‹ Introduction générale à l'histoire du droitChapitre 3 sur 52 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

d'un œil sûr l'espace déjà parcouru , et comprend que l'office et la méthode d'une science changent et se perfectionnent avec le temps. Alors , sans se fatiguer à revenir sur des traces anciennes , mais enchaînant ses efforts et ses travaux à ceux de ses devanciers , il continue leur ouvrage en faisant autre chose que ce qu'ils ont fait , et travaille avec la conscience de la suite des temps j de l'ordre des idées , des révolutions de la science, et de ses devoirs nouveaux.

Le lecteur me permettra-t-il de lui conter hièvement comment je suis arrivé à penser que la science du droit, telle qu'aujourd'hui elle se comporte en France , appelle plus que jamais cet esprit d'examen sur sa propre histoire , et que là surtout on ne pourrait , ainsi que nous l'ont appris Bacon et Leibnitz , rien établir dans le présent sans la connaissance profonde du passé.

Quand , après avoir achevé mes cours de rhétorique et de philosophie , et dans l'exaltation par laquelle passent, à dix-neuf ans, les jeunes gens dont

PREFACE. xï

rimagination s'éveille , il me fallut . comme on diî , faire mon droit ^ avec quel ennui melc de dédain j'ouvris les cinq codes ! Retomber de mes poétiques rêveries touchant la science et la littérature sur les articles numérotés du code civil et du code de procédure , et n'avoir pour toute nourriture que l'étude de maigres et sèches formules sans animation et sans vie ! C'était donc là le droit! Sur ces entrefaites , le hasard fit tomber entre mes mains un petit écrit de M. de Savigny , De la vocation de notre siècle en législation et en jurisprudence. Je savais un peu d'allemand, et me mis à le parcourir. Je ne revins pas de ma surprise : l'auteur distinguait le droit de la loi, parlait du droit d'une manière passionnée; en faisait quelque chose de réel, de vivant et de dramatique ; puis dirigeait contre les législations et les codes proprement dits de véhémentes critiques. Quoi donc! la législation et le droit n'étaient donc pas même chose ! les cinq codes ne constituaient donc pas la jurisprudence! Pour confirmer ou dissiper ce soupçon je relus l'écrit de M. de SaTign j ; je lus ses autres ouvrages; enfin, presque persuadé par ses théories , auxquelles cependant je trouvais confusément quelque chose

Page 1