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tration apodictique de l'existence de Dieu , de l'immortalité de l'àme et de la liberté, du moins à leur foi indestructible. Alors il tenta de construire la science morale pour elle-même , en lui donnant une existence indépendante de la raison pure. Et , dit-il dans sa préface (i) , ce n'est pas un expédient trouvé pour sortir d'affaire , mais bien une exacte réalité. Il appuie fort sur ce point , et annonce que , si la raison spéculative lui a donné un résultat, il est inévitable que la raison pratique lui en livre un autre qui le mène à d'autres conséquences.
Kant , entrant dans la raison pratique , j trouve une loi réelle , objective , à laquelle il ne peut pas ne pas croire; et cette loi , il la formule ainsi : -4gis de telle sorte que Ie.<i maximes de ta volonté puissent aussi avoir la force d'un principe de législation générale (2). Ainsi le principe que doit suivre notre raison dans la conduite de la vie est d'élever l'individualité de notre volonté à la généralité d'une loi universelle et objective , loi que l'homme, sans doute, ne connaît que par lui-même , mais qui se sépare de son individualité pour revêtir le caractère de la généralité.
La loi de l'homme moral trouvée , que faut-il pour qu'on puisse lui obéir? Il faut qu'on puisse lui désobéir, c'est-àdire qu'il faut être libre : car il n'y a pas d'obéissance possible à une loi si les sujets n'ont en même temps la faculté de ne
(1) L'édition de la Raison pratique que nous avons sous les yeux est la sixième , Leipsick , 1827.
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pas la suivre , s'ils n'ont le moyen de délibérer et d'opter. Alors aux yeux de Kant paraît la liberté comme une conséquence inévitable , un postulat nécessaire de la loi posée. L'homme est obligé, donc il est libre : voilà en deux mots le fondement de la raison pratique. Le procédé de Kant a été de voir d'abord la loi , puis de conclure pour la possibilité de son exécution à la liberté. Il amène la liberté par la logique.
La liberté de l'homme établie , on trouve à la volonté plusieurs motifs de détermination tant extérieurs qu'intérieurs : l'éducation, d'après Montaigne; la constitution civile , d'après Mandeville j le sentiment physique, d'après Epicure-, le sentiment moral, d'après Hutcheson , la perfection, d'après Wolfet les stoïciens-, la volonté de Dieu, d'après Crusius et d'autres moralistes théologiens. Au milieu de ces différents mobiles , quel est véritablement l'objet auquel doit tendre la raison pratique? Elle doit tendre au bien et aspirer à éviter le mal.
Le bien et le mal étant devant l'homme , il faut les connaître. Le bien et le mal sont-ils lagréable et le désagréable? JVon. Le bien et le mal sont pour la raison ce qui est bien moralement et ce qui est mal moralement. Ici Kant fait une analyse ingénieuse du bien et du mal , que lui facilite la richesse de sa langue. Les Latins n'ont, comme nous , que deux mots, bomitn, maliim , pour exprimer le bien et le mal ; la langue allemande en a quatre qui répondent au bien et au mal physique et moral. PFohl et Lehel désignent l'agréable et le désagréable. Gute et Boese désignent le bien et le mal moral. Alors le philosophe coni-
mente avec éloquence ce mot si connu du stoïcien : 0 douleur , tu ne me feras jamais dire que tu sois un mal. « Pour- « tant le stoïcien avait raison, s'écrie-t-il. Ce qu il sentait, <i ce que trahissaient ses cris, c'était le mal physique; mais <( quant au mal moral , il n'avait pas affaire à lui : car la <( douleur n'altère pas la dignité de l'homme, seulement elle « modifie son état. La seule illusion dans laquelle il eût « pu tomber , c'eût été de laisser abattre son courage -, « loin de là , la douleur fut pour lui une occasion de <( s'exalter , parce qu'il avait conscience de ne s'être enta- « ché de rien d'injuste et de mal , et de ne mériter alors au- « cun châtiment (1). » Ainsi Kant nous montre l'homme gourmandant avec raison la douleur , la défiant de lui faire confesser qu'elle l'emporte sur lui. Je suis ta victime , il est vrai , voulait dire le stoïcien , mais en même temps je suis ton juge-, et ma raison, au moment même où je suis obligé de te livrer mon corps , te domine et te critique.
L'idée du bien et du mal étant déterminée par la loi de la raison pratique , loin de lui préexister (2) , et l'objet de la loi étant purement intelligible , il suit que la volonté doit suivre la loi pour la loi , et ne pas connaître d'autre motif. L'homme de Kant fait le bien pour le bien , sans compter sur le bonheur. Cette détermination pure et stoïque engendre l'estime , qu'il ne faut pas confondre avec
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