LX I OEDVRES DE M. DE'BIRAN
stincts, des appétits aveugles qui seront la source de désirs. Mais ce ne seront point là les modifications d'un principe se transformant tout en demeurant le môme dans son essence. La vie obscure qui résulte du jeu des organes , vivants, ne se transforme pas; elle se rejoint à la conscience, élément d'une autre nature, et qui ne sort en aucune manière du précédent. Au moment où la conscience s'éveille dans le mystère d'un premier effort voulu, la force personnelle trouve une matière préexistante au sein de laquelle elle se développe ; elle agit sur cette matière, elle s'en empare, elle n'en procède point.
La vie humaine est double, a dit Boërhave : Homo simplex in vitalitate, duplex in hinnmiitate . Cette parole résume la théorie vraie de l'homme. Deux éléments d'origine distincte et de nature différente, se rencontrent dans la conscience : l'esprit humain, le sujet, principe de toute connaissance, et ces éléments d'une vie obscure qui ne se manifestent que lorsqu'ils sont éclairés d'ailleurs, pareils à l'ombre que la lumière seule rend visible.
Après l'éveil de la conscience, la vie inférieure ne continue pas moins à subsister avec ses lois propres. Quel homme habitué à s'observer ne sent perpétuellement surgir, au sein de la vie de l'intelligence et de la volonté, cette vie qui est en lui, sans être lui ? cette vie, principe de désirs que la raison n'avoue pas, de joies et de tristesses, qui, sans cause extérieure, naissent du jeu spontané des organes, d'images enfin, de fantômes qui se produisent d'euxmêmes sur le théâtre intérieur. L'intelligence et la