PUFENDOKF. SUCCESSEUR MEDIOCRE DE GROTIUS
JUGEMENT DE I.EIBNITZ.
L'Allemagne n'a point encore paru dans cette revue de la science et de son histoire. Son génie patient et profond fut lent à se développer , et en toutes choses l'Allemagne a paru la dernière dans les luttes et dans les travaux de l'intelligence européenne. Leibnilz et Rant ne sont venus qu'après Descartes 5 Schiller et Goethe , qu'après Shakespeare et Racine; et dans la science du droit ce n'est qu'au dix-septième siècle que l'Allemagne a pris un rôle original. C'est que ce pays avait fort à faire pour avancer son éducation moderne; l'Allemagne n'avait pas eu comme la France et l'Italie le secours de la civilisation romaine, ni comme l'Angleterre le levier puissant des institutions politiques. Seule, livrée à elle-même, la patrie d'Arminius, dont la barbarie naïve et vigoureuse avait régénéré l'Europe, se trouva toute neuve et toute ignorante en face du
christianisme et des mœurs romaines. Le génie allemand, avec sa poésie et ses profondeurs , s'accommoda bien de la religion chrélicnne et de sa théologie -, il y puisa entièrement sa nourriture morale et sa culture intellectuelle -, voilà pourquoi l'Allemagne fut le peuple par excellence du moyen âge, et en montre encore aujourd'hui la vive empreinte dans sa poésie, ses arts, sa religion, ses mœurs et sa littérature. Et cependant ce moyen âge, qui portait, pour ainsi dire, sur son écusson les couleurs germaniques , devait recevoir de l'Allemagne elle-même le coup terrible de la réforme -, opposition singulière qui s'explique pourtant par la nature du génie national. Un célèbre historien (i) a remarqué que le goût de l'indépendance individuelle, le sentiment de la personnalité libre, avaient été introduits dans la civilisation européenne par les races permaniques. Or, l'Allemagne ne dépouilla jamais cette indépendance-, elle employa successivement son individualité et son énergie à adorer le moyen âge et son autorité , puis à l'ébranler. C'était le même caractère qui persistait: de la liberté instinctive des mœurs, elle voulut passer à la liberté réfléchie de la pensée, et finit par- la donner à l'Europe. La réforme religieuse naquit en Allemagne , qui fut vraiment son théâtre et son champ de bataille , et produisit ses plus profonds théologiens et ses plus héroïques guerriers.
Luther fut sans doute le précurseur de Desr artes , de
(i) M.Guizot.
Kant et de Voltaire^ mais la révolution à laquelle il a donné son nom n'exerça pas une influence immédiate sur les sciences morales et philosophiques. L'esprit d'examen s'arrêta quelque temps à la théologie avant de passer dans la philosophie et la jurisprudence. Cependant quelques circonstances extérieures facilitèrent en Allemagne la connaissance de l'école française du seizième siècle; indépendamment de la publication des ouvrages, il y eut des miorations de savants. Plusieurs jurisconsultes de la religion réformée, ou seulement soupçonnés d'hérésie, parmi lesquels Doneau et Dumoulin, passèrent en Allemagne et y portèrent les disciplines de l'école française, comme Alciat avait apporté en France l'éclat de l'école italienne.
Quel était alors l'état delà jurisprudence en Allemagne? Depuis le douzième siècle le droit romain y était étudié avec ardeur : dès cette époque de rénovation, les jeunes Allemands furent en majorité dans les universités de Bologne, de Padoue, de Pise et de Pavie-, ils remplissaient les auditoires des chaires d'Italie , et bientôt l'Allemagne eut dans son sein des professeurs et des écoles. D'un autre côté la jurisprudence pratique et la législation se confondant presque entièrement avec la théorie, le droit romain devint le droit commun, qui, partagé en droit privé et en droit public, oftrait le mélange de quelques coutumes el lois germaniques et des doctrines romaines accommodées aux mœurs et aux besoins de l'Allemagne et de l'empire. Au seizième siècle , Cujas et Doneau furent étudiés par nos ^'%
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YoisÏDs, qui comptaient à cette époque même parmi leurs jurisconsultes Sichard , premier éditeur du code théodosien; llaloaader, qui perleclionnait les travaux de Politien ; vinrent après eux Wan-Giffen (Giphanius), Rittershausen, Forster. Au dix-septième siècle, nous rencontrons Brunnemann . Strauch , Schilter, Struve. Mais parmi ces hommes remarquables il n'y en a point d'original et de puissant; pas de Cujas , pas de Grotius.
Un homme se présente au dix-septième siècle , peu digne par lui - même du bonheur de sa position : c'est Samuel Pufendorf (i). Il succédait à Grotius. Quelle fortune 1 Grotius avait fondé la science du droit naturel et des gens ^ il avait posé les questions avec vigueur et bon sens , et s'il avait parfois trébuché dans la cai'rière , si dans son intuition complexe et confuse de la sociabilité et de la raison de l'homme il avait manqué d'une analyse rigoureuse, toujours il avait frayé la route et préparé les travaux qui devaient surpasser les siens.
Pufendorf occupa le premier la chaire de droit naturel et des gens, fondée à Heidelberg par l'électeur palatin Charles-Louis -, il y monta le livre de Grotius à la main. Il avait auparavant publié des Eléments de Jurisprudence unicerselle ^ où il eut la prétention de déduire à la façon des géomètres les principes de la morale et de la jurisprudence j ouvrage sec et médiocre. Aommé professeur, il
(i) Né en iC3i, mort en \^ii}\
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composa daus la suite son traité Du droit de la nature et des qens ; plus tard il en fit lui-même l'abrégé dans un petit ouvrage intitulé Des deiwirs de lliomme et du citoyen. Citons encore son Introduction à l'histoire générale et politique de rEurope \ compilation indigeste où ne pénètre jamais la lumière. Enfin, travailleur consciencieux, mais intelligence épaisse , le baron de Pufendorf , que le temps avait placé entre Grotius et Leibnitz, ne dut qu'à sa position un renom passager. Venu à une de ces époques heureuses qui veut des saillies , des élans , quelque chose d'insolite et de grand , il ne sut que développer une imperturbable médiocrité. Leibnitz a prononcé sur Pufendorf cet anathème : T ir parumjurisconsultus ,et minime philosoplius.
Biihle, dans son Histoire de la philosophie , commet une erreur grave quand il attribue à Pufendorf la gloire d'avoir séparé le droit naturel de la théologie : c'est Grotius qui l'a fait , et Pufendorf n'est venu qu'après lui prendre sa solution, et l'embrouiller souvent, loin de la mieux édifier. On va voir jusqu'où Pufendorf poussait la confusion dans ses idées.
Grotius avait eu pourcontemporaiu, Hobbes,(i) pur métaphysicien , et qu'en cette qualité nous avons du passer sous silence. Les ouvrages de ce grand logicien, qui avait mêlé ensemble la doctrine d'un contrat primitif et un matérialisme rigoureux, agitaient vivement les esprits. Pu-
(i) Ne en i588 , movt en 1679.
fendorfles étudia en même temps que le livre de Grotius, et il laissa se faire dans sa tète une étrange confusion de Grotius et de Hobbes, qui à coup sûr se ressemblent peu ; si bien qu'en le suivant à travers les embarras , les incertitudes et les inconséquences de sa pensée, on le voit toujours, sans force et sans décision, flotter entre le jurisconsulte spiritualiste et le sardonique auteur du Leviathan.
Il débute par un galimatias bizarre sur les êtres moraux qui sont à ses yeux « certains modes que les êtres intel- « ligents attachent aux choses naturelles ou aux mou- (( vements physiques, en vue de diriger et de restrein- « dre la liberté des actions volontaires de Thomme , « et pour mettre quelque ordre , quelque conve- « nance et quelque beauté dans la vie humaine (i). » Si ces mots ont un sens quelconque, ne faut-il pas en induire que Pufendorf reconnaissait que la morale préexistait par elle-même, indépendamment des conventions humaines? Point j il affirme plus loin « qu'afin que le c( système du droit naturel puisse remplir l'idée d'une vé- « ritable science ;, il n'est pas nécessaire de poser, comme C( font quelques uns, qu'il y ait des choses honnêtes ou « déshonnêtes par elles-mêmes, sans ancune i/ixfitufion ; « qu'en effet l'honnêteté et la déshonnêleté inorale étant (( de certaines propriétés des actions humaines qui résul- « tent de la convenance ou de la disconvenance de ces ac-
^i) Du droit de la nature et des gens, liv. I , cli. I.
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« lions avec une certaine règle ou avec la loi , et la loi (( étant une ordonnance d'un supérieur par laquelle ou il « prescrit, ou il défend quelque chose, on ne voit pas « comment on pourrait concevoir l'honnête ou le déshon- « nête avant la loi ou Vinstitution du supérieur (i). )) Enfin qu'est-ce donc que la conscience pour Pufendorf ? La définition est curieuse : « La conscience est le juge- « ment intérieur que chacun porte des actions mo- « raies, en tant qu'il est instruit de la loi et qu'il agit « comme de concert avec le législateiu: dans la détermi- « nation de ce qu'il faut faire ou ne pas faire (2). » Ainsi dans un pays où il n'y aurait pas de législation sur telle ou telle matière, les hommes n'auraient pas de conscience. Voilà comment Pufendorf entre Hobbes et Grotius, auquel il emprunte le principe de la sociabilité, fléchit et s'égare à chaque pas.
Dans le premier et le second livre il expose sa philosophie morale-, dans le troisième la théorie des obligations ^ dans le quatrième la propriété , les testaments , les successions ab intestat , la prescription 5 dans le cinquième le prix des choses, les conventions qui supposent le prix et leurs différentes espèces; dans le sixième le mariage, le pouvoir paternel, et les droits d'un maître sur leurs serviteurs ou sur leurs esclaves; dans le septième le droit politique, les différentes espèces de gouvernements, la théo-
(i) Liv. 1, ch. 2.
(2) Liv. ï , cil. 3.
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rie de la sonverainetë-, dans le hnitième et dernier, les parties principales de la souveraineté, le droit de faire des lois, la {ifuerre et la paix. Un voit partout que, sans Grotius, Pufendorf n'eût pas écrit-, et, dans ses dissentiments avec son devancier, rarement il a l'avantage, qui est comme un devoir quand on vient le second.
Plusieurs années après la mort de Pufendorf, Leibnilz fut consulté par un de ses amis sur le mérite philosophique des doctrines de ce publiciste, et lui répondit par un petit écrit inihuïé Monila quœdam ad Samuelis Pufendorfiiprincijpia, dans lequel il adresse au successeur de Grotius trois reproches fondamentaux. D'abord il déclare que Pufendorf n'a pas donné un véritable traité du droit naturel à l'Europe, qui l'attend encore. « Uptarem tamen « exstare aliquid firmius et efficacius, quod lucidas face cundasquedefinitionesexhibeat, quodexrectisprincipiis « conclusiones veluti filo deducat , quod fundamenta ac- « tionum exceptionumque naturœ validarum omnium or- « dine constituât, quod denique scientiœ alumnis cer- « tam rationem praebeat prœtermissa supplendi, oblatas- « que quaestiones per se decidendi (i). >> Un tel ouvrage, continue Leibnitz, n'existe pas-, l'incomparable Grotius et le profond Hobbes eussent pu le faire, si l'un n'en eût été détourné par les occupations et l'activité de sa vie, et si l'aulre n'en eût été empêché par les mauvais principes de sa philosopbie, qu'il a toujours suivis avec une logique
(i) Otuvres lie Leil>iiiU , cilil. Uutuii» , t. 4i 3"^ part., p. 275.
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si constante: « Hic vero prava constituisset principia, « iisque nimis constanter iostitisset (i). »
La première critique dirigée contre Pufendorf par Leihnitz, c'est d'avoir renfermé la science du droit naturel et son but dans le cercle de cette vie, de penser que le droit naturel ne s'occupe que de l'homme sur la terre , comme animal rationnel et terrestre , abstraction faite de toute autre destinée. Leibnitz veut que le droit naturel comprenne dans sa généralité, non seulement l'homme pris dans sa vie positive et terrestre, mais l'homme avec toutes ses facultés , avec les idées qui l'appellent à la religion et à une autre destinée. « Neque enim dubitari potest, (( rectorem universisapientissimum eumdemque potentis- « simum, bonis prsemia, malis pœnas destinasse, et exe- « qui destinata in futura vita, quando in hac prœsente « pleraque iinpunita impensataque transmitti constat. « Itaque negligere hic futurse vitse curara , quse cum pro- « videntia divina inseparabiliter connexaest, et conten- « tum esse inferiore quodani juris naturse gradu, qui ;t etiam apud atheum valere possit (de quo alias dixi), « est scientiam pulcherrima sui parte mutilare, et multa (( hujus quoque vitœ officia tollere (2). » Comprenons bien la pensée de Leibnitz. 11 ne va pas à l'encontre de ce que nous avons signalé dans Grotius, que la notion du droit peut se passer de la notion théologique et s'obtenir même
(1) OEuvies de Leibnitz, édit. Diiteus , t. 4, S*" part-, p. 276.
(2) Ibidem.
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chez un athée; mais Leibnitz pense que, dans la réalité complète du droit naturel , l'homme doit être pris tout entier, idées et facultés-, qu'il porte avec lui la notion de la divinité, qu'inévitablement la notion du divin est toujours regardée comme la notion de cause-, qu'il suit nécessairement que la notion du juste, bien qu'on puisse la distinguer et la prendre ainsi d'une manière abstraite , cependant dans la vérité complète des choses n'est que la conséquence et une face de la divinité. Voilà la pensée de Leibnitz-, on pourrait la commenter avec ces magnifiques paroles de Bossuet : « La justice, leur commune amie, les (( avait unis -, et maintenant ces deux âmes pieuses , tou- « chées sur la terre du même désir de faire régner les lois, <( contemplent ensemble à découvert les lois éternelles « d'où les nôtres sont dérivées -, et si quelque légère trace « de nos faibles distinctions paraît encore dans une si « simple et si claire vision , elles adorent Dieu en qualité « de justice et dérègle. »
Par une conséquence naturelle, Leibnitz n'admet pas cette autre proposition de Pufendorf, que le droit ne s'occupe que des actions purement extérieures , que nos pensées , et que tout ce qui se passe dans l'intimité de notre conscience, ne relèvent pas du droit, (i Itaque neque illud « admittendum est, quod insinuât auctor, qusp intra pec- « tus latitant , nec foris prorumpunt , ad jus naturse non « pertinere-, qua ratione ex mutilato fine juris naturse, « etiamobjectumejusnimiscontrahimanifestumest(i). »
(i) OEuvres de Leibnitz , i-ilit. Diitens, l. | , ?>' p;irt. , p. 277.
Ici , distinguons nettement le droit et la loi , la moralité et la légalité j peut-être Leibnitz n'a-t-il pas fait assez clairement la distinction. Quand Pufendorf a écrit que le droit ne tombait que sur nos actions extérieures , il y a eu confusion dans sa tète , il n'a pas vu la distinction du droit et de laJeF, ou plutôt, comme il ne voyait dans la loi que la volonté du supérieur, il est évident que, s'il confond le droit avec la loi , le drioit à ses yeux ne doit tomber que sur nos actions extérieures. Or Leibnitz a raison de lui dire que le juste, que le droit tombe sur nos pensées, parce qu'il tombe dans la moralité et par conséquent dans ce qui est intime et dans le for intérieur. Mais Pufendorf a raison sous le rapport de la légalité , qu'à chaque instant il confond avec la moralité même. Or la moralité a sa base dans le principe du juste: elle est intérieure, profonde et psychologique j mais la légalité , qui n'exprime et ne déclare obligatoire qu'une partie de la moralité et même la contrarie quelquefois , ne tombe que sur les actes extérieurs. Pufendorf a donc raison sur la légalité, mais il a tort sur lamoralité; et Leibnitz, qui rétablit la nature de la moralité, ne l'a pas distinguée assez nettement de la légalité.
Moralité, légalité, c'est pour n'avoir pas vu ces choses, c'est pour avoir toujours confondu la conscience et la loi , le juste et le légal, que Pufendorf est tombé dans ces erreurs. Il a mal lu Grotius, il a mal lu Hobbes, et les a mêlés tous les deux.
Le dernier reproche adressé par Leibnitz à Pufendorf tombe sur cette singulière définition de la loi qui ne serait autre chose que la volonté arbitraire du supérieur. « Quœ
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« si admittimus, nemo sponte officiuni faciet-, immo nul- « lum erit officiiun, ubi nullus est superior, qui necessi- « tatem imponat *, neque erunt officia in eos qui supe- « rioreiïi non habent. Et quum auctori officiuni et actus « a justitia prœscriptus seque late pateant , quia tota ejus « jurisprudentia naturalis in officii doctrina continetur , (( consequens erit, omne jus a superiore decerni (i). » Leibnitz ne se laisse pas touclier davantage par cet amendement, qui veut établir que. Dieu étant le supérieur de toutechose, la loi se trouve élre, dans sa plus haute expression , l'effet de la volonté arbitraire de Dieu, il déclare que c'est errer cfue de voir la notion du droit dans la volonté arbitraire de Dieu. La justice remonte plus haut, elle a sa source dans la nature nécessaire et l'essence de Dieuj elle ne dépend pas de son libre arbitre, s'il est permis de parler ainsi, mais des éternelles vérités qui sont contenues dans son intellect. La justice ne serait plus un attribut essentiel de Dieu si elle dépendait de sa volonté arbitraire, et elle est aussi nécessaire et immuable que les principes des mathématiques et de la géométrie. « Neque « ipsa norma actionuin aut natura justi a libero ejiis de- « cretOjSed ab aeternisveritatibus divinointellectui objec- « lis pendet-, quae ipsa, ut sic dicam, divina essentia « constituuntur, meritoque a theologis auctor reprehen- « sus est, quando contrariurn défendit-, credo, quod pra- « vas consequentias non perspexisset. Neque enim justi-
(i) OEuvres (le Leibnitz , cdit. Diiteiis, t. \, 3'"pjil.,p. 279.
« tia essentiale Dei altributuaierit, si ipse jus etjustitiam <( arbitrJo suo condidit. Et vero justitia servat quasdam « gequalitatis proportionalitatisque leges, non minus in « rerum immutabili divinisque fundatas ideis , quam sunt « principia arithmeticœ et georaetriœ (1). »
C'est ainsi que Leibnitz ruine dans ses fondements le frêle édifice de Pufendorf. Mais, tout en reconnaissant que ce publiciste n'a rien établi , pouvons-nous du moins trouver juste et raisonnable l'influence qu'il a exercée de son temps-, est-il digne de la grande estime dont il a joui? Non , il a régné parce qu'il n'eut pas de compétileur. Son traité Du droit de la nature et des fjens est indigeste et dénué de toute critique. Comme Grotius, il invoque les autorités-, mais son érudition est d'emprunt-, il ignorait l'esprit de l'antiquité , ne sentait pas plus le génie grec, que le génie romain , n'avait aucun des instincts de l'historien. On se le figure compilant Alberic Gentilis, Grotius, Hobbes, sans aucune supériorité de critique et de juge; tête faible qui n'a ni cette capacité étendue qui comprend, ni ce moule puissant dont on tire des empreintes durables et des représentations vivantes.
(1) OEuvres, etc.