‹ Introduction générale à l'histoire du droitChapitre 16 sur 52 · GLOSSATELRS. XIV* SIECLE J BARTOLE. XV* SIECLE J · texte numérisé non relu

GLOSSATELRS. XIV* SIECLE J BARTOLE. XV* SIECLE J

A>GE POLITIEA.

Ainsi nous ne poursuivons pas une ombre, en nous attachant au droit et à sou histoire. Le droit est dans la nature, dans l'histoiie et dans la science, et nous pouvons hardiment l'interroger dans sa philosophie, le suivre dans SCS annales , et le contempler dans ses dogmes. Mais avant d'entrer pour notre propre compte dans l'étude des idées, des faits et des théories, n'avons-nous rien à faire? Irons-nous , sans nous enquérir de nos devanciers et de leurs œuvres, nous embarquer étourdiment , sans songer que les routes qu'ils ont prises peuvent nous indiquer celles qu'il faut tenir et celles qu'il faut éviter ?

In ancien a dit avec gravité : « Nulla est ars qu£e sin-

RÉNOVATION SCIENTIFIQUE , etc. 2g

« gulari consumraata sit ingenio. » (1) Il est vrai, il n'est pas donné à un génie humain , quel qu'il soit , d'ouvrir et de fermer à lui seul la carrière d'une science , de la consommer. E-difice qui s'élève lentement, pierre à pierre , la science, cette Babel légitime de l'humanité, est debout au milieu des siècles et des hommes qui viennent les uns après les autres y mettre la main. N'est -il pas alors nécessaire à chacun de se faire conter l'histoire des fatigues, des sueurs et des efforts qu'il doit continuer, de connaître la place où manœuvre d'un jour il doit travailler? Le spectacle de ce qui a été fait montre ce qui reste à faire, et le passé est l'enseignement de l'avenir.

La science du droit dans l'Europe moderne ne date que du douzième siècle-, c'est à cette époque qu'elle vint s'associer à la théologie et à la scholastique. (2) Irnérius fut contemporain d'Abeilard.

Le droit romain (5) n'avait pas péri , mais à côté des barbares et de leurs lois , à l'ombre du christianisme et de ses institutions, il avait subsisté , gouvernait la vie civile des vaincus et des clercs , et avait pris sa place dans les éléments et les bases de la civilisation eiu'opéenne. Au douzième siècle , de cette existence de fait il passa à une

(i) Columelle, cité par Haubolçl.

(2) Voyez , sur l'état de la théologie et le développement de la scholastique an douzième siècle , l'Histoire de la philosophie de M. Cousin , 9* leçon, t. I.

(3) Voyez, à l' Appendice, notre Analyse de l'histoire du droit romain au moyen âge , de M. de Savigny.

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dictature intellectuelle; de législation pratique il devint une science, et fut exclusivement, pendant trois siècles, la science sociale de l'Europe. Alors l'église cessa de tenir seule dans sa main la culture de l'esprit : les laïques eurent à eux la jurisprudence, et, jurisconsultes, ils furent les maîtres de la science politique, pendant que la philosophie restait encore au pouvoir de la théologie.

Il était réservé à l'Italie , berceau, patrie du droit romain, d'être le théâtre de cette rénovation scientifique. La prospérité que les villes lombardes durent au commerce, l'organisation de leurs commîmes , leur amour d'indépendance et de liberté donnaient à la fois à la vie civile et politique une activité nouvelle et des besoins nouveaux. Le commerce multipliait et compliquait les transactions privées , les occupations et les luttes politiques provoquaient des principes de conduite et de législation plus généraux , et certes, ce n'était pas le vieux droit barbare qui pouvait se prêter à ce mouvement des esprits, le suivre et le satisfaire; mais le droit romain, souple et riche à la fois , vint oflfrir ses trésors : on les mit eu œuvre.

Bologne n'était pas fort éloignée de Ravennes, riche de tous temps en manuscrits, et où s'était conservé plus qu'ailleiu-s un certain nombre de copies des livres de Justinien. De Ravennes , quelques unes de ces copies furent portées à Bologne, et là, un maître ès-arts, homme d'un esprit prompt et actif, aimant sincèrement l'étude , Irnérius (ou Werner, dont on a voulu faire un Allemand j mais la critique s'est arrêtée à en faire un Bolonais), Irnérius prit ces livres , les lut avec curiosité , et les relut avec

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aridité. Seul, sans maître, il se mit à les étudier, puis à les enseigner-, et de maître ès-arts se fit docteur en droit et jurisconsulte. Telle est l'origine fort simple de la fameuse école d'ïrnérius et des glossateurs.

Irnérius dans son enseignement , ayant devant lui les textes du droit romain , commença par interpréter un mot par un autre (glose, 7>w??« mot), puis il s'enhardit , et aux gloses littérales succédèrent les gloses marginales qui étaient déjà une espèce de commentaire, des notes qui se mettaient en marge , et contenaient par fois trois ou quatre phrases , pour interpréter un passage plus ou moins obscur. Voilà le point de départ de la théorie du droit dans l'Europe moderne.

M. de Savigny amis sous un jour vrai les travaux d'ïrnérius et des glossateurs , leur originalité et les services qu'ils rendirent j et en cela sa critique s'est montrée supérieure à celle des écrivains qui se sont occupés à rassembler des phrases tirées des glossateurs , pour prouver que ces derniers ne savaient ni l'histoire, ni les antiquités du droit, ce qui, sans doute, doit surprendre au douzième siècle-, comme si c'était de leurs fautes que nous dussions être frappés , et non pas de leur mérite , de leur activité , de leur indépendance, de ces débats entre Martin et Bulgare, de cet éveil donné à la jurisprudence. Eh! qu'importe, bon Dieu, qu'ils aient cru que la loi Hortensia venait du roi Hortettsius 1 Pour reconnaître à ces hommes une capacité singulière, il me suffit que, venus les premiers, ils aienteu la vive intelligence delà science, des principes et

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