RÉNOVATION SCIENTIFIQUE
des axiomes du droit; qu'ils aient été jurisconsultes, et je ne m'étonnerai pas s'ils ont manqué au rôle d'historiens et de littérateurs. Ainsi au douzième siècle, voilà un grand mouvement-, la science du droit s'élève à l'enseignement et à la théorie , par les cours et les écrits des glossateurs , qui , professeurs et écrivains , ouvrent par leurs leçons , leurs gloses , et leurs autres ouvrages, les fastes de la littérature juridique.
Mais les gloses dans l'espace de cent ans s'étaient tellement multipliées , chaque glossateur avait tant écrit pour montrer son indépendance et sa fertilité , qu'il y eut besoin d'un résumé, qui, nouveau progrès dans la science, rassemblât comme en un faisceau les richesses du siècle précédent : telle fut l'œuvre du treizième siècle , et la gloiie d'Accurse(i).
Accurse , qui eut pour maître Azon, comprit qu'il était temps d'apporter la synthèse au milieu d'interprétations si nombreuses: dans sa. glossa o?'dtnaria, il résuma toutes les gloses importantes , et mit les unes à côté des autres , les opinions divergentes sur les plus graves questions , en
(i) Accurse, né vers 1182, proiessa à Bologne et mourut en 1260. Au moment où nous livrons ces feuilles à l'impression, nous recevons le cinquième volume de l'Hisloire du droit romain de M. de Savigny , où il expose , avec les détails les plus curieux , la vie, les travaux d' Accurse, la double école de tliéoriciens et de praticiens qu'il fonda , la valeur historique de sa Glose , qui nous a transmis les travaux des glossateurs.
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y ajoutant sa propre doctrine. Ce travail excita Tadmiration des contemporains. Accurse fut l'autorité de son siècle, qu'il remplit de son école et de son nom.
Si aux travaux infinis et partiels qui caractérisent le douzième siècle succède un vaste résumé, Bartole (i) , venant au quatorzième siècle , commença à écrire des commentaires sur les Institutes, une grande partie du Digeste, et quelques livres du Code. Une sorte de ridicule s'est attachée à son nom ; c'était cependant dans son siècle un homme puissant : il sut rallier tous ses contemporains à son école, eut les bonnes grâces de l'empereur Charles IV, et peut-être fut consulté sur la bulle d'or. Déjà grand jurisconsulte, il apprit les mathématiques et l'hébreu 5 il avait pour maxime d'apprendre sans cesse quelque chose de nouveau , et sortit à la fois de la science et de !a vie à l'âge de cinquante-sis ans. Balde , (2) son élève et son contradicteur, lui succéda.
Voilà donc trois siècles dépensés à la seule culture du droit romain , et la science du droit proprement dite n'est pas encore sortie d'une exégèse timide qui n'a à son service nil'histoire ni la littérature. Le quinzième siècle , qui ne nous fournit aucun jurisconsulte dominant et enseignant son temps , comme Accurse et Bartole , semble uniquement destiné à concevoir et à préparer dans la science du droit , comme dans tout le reste , une éclatante révo-
(1) Né en i3i3, à Saxoferrato; mort en i35g.
(2) Né vers l'année i324, mort en 1400.