Bande, te Piu^e-Cotoû
à la terre et tantôt à la mer; que le vaste»
Océan envahit et abandonne tour à tour. »
Âu»si n'a-t-ou pu les conquérir sur les flots qu'avec des travaux gigantesques, en s' aidant des dunes ou des bourrelets de sable formés par la mer elle-même. En preuve de leur anpien état, ces terrains conservent d'immenses marécages, des mers intérieures, dont les .unes sont les restes de quelque invasion de TOcéan, qui, dfiuîis ses plus furieuses tempêtes, passe par-dessus les digues, comme le jour où il forma le Zuyderzée, qui était anciennement un lac, et celui où il remplit la mer de Harlem, que les Hollandais viennent de dessécher. Ou bien, ce sont les fleures de l'intérieur, qui apportent tant de limon du haut pays, que leur lit s'en exhausse et^que leurs eaux, dépassant le niveau des campagnes voisines, crèvent ou surmontent les digues entre les^ quelles il faut les enfermer. Ainsi se forma le Biesboch, où, le 19 novembre 1421, la Meuse engloutit 71 villages et 100 000 habitants.
22 de ces villages sont encore sous les eaux, et longtemps on vit la flèche des clochers pointer au-dessus des vagues de cette mer
206 DESGiUPTlUN DE hX iSURFAGE
jiotivelle. 11 y a des polders qu'on ne maintient à sec qu'à Taide de machines à épuLsement, mises en action par des moulins à vent, et dont le sol est à 4^ 5, même 8 mèti'es audessous des hautes marées ordinaires.
La Hollande est continuellement entre ces deux périls de TOcéan et de ses fleuves. Qua la tempête gronde avec le vent du nord et ime marée de syzygie, que ses fleuves lui arrivent * grossis par les pluies ou que la débâcle des glaces arrête et amoncelle leurs eaux, tous, hommes y femmes et enfants , courent aux digues. On est là ingénieiur sous peine de mort.
Sur les cAtes de GasCDgne, Thomme fixe les sables; ici, il refoule rOcéau, et, pour mettre hors de ses atteîntes^e sol qu'il a conquis sur lui, il l'exhausse sans relâche. Les écluses des digues laissent passer sur les terres des polders les eaux troubles de la mer ou des lleuves, et ne les leur rendent qu'après qu'elles ont dé^ posé les poi'ties terreuses dont elles étaient chargées.
Sur ces rivages plats et bas, les ports ne peuvent être ni profonds ni nombreux. Nous
y avons Calais et Dunkerque. Dans le premier,
la marée ne laisse entrer chaque jour les paquebots que pendant un petit nombre d'beures;
le second, situé en lace de la Tamise, dans
une position où nous aurions tant besoin
d'avoir un grand port militaire, ne peut malheureusement recevoir que des frégates. Anvers nous manque, Anvers, le grajid port de la mer du Nord, et qui eût été le rival de Londres, si la diplomatie ne l'avait condamné à rester pauvre et inactif, sur un Ûeuve magnifique, qui communique avec le Rhin et la Seine, et d'où il desservirait la France et l'Allemagne*.
Ce sol, domaine incertain de Thomme et de
1 . Anvers ;i rependant un grand inconvénient :• cliaque année, les glaces interceptent la navigation, et les alluvions que l'Escaut forme à son embouchure rendent diflicilo, pour les grands navires, le passage du lleuve à la mer. Aussi le fret est-il à Anvers plus cher que partout ailleurs, même (fu'au Havre. Amsterdam, Holterdam, Brème, Hambourg et les ports situés sur les fleuves qui débouchent dans la mer du Nord, voient ci oître incessamment les difficultés de la navigation. Pour y parer, la Hollande vient de supprimer deux bras de mer (le Slœ et l'Escaut oriental), afin de mettre, à l'aide d'ua canal et d'un chemin de fer, le port de Flessingue en communication directe avec les villes marchandes de l'intérieur.
rOcéan, fut au moyeu âge couvert de cités florissantes. Cétait la Flandre, jadis si riche et si fière. Aujourd'hui, la misère la décime. Nos villes des côtes de Picardie et de Normandie, sout moins malheureuses. Elles déclinent pourtant, et là se répète le phénomène que nous avons déjà reconnu sur le littoral de la
Provence, du Languedoc et du Poitou. Les
petites localités s'effacent, 1 activité nationale, éparse jadis sur tous les points du territoire, se rapproche et se concentre pour produire de plus grandioses résultats. Ces résultats, nul plus que nous ue les admire. Mais n'y a-t-il pas de regrets à donner à cette vie provinciale qui s'épanouissait si richemeut daus la vieille Gaule et au moyen âge? Que de splendides monuments qui ue s'élèveraient plus aujourd'hui! Caen, Bayeux bâtiraient-elles encore leurs belles églises? Poitiers ses arènes? Bourges son immense cathédrale? Chartres son église décidée de tout un peuple de statues?
Saint-Malo offrirait-il encore de prêter les 30 millions qu'il donua à Louis XIV, ou d*armer 22 vaisseaux à ses frais? Arles, Aix, Narbonne, Provins, Colmar, Sens, un des centres
intellectuels de rancieuue Frauce, Autun, longtemps sans rival en magnificence et en richesse, Compiègue, cité populeuse et commerçante, Troyes, qui peut-être eut jadis le double de sa population actuelle, décliiient ou se meurent, tandis que Paris gagne 300 000 habitants en cinq ans. Le phénomène est général et ce mouvement de concentration s'opère partout. Londres croit plus vite encore que Paris : il renferme, a lui seul, le neuvième de la population totale de TAngleterre.
Ainsi quelques loyers actifs reçoivent et absorbent la plus grande partie de . la vie générale. La civilisation moderne est comme ces redoutables machines qui vont travaillant d'un puissant et infatigable eifort. Autour d'elles, le feu, la fumée, le bruit d'un labeur gigantesque et une armée de serviteui's empressé3 qui sont accourus de tous les points d*alentour; au loin, la solitude et le silence.