‹ Introduction generale a l'histoire de FranceChapitre 5 sur 10 · I01ITAONB4 ET FRONTIERES DE TERRE ET DE ICBR · texte numérisé non relu

I01ITAONB4 ET FRONTIERES DE TERRE ET DE ICBR

La France est une ; elle serait d'autant plus vulnérable si elle n'était pas bien gardée. Car plus l'organisme est parfait, et plus dangereux sont pour lui les chocs extérieurs. Heureusement, la nature nous a donné de formidables barrières: au sud les Pyrénées, à l'est les Alpes et le Jura.

La longueur des Pyrénées françaises est de 40 myriamètres, et leur épaisseur, vers le centre, de 12. £lies ont, comme les Alpes et comme toutes les montagnes dirigées dans le sens de l'équateur, leur pente au nord et leur

escarpement au midi. Aussi, sur ces deux firon-

tières, la France a plus souvent fait Tinvasion qu'elle ne Ta subie. Annibal, Sertorius, les Arabes et les Aragohais de don Pèdre sont passés d'Ëspagne en Fk*ance, mais le premier seul avec succès, encore avait-il d'avance les Gaulois pour alliés. En 1814, Wellington, qui pénétrait par le côté le plus faible, n'est arrivé jusqu'à Toulouse que parce que la France était occupée ailleurs. Quant aux Anglais du moyen âge, c'est de Bordeaux, où leurs Hottes les amenaient, et non d'ëspagne, qu'ils partirent pour aller prendre le roi Jean à Poitiers. Les Gâulots^ lei Romains; Pompée, César^ les Visigotbs^ les Francs, Gharlemagne, Pbilippe III^ Ihiguesclin^ les armées de Louis XIII et de Napoléon ont^ au contraire victorieusement fràttchi les Pyréùées.

Les montagnes granitiques s'élancent dans la nue en pointes aiguës. Elles peuvent dtre très-élevées, saiis que le corps de la moiitagne qui les porte le soit beaucoup; Ainsi, les Alfftës laissent toujours entre leurs pics les plus menants des gorges profrade»^ par où les deux versants communiquent. Combien de fois ne

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së sént pas méléés l'histeirè, les idées^ les

espérances de la France et dè l'Italie, deiix soeurs s'il y eii eut jamais parmi les natÎQfni^. Les montagnes calcaires sont couronnées^ au contraire, p«t de larges plateaux^ dans les^ quels il n'y a pas de brèches nombreuses; telles sont les Pyrénées^ qui, par l'égale hauteur où se maintient leur ligne de iaite,^ environ 2700 mètres; ressemblent à une longue muraille rarement interrompue pur d'étroites oùvèHures. Aussi ferment-elles presqtié hermétiquement la France.

Du cap de Creus à la vaUée d'Aràn^ on compte bien 75 cols, ports ou passages. Mais, sur ce nombre, 7 seulement sont |>raticables aux voitures et 28 aux mulets. Ces cols sont méme> en général, plus élevés et par conséquent plus dangereux que ceux des Alpes.

Ainsi, la Brèche de Roland et les ports* d'Oo et de Clarabide, qui mesurent 9246 pieds, ont une altitude plus grande que les passages de ia Furca, du Salut-Bémard^ du Sèdnt- Gothard, du mont Cenis et du Brenuer. « Dans

1. Les passages, dans lus PyréiSees, ont le nom de poru, cùtxmd beaucoup de cours d'eau celui de gave^

les tourmentes^ disent les gens du pays^ le fils

n'y attend pas le père. »

La Brèche de Roland est célèbre dans les poésies du moyeu âge ; elle l'est encore par les touristes modernes, parce qu'elle se trouve sur le cirque majestueux de Gavaruie, muraille de rochers qui se creuse en un amphithéàti'e colossal, à plusieurs étages de gradins, comme pour un peuple de géants. 11 a 400 mètres de haut et 3000 de tour. La crête est ébréchée en un point; elle s'ouvre de 40 mètres : c'est le paladiu qui lui lit cette blessure d'un coup de sa durandal. On arrive à la brèche par un plan incliné de glace, et on est là sur la limite, des deux mondes. Au midi poudroient, sous le soleil, les plaines de TEspagne. qui descendent vers Saragosse; au nord, le regard s'étend jusqu'à Toulouse. Parfois dans la nue plane un aigle royal, mais tout autour règne un silence de mort.

La hauteur moyenne des Pyrénées est de 2800 mètres, ou de 100 mètres au-dessus de la limite des neiges perpétuelles. C'est dire qu'elles sont inabordables aux armées, lesquelles ne peuvcut opérer qu'à l'ouest ou à

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Test, en deux points où les nécessités géographiques ont fait créer deux fortes villes, Bayonne et Perpignan, les deux portes de la France sur FEspagne.

Là où il n'y a point de routes pour les armées, il y en a peu pour le commerce et pour les idées. Berlin, \ arsovie, même Saint— Pétersbourg sont plus près de nous, malgré l'éloignement, que ne l'étaient naguère Saragosse, Madrid oa Grenade, qu'il semble que nous puissions voir du haut de nos Pyrénées.

C'est que la France n'a pas eu toujours pour la libre expansion de son influence par delà ces monts les deux provinces où les Pyrénées s'abaissent. £lle n'est que depuis deux siècles aux bords du Tech; et c'est Henri IV qui lui a donné la Navarre. Au moyen âge, un même peuple, les Gascons ou Basques, cantonnés, comme en un fort inaccessible, dans le nœud de montagnes inextricables d'où i'Ebre descend, tenait tout ie pays depuis ce fleuve jusqu'à la Garonne, et y resta longtemps indépendant des maitres de la France, aussi bien que de ceux de l'Espagne.

A l'autre extrémité, par où ie^ vieilles populations ibériennes avaient déjà débordé sur la Gaule, les Yisigoths et les Arabes, refoulés par Clovis et Charles Martel de Fintérieur du royaume sur le bas Languedoc et le Roussil- . Ion, gardèrent cette portç de la France. Les Curloviugieus la reprireut. Mais leurs fidèles, les comtes de Barcelone, s'approprièrent ce qu'ou leur avait confié. Devenus rois d'Aragon, seigneurs de Montpellier, comtes de Roussiilon et de Cerdagiie, ils s'unirent aux maisons féodales du Languedoc et des Pyrénées et furent comme les suzerains de tous ces brillants seigneurs du midi. Alors, de ce côté» il n'y eut plus de Pyrénées. Des bords de TÈbre à ceux de la Garonne, les troubadours allèrent chantant les mûmes canzo/ies, dans leur idiome mélodieux et sonore. Aragonais, Catalans, gens de la langue d'Oc, tous s'entendaient. De Toulouse à Béziers, de Jacca à Barcelone, c'était partout la parole brillante, les mœurs faciles et la croyance légère d« don Pèdre ou du comte Raymond. L'armée sortie de l'Ile-de- France avec Simon de Montfort tua cett« France espagnole. Louis XI et plus tard Ricby-

lieu avancèreut jusc^uau CauigoUv Nous y sommes encore : mais notre langue y est à

peine.

Nous étions arrivés plus vite sur l'Adour, à

la suite des Auglais. Pour fermer ces deux trouées^ Vauban fortifia Bayonne et Perpignan j l'une qu'on pourra tourner epcore, comme Wellington le fit en 181 4, parce que derrière elle les deux rev^ers de la grande chaîne appartiennent à TËspa^e ; Tau^ qui barre absolument la route, et que les Espagnols attaquèrent vainement en 17d3. Le Roussillon, d'ailleurs, n'est pas un pays favorable aux grandes armées. « On en est chassé par les armes, si Ton est en petit nombre, par la faim si Ton est en force. » Ces mots du cardind Dubellay à François I ' sont toujours vraiSy surtout quand une sécheresse prolongée, le fléau de cette province, a tari ies sources et suspendu la végétation. Durant onze mois, cette année, on n'y a pas vu pieu— ]r<nr une fois. Aussi avec quelle ardeuf les habitants, ^léritiers de l'industrie arabe, saventils ménager les eaux que les montagnes leur . envoient 4u^Ant la foule des neiges. Pas une

goutte n'est perdue : ils ne laissent arriver à la mer de Teaii des torrents que ce que leurs champs n'ont pu boire. Certaines parties du Roussiilon valent la Huerta de Va^ lence.

Jamais Tinvasion n'a été tentée et ne pourra

TcMn» par les deux routes ù la l'ois de Bayouue et de Perpignan. Car les montagnes franchies^ il rest('rait aux armées envahissantes Tinsur— montabie difficulté de se relier Tune à l'autre, et de couibiiier leurs mouvements à travers plus de 80 lieues d'un pays où ne se trouve aucune j^raude valh?e lougitutliuaie, c'est-àdire parallèle à la chaîne. La Garonne et le canal des Deux Mers forment en outre comme un large fossé, en arrière des Pyrénées et en avant d'une autre forteresse, les mamelons de l'Auvergne, du Limousin et du Pé*.

rigord.

Les contreforts des Pyréné^ se détachent du faite à angle droit, puis s'infléchissent peu à peu vers Test ou vers l'ouest, de manièi^e à former de grandes vallées divergentes qui débouchent sur le golfe de Gascogne et sur la Méditerranée. Le point où ce changement de

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direction commence est au . pic de Corlitte, d*où partent les monts Corbières. A Fest descendent à la Méditerranée le Tech, la Teta et FAude. A Touest TAriégc, le Salât, la Neste, le Gers et la Baise vont à la Garonne, qui les mène à rOcéan. La Midouze, le Gave de Pàii, le Céson et la Nive vont avec l'Adour au fond du golfe de Gascogne. Un contre-fort qui s'échappe du MontrPerdu et qui court, quoique à peine sensible, jusqu'à la pointe de Grave, sépare le bassin de la Garonne de celui de FAdour, et le pays des landes, où Fon ne trouve que pauvres cités, de la riche vallée où les villes se comptent comme ailleurs les villages.

Toutes ces vallées ont pourtant chacune plusieurs villes qui marquent comme les diiférents étages du sol. Dax, Mont-de-Harsan, Auch, Lombez, Muret, Pamiers, Limoux se sont assis dans la plaine. Pau, au débouché de la charmante vallée d'Ossau, (jiie domine majestueusement le pic du Midi d'Ossau, a déjà • 205 mètres d altitude. Tarbes (302), Saint- Gaudens, SaininGirons (411), Prades (340),

Géret (97), sont à l'eulréc des moutugues et

comme à la première étape; Saint-Jean-Piedde-Pôrt(i66), Maiiléon, Oleron (307), Argelès (470), Lourdes (471), les deux Baguères (556 et 614), Mont-Louis (1 588) et Prats de Molle, à la seconde; à la troisième, il n'y a plus que les villes, et au-dessus les sentiers des contrebaudiers, ou les passes impraticables des chasseurs* d'ours et d'isards.

C'est derrière Bagnères de Lucbon que s'ouvre le port de Yenasque , par où l'on peut , de France , attaquer la Maladetta, le géant qui domine toute la chdne des Pyrénées.

Je viens de nommer la vallée d'Ossau. Kien n*est charmant comme ce vert et frais pays.

Les grandes montagnes s'écartent pour un moment, et les collines mamelonnées descendent jusqu'à la petite plaine que le Gave arrose de ses eaux limpides. Sur les collines s'étendent de gras pâturages émaillés de belles vaches, qui vous regardent passer de leur œil tranquille et doux. La plus forte ou la plus sage porte au cou une clochette qui conduit tout le troupeau, et dont les sous aigentius jettent mille vagues harmonies dans cette

calme uature. Au-dessus des pâturages ^ là sombre verdure des pins et les roches qui perçeiit çà et là dans le ciel; vers le soir, des bandes de vautours^ qui cherchent leur proie et tracent au-dessus des herbages et des parcs leurs cercles magiques; enfin, au fond de la vallée, au dernier plan, le pic du Midi d'Ossau, géant qui semble se dresser pour regarder à plaisir le beau pays étendu à ses pieds. Dès ia fin d'août, sa tète se cache sous la neige.

Un autre spectacle est celui que donne la

belle race d'hommes qui a grandi dans cet air saiubre. L'œil vif, le nez au vent, l'air spirituel et résolu, ils semblent être la vraie postérité de V Henri IV, ce roi qui fut, à plus d'un titre,

.... de ses sujets, le vainqueur et le p^e.

non le gros Henri IV de la statue équestre du Pont-Neuf, mais celui de Rubens, dans la galerie de Marie de Médicis, grand, svelte et hardi. La main sur la hanche, la veste rouge sur l'épaule, le béret de côté et la jambe couverte de légères espardilles, ils reviennent des champs comme des mousquetaires de la ba-

taille : ou iie peut voir cauipaguaids moius paysans'.

L'extrémité uiéridiouale de la vallée d'Os-sau touche à la vallée espagnole de Canfran.

Une croix y marquait la limite des deux royaumes. Autrefois, Espagnols et Français se reudaieut à ce lieu chaque auuée, le 1*' août, avant l'aurore, pour renouveler le traité des frontières. Dès que le soleil se montrait, les jurats des deux communes croisaient leurs piques saus mot dire, puis se mettaient à genoux en silence* La prière terminée, ils se relevaient et s'embrassaient au cri de Patz avant. On allumait des feux de joie sur. les hauteurs' voisines; la danse mêlait les deux peuples; les gens d'Ossau avaient apporté des jambous de Béam, ceux de Canfran des vins de

1. Je counds leur vallée dans une voiture, car c'était le temps où l'on voyageait encore; aujourd'hui on arrive. A un certain endroit de la route, la voiture s'arrête, le pos^ tiUon santé à terre, et une jeune fille prend sa place. Une autre était sur la route ; elle attendait son fiancé, notre guide, et revint lentement au village, tandis que l'amie bienveillante nons lançait au galop sur la route poudreuse. Le vert gaUmt n'a-t^il pas bien des fois aussi fait l'amour en courant et planté là les affaires de la France pour quelque heureuse aventure ?

Navarre, et le festin scellait Tamitié renouvelée.

Les pays mouiagueux ont une richesse qu^on appréciait peu autrefois ^ qui est fort recherchée aujourd'hui : leurs sites pittoresques \ Cependant, les Pyrénées furent de tout temps très-visitées, parce qu'à part leur beauté, elles avaient leur mérite; je veux parler des sources thermales, fréquentées depuis des siècles. Les £aux-Boimes, qu'au seizième siècle on appelait le» Eaus> d^arquebusades, et les Ëaux-Chaudes sont au pied du pic du Midi d'Ossau, dans un site sauvait . De plus renommées se trouvent au sud-ouest du pic du Midi

1. Le goût des voyages dans les montagnes, comme celui • des voyages au bord de la mer, est tout moderne. Il est né de la sécurité. Chateaubriand, qui a tant couru le monde, neTavaitpas encore. Les Alpes de la Suisse le laissèrent insensible et froid ; il knr préférait, et il à osé le dire, la plaine de Montrouge ; Lamennais moins encore, son coin du feu. Le premier ne yit dans l'Auvergne que les souvenirs du passé, et au lieu d'un tableau des beautés naturelles, traça un récit d'histoire. Ghamounix, la vallée incomparable, fut comme découverte par deux Anglais en 1 74 1 . Aujourd'hui, il n'y a personne pouvant disposer de trois semaines et de trois cents écus qui n'aille parcourir quelque coin des Alpes ou des Pyrénées, au grand profit de son esprit et de sa santé.

<k» Bigorre, haute montagne entre Baréges et Campaiiy que Hamond gravit trente-cinq fois, et d'où il prit, au nom de la science, possession des Pyrénées.

Les eaux de Saint-Sauveur ont une température de 34 degrés; celles de Baréges, si excellentes pour les blessures, vont à 40; celles de Cauterets, à 50.

Les premières sont au bout de la belle val- ^ lée d'Argelès. Les rochers y disputent l'espace à la culture. Mais le paysan béarnais est te- nace ; il fie néglige rien de ce qu'il peut prendre, et garde ce qu'il a une fois saisi. On voit des domaines cultivés de 10 mètres carrés, et si Touragan emporte la terre amassée à grand'peine au ilanc de la montagne, il va chercher son cham]p dans la vallée et le remonte à la première place.

Cauterets', dominé par le Vignemale, qui monte dans la nue à. 3400 mètres, est exposé huit mois de l'année aux avalanches et aux inondations; le reste du temps, il appartient aux touristes et aux malades. Baréges en est à ime demi-journée de chemin. La route qui y conduit offre, l'espace de deux lieues, les

aspects les plus sauvages. Les saillies des nioatagnes ombragent la route; le long du gave, dans les fentes dégradées des roches, croissent des sapins et des hêtres. On voit çà et là des troncs d'arbres frappés de la foudre, déracinés par les avalanches ou blanchis par l'âge. Près du pont d'Enfer, le chemin longe un abime dont Tœil n'ose sonder la profondeur. Dans ses sinuosités, le torrent écume et tourbillonne à travers des buissons d'églantiers et de coudriers; parfois, les roches les resserrent au point qu'on peut le frànchir d'un saut. Quelques cabanes éparses et le village de Bircos, assis sur le bord du précipice, animent pourtant cette affreuse solitude. Enfin, au haut de la montagne, on découvre la riante plaine de Luz. Des ruisseaux limpides y serpentent au milieu d'une végétation vigoureuse; des champs de sarrasin élèvent leurs blanches aigrettes, où l'abeille vient en foule butiner son miel. Rien de chaimant, à l'époc^ue de la floraison, comme ces oasis de fleurs et de verdure encadrées par les teintes sombres des roehes et des bois de sapins.

Les Alpes forment, au centre de l'Europe,

uu épais massif dont la largeur varie de deux à quatre degrés , et qui tracent autour du bassin du Pô une demi-circonférence de 560 kilomètres, $i bien décrite, que le col de Cadibone, extrémité des Alpes maritimes, se trouve- sur le même méridien que le Saint- Goibard, nœud de toute la chaîne. La convexité de ce demi-cercle est tournée vers la France et l'Allemagne. De ce côté aussi se trouve,- comme pour toutes les montagnes européennes dirigées dans le sens de Féquateur, rinclinaison la moins rapide. Tandis que les hantes vallées tombent brusquement dans le Piémont et la Lombardie, elles descendent eu pente douce dans la Provence, le Dauphiné et la Suisse, comme autant de routes s'ouvrant

d'elles-mêmes devant les peuples du Nord.

Aussi, l'Italie a-t-elle subi bien plus d'invasions qu'elle n'en a fait.

La partie sud-ouest de cette longue chaîne séparedt, dans l'antiquité, la Gaule de lltalie, et portait différents noms qui subsistent encore \ Son point culminant est te mont Blanc.

i. Alpes marUinm : moat PeWo, 3035 mètres"; col Longety 3155 ; col de Ôenestres, 2288. — Atpst èoÊ&enms :

Bien qu'il soit la plus haute cime de l'Europe, il dépasse à peine la moitié de Télévation de THimalaya. Mais son altitude relative est plus grande qu'aucune autre montagne du globe.

On arrive, en effet, d étage en étage, jusqu'au pied des cimes colossales du Chimborazo et du Dhawalgiri, tandis que le mont Blanc se dresse tout droite jusqu'à une hauteur de plus de 3000 mètres au-dessus de Cliamounix, où ses glaciers descendent et viennent mourir.

J'eus un jour une singulière sensation de cette élévation extrême : J'étais dans la vcdiée

mont Yiso, 3836; mont Genëvre, 3592; cols dell* Agnello, 3245, et de Servières, 2921 ; passage du mont GÔièTre, 1974; ool de Fenestre, 2216; mont Pèlvoux, 4097 ; mont Clan, 4212. — Alpes grées : mont Genis, 3493; mont ■ Iséran, 4045 ; passage du mont' Genis, 2065 ; du petit Saint- Bernard, 2192. '- Alpes pennims : col du Bonhomme, 2446; mont Blanc, 4795; le' Gréant, 4206; hospice du grand Saint-Bem«rd, 2428; mont Gervin, 4522; mont Rosa, 4618. —> Alpes l^^toiUimnes ou helvétiques : le Simplon, 3518; passage du Simplon, 2005; la Yungfrau, 4181; le Moine, 4114; le fînster-Âar-Hom, 4400; le Sohreckhom, 4080. — Les Alpes rh^liennes, noriques, carniques et j oliennes ont to uj o u rs été en dehors des limites de la Gaule. Alp, en langue gaélique, signifie la même chose que le mot latin albus^ hlanc : les Alpes sont donc les Montagnes blanches, Craïg veut dire pierre, de 14 le nom des Alpes (jrtAm des Romains, dont on a fait si étrangement Alpes grecques.

do Sallanelie, et je regardais bien loin, au fond du ciel flotter quelques nuages blancs et légers au-dessus d'une large bande de vapeurs grises qui eacliait Thorizon. Un d'eux . restait seul immobile. J'en cbercbais la cause, quand un coup de vent emporta le manteau de vapeur qui couvrait le corps de la montagne; le roi des Alpes apparut soudainement dans toute sa majesté, et je reconnus que ce point fixe au-dessus de la ré^on où cou- • raient les nuages était la cime même du mont . Blanc.

Du haut de ce géant de glace, que de Saus^ sure gravit le premier en 1786, la vue perce, par un temps clair, à 60 lieues de distance, jusqu'à Gènes, jusqu'à Toulon, jusqu'aux montagnes de la Bourgogne. Au nord, l'œil n'aperçoit que le chaos des montagnes de la Suisse, les plus éloignées, verdoyantes ou sombres, selon les pâturages ou les forêts de sapins qui les couvi»ent; les plus voisines et les plus hautjBS resplendissant, sous les feux du soleil, de l'éblouissant éclat que projette leur manteau de neiges éternelles.

Du col de Cadibone jusqu'au mont Blanc,

les Alpes graudisseut. Du moiii Blanc au meut Rosa, la ligne de faite conserve une hauteiir à peu près égale. A partir de ce point, elle s'abaisse. Le Saint-Gothardy limite de l'ancienne Gaule, est déjà de 1500 mètres au-dessous du mont Blanc. Mais, ce qu'il perd en élévatioii il le rachète pai* l'épaisseur de sou massif, où viennent se rencontrer sept chaînes de montagnes. Comme des vastes flancs de ce colosse^ descendent le Rhône qui va à la France, le Rhin qui va à l'Allemague, et le Tessiu qui va en Italie; il domine ces grandes voies naturelles H est, en quelque sorte, avec la Suisse qui l'enveloppe et qu'il couvre de ses ramifications, la forteresse de l'Europe centrale.

Aussi, a*-t-on prudemment rèçoùnu la neutralité perpétuelle des cantons helvétiques. L'indépendance des États voisins serait menacée si une des grandes puissances européennes était maîtresse de ces positions, où sont les clefs de la France , de TAUemagne et de . l'Italie. .

Nous n'avons donc plus les sources du llhin ni celles du Rhône. Mais nous venons de recouvrer celles de T Isère, que les traités de 1 81 5

avaioni laissées, avec la Savoie, au Piéinoiit. De deux magnifiques chaussées construites par Napoléon I" pour abaisser les Alpes, Fune^ la route du Simpion, entre Genève et Milan, qui permettait de déboucher au cœur de la Lombardie, reste à la Suisse ; l'autre , la route du mont Cenis, qui unissait Ghambéry et Turin^ nous a été rendue par Napoléon 111. Nous avions gardé celle du montGenèvre, entre Briançon et Suze, que les Romains pratiquèrent , et où Napoléon crut qu*Ânnibal avait passé. Uélévation du col est de 1974 mètres. La Doire, qui descend au Po, la Durance, qui va au Rhône, y prennent leur source. Trois autres passages servirent à François \" pour tourner les. Suisses, avant Marignan : les cols de TArgentière entre Barcelonnette et Démonté, de Sestrière entre Briançon et Villafranca, enfin, Queyfas et Château-Dauphin, celui delP Agnelle, mauvais sentier de chasseurs, où Ton fit pourtant passer soixante-douze canons.

Dans les Alpes maritimes, la grande route de Provence en Italie est par le col de Tende, 1795 mètres. Le col de Cadibone, entre Savone

et DegOy marque le point le plus bas de toute la chaîne; les Alpes y finissent et l'Apennin y commence. C'est par là que Bonaparte passa, en 1796, et coupa en deux l'armée austrosarde; par là aussi que les Autrichiens percèrent la ligne de l'armée française, en 1800, et rejetèrent Masséna sur Gênes, Suchet sur le Var.

Le bassin de ce fleuve devait appartenir à la France, puisqu'il se trouve tout entier en deçà des Alpes, avec iNice, ville toute française par sa langue , par ses habitudes et par la gloire dont plusieurs de ses enfants ont couvert nos drapeaux : Masséna était Niçard.

Mais, jusqu'en 1860, nous n'en avons possédé qu'une partie. Le Var est un des plus indomptables torrents qui se précipitent des Alpes. On n'avait osé entreprendre d'améliorer son régime. « Il est si fou et si gueux, dit Vauhan, €[ue le profit qu'on en pourrait espérer, n'égalerait pas la centième partie de la dépense qu'il y faudrait faire. » Nous avons été plus hardis que le grand iugéuieur, et le fleuve « si fou » a été ramené à la liaison, sur une partie de la rive gauche. ,

Les places d'Autibes et d'Eutrevaux défeu— dent le passage du Var, mais mal; car Antibes se trouve trop éloigné de ses bords, poui* être autre chose qu'un arsenal et un dépôt : onl'a toujours impuuémeut tourué. Aussi^ le Var serait-il une bien mauvaise barrière, si l'ennemi ne reucouti'ait au delà uu pays difiicile et pauvre, où, dans sa marche sur Toulon et Marseille, son flanc droit serait sans cesse exposé à de subites attaques, que rendent faciles les nombreuses vallées qui s'ouvrent de / l'intérieur sur la ligne d'invasion. Le conné-

table de Bourbon, Charles-Quint, le duc de . Savoie en,1707 et les Autrichiens en i746, y ont tous échoué. Les Romains y ont réussi parce qu'il n'y avait que confusion en Gaule quand ils y pai^urent. En outre, Toulon et Marseille pris, on arriverait au grand fossé du Rhône, derrièrt^ l(M|uel se dresse Tinexpugnable foi*teresse des Gévennes.'

Si l'armée d'invasion n'ose ou ne peut franchir le fleuve et qu'elle en veuille remonter la rive gauclie, elle aurait à passer successivement la Durance, laDrôme, l'Isère, après quoi elle se trouverait encore au fond d'une nasse,

au graud coude du Rhône, que Lyon garde et, maintenant; gardera bien.

Plus haut, r invasion ne pourrait être tentée que parle mont Genèvre; mais Tinexpu-gnable Briançon, Mont-Dauphin et Embrun barrent la'route. D'ailleurs , on s'emprisonnerait dans la vallée de la Durance., qui ne mène à rien.

En face des deux routes du mont Cenis et du petit Saint-Bernard (vallées de l'Ârc et de l'Isère), la France n'était couverte par aucun obstacle naturel, depuis qu'elle avait perdu le bassin supérieur du Rhouc (Savoie, Valais et Genève), qui lui donnait Texcellente barrière des Hautes-Alpes, jusqu'au Saint-Gothard; puis en retour, les Alpes-Helvétiques, le Léman et le Jura. Par raimexion de la Savoie, l'Empereur vient de fermer heureusement cette trouée. En arrière de notre nouvelle province, nous avons sur l'Isère une de nos fortes places, Grenoble, et, ce qui vaut mieux, une de nos plus braves populations, les Dauphinois. Du temps des ai*mées féodales, on appelait leur noblesse l'écarlate des gentilshommes.

Bayard en était, et aussi Lesdiguières, Mont-

brun dit le Brave^ et le terrible barou des Adrets.

Deux routes descendent des grandes Alpes dans le bassin du RhôncN par le Simplon et le grand Saint-Bernard. La première mène de Genève à Milan ; la seconde conduisit Bonaparte à Mareugo. Toutes deux aboutissent à Lyon, ce qui a obligé de faire de la seconde ville de l'empire une place forte de premier ordre.

De puissants rameaux se détachent des Alpes et sillonnent la Suisse, la Savoie et le Daupbiné. Le contre-fort qui vient s'appuyer entre le mont Cenis et le mont Genèvre, sur la chaîne centrale, porte jusqu'à une hauteur de 4097 et de 421 2 mètres les cimes neigeuses des monts Pelvoux et Olan, les plus hautes montagnes de France, quand la Fran<:e n'avait pas le mont Blanc.

Les vallées que forment ces ramifications n'ont pas la simplicité de direction des vallées pyrénéennes. Elles finissent toutes sur le Rhône, mais après s'être contournées de mille façons, courant tantôt au sud, tantôt au nord, et l'estant toujours sans communications entre

elles. Les deux plus grandes, celles de la Durance et de Tlfière, sont séparées par des cimes aussi hautes que la crête des grandes Alpes.

Dans cet inextricable chaos de montagnes habitent des peuples pauvres et braves, qui sont longtemps restés indépendants de Rome et plus tard des dauphins du Viennois. Ils n'acceptèrent leur suzeraineté qu'en se faisant reconnaître des franchises et libertés qui n'étaient pas toutes supprimées en 1789. Mais leur éloignemeut des grands courants d'hommes et de choses les a tenus dans un isolement tel qu'en plusieurs cantons, disait, il y a quelques années, un voyageur, « l'importation d'une brouette serait aujourd'hui même une nouveauté. » Ces populations ont malheureusement ajouté elles-mêmes à leur misère. Le déboisement des montagnes n'a eu nulle part de plus désastreux effets ; la terre végétale est tombée des hautes cimes laissant à nu le roc aride, les sources diminuent, les torrents aug^ mentent et recouvrent les vallées inférieures de pierres et de gravier. La stérilité et la dépopulation s'accroissent. Dans le Yar, en 1791, le sol forestier couvrait 360 000 hectares, il n'est plus

que de 280000. Dans les Basses-Alpes, on comptait alors 240 000 hectares de bois^ on n'en trouve plus que 140000. La population recule devant cette dévastation et va chercher ailleurs une vie moins rude. En dix années, 1846-1 856 y celle des Basses-Alpes a diminué d'uu viii^'tième. Elle décroît de même dans la plupart de nos départements montagneux et forestiers, la Lozère, l'Ariége, les Hautes et Basses-Pyrénées. « Si l'on ne prend des mesures énergiques et promptes, disait en 1853 un préfet des Basses-Alpes, dans cinquante ans, la France comptera des ruines de plus et un département de moins. »

Il ne faudrait cependant pas assigner à cette dépopulation une cause unique. Le déboisement a été fort accusé depuis quelques années, à raison des inondations qu'on lui attribuait. Il est fatal, en effet, pour les terrains à grande pente que les eaux dénudent, et d'où elles se précipitent en torrents; mais si, en déboisant une région plane ou peu inclinée, on augmente la quantité de pluie qui y tombe, en la livrant à la culture^ on augmente aussi la perméabilité du sol, qui alors absorbe plus d'eau qu'il

n'en laisse écouler à sa surface. La population

diminue dans les départements alpestres, surtout par cette raison que Tordre général et l'activité industrielle lui permettent d'aller chercher dans les plaines et lés villes des salaires plus élevés, une vie moins rude et la sécurité qu'elle ne trouyait autrefois que dans ses hautes vallées.

Le Jura court parallèlement aux Alpes, dans la direction du sud-ouest au nord-est^ sur une ligne longue de 280 kilomètres et large de 60 à 80, qui aboutit d'une part au con- Une lit de l'Aar et du Rhin, de l'autre au grand coude du Bhône, entre Belley et Chambéry. C'est du coté des Alpes que le Jura présente ses croupes les plus hautes et les plus escarpées; à l'orient, au contraire, dans la Franche-Comté, la pente est comme ménagée et adoucie par six chaînons parallèles, qui diminuent graduellement d'élévation et finissent par se confondre avec les plaines de la Bourgogne.

Vu du lac de Genève, le Jura paraît une longue chaîne dont la crête peu ondulée ne

dépasse pas 1000 mètres, mais que dominent

çà et là quelques soininités arrondies, plus hautes de 400 et même de 700 mètres, conune la Dole, 1 681 , le mont Tendre, 1 600, et le Reçulet, 1 7 1 7 . Un petit nombre de gorges étroites et faciles à défendre, celles de Psantua, de Saint- Claude, des Rousses, ouvrent seules, à travers cette haute muraille, un passage souvent dangereux. C'est donc une bonne barrière.

La masse du Jura se décompose, avons-nous dit, en six chaînons parallèles; il en résulte que toutes ses vallées sont longitudinales, c'estàp-dire dans le sens de la chaîne, et qu'elles sont toutes aussi coupées à angle droit par les grandes routes qui traversent la Franche-Comté.

Celles-ci, courant sans cesse de la crête d'une montagne au fond d'une vallée peuvent être aisément défendues contre l'assaillant et rendues impraticables. Il n'y a d'ailleurs que trois de ces routes dans toute la chaîne du Jura, depuis Porentruy jusqu'au fort TÉcluse.

Malheureusement, le Jura ne finit pas au nord, sur le Rhin, comme il finit au sud sur le Rhône, par un escarpement abrupt. A TËcluscy la route passe dans le fort même dont

le fleuve baigne le pied, et ce fort ne fut pris

en 1814, que parce que les Autrichieus traînèrent, à force de bras, sur le mont Youache, de l'autre côté du Rhône, quelques pièces de canon qui ouvrirent un feu plongeant sur la place, où une poignée de gardes nationaux s'étaient enfermés. Aujourd'hui, la montagne, creusée à l'intérieur pour recevoir plusieurs étages de batteries couvertes, fait elle-même partie des fortifications, ((ui ont ainsi des vues sur toutes les approches, et Tennemi passerait bien difScilement. Mais, vers le Rhin, le Jura descend en pente douce et laisse enti'e lui et les Vosges la fatale trouée de Béfort, par où la France, en 1814, a été percée au flanc. Sur ce point, en effet, qui n'est élevé que de 351 mètres au-dessus du niveau de l'Océan, se croisent cinq routes artérielles qui viennent de Lorraine, de Bourgogne, de Franche- Comté, de Suisse et d'Alsace. Le canal du Rhin au Rhône et un chemin de fer s'y rencontrent.

C'est par là que pénétrèrent en Gaule Arioviste, les Alamans, les Huns, les Burgondes, qui sont restés les maîtres du pays ; par là aussi que l'influence allemande et calviniste

prévalut si longtemps dans la Franche-Comté.

En 1789, ce grand passage appai'tenait encore aii duc de Wurtemberg (principauté de Montr béliard). Avant 1815, Huningue etPorentruy en défendaient les approches ; le premier^ en tcnauL le pout de Bàle sous lu bouche de ses canons; le second, en servant, à Besançon, de poste avancé pour appuyer la défense du Jura septentrional. Depuis que Huningue est abattu et Porentruy livré à la Suisse, il a fallu entourer Béfort d'ouvrages formidables etfaire à Langres d'immenses travaux pour couvrir Paris, que dans cette direction rien ne protège*.

Le Jura n'a que deux cours d'eau secondaires : le Doubs et l'Ain. Le Doubs, après avoir couru au nord-est, comme s'il allait au Rhin, s'infléchit au sud-ouest pour tomber

1. Autour de la premiôre de ces villes, qui s'élève au bord de la Savoureuse, le fort de la Justice et celui de la Miette, bâtis sur le roc, ferment la route de TAlsace et couvrent un immense camp retranché où une armée trouverail un sûr asile. Une courtine, difficilement abordable du dehors, à cause de ses escarpements, relie Je fort imprenable de la Miotte à un ouvrage àccHmes qui bat en amont toute la plaine de la Savoureuse. La route de BûIb est fermée par la citadelle, qui - a été construite sur uo escar>-

dans la Saône. C*est une bonne ligne de défense, sur laquelle se trouvent Pontarlier, au débouehé des routes de Lausanne et de Neufchâtely que le fort de Joux commande ; Besançon, autrefois ville impériale et eentre de toute la défense du Jura; eutin Dole, ancienne capitale de la Franche-Comté. L'Ain arrose Ibl Bresse, petit pays également bien défendu par un dédale de vallées et de lacs qui couvrent les approches de Lyon, et par une population belliqueuse, qui nous a donné Joubert. Mais son bassin, hérissé de hauteurs, n'a pas de villes importantes. Toutes celles de la Franche- Comté se sont naturellemeut placées en trois points : à Test, en face des échancrures du Jura, qui s'ouvrent sur la Suisse, comme Horez, Saint-Claude et Nantua qui se mire dans son joli lac; à l'ouest, sur les cours d'eau qui descendent du dernier chaînon à la Saône,

pement inaccessible de 40 mètres de hauteur. Aussi a-t-on pu la couvrir de trois enceintes continues dont les eicaipes et les oontrescarpes sont taillées dans le roc, et y creuser d'immenses magasins souterrains, à l'abri de la bombe. Cette citadelle présente à Tassaillant cinq étages de feux, et se relie par une lunette et un chemin couvert au fort de la Justice. Cette porte de la France est donc aujourd'hui bien gardée.

comme Louhans^ Lons-le-Saunier et Bourg;

ou enfin vers le Rhône, comme Seyssel, Belley et Montluel. Les autres durent leur naissance à des accidents de territoire : ainsi Salins, à des sources salines^ Arbois à ses vignes, le meilleur cru de la Franche-Comté, et Poligny à sa position au milieu des montagnes, qui la fit choisir pour résidence par les gouverneurs romains de la Séquanmse et par les anciens comtes de Bourgogne.

Je parlais tout à l'heure de la Bresse, eu* rieux pays aux riants paysages et qui renferme un des joyaux de rarchitecture religieuse, l'église de Brou, qu'une tante de Charles-Quint a bâtie et décorée de sculptures eu marbre et en albâtre. C'est une plaine onduleuse, formée comme le plateau de la Dombes, qui lui est .

contigu, par une couche argiloHsiliceuse que les habitants nomment le terràin ôlancy et qui, disent-ils, «tient l'eau comme un yerre.» Dans les seuls arrondissements de Bourg et de Trévoux, on comptait, il y a quelques années, 1667 étangs. Dans la Bresse on les dessèche, mais dans la Dombes on en crée tous les jours : le sol noyé rapportant deux fois plus, presque

sans main-d'œuTre , que le sol cultivé. Au

reste, la même terre est tour à tour un étang ou un champ de labour, et a parfois deux propriétaires : l'un qui l'ensemence en poisson dès qu'on y a mis de l^eau, et qui, à la fin de la seconde année, pêche, puis expédie à Lyon par la Saône son poisson vivant, qui s'y vend 80 fr. le quintal; l'autre qui, le terrain séché, y fait une prairie ou laboure et sème du sei^e et de Tavoine. Ces étangs donnent un autre profit : la chasse aux oiseaux aquatiques y est louée à très-haut prix. Dans le département de Saône-^t-Loire, les étangs diminuent. Cependant il y en avait encore naguère près de 2000. Une loi de 1857 facilite les dessèchements que la santé publique réclame et que des intérêts particuliers repoussent. L'école d'agriculture de la Saulsaie, établie au milieu de la Dombes, fait bonne guerre aux habitudes invétérées du pays'.

Toutes les eaux du Jura français, toutes

1. Ces étangs, qui couwentun cincpiième de la superficie totale^ datent du quinzième siècle et surtout du dix-septième siècle. La Domhes, autrefois boisée, était biea plus peuplée ; nombre de villages ont des églises qui convien» druent à des populations trois fois plus fprtes.

celles qui descendent au sud et à Test des

monts Faucilles, du plateau de Langres et de la Côte-d'Or, sont amenées par la Saône au Rhône, qu'elle rejoint à Lyon. Lyon est ainsi au point de rencontre des grandes routes de l'occident. Il communique à la Suisse et à ritalie par Genève, le Valais et la Savoie ; à la Méditerranée, par le Rhône et Marseille; à ' la Garonne, à FËspagne, par Beaucaire et Narhonne ; au Rhin et à rAllcmagne, par la Saône et le Doubs; à la Loire, à la Seine, à la Meuse, c'est-à-dire à l'Atlantique, à l'Angleterre, aux Pays-Bas, par Saint-Étienne, Dijon et Langres. Trop près de la frontière du sud-est, trop à Tétroit entre les Cévennes, le Jura et les Alpes, il n'a pu devenir la capitale de la France, il en est du moins resté la seconde ville pour le commerce, l'industrie, la population, même pour l'importance politique et militaire'.

Au nord-esl, notre firontière, à ne considéi^er que la géographie, devrait être le Rhin. Dans la Suisse septentrionale, ce fleuve est resserré entre les Alpes de la Souahe et le Jura ; après

son entrée en France, il Test encore pendant soixante lieues, entre les Vosges et la Foret- Noire. Dans Torigine, ces deux montagnes ne formaient qu'un massif, mais la partie centrale et la plus hante s^abima à la sniie de quelque grande commotion, et à sa place s'est creusée la large dépression vers laquelle on descend du haut du Scliwartzwald et des Vosges par des pentes rapides et abruptes. Le Rhin coule au fond.

Les grands fleuves, disait Napoléon, ne sont à la guerre que des obstacles de troisième ordre, après les déserts et les hautes montagnes. Une circonstance géographique affaiblit encore la force de la barrière du Rhin ; dans cette partie de son cours, le lit est semé d'iles nombreuses, qui, malgré l^largéur du fleuve, ont rendu facile aux armées ennemies le passage d'une rive à Tautre. Heureusement, en a,rrière de ce grand fossé, les Vosges éièveiit .leui^s fortifications naturelles. On les a rarement franchies, parce que derrière elles se trouve un pays difficile, sillonné par deux fleuves, Moselle et Meuse, dont le cours leur est à peu près parallèle, et, -ce qui vaut mieux, une nation depuis long-

temps unie. Au contraire, au delà du Schwart-

zwald et des éiroits défilés qui le traversent, s*ouyre la vallée du Danube, qui conduit à Vienne et qu'ont tant de fois menacée ou suivie Bernard de Weimar, Turenne, Condé, Villars, Moreau et Napoléon, bravant lu résistance de peuples qui sont toujours restés divisés. .

Quatre vallées ou bassins considérables.

Ceux de la Moselle et de la Meuse, à l'ouest; ceux du Necker et du Mein, à l'est; même ' cinq, si l'on compte FËscaut, qui débouche dans la mev du ISord, au même lieu que le Rhin et la Meuse, viennent d'Allemagne et de France mourir sur le Rhin. Il en résulte que le bassin de ce fleuve, étranglé au sud dans la Suisse et l'Alsace, s'élargit au centre jusqu'à occuper, sous le cinquantième parallèle, une étendue de plus de cinq degrés. Là se con- . centra longtemps. tout le commerce de l'Europe ; car, sauf quelques interruptions, il se trouvait dans cette direction une ligne de voies navigables qui traversait l'Europe de la mer Noire à l'Océan. Par la Sambre, en effet, la Meuse, affluent du Rhin, touche à l'Oise, qui descend à la Seine, et, à la droite du Rhin,

le Mein, qui tombe à Mayence dans le grand

fleuve, s'approclic, par lui-même ou par ses affluents, de la Saale, qui va à l'Elbe, de l'Altmuhl, qui tombe au Danube. 11 y a mille ans que Charlemagne songeait déjà à compléter cette ligne par le canal qui a été construit de nos jours entre le Mein et le Danube.

Mais les voies du commerce sont aussi celles de la guerre. Ces mêmes lieux^ berceau de tant de peuples, de villes et de richesses, ont été le grand champ de bataille de TËurope.

Les Gaulois et les Germains, César et Ambiorix, Uermaun et Yarus, Rome et la barbarie s'y sont rencontrés. Clovis y vainquit les Alamans, Charlemagne les Saxons, Arnoulf les North* mans. Les Huns, les Hongrois et les Cosaques ont baigné leurs coursiers sauvages dans les eaux rapides du grand fleuve. Seuls des envahisseurs de r£urope, les Mongols et les Arabes n'ont pu approcher de ses bords, Les Polonais ont arrêté les premiers, les Francs ont arrêté les seconds; mais, sans eux, bien assez de sang déjà a coulé sur ses rives. Que de victimes sont ensevelies dans ses flots, et quel peuple immense formeraient ces braves

s'ils pouvaient se lever de leur couche fu-

. nèbrel

A vrai dire, du côté de la France, la Moselle seule débouche sur le Rhin. Un épais massif, TArdenue, la sépare de la Meuse, qu'il rejette vers le Nord. Ce pays stérile et d'accès difficile se prête mal aux invasions; aussi, ont-elles eu . Heu sur ses flancs par la Moselle ou par la Meuse. I^a Moselle, serrant de près le revers occidental de l'Hundsruck et des Vosges, ne donne pas entrée dans l'intérieur du pays, et son bassin est assez étroit vers le centre pour que Thion ville et . Metz le puissent fermer contre une attaque de front. 11 serait inexpugnable, si nous avions encore Landau et Sarrelouis, qui couvraient son flanc droit, et que Bitche l'emplace imparfailement. Charles Quint échoua en voulant forcer le passage. Jl est inutile de rappeler pourquoi Blûcher réussit.

La Meuse, dont le cours est longtemps parallèle à celui de la Moselle, forme, en arrière de ce fleuve, une seconde ligne de défense à travei-s un pays difliciie. C'est par là que les Prussiens, en 1793, essayèrent d*entrer, en passant enti*e les deux ileuves. L'Ai^onne,

BU SOli FRANÇAIS. 159

puis Valmy et le courage de nos jeunes conscrits, les arrêtèrent.

Par la Meuse et l'Escaut sont venus, à plusieurs reprises, Espagnols, Impériaux et Hollandais; Philippe II, jusqu'à Saint-Quentin; Wellington, jusqu'à Paris. Les champs de bataille se trouvent surtout au nord de la Meuse, parce que là est le plus riche pays, des plaines plantureuses et des villes sans nombre. Quelle liste de noms sanglants et glorieux !

Bouviiies, Lens, Denain, Fontenoy et Oudenarde^ sur TEscaut ou près de ses bords; Steinkerque, Nerwinde, Ramillies, Senef, Ligny et le funèbre Waterloo, entre FEscaut et la Meuse; Malpla(juet, Watignies et les champs quatre fois ensanglantés de Fleurus, près de la Sambre ; Rocroy, Raucoux, Lawfeld, près de la Meuse. Plus au Nord, àMons^n-Puelle, Cassel et Rosebecq, eurent lieu nos grandes batailles flamandes; plus à Touest, àHondschoote, Crécy et Azîncourt, trois de nos cinq grandes batailles contre les Anglais.

Aujourd'hui, nous n'avons même pas la frontière de Louis XIV et de Vauban. Les traités de 1815 ont perfidement démantelé

IbO DESCaiPTIO^^ û£ LA SURFACE

notre ligue de défense Onuousa pris Landau pour tourner aisément les Vosges, Sarrelouis pour éviter Thionville et Metz, Philippeville et Marienbourg pour rendre inutiles les places de la Sanibre et de la Meuse, et pour ouvrir une route directe sur Laon et Paris. De Huningue à Lauterbourg, le Rhin, Strasbourg et les Vosges couTrent la France. De Maubeuge à Dunkerque, iiuc. triple ligne de forteresses, un pays coupé de canaux et de rivières et la neutralité de la Belgique nous donnent une satisfaisante sécurité. La partie la plus vulnérable de cette frontière est donc de Maubeuge à Lauterbourg. La trouée de Philippeville équivaut à celle de Béfort. Heureusement, nous tenons les têtes des vallées, ce qui nous permet de prendre Toffensive pour descendre rapidement au Hhin. Nous y sommes presque toujours arrivés les premiers, et le fleuve une

1. Cette ligne a, de la mer an Bhin, en suivant tous les contours, un développement de 730 kilomètres, et elle est

percée de 19 grandes routes, tandis que la frontière du Rhin n'a qn'un pont à Strasbourg. De Huningue à rembouciuiro du \ ar, le long du Jura et des Alpes, la ironlière a aussi 750 kilomètres; mais elle n'est traversée que pur i 1 grandes voies de commumcaliun.

fois franchi, " riavasion de rAllemague est aisée, car six rivières, sur là rive droite, tunibeut perpendiculairement dans son lit, la Lippe, la Ruhr, la Sieg, la Lahn, le Mein et le Necker. Ce sont autant de routes qui ouvrent rAllemague jusqu'au cœur, et que les légions romaines, les Francs des deux premièreâ races et les armées de* Louis XIV, de Louis XV et de la Convention ont souvent suivies.- Par le Necker, Napoléon alla, en tournant les redoutables défilés de la Forêt-Noire, à Ulm, à Vienne, à Austerlitz; par le Mein, il alla à léiia, a Berlin, à Friedland et à Tilsitt.

La France a 42,0 kilomètres de côtes sur la Méditemiuéo , 800 sur le golfe de Gascogne, 900 sur la Manche et la mer du Nord jusqu'à Dunkerque*.

Mais ces côtes ont des aspects bien difié* rents. Là où les montagnes arrivent jusque sur le littoral et prolongent dans la mer leurs dernières collines, la côte est ferme, dentelée, chargée de caps et de pointes rocheuses qui laissent entre leurs extrémités de grandes rades et des ports naturels. Lorsqu'au contraire les montagnes sont loin^ et qu'une vaste

1. Le pourtour de notre littoral, en suivant les principales sinuosités, est de 2693 kilomètres, dont 619 siur la Méditerranée. Je me suis beaucoup servi pour ce chapitre des excellents travaux de M. Baade sur le littoral français.

plaine sépare leur pied des bords de la mer,

la côte est basse, unie, couverte de vase au dunes de sables, souvent aussi de marais salants et de lagunes pestilentielles. Ainsi, entre les bouches du Yar et celles du Rhône, les derniers gradins des Alpes projettent dans là Méditerranée des promontoires qui abritent les plus beaux ports de France, de même que la chaîne granitique qui parcourt la Bretagne, a sillonné les côtes de dentelures profondes qui sont autant de ports naturels.

Partout ailleurs, le littoral présente une ligne à peine ondulée, et presque toujours rentrante, excepté vers les falaises de Fécamp et la |»oiiitt' (le Calais'. Ainsi, entre les Pyrénées et le Rhône, la Méditerranée a creusé le vaste golfe de Lion qui correspond au golfe de Gascogne, sur TOcéan, comme la côte élevée, les grandes rades, et les habiles marins de la Provence correspondent aux rives dé-

1. Le saillant le jdus prononcé de la côte normande se trouve entre Fécamp et Saint- \ aiery-en-Gaux, près de reiuLouchure de la Durdent. *

2. M. Ara. Tardieu fait venir ce mot de l'ancien nom du gui te et Au peuple qui en habitait les rives : Ai^waiv iceXa^oç, et préfère l'orthographe Lyon.

ehirées, aux falaises abruptes, aux grands ports militaires et aux intrépides matelots de la Bretagne et delà Normandie.

De Toulon au Var s'ouyre une succession de rades, dont la moindre est préférable à la meilleure qu'ofirait^ d'Alexandrie à Ceuta, la côte d'Afrique tout entière, avant que nous y eussions formé le port d'Alger. Ce sont les golfes ou ports d'Antibes, de Jouan, de Cannes, de FréjuSy de Saint-Tropez, d'Hyèves, de Giens, de Toulon et, plus à Touest, de la Ciotat, de Cassis et de Marseille. Cette côte, si bien ouverte et si bien abritée par des promontoires et des îles qui arrêtent les vents et les Hots du large (îles Lérins, en face de Cannes, d'Hyères, au sud--est de Toulon, de Ratoueau et de Pomègue, en face de Marseille, etc.), se couvrit de bonne beure de colonies massaiiotes, et prospéra malgré les incursions des Lombards, malgré les brigandages des Sarrasins et desBarbaresques. Aujourd'hui, Antibes n'a pas plus d habitants qu'au temps de Richelieu. Fréjus, on Octave envoyait les deux cents galères prises sur Antoine, et qui montre encoi'e les quais immenses le long desquels s*amarrait

la flotte impériale^ est tombée de 40 000 habitants à moins de 3000. L'Argens a comblé son port, et une plage de 1600 mètres la sépare de? flots qui baignaient ses murailles. Saint-Tropez a perdu, en deux siècles, la moitié de sa population. Sans les Belles créations de M. Béhic, on en pourrait dire autant de laGiotat. Cassis, célèbre par ses temples et ses aqueducs, est presque délaissé. Toulon et Marseille ont absorbé toute la vie de ces rivages. Bn quarante-cinq ans, Marseille a presque triplé sa population, Toidon en moins de temps encore*.

A r ouest de Marseille, s'ét^'nd une mer intérieure, l'étang de Berre, qui présente 70 ki-

1. Recensement de 1811, à Marseille, b6 271; de 1846, 183 186; de 1856, 233 817; de 1861, 260 910. Toulon, en 1811, 28 380; en 1831, 28 419; et en 1846, 62 941, dont 17 509 (le population llottante, militaires, forçats, marins, etc. , qui, sans doute, n'étaient compris dans les rccenscincnts antt'rieurs; en 1856, 82 705; en IStil, 84 987. Aussi a-t^on été obligé de reculer les remjiarts et de porter la superficie de la ville de 32 hectares à G6, ce qui sera même bientôt insuffisant. Si le Ragas tient les promesses qu'on fait en son nom, Toulon aura bientôt une source qui sera pour la ville et ses environs ce que l'eau amenée par Taqueduc de Roipiefavour est pour Marseille. La Seyne, près de Toulon, ]iarti 'ipe à sa prosjjérité. EIIh a presque doublé sa population en moins de vingt ans : 1846, 6497 âmes; .1861,11 700.

lomètres de côtes et une surface de 1 6 000 hectares, dont les quatre cinquièmes ont ime profoudeur de 7 à 10 mètres. Ce magnifique bassin peut communiquer avec le Rhône ^ c'est-à-dire recevoir immédiatement les appro^yisionnements en hommes^ en denrées , en combustibles, qu'on transpoile à grands frais d* Arles à Toulon; et les plus grandes flottes y seraient à l'aise, si elles pouvaient y entrer, Malheqreusement, Tétang de la Caronte, par lequel il s'ouvre sur la Méditerranée , s'est engrayé depuis un siècle de près d'un mètre, et n'a nulle part plus d'un mètre et demi d'eau. De grands travaux vont l'approfondir et rendre à ses bords la vie qui s'en est éloignée*. Martigues, dont les citoyens étaient

1 . Une loi a éiê votée, le 3 juillet 1845, pour la construc» tion d un canr.l de 5580 mètres de long, 7 5"", 15 de laige 'et 3 mètres de profondeur, du port de Bouc à la mer de Berre'; mais les travaux commencés ont été suspendus Ce petit port de Bouc est fort actif. De 185U à 1857, la moyenne des entrées annuelles a été de 3150 navires jaugeant 206 000 tonneaux. Il est un reluge précieux pour les navires qui, par le vent du sud-est, manquent Marseille; mais ils n'y peuvent entrer qu'à condition de ne pas caler plus de 5 pieds * d'eau. S'ils manquent aussi Bouc, il ne leur reste plus que Cette, où, avec ce vent, la mer est toujours grosse et dangereuse.

DU SQL FRANÇAIS. 167

estimés, au temps de Richelieu, a les plus courageux et meilleurs mariniers de la mer Méditerranée, » a perdu le tiers de ses habitants, plus de la moitié de. ses matelots et les neut dixièmes de ses capitaines au long cours.

Arles , elle-même , la Rome des Gaules , la capitale d'une moitié de T Occident, semble .

' un désert» S5 000 spectateurs pouvaient prendre place sur les gradins de son amphithéâtre ; naguère sa population n^en eAt pas couvert la moitié. De tout ce qui faisait sa puissance et sa reiiommée, elle n'a gardé qu'une chose, fleur délicate et gracieuse, poussant sur des ruines, la distinction et la beauté antiques de ses filles. N'allez pas chercher la Grèce à Athè-

. nés; vôyez-la dans ces statues* vivantes, qui semblent être la famille de la Vénus d'Arles. ; . Voilà du moins ce qui se dit souvent et n'est peut-être qu'une consolation mensongère.

. Avignon, Beaucaire et Marseille ont tué cette ville ; la mise en culture de la Camargue et de la Crau, surtout Tamélioration des passes du Uhone, qui, sous les murs d'Arles, présente une profondeur d'eau considérable, lui rendrçdent lii vie. Déjà le chemin de fer de Lyon à Mar-

168 DBiSCRIPTION DE LA SURFACE

seille la réveille et l'anime. Pour la première fois, depuis bien longtemps, le recensement de 1856 a constaté que sa population augmente ^ La plaine de la Cran, d un circuit d'environ 120 kilomètres, entre Tétang de Berre et le Rhôlie, est une surface inégale, semée de cailloux dont quelques-uns oui la grosseur de la téte d^un cheval. Cette singularité étonna les Grecs, qui. ne voyaient pas d'où ces pierres provenaient, les rochers et les montagnes étant fort loin. Mais ils avaient trop d'esprit pour rester

embarrassés longtemps, et voici Texplication

qu'ils trouvèrent. Hercule, le grand voyageur, s'en allait par la Gaule, armé de sa massue et de ses flèches. Arrivé sur les bords du Rhône, il rencontra une puissante armée et eut à soutenir un combat terrible. Ses flèches s'épuisèrent; il allait succomber, quand Jupiter, qui du haut du ciel suivait des yeux cette lutte inégale, fit tomber un^ pluie de pierres qui tournit de nouvelles armes au héros. Ces pierres, on les voit encore, ce sont celles de la

l.En 1789, elle avait 25 034 habitants; en 1841, 19406, dont 12 155 seulement dans l'enceinte di- la vi le. Le chiliiu de 1856 est de 24 816, celui do 1861 de 25 O'ia.

Crau*. La science tout aussi poétique , mais

d'une autre manière, montre que la Durance a arraché ces pierres des Alpes et les a apportées jusqu'en cet endroit, quand elle passait au-dessous d'Arles. Le mal qu'elle a fait alors^ elle le répare aujourd'hui : des canaux répandent sur plusieurs parties de la Crau ses oaux limoneuses qui en quelqués endroits ont créé un sol fécond de O'^^bô d'épaisseur. Le phénomène du mirage se produit dans ce désert provençal comme au milieu des déserts africains, et parfois le voyageur voit cette grève, à peu près stérile, transformée sous ses yeux en un lac immense, où les objets lointains se réfléchissent comme dans un miroir. « Lou temps si miraillou, >> disent alors les gens du pays. Là même où les eaux de la Durance n'arrivent pas, les pluies d'automne font pousser entre les pierres une herbe rare mais substantielle; les troupeaux viennent la brouter l'hiver ; l'été, ils montent dans les Cévenues, le Dauphiné et les Alpes de la Provence % où de

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