‹ Introduction generale a l'histoire de FranceChapitre 6 sur 10 · Cratg, en gaëlirfiio, signifie pierre · texte numérisé non relu

Cratg, en gaëlirfiio, signifie pierre

2. Le phénomène du mirage se reproduit aussi dans la baie du mont Saint- AJirhel. On l'a vu également dans les Pyrénées et au Puy-de-Sancy.

juin à octobre on en îi*ouve jusqu'à 500 000 tètes.

La Camargue, immense delta, cinq ou six fois grand comme la Grau (79 000 hectares, dont 13 000 seulement en culture), n*est également qu'une vaste plaine, mais on n'y trouverait pas uu caillou plus gros qu'une noisette. C*est un dépôt d'alluvion du Rhône, qui continue d'arroser et de fertiliser 31 300 hectares placés au hord de ses rives ou de ses canaux. . Le limon qu'il y répand, abondant et riche, exhausse incessamment le sol. Ën favorisant cette action du fleuve, en répandant sur toute la surface de la Camargue les eaux troubles du Rhône, on élèverait rapidement son niveau ^ et la terre, débarrassée de ses efHorescences salines, se prêterait à de riches cultures, surtout à la production des plantes iourragères, dont cette contrée exceptionnelle est totalement privée. Ainsi régénérée, elle complète-

1. C'est Topération du colmatage. . En Toscane^ on a ainsi créé, en ne if ans, dans la Maremnie'du val dî Ghiana, à rembouchure de l'Ombrone, 14 095 hectares d^ezcellentes terres arables. Le remblai tout entier a excédë 175 millions de mètres cubesj et les dépenses ne se sont élevées qii'à 5 292 782 francs.

rait les pâturages d'hiver et du printemps de la Craii, et dispenserait peut-être de la transliumance des troupeaux, un des ûéaux de la Provence ^ On a calculé que les atterrissements annuels du Rhône peuvent être évalués à 20 hectares, déduction faite des terrains emportés par la mer. A ce compte, la Camargue serait âgée de 6500 ans; ce qui nous reporte encore vers la date que beaucoup d'autres faits semblent donner pour le commencement de la période géologique actuelle. Les deltas sont donc de grands instruments chronologiques, comme Dolomieu l'avait pressenti, ou comme M. Élie de Beaumont les nomme, des chronomètres naturels ^,

1 . Les rizières essayées dans la Gamaigue n*ont encore donné qae des résultats désastreux. Au moment de la récolte, tout est égrainé par le mistral, et les fièvres emportent les travailleurs. Les ingi'oieurs estiment que le sol du département des Bouches-du-Rbdne s*est aecmdeprès de trois lieues depuis Tère moderne. Depuis 1737, épo<|ue où fut construite la tour die Saint-Louis, les atterrissements ont gagné dans cette direction plus d'une lieue/

S. Il y a, toutefois, dans ces calculs beaucoup de données incertaines. Lyell recule bien loin cette date de 6 à 8000 ans. Pour luîy le delta du Mississipi est en formation depuis 100 000 années, chiffre qu'un célèbre ingénieur américain, M. Ellet, réduit au quart, à 22 222 années, en ne donnant

Le grand courant de la Méditerranée occidentale se dirige de Test à Toiiest, de Gênes sur Marseille et de Marseille sur Port-Vendres, en longeant la côte. An delà de Marseille, il rencontre les cinq millions de mètres cubes de matières terreuses que, dans ses grandes crues, le Rhône jette en viugt-quatre heures dans la . mer. Il les emporte et les dépose le long des côtes du Languedoc et du Roussilluu. Cette vase et les sables de la mer, incessamment accumulés, ont formé un imuicuse bourrelet qui arrête les eaux de Fintérieur et les force à s'étendre eu vastes lagunes salées qui ont le même niveau que la mer, celles d'Aigues-Mortes, de Mauguio, de Thau, deSigean et de Leucate. Sur la plupart d'entre eux pèse l'air maudit, la moularia de la Campjigue romaine, que le vent d*ouest, arrêté par les monts Corbières, iie peut emporter. Les passes ouvertes çà et là dans la

que 45 mètres d'épaisseur au dépôt d'alluvion. Mais les sondages ont prouvé qu'il y en avait plus de 200, et on a trouvé, au-dessous de l'usine à gaz de la Nouvelle-Orléans, un crâne d'Indien enfoui à une telle profondeur, sous des couches superposées de forêts, qu'on estime qu'il était là depuis 57 000 ans. Le nouveau monde, selon l'opinion de M. Agassiz, est plus vieux que l'ancien.

côte et ce bourrelet de sable , se sont peu à peu comblées. Aigues-Mortes, le port de saint «Louis, peut à peine recevoir des barques, et Narbonne, la plus grande colonie de Rome hors de ritalie, la plus florissante des cités transalpines, Narbonnc, que Strabon appelait le port de toute la Gaule, et qui, au moyeu %e, signait des traités de commerce avec Alexandrie et Constantinople , n'a pas aujourd'hui , 17000 habitants. Aussi là, point de havres.

Des six ports qui existaieut dans le golfe de Lion, les sables en ont mis quatre hors de service depuis l'époque romaine, Saint-Gilles, Aigues-Mortes, Maguelone et Narbonne. Agde se défend contre eux à graud'peiiie. 11 ne reste que Tatterrage inhospitaliér de Cette qui est lui-même meuacé K Malheur au navire assailli par la témpéte dans ce golfe, que les marins du moyen âge appelaient, la mer du Lion M

1. Le petit port de la Nouvelle, près de l'ile de Sainte- Lucie, à l'entrée de l'étang de Sigean et en face de Textréinité du canal de Narbouue , commence à prendre une certaine importance.

2. Aux Saintes-Mariés, bnurg qui se trouve à l'embouchure du Pelit-HliAne, était un lion de pierre qui regardait la mer. De là, selon une autre tradition, le nom

De Marseille à Portr^Vendres , il n'y a pas

un abri. « Si nos galères, disait Vauban en . 1679 y sont prises de quelque mauvais temps . sur les côtes d'Espagne, elles sont contraintes de traverser le golfe avee un péril extrême .pour se sauver, comme elles peuvent, à Marseille. » Depuis Vauban y rien n'a changé; seulemeut, on revieut aux idées de ce grand homme : on veut faire de Port-Vendres, dont l'atterrage est sûr et facile, un de nos arsenaux maritimes et une station navale. Placé hors de la sphère d'action des coups de vent du golfe, à 115 lieues marines d'Alger, tandis que Toulon en est à 135, Port-Vendres sera une excellente succursale de notre premier port militaire, et Marseille, protégée sur ses deux flancs, n'aura plus rien à craindre des flottes ennemies. Déjà, pour les navires à voiles, la route d'Alger et d'Oran à Mai'seilie ou à Toulon est, par le cap de Creus, auprès de rortrVendres, en prévision des vents du nord-ouest que Ton rencontre fréquemment dans le golfe.

donné au golfe. (Lortet, Géographie physique du bassin du Bhém.)

DU SOL FMANÇAIiS. 175

A l'autre extrémité des Pyrénées, nous avons aussi, sur l'Adour^ un port, Bayonne, qui, ^nalgré sa barre mobile, est précieux pour les navires qui fuient devant les a&euses tempêtes du golfe de Gascogne. De ce côté, entre l'AmériqUe et FEurope, il n'y a, sur une longueur de 1500 lieues ui une lie ni un rocher qui fassent obstacles à la mer« Aussi, quand le vent d'ouest se déchaine et que , pendant plusieurs jours, Touragan et la vague courent impétueusement à l'est et s'engoufl'rent enti'e les deux Finistères de Galice et de Bretagne, la tempêta aiTive au fond du golfe de Gascogne avec une violence qu'on lui voit rarement ailleui^s. Cette mer, que nos marins de la Saintonge appellent la mer sauvage, secoue les navires comine le vanneur î?on blé, et elle tourne, comme les feuillets d'un livre, les digues qu'on lui oppose. A Saint-Sébastien, aucun ouvrage, tel fort fùt-il, n'a pu tenir contre elle. On comprend que ces puissantes vagues labourent profondément les rivages qui les

1. L'embouchure de l'Adour est à 5550 mètres de Rayonne. A l'époque des marées de vive eau, la mur monte au pont de Bayonne de 3"', 50. La marée se l'ait sentir jusi^u ii JLiax,

arrêtent, et en réduisent les roches en sable qu'elles Jettent à la cote. Vers 1500, un de ces ouragans amoncela tant de gravier à Tembouchure de TAdour, que le Heuve quitta son lit obstrué; traversa la plaine du cap Breton, et se Ht jour versia mer par le vieux Boucau et Messanges, à 7 lieues de Bayoniie. Ce n'est qu eu 1579 que l'on réussit, par de grands travaux, à le ramener vers son ancienne passe, où le ûot reiJiuuie inceiàâauimeut les bancs, qui en rendent l'approche si périlleuse, même quand la mer est belle au large.

La mer, qui ronge et creuse sans cesse le fond de la Laie de Saiiit-Jeau-de-Luz, jette, au contraire, chaque année, sur la côte basse et dépouillée qui s'étoud de la Gironde à l'Adour, 1 245 000 mètres cubes de sable, que les vents amoncellent en collines et poussent dans l'intérieur des terres, où, après avoir comblé des ports, ils ensevelissent les villages et changent en étangs les ruisseaux dont ils

ferment rembouchure. L'élévation de ces dunes est de 50 mètres, leur largeur de 10000, leur marche annuelle de 20, sur un front de 200 kilomètres. Elles envahissent par co'nsé-

quenty chaque année, 400 hectares , et en couvrent déjà 420 000. Nous avons des chartes du moyen âge où sont mentionnés des villages qu'il faudrait aller chercher aujourd'hui sous la dune. D'autres ont été depuis assez longtemps submergés pour que la dune , dans sa marche, dépasse leurs ruines. Le village de Soulac a été ainsi atteint par les sables, caché par eux, puis laissé à découvert. On pourrait calculer le jour où les départements de la Gironde et des Landes auront disparu sous cette masse stérile, n ne faudrait que 2083 ans pour que Bordeaux vit la dune à ses portes^ . Gé fléau en produit un autre. Les eaux de l'intérieur du pays, barrées par la dune, ne vont plus à la mer et s'étendent en marais derrière elle. Tels sont les étangs de Hourtin, de * Sainte-Hélène, de Carcans, de la Canau, de

I. Les dunes de Saint-Paul de Li'on, en Bretagne, ont fait G liciu's en cinquante-six ans. Dans le cauloii subliieigé, on VU} ail eiu'ore naguère des pointes de clocher et le haut de quelques cheminées qui sorlaient de celte mer de sable. (Hisloire de C Acadéinie des sciences , année 1722, p. 7). Le même phénomène se produit sur les côtes de la Saintonge, entre la Seudre et la Gironde. D'aprf'^s la tradition locale, une petite ville, Anchoanne, est ensevelie sous les sables de la côte de Alaumusson.

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178 DESCRIPTION DE Lk SURFACE

Sanguinet, de Biscarosse et dix autres. L'an-

cicuiie église de Saint-Paul est sous les eaux de l'étang d'Aureilban. Le bourg de Bias, son . église, ses vif^nobles ont été noyés. En 1802, le village de Saint-Julien a ainsi perdu cinq métairies, et, il y a quarante ans, dans les basses eaux^ on voyait une chaussée romaine allant de Bordeaux à Bayonne.

Mais le génie de Tbomme a vaincu les flots et les veûtS; On sait maintenant arrêter ces dunes mobiles par d'babiles plantations. Les racines du gonrbet', des genêts, des ajoncs, des pins maritimes pénètrent et s'enlacent au milieu des sables humides, et les fixent. Dès lors, la dune n'avance plus vers l'intérieur des teiTes. Si les vents et la mer lui jettent de nouveaux sables, ils augmentent son talus, mais du côté de TOcéati, qui recule à son tour • devant son propre ouvrage. L'une des plus belles forêts de France couvre aujourd'hui les dunes arides, dont on voyait, il y a soixante

1 . h'Arundo arenaria. Le calamayrestis arenaria, graminée à racinsB traçantes, connue sous le nom de oyat^ mr le littoral français delà Manche, et \» car ex arenaria^ plante de la famille des cypéracées, remplisBent les Hiêmes fonctions dans les dunes de Pioai die.

ans, blanchir et s'avancer la crête menaçante.

C'est l'ingénieur Brémontier^ mort en 1800^

qui trouva ce moyeu simple et grand d'écader un malheur public. 11 l'appliqua à partir de 1788; on achève aujourd'hui son ouvrage.

Jamais une bonne action n'aura si vite et autant rapporté. On a sauvé une pro\ânce, et, du même coup, l'administration a créé sur la dune stérile une valeur que le ministre des finances de 1844 portait déjà au chifire de 40 millions - 1 Maintenant, on attaque la lande, que le paysan ne parcourait naguère que monté sur des échas- SOS, et où la fièvre, la pellagre, sortait incessamment des flaques d eau maréc^euses qui

1. Le principal produit n est pas le bois même, mais la H^slne (ju'on en tire, et dont on fait du brai,du la colophane, des essences, du vernis. Un pin en donne jiour 25 ou 30 centime» par an. Deux cents pins sur un lieclare portent donc le revenu annuel de l'hectare à 50 francs. De l'arbre même, quanti on l'abat, on fait du chai bon et du goudron, ou du l)oi.s de constrtH'tion. Un hectare de pins de trente ans se vend 600 francs. On a semé aussi du chêne, qui est partaiteraent venu, et jiroduit, à l'hectare, un revenu de 150 francs. La liste civde a acheté 7U00 hectares dans les Landes pour y installer quatorze fermes, et cette initiative, l'ortiiiée par la législation nouvelle sur ces vastes steppes, a doublé en quelques mois le pm des terrains.

l'inondent. On viendra sans doute à bout de la lande comme on est venu à bout de la dun^, et rhomme inscrira une victoire de plus sur cette nature qui Ta si longteuips tenu asservi.

Entre la Gironde et la Loire la côte, mieux protégée contre les tempêtes de l'Océan par plusieurs grandes iles, Ré et Oléron, n'offîre pas le triste aspect des [landes de Bordeaux. Mais la . mer ronge et détruit très-rapidement les pointes saillantes. Ainsi celle de Chatellaillon est aujourd'hui séparée de ilie d'Aix par un bras de mer de 6,000 mètres. Au nu)yen âge, on allait de Tune à l'autre presque à pied sec, et on trouvait une ville entre les deux, Monmeillan qui a disparu. Les débris ' résultant de cette destruction forment une immense quantité de vase qui, comme les sables des Landes, comble les golfes et les ports, mais est trop pesante et tenace pour se laisser . élever, comme eux par les vents, en dunes mobiles. Elle s'étend en plaines que les habitants assèchent peu à peu ou changent en marais salants. Les rivages de la Saiutonge et de l'Aunis en sont couverts. L'Aunis luimême ne semble être qu'un récent atterrisse-

ment de la mer. Aucune voie romaine ne le sillonne, et sou nom n'apparaît pas avant le douzième siècle dans l'histoire.

Certaines parties des iles de Ré et de Noirmoutiers, formées par des atterrissements, seraient recouvertes par la mer, dans les forts coups de vent, si le flot n'était arrêté par des levées soigneusement entretenues. A Noirmoutiers, 25 kilomètres de digues protègent un pays qui est parfois à 1*°, 60 au-dessous des hautes marées. Ici encore, ces levées défendent bien contre la mer le sol placé derrière elles, mais empêchent son exhaussement progressif par les dépôts marins qui, à force de s'accumuler, les auraient mis pour toujours à Tabri des eaux. ♦

Dans l'origine, la côte du Poitou était profondément échancrée, et du milieu de ce golfe immense s'élevaient une vingtaine d'îles qui sont de nos jours les collines dont la plaine est semée. Ainsi l'ouverture de la baie de l'Aiguillon est de 7000 mètres; elle était autrefois de 34000. Elle ne s'avance que de 9000 mètres dans les terres, et jadis la mer y entrait jusqu'aux environs de Luçon, Mail-

lezais, AigrefeuiUe, Longuevillé et Niort. Pour aller en droite ligue de Luçon à Aigrefeuille^ on àyait à faire un trajet par mer de 42 kilomètres» Ce même tr^get se fait à pied* Aujourd'hui Longueville est à 3S kilomètres du rivage; LuçoUy à plus de 12; Maillezais, à 29; Niort, à 48; Grip, à 49 ; Benon, à 21, et Aigrefeuille, à 22. Le canal du Goua^ qui sépare Noirmoutiers du continent, a S306 mètres. A mer basse^ il assèche et est classé parmi les rôtîtes du département comme chemin vicinal de grande communication.

Dans le seul bassin de la Sèvre niortaise^ plus de 20000 hectares ont été abandonnés par les eaux, et sont d'une extrême fertilité. C'est dans ces herbages que s'élèvent les grands bœufs dits de ChoUet, qui alimentent Paris, et ces mulets que l'Espagne nous achète si cher. Il y a là tel âne qui ne serait pas cédé pour 6 et 7000 francs.

Plus bas, la mer reprend par fois ce qu'elle a donnéy ou du moins revient visiter son ancien domaine. La partié du rivage qu'on appelle les matais mouillés est recouverte par elle dans les hautes marées, ou inondée par les pluies

d'hiver. Rien de triste comme cette vaste

étendue tour à toui* reprise ou laissée par les eaux, et découpée par les digues étroites qui sont les chemius des marais. Partout la solitude et le silence. On n'entend que le clapotemeut des eaux contre le pied des terrées.

Parfois un bruit sourd de rames ou le chant plaintif du huttier qui refait sa cabane de roseaux et de branchages. Point de village montrant au loin son clocher qui annonce que là on prie y on aime ; point de ferme, ni le bruit j oyeux des troupeaux qui rentrent à l'étable, ni Taigrette de fumée s'échappant le soir du haut des toits, signe que la famille, dispersée parles travaux du jour , se réunit autour du foyer domestique; pas même d'arbre, si ce n'est le saule bas et trapu, tristement étété, et, dans les roselières, Varundo phragmites, le roseau à balais qui élève à 2 mètres ses fleurs d'un rouge sombre, plante précieuse toutefois, et la providence de la contrée, car elle nourrit de ses feuilles la vache du cabanier, quelquefois, dans les temps de disette, le nourrit lui-même de ses jeunes pousses ou de ses racines réduites en farine, et toute Tannée le chauffe et Ta-

brite. C'est le seul bois du pays; les huttes en

sont faites. Là, habitent pcle-mele riiomme,la femme, les enfauts et la vache. Mais le maraîchaiu y reste peu; sa yole est sa vraie maison. Il y naît, il y vit, il y meurt. Elle lui sert à chercher le long des digues Therbe pour lu vache, à tendre les filets, ou à poursuivre les oiseaux aquatiques, les raautres véritables du marais.

Cette petite Hollande, comme on appelait au seizième siècle la côte humide et basse du Poitou, avait son Amsterdam, la Rochelle, née au onzième ou au douzième siècle sur un rocher étroit, Rupella^ que des marais entouraient de trois côtés, et qui, devenue une puissante république, ne courba la tète que sous la rude main de Richelieu. 3es marins passaient pour les plus habiles qu'il y eût au monde. Au commencement du dix-septième siècle, ils avaient battu les rois de la mer, en ce temps-là, une fiotte hollandaise.

Aujourd'hui, leur port, souvent désert, ne communique à FOcéan que })ar un canal long et étroit, que la vase menace de faire disparaître. Celui de Brouage, autrefois trèsilorissant« est à peu près comblé, et la lièvre

a fait déserter la ville. Le brasseyage dimi» nue dans i anse de rAiguillon , dans la baie de Bourgneuf et des deux côtés de l'île de Ré , à rentrée du Pertuis Breton et du Pertuis d*Antioche. Toute la vie maritime s*est retirée de cette côte insalubre pour se concentrer à ses deux extrémités, à Bordeaux et à Nantes. La révocation de Tédit de Nantes est pour quelque chose dans cette ruine. Les changements survenus dans la navigation et dans la construction des navires y ont contribué davantage. Aucun de ces petits ports ne pourrait recevoir maintenant les flottes marchandes qui entrent dans la Gironde et la Loire. Le pays même qui s*étend derrière eux, dans leur rayon d'approvisionnement, est singulièrement déchu de son ancienne prospérité.

Poitiers, comme Bourges, comme Provins, autres villes déshéritées, a une enceinte trop grande pour sa population actuelle.

C'est cependant là que Louis XVI, forçant la uature comme il l'avait forcée à Versailles, établit un grand arsenal maritime, Rochefort, sur la Charente. Cette petite et gracieuse rivière, que Henri IV appelait le plus joli mis-

186 description; de la surface

seau du royaume , n'était pas digne d*un tel honneur. Rochefort ne pourrait nous donner, que des coques de navires, si aux bouches du Ûeuve ne s'étendait la belle rade d'Aix où on les arme, et qui est, à présent, mieux défendue que le jour où les brûlots anglais vinrent, en 1809, y détruire toute une escadre.

Les côtes dentelées de la Bretagne ont autant de ports qu'elles ont de golfes. Ce rocher de granit, contre lequel brisent en valu les tempêtes, porte à lui seul une grande partie ^ de la fortune maritime de la France. De nos cinq porls militaires deux sont là : Lorient, chantier de construction, et Brest; celui-ci avec une rade magnifique où SOO vaisseaux de ligue seraient à Taise et où l'eunemi ne peut entrer, mais aussi d'où il est parfois di£B- ^ cile de sortir. Le goulet, long d'une lieue, par où la rade s'ouvre sur l'Océan, a seulement 1300 mètres de large, et en son milieu une roche dangereuse, le M€n<^am^ ou pierre boiteuse ; au delà du goulet, s'étendent des deux côtés et fort loin en mer, quantité d'écueils et de brisants auxquels on a donné un nom commun, VIroise, et qui sont à la fois la sû-

ret('^ et le danger de Brest. Eu 1793, uu vaisseau de 120 canons, le Républicain^ a péri dans ces passes.

ce A considérer Brest en particulier, disait Vauban, on trouvera qu'il est situé comme si Dieu Tavait fait exprès pour être le destructeur du commerce des Anglais et des Hollandais, puisqull est plus que pas un autre à portée de le pouvoir incommoder de quelque côté qu'il puisse entrer. » Cette pointe de Bretagne qui s'avance en face de la mer d'Irlande, entre le golfe de Gascogne et la Manche, dominerait en effet toute la navigation dans ces eaux, si on y plaçait des torces suffisantes.

A mi-chemin de Brest à Cherbourg se trouve le premier de nos anciens ports de corsaires, Saînt-Malo, patrie de Surcouf et de Duguay- Trouin.

Ici un phénomène particulier se produit.

Saint-Malo est le point du globe, après Annapolis aux États-Unis, où la marée monte le plus haut, quelquefois de 50 pieds, et avec une telle vitesse que sur la plage du mont Saint- Michel le ilot dépasse le galop d'un cheval.

Autre fait important et curieux : la mer re-

jette dans la baie de Cancale et sur plusieurs points de cette côte, un sable mêlé de débris d'animaux et qu*on appelle la tangue ou le trez, matière riche en phosphate de chaux et qui fournit un engrais précieux à l'agriculture normande et bretonne.

Le Couesnon, limite de la Normandie et de la Bretagne, débouche dans la grève du mont Saint-Michel, en péril de mer^ au milieu de sables mouvants qui engloutissent tout, hommes et chevaux. Cette grève n'a pas toujours existé. 11 fut un temps où le mont Saint- Michel était en terre ferme, et Jersey, aujourd'hui à cinq lieues de nos côtes, s'y rattachait, car dans cette direction on a souvent trouvé, à l'endroit où ils avaient poussé, des troncs d'arbres, débris d'anciennes forêts. Un pied de chêne gigantesque fut arraché du sable, il y a dix ans, à 900 mètres au sud-ouest du mont.

Sans les digues, la mer avancerait encore de plusieurs lieues dans les terres entre Avranches, Pontaubault et la jolie ville de Pontorsou. On voit, sur un rocher pittoresque, Granville, avec son petit port de commerce fort actif. Mais le ' regard a hâte de courir à l'extrémité de cette

péninsule qui s'avance, comme pour la barrer,

au milieu de la mer que les Anglais ont osé appeler le canal britannique {the british channel). Par une des fortunes les plus rares qui soient au monde, la nature, qui d'ordinaire termine les promontoires par des roeliers abruptes et inhabitables contre lesquels la mer déferle avec fureur, a ici creusé un golfe qui entre de 4000 mètres dans les terres et une rade qui s'ouvre de 7000 entre les deux pointes qui la forment; mais tous les vents la balayent, et longtemps il n*y a eu là qu'un petit port peu sûr, incapable de recevoir et de protéger de grands vaisseaux. Aujourdliui Cherbourg s'y trouve', et dans une position que Vauban estimait audacieuse. Elle Test, car de là on a vue sur toute la Manche et on menace de bien près les côtes d'Angleterre. Des travaux surhumains .y ont été accon^piis. Que sont les fastueuses et inutiles construc^

1 . On a longtemps hésité entre Cherbourg et le port de Saint-Waast, près de la fameuse rade de la Hougue. Il est bien heureux que Gl)erhoarg l'ait emporté, car des atterriesements se forment vers le sud du mouillage de la Hougue, qui aujourd'hui ne donnerait pas un refoge à plus - de six yaisseaux.

190 DËSGHIPTION ÛË LA SURFACE

tioûs des Pharaons d'Egypte' à côté de cette montagne jetée dans FOcéan et qui emprisonne une mer orageuse dans un bassin de granit?

C'est ime terrible mer^ en eliet^ que celle qui vient battre cette pointe avancée de notre continent. On Ta vue jouer avec des blocs de 4 000 kilogrammes, comme avec le galet des falaises, et, quand elle trouva la digue devant, elle, y briser ses vagues furieuses qui rejaillissaient jusqu à 80 pieds dans les airs, mais retombaient impuissantes. Cette digue n'a pas moins de 150 mètres de laideur à sa base, une longueur de 3 638 mètres, avec un relief .de 22 mètres au-dessus du fond de la mer.

Une muraille en maçonnerie de lO'^SO de hauteur au dessus du niveau des basses-mers la recouvre. « J'avais résolu, disait Napoléon, de renouveler à Cherbourg les merveilles de l'Ëgypte. J'avais élevé déjà* dans la mer ma pyramide; j'aurais eu aussi mon lac Mœris. »

1. Du seul l Oclicr de granit dans lerpifd on a preusé les Lassins de Cherbourg, il a été extrait une masse qui cube un tiers de plus que la masse entière de le grauiie pyramide. Le cul»age de la digue est du double.

veut parier de la rade que la digue reuferme et où 40 vaisseaux de ligne avec toyte uoe flotte de bâtiments inférieurs et un immense convoi trouveraient un sûr abri ^ G*est le plus bel ouvrage hydraulique qui soit sorti de la main des hommes. Le breakwaterde Plymouth n a que 1 800 mètres de longueur.

Commencée en 1783, la digue vient d'être terminée; on y a dépensé 67300000 Ir., et elle est portée sur le budget à Tétat d'entretien depuis le 1" janvier 1854.

Cet effort et les millions qu'il a coûtés étaient nécessaires, car sur toute la longueur de la Manche, nous n'avons pas un port, pas une rade défendue où puisse se réfugier une frégate. Une escadre prise dans le canal par les forts veuts d'ouest qui y soufflent les deux tiers de Tannée, est toujom's en danger d'être affalée et perdue sur les sablns ou contre les falaises. Ce n'est pas que la Manche soit profonde ; les tours de Notre-Dame, dit M. Elie de Beaumont, pourraient s'y promener sans mouiller leurs créneaux; mais elle est capri-

1. En utilisant l'avant-port et Jes bassins, on pourrait faiie Leuir à Glierbourg 65 vaisseaux de premier rang.

198 DËSGHIPTION BË LA SURFAGË

cieuse, violentei brumeuse, sillonnée de remous et de courants qui se renversent à chaque instant, et qui en font une des mers où la navi* gation est le plus difficile.

Brest, Rochefort, Toulon même, peuvent être bloqués par une flotte ennemie et l'ont été; refuge eAcelleut pour nos vaisseau:^, ils sont quelquefois devenus aussi leur prison.

Cherbourg ne peut jamais l'èU^e, du moins l'ennemi ne parviendrait que très^if&cilement, même avec la vapeur, à nous y tenir enfermés. Aussi a-t-il excité la colère et les craintes de l'Auglelerre. « Ne voyez-vous pas, s'écriait le haineux et éloquent Burke dans le Parlement, dès l'année 1785, ne voyez-vous pas la France, à Cherbourg, placer sa marine en face de nos ports, s'y établir malgré la nature, y lutter contre l'Océan, et disputer avec la Providence, qui avait assigné des bornes à son empire. Les pyramides de l'Ëgypte s'anéantissent lorsqu'on les compare à des travaux si prodigieux. Les constructions de Clierbourp^ sont telles, qu'elles finiront par permettre à la France d'étendre ses biàs jusqu'à Portsnioutli etPiymouth \ et nous, pauvres

Troyeiis, nous admirons cet autre cheval de bois, qui préparc notre ruine. Nous ne pensons pas à ce qu'il renferme dans son sein, et nous oublions ces jours de gloire pendant lesquels la Grande-Bretagne établissait à Dunkerque des inspecteurs pour nous rendre compte de la conduite des Français. »

De la pointe de Barfleur au cap d'Antifer le rivage se creuse en un vaste golfe dont les bords généralement plats ou, en de certains points, escarpés et à pic^ ne sont abordables qu'aux bateaux de pèche. Les puissants courants dont la Seine n'est plus que l'image bien affaiblie, ont empoi*té le rivage entre Honfleur et Harûeur sur une largeur de 10 à 12 kilomètres ; c'est par cette échahcrure que le fleuve se réunit à l'Océan.

Le nouveau rivage à peine formé, la mer commença à le remanier. £lle y fit, avec les débris des falaises voisines, ce qu'elle fait partout, un cordon littoral, en arrière duquel se trouva naturellement une dépression du sol que les marins du quinzième siècle appelaient là grande fosse. Aujourd'hui encore, certaines

rues du Havre sont au-dessous du niveau des

grandes marées. François P'' voulut avoir là un

port. Sur le cordou littoral, ou a bâti les' bastions; dans la grande fosse y on a creusé les basoius; et avant la guerre actuelle d'Amérique, le Havre-de-Grâce était \€ premier port de France pour les importations transatlantiques. Il n'a point assez de profondeur pour recevoir de grands bâtiments de guerre; mais . des draguages énergiques permettent aujouiv d'hui l'entrée, même en uiorte-eau, à des navires calant 7 mètres.

Le Havre doit une pai tie de sou importance à la marche particulière que la disposition des lieux impose aux marées dans la baie de Seine. Le flot qui arrive de Touest» à la marée montante, se partage à^la pointe de Barfleur. La portion la plus considérable court tout droit au cap d^Antifer, puis le long des falaises de Normandie, dont il remplit les ports ; Tautre longe la côte du Cotentin et du Calvados et entre dans la large embouchure de la Seine.

Quand le flot se renverse, il' s'établit du cap d'Antifer à la pointe de fiarUeur un courant contriHre par lequel passe toute la marée descendante de la Manche, et qui empêche pen-

daiit (juelque temps récoulemeiit des eaux enfermées dans la baie de Seine. Dû là^ il résulte que la mer, qui u est que quelques minutes dans son plein pour tous les ports à Test du Havre, y reste une heure dans la baie de Seine, c'est-à-dire que les gros navires trouvent, pour entrer au Havre, pendant une heure, dans les marées ordinaires, pen4ant trois aux syzygies, la plus grande profondeur d'eati, tandis qu'ils ne la trouvent dans les ports de l'est que durant quelques minutes*. On voit pourquoi un (a^rand port est là.

Au Havre commencent les falaises qui se continuent jusqu'à la Somme. Hautes de 60 à 100 mètres, et surploaibant les flots qui minent incessamment leur base, elles ont reculé, depuis l'ère chrétienne, de 600 mètres au moins^ Sur certains points, elles ont laissé

1. La durée de Véùàé du plein de l'eau est d'une heure, en ce sens que pendant 30 minutes avant l'heure de pleine mer et 30 minutes après, la hauteur de l'eau ne varié que

de 0'",02. Une heure et.demie après le plein, à l'époque des «} i^ygies, la mer ne s'est abaissée que de 0'",35 en mo) enne. Ce précieux avant aj^e permet de tenir ouvertes les portes des bassins, débouchant dans l'avanl-port, pendant trois heures et demie environ, à rhaqne marée.

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