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« cice actuel et positif de certains instruments or- « ganiques, soumis directement ou indirectement à « une puissance de vouloir, moi , laquelle n'est « point constituée elle-même dans sa propre réflexion, « hors de cet exercice... Voilà, je crois, des facultés « bien distinctes, sut generis, mais voilà tout. Telles « sont, du moins, les bornes de ma vue. »
Si ces paroles ne semblent pas assez décisives, on trouve ailleurs la déclaration formelle que la distinction établie entre l'entendement et la volonté, est une distinction illusoire. La seule chose dont M. de Biran se rend compte, c'est donc bien qu'il a rétabli dans la science un fait méconnu par l'école sensualiste : le fait de l'activité de l'âme. Il parle des formes constitutives de la pensée, de la part de l'esprit humain dans la connaissance; mais il interprète ses assertions dans un sens tel qu'elles n'affirment rien de plus que la conscience de l'activité même. L'ordre rationnel proprement dit reste couvert d'un voile à ses yeux.
Il y avait au fond d'une telle philosophie une contradiction qui ne pouvait subsister. D'une part, les faits de l'intelligence et de la raison étaient clairement mentionnés; de l'autre, ils recevaient une explication qui les dénaturait complètement. Le travail sur la décomposition de la pensée nous offre donc, à un degré supérieur de développement, le même spectacle que le Mémoire sur C habitude : l'exposition d'une théorie renfermant des germes étrangers, et qui la dépassent visiblement. Mais les germes d'avenir, contenus dans le Mémoire sur niabitude^
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s'étaient épanouis sans retard. Des années devaient passer avant qu'il en fût de même pour les germes d'une autre nature, qu'enfermait le Mémoire sur la décomposition de la pensée. Ils devaient toutefois s'épanouir un jour; on le verra par la suite.
11 y a donc une lacune très-saillante dans l'écrit qui nous occupe ; mais cette lacune, par cela même qu'elle est saillante, offre un intérêt particulier. Elle prouve combien M. de Biran avait peu subi l'influence des grands maîtres de l'école spiritualiste, de Descartes, de Leibnitz, même alors qu'il commençait à leur rendre justice; elle met dans tout sou jour le caractère spontané de son développement. « Le premier mérite de cette doctrine, dit « M. Cousin, est son incontestable originalité. De i< tous mes maîtres de France, M. de Biran, s'il n'est « pas le plus grand peut-être, est assurément le plus « original. M. Laromiguière, tout en modifiant Con- « dillac sur quelques points, le continue. M. Royer- « Col lard vient de la philosophie écossaise qu'avec « la vigueur et la puissance naturelle de sa raison « il eût infailliblement surpassée, s'il eût suivi des « travaux qui ne sont pas la partie la moins solide de « sa gloire. Pour moi, je viens à la fois et de la phi- « losophie écossaise et de la philosophie allemande. « M. de Biran seul ne vient que de lui-même et de « ses propres méditations.
« Disciple de la philosophie de son temps, engagé « dans la célèbre société d'Auteuil, produit par elle « dans le monde et dans les affaires, après avoir « débuté sous ses auspices par un succès brillant
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« en philosophie, il s'en écarte peu à peu sans «aucune influence étrangère; de jour en jour il « s'en sépare davantage, et il arrive enfin à une « doctrine diamétralement opposée à celle à laquelle
« il avait dû ses premiers succès Quelle lumière
« lui était venue, et de quel côté de l'horizon philo- « sophique? Elle n'avait pu lui venir ni de l'Ecosse « ni de l'Allemagne; il ne savait ni l'anglais ni l'al- «lemand. Nul homme, nul écrit contemporain n'a- « vait pu modifier sa propre pensée; elle s'était mo- « difiée elle-même par sa propre sagacité (1). »
Ces réflexions, qui franchiraient les limites d'une stricte exactitude si on les appliquait à toute la carrière philosophique de M. de Biran, demeurent l'expression de la vérité, lorsqu'on en borne l'application au Mémoire sur la décomposition de la pensée et aux écrits qui suivirent immédiatement. La rédaction de ce mémoire était déjà fort avancée, lorsque l'histoire de la philosophie de M. de Gérando lui révéla le nom et les travaux des philosophes allemands, dont il fit mention dans son écrit. On a vu déjà que les œuvres de Descartes et de Leibnitz, dont il avait pris quelque connaissance, n'avaient pas réussi à lui faire comprendre la nature du problème relatif aux idées de la raison. Plus tard sans doute il étendit un peu sa science des systèmes métaphysiques; mais son érudition fut toujours bornée. L'étude de ses manuscrits prouve qu'il avait arrêté
(1) Œuvres philosophiques de M. de Birun, tome iv-, préface (le l'éditeur, pages vi et vu.