les bouches du Rhône incortigibletet elles le sont. Mais on reprend l'ouvrage de Marius, en creusant un canal entre le bas Rhône et la Méditerranée. Ce canal s'ouvre près de là tour Saint-Louis, bfttie en 1737, à 2000 mètres de la mer, et qni en est aujourd'hui à 7200) et débouche dans T-anse de Fos, en face du port de Bouc, où l'esoadre anglaise a plus d'une fois . hiverné dans nos grandes guerres.

DÛ SOL FRANÇAIS. loa

quelquefois des semaines entières, à la Tour Saint-Nicolas, un instant 'favorable pour franchir la barre. Un jour sur quatre, le passage était impossible. Aussi, le grand port de la vallée du Rhône n'esi-il pas sur le fleuve même, mais à 50 kilomètres vers Test, à Marseille.

D'importants travaux, récemment exécutés, ont enfin permis d'avoir, d'une manière à peu près permanente, 4 mètres d'eau sur la passe, ; mais ce n'est pas assez pour que la grande navigation remonte jusqu'à Arles. Elle pourra y venir quand le canal de Saint-Louis sera achevé.

Dans^ cette partie de son cours, la vitesse

impétueuse du Rhône est bien tombée, et dans les temps ordinaires, il y roule lentement ses eaux; aussi peut-on le remonter à la voile jusqu'à Beaucaire. Au-dessus de cette ville , il n'est plus possible de vaincre le courant que par le secours du halage ou des remorqueurs à vapeur, service pénible et lent, à cause des .vents du nord qui soufflent parfois avec une extrême violence et de la vuxiation dans la hauteur des fonds.

Le Rhône ne reçoit des Cévennes que d'in-

siguifiants cours d'eau. Mais les Alpes lui euvoient la Durance et l'Isère. Encaissée, à son origiuc, entre de hautes montagnes, la Durance n'est, malgré ses 320 kilomètres de cours, qu'un torrent gigantesque , capricieux et dévastateur. Les rochers, les sables qu'elle entraine, la rapidité <le son cours, ses changements soudains la rendent impropre à la navigation. Il n'y a pas d'aspect plus (l(''solé que celui de son large lit, sans bords arrêtés, partout semé de rocs énormes et d'uue grève ai'ide, ou coupé d'iles sans fin. C'est, disaii-on autrefois, un des deux fléaux de la Provence; je ne veux point , par respect pour nos parlements , dire quel était l'autre. Cepiiiidant, la Durance n'apporte point des montagnes qu'un gravier stérile; ses eaux limoneuses fertilisent souvent les terres. D'ailleurs, sous cet ardent soleil du midi, où l'eau est le premier besoin de l'agriculture , les fleuves sont tour à tour bienfaisants et terribles. C'est dans le bassin de la Durance que se sont élevées toutes les cités gauloises qui ne se sont pas assises au bord de la mer ou du Uhône : Briauçou, Embrun, Gap,

Sisteroii, Digne, Seiiez et Forcalqiiier. Trois autres cités provençales : Aix^ Draguigoan et' Grasse soiil de fondation romaine. Arles et Marseille sont plus vieilles encore, d'origine grecque , la dernière , brûlée entre les roches calcaires par un soleil torride, s'enveloppe au* jourd^hùi de verdure et de fleurs. Un aqueduc de 1 60 kilomètres de longueur qui, à Roquefavour, passe au-dessus d'une vallée, à 83 mètres d'élévation, vient prendre à la Durauce Teau dont Marseille inonde ses rues, ses jardins et ses promenades.

L'Isère passe à Grenoble; ses débordements moins fréquents que ceux de la ûurance , ont été parfois plus tenîbles.

Un liumbie afÛueut du Rhône nait en un Heu célèbre, à Vauduse , la fontaine de Laure et de Pétrarque. La source sort d'un goulTre qui s'ouvre au pied d'une falaise à pic, énorme masse de rochers rougeàtres. A l'époque de la fonte des neiges, les eaux s'élancent avec une telle force, qu'elles débitent, à l'étiage, 1 3 mètres cubes par secondé. Peu à peu, cette onde impétueuse s'apaise, à mesure que la nature sauvage qui l'entoure s'adoucit, et elle s'étend

en une belle nappe transparente et bleue, qui court et se divise au milieu d'une fraiche et riante vallée : on l'appelle les Sorgues. Des platanes, des ormeaux, des grenadiers aux fleurs éclatantes, et Taiibépine à la douce senteur ombragent uu sentier de poètes qui des- . cend à la grande cité des papes, à la ville, bruyante et joyeuse, pour les jours où il fait boa voir la foule et s y perdre, mais qui re- monte aussi vers le site sauvage, pour ceux où Ton veut être seul ou deux. C'est là que Pétrarque se retira pour rêver, et qu'il chanta en caiaones immortels ses deux amours sans espoir, Laure et l'Italie. Non loin de là, sur un pic qui domine ce vallon alpestre, se voient encore les ruines d'un ancien château fort des évôques de Cavaillon. Pétrarque y vint souvent visiter le cardinal de Cabassol et lui montrer toutes les blessures de son âme.

Cette poétique rivière est aussi une des plus utiles. Ses mille dérivations arrosent la plaine du Coratat qui aurait la fécondité de la Lombardie si ses eaux étaient moins crues et charriaient un limon fertile.

Ne donnez pas d'autres affluents au Rbône„

et il pourra être, en arrière des Alpes, une

boûue Ugiie militaire, il ne sera pas uii grand fleuve commereial et politique; Mais par la Saône, son bassin s'ouvre vers la Bourgogne et la Cliampagne , et par elle arriyent dans les provinces qu'il traverse, les produits et les idées de la vieille France, a La SaAne, dit un ancien écrivain, coule avec une lentitude admirable et tant paresseuse jusqu'à Lyon, où le Rhône la charge et, fuyant à course perdue, l'emporte à la mer. » Au-dessous de Gray, jelle a déjà 90 mèti es de largeui', mais si peu d'eau qu*on y trouve trois gués.

Le Doubs, au contraire, son principal tributaire , la rivière sombre conmie les Gaulois l'appelaient, est profond et dangereux. La disposition des chaînons du Jura en lignes parallèles explique la singularité de son cours, qui ne trace pas^ comme celui de la Seine, des courbes gracieuses, mais des angles aigus, car il change deux ou trois fois sa direction du sud au nord, pour prendre la direction contraire.

Un autre des affluents de la Saoïie, rOignon, est comme elle : « Douce et lente en sa descente, courant par pays ^as, prairies herbues.

terres fertiles, collines vineuses. » Mais que

de grandes pluies siu'vienneut ^ et la Saoïie montera plus haut qu'aucune autre rivière de France. Ou l'a vue à O^'j^O au-dessous du zéro de son échelle, et eu novembre 1840, à S'^ySS •au-dessus, ce qui fait uu parcours total de près de 9 mètres. La Garonne seule a des cliau{.»;emeuts de niveau plus cousidérables. Eu 1840, elle est* montée, à Langon, jusqu'à IS^Jk giaro, il est vrai, à un resserrement notable du lit en cet endroit, car à Agen la crue n'était, le même jour, que de 9'",37.

Malgré son cours paresseux dans un Ut mal encaissé, et ses violences soudaines, la Saône, on vient de le voir, est une des grandes artères du pays, et comme le lien du sud-est avec le nord. Réunie au Rhône, elle forme une ligne navigable de 150 lieues. Aussi que de villes sur ses rives ! C'est à son confluent avec le Rhône que se trouve, après Paiis, la plus grande agglomération d'hommes qu'ait la France : Lyon.

Le Rhdne descend de très-hautes montagnes et coule dans une des vallées les plus longues et les plus profondément encaissées de TËu-

rope. Se$ crues devraient donc être formidables, et elles comproiaettraieut certainement l'existence de Lyon, si le Léman ne lui servait de régulateur. Quelle gue soit la masse des eaux qu'il apporte du Valais, le niveau dé Fimmense bassin n'en change pas, et il y a peu de diffé-* rence dans la quantité d'eau qui passe sous les ponts de Genève, Aussi la grande crue de 1840 ne s'est élevée, à Lyon, que de 5"',54 sur l'étiage, tandis que dans le bas de la vallée elle atteignait, à Avignon, 8'°,30*. Il est à regretter ({ue la Loire n'ait pas un modérateur analogue. Des ingénieurs n'ont pas craint de songer à lui donner ce que la natui'e lui a refusé. On a proposé d'établir dans sa vallée supérieure des LaiTages qui régulariseraient son cours, et serviraient à la fois à prévenir ses crues subites en retenant les eaux, son appauvrissement estival en ouvrant à propos leurs écluses.

C'est la pensée gigantesque de créer, au milieu de la France, un lac de Genève*.

1. Les 19/20" des crnea du Rhône fwiit an-deesotiB de 5"*, 50. La plus haute crue, à Lyon, celle de 1755, n'a été que de <J*,80.

2. Cette proposition, £iite par M. le commandant Roiet, pour nos fleuves de France, a été pr^seat^, il y a quinze

Le Rhin et le Rhône ont un cours symétrique. Nés tous deux sur les ûancs opposés du Sàint-Gothard; ils s^éloignent rapidement l'un de l'autre y le premier, dans la direction du nord y le jsecond, dans celle de l'ouest. Vers RregenZy le Rhin rencontre les Alpes de la Souabe qui le jettent dans le lac de Constance^ comme les Alpes de la Savoie jettent le Rhône dans le lac de Genève. Arrêtés par le Jura, ils en toux'ueut la double extrémité, mais pour toniber sur les Cévennes et les Vosges qui les forcent à se diriger définitivement Tun vers la Méditerranée, l'autre vers la mer du Nord.

Moins torrentueux, moins rapide, le Rhin fait de plus longs détours. Du Saint-Gothard à Râle, où il arrive grossi de l'Aar qni double son volume en lui apportant toutes les eàux de la Suisse, il serait déjà naviguable sur une grande étendue, sans ses rapides et ses chutes,

à Schaifhouse et à Laufeu. De Râle jusque vers

ans, par un célèbre ingénieur américain, M. Ellet, pour TAUeghany et la Monongahela, forment le cours supé-rieur de TOhio/ rivière capricieuse^ dont le niveau avarié, en une seule année, de 20 mètres. C'est d'ailleii.rs ce qu'on pratique Sur une petite échelle en Espagne et même dans l'Algérie.

DU SOL FBÂI^QAIS. 411

Mayeuce, son lit est encore embarrassé d'iles nombreuses. Mais plus loin, la beauté des sites, la multitude des villes qui baignent leur pied dans ses flots, la richesse des cultures, à côté de rochers arides et sévères, les ruines féodales dont sont couvertes toutes les cimes de THundsruck, de l'Eifel et du Westerwald, eniin l'aspect du fleuve tour à tour sauvage et terrible, gracieux et grandiose, rendent cette vallée une des plus belles de TEurope. Âu delà de Cologne, le Rhin s'écoule lentement vers Dusseldorf et la Hollande. Malgré la masse considérable; de ses eaux, il arrive, comme le Rhône, humblement à la mer. Comme lui, il se divise en plusieurs bras, le Wahal et le Lech, qui se réunissent à là Meuse, l'Yssel et le Vecht, qui se rendent dans leZuyderzée. Appauvri par toutes ces pertes, le Rhin véritable, le bras du moins qui porte ce nom et par lequel, du temps de Tacite, s'écoulait la plus grande masse des eaux, n'a plus à Leyde, après uu coui's de 1S50 kilomètres, que la largeur d'un grand fossé, et il disparaissait naguère dans les sables, avant d'atteindre l'Océan. 11 a fallu lui ouvrir une issue à travers les dunes et y placer une

écluse pour empêcher les relais de mer de la fermer. Heureusemeat le Waal. et le Lech le mettent en communication avec la vaste embouchure de la Meuse y et il s'ouvre par là à la grande navigation.

Sa largeur^ euti^e Sti'asbourg et Kehl, est de 365 mètres, à Mayence et à Colore de 500.

Sa profondeur, dans le thalweg % de Brisach ^ Strasbourg, de l",!? à 4 mètres; ses crues de 3 à 4 mèti es. A partir de Baie, iiu'y avait plus que des ponts volants ou des ponts de bateaux. La France vient d'eu reconstruire un en face de KehP, et l'Allemagne deux autres, à Mayence et à Cologne.

Tel est notre système hydrograpbitjue : cinq grands fleuves courant vers tous les points de Thorizon, et, ce qui vaut encore mieux, faciles à relier entre eux.

1. TkalweQy route de la vallée. On nomme ainsi la ligne qui passe par la partie la pins profonde d'un fleuve, et od. se tient le grand courant. Quand un fleuve baigne deux Etats difiérents, le thakoeg marque la limite. A Bflk, le Rhin a monté j usqu'à 6"j75 au-dessus de Tétiage, et au-dessous de Strasbou]^, dans un étranglement du lit, à 7*',08.

S. Les sondages exécutés pour le pont de Sehl ont été poussés jusqu'à 80 mètres^ et n'ont toujours rencontré que le même gravier, celui que le Rhin chartie encore.

La chaîne céveuuo-vosgienne n'est pas, eu éflfet, assez élevée pour intercepter les communications. Au midi, elle laisse passer le canal des Deux-Mers; au centre, ceux du Charolais et de Bourgogne; au nord, celui de la Marne au Rhin. Les ramifications dont elle couvre la France ont présenté encore moins d'ohstacles. La Seine a pu être rattachée à la Loire par les canaux d'Orléans, de Briare et du Nivernais; à TËscaut, par ceux de Saint-Quentin et de la Somme ; à la Meuse, par ceux de la Sambre et des Ardennes; à la Saône et au Rhône, par le canal île Bourgogne. Elle touclie au Rhin par celui de Yitry à Strasbourg. Le bassin de la Loire a pu communiquer avec le Rlnme par le canal du Centre*; le Rhône avec le Rhin par le cimai de l'Est, avec la Garonne par le canal de Beaucaire et celui du Midi. Il n'y aurait même pas de grave difficulté à vaincre pour réunir la

1 . Dans le Charolais et le Lyonnais, la distance de la Loire an Rhône n'est que de S4 à 3S kilomètres. Saînt-Étîenne est au point où les deux -fleuves sont le plus rapprochés. Cette position et ses mines de houille expliquent sa rapide prospérité. Le bief de partage, ou point culminant snr le canal du Rhône au Rhin, à Béfort, n'est qu'à 348 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Marne et la Meuse à la Saône à travers le plateau de Langre9 que Néron voulait couper; et

si la Garonne et la Loire restent encore isolées, Tune par rapport à l'autre, c'est que la mer sert de canal entre Nantes et Bordeaux.

La F^ce est orientée dans le sens de Téquateur et des méridiens. Sa frontière, de Bayonne à Antibes, court dans la direction des parallèles, et si la Bretagne, dont la position est exceutriquey était jetée dans la Blanche, entre la poiute de Barflejnr et le cap GrLs-Nez, sa limite septentrionale serait aussi pavaUèle à i'équateur. Ses grands cùtés, formés à Test par les Alpes, le iura et le Rhin, à Fouest pas le littoral du ^olfe de Gascogne et celui du Cotentia, qui seraient réunis si les vagues montaient seulement de 100 mètres derrière SaintrMaio, suivent presque exactement deux méridiens. Les grandes routes intérieures oi\\. même direction. De sorte qu'en traçant sur une carte de France un carré dont les côtés viendriG^ei^t abputif 4 pes quatr^e points : .Cae/a, Bordeaux, MarseiUe, Dnnkerque, et qui aurait pojor 4ie^nale deux lignes tirées de Af arseille au Havre et de Bordeaux i Strasbourg, on

aurait txacé les grax^ies ligues dépression du sol français, celles que suivent les grandes routes, les ciieiuins de fer et les canaux projetés ou déjà en exploitation.

De Bordeaux à Marseille et de MarsieiUe à Dunkerque et au Havre, la voie navigable est complète. £ile l'est aussi du Hayre à S|xa3bourg; elle poinrait Tètre aisément de Caen à Bordeaux. Pour relier Bordeaux à Strasbourg, il ne resterjBÛt qu'à franchir le laite qui sépare les bassins de la Dordogue et de l'Allier, puisque la Loire communique déjà av^c la Saône, et celle-ci avec le Rhiu.

Regardons de prèj» à ces questions, malgré leur matérialisme apparent, car l'explicatiuii d'une partie 4es faits de l'histoire est là. Ges échaucrures de montagues, ces dépf .e&sions du sol, ouvrent en e&t les seules voies naturelles que les hommçs aient longtemps suivies. iC'est par elles qu'ont passé les guerres, Ib commerce, les idées, toute la vie eniin des nations qui, pour Eaciliter l'éternel voyage, ont semé leur route de villes populeuses. Ain^, le§ fée,s du Morbihan descendaient, eu filant, du haiU 4^ leurs montagnes, et de leur tablief s'échap-

paient les rocs éuoriiies que le voyageur étonné rencontre le long des chemins. A Tentrée, à l'issue, au centre de ces voies naturelles, principalement sur le bord des fleuves^ ces chemins qui marchent tout seuls, disait Pascal, de grandes cités se sont assises comme autant detapes pour les marcliauds et les armées, comme autant de foyers lumineux pour la civilisation qui a rayonné autour d'elles.

Les grandes lignes de dépression du sol ont donc été les grandes ligues de communications et de peuplement, j'ajouterai encore les grandes voies de l'unité et de la nationalité françaises. C'est dans ces directions que le midi, au temps de Rome, a agi sur le nord, et que le nord, sous les fils de Clovis et de Pépin dHéristal, sous Philippe Auguste et saint Louis, sous Louis XI et Richelieu, a réagi à son tour sur le midi, qu'il s'est assimilé. Supposez de hautes montagnes entre chacun de nos grands ûeuves, et la France sera l'Espagne ou Htalie; je veux dire que les habitants de chaque bassin auraient bien plus longtemps formé des nations particulières.

Le peuplement est rapide dans les vallées

riches comme le sont les nôtres, et ce que Napoléon disait que de Paris au Havre il n'y avait qu'une ville, dont la Seine était la grande rue, on peut le dire de la Loire, de la Garonne, de la Saône et du Rhône. Mais, dans les bassins hermétiquement fermés, la vie est exclusive, le patriotisme local. La moins ouverte de nos grandes vallées, celle de la Garonne, a été aussi celle dont la population a le plus énergiquement résisté à l'influence centrale. Parfois encore Toulouse frémit au souvenir de la défaite qui la subordonna à Paris, et il n'y a pas longtemps que Bordeaux se plaignait, avec tout le midi, d'être sacrifié aux provinces du nord.

La Loire et la Seine, au contraire, qui ont entre elles tant de communication» faciles, ont pres(jut' toujours coulé sous les mômes lois. Paris et Orléans étaient les deux villes patrimoniales de nos rois, et la première acquisition de la royauté renaissante fut Bourges. Trois siècles plus tard, Charles VII, cliassé de Paris, s'y réfugia. Les Valois semblent même hésiter entre les deux fleuves. Leurs somptueux châteaux sont à Fouttdnebleau et à Amboise, à Saint-Germain et à Chauibord. Blois et Tours

118 LA SURPAGË DU SDL mNQAIS.

fitrënt ^juelqne tempis les capitales de Henri III

et de Henri IV. Presque toujours àuâst, lé Saône a été dans la dépendance de la Seine.

Les BurgOiideé payèrent, avant tes Visigothsd^ TOttiouse> tribut à Cldvis^ et la Bourgogne n'etit présqàe jatnais que dés ddcâ capétieiis; Dèé rannée 1310, Philippe IV mettait la main sut tyoti ; en 1349> Philippe Vl achetait GrénoWfe et Montpellier, et les Anglais étaient encore à Bordeànx un slèble plus tard I

Une des grandes causes de Tunité phf si4}Ue et, pair stdte, de l'unité ihoralè de la Pi*ânbe èSt assurément dans cette facilité de communicatiods entré les divers bassliis; Ils descendent à toutes les mers; mais ils sont facilement reliés entre eua. Il y a unité dàns la variété; c'était la îneilleure condition pour le développement d'une grande société et d'une civilisation puissante.

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