INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. UCI
volonté dominent à des degrés divers ces éléments étrangers; mais que l'activité du moi soit suspendue, la vie inférieure reprend son empire. La rêverie, l'entraînement de la passion, les songes du sommeil, le délire, la folie représentent, à des degrés divers, cette domination de la vie animale et de ses lois sur la force personnelle qui abdique. Ainsi, l'homme ne saurait être expliqué par les transformations d'un élément identique; il présente au contraire le spectacle de la lutte de deux principes opposés, dont les combinaisons variables expliquent seules les états divers qu'on peut observer dans son développement.
En partant de ce point de vue, M. de Biran reconnaît dans l'homme des états notablement divers, qu'il réduit à quatre, et auxquels il donne le nom de systèmes.
Le système affectif est la vie commune à l'homme et à l'animal, l'ensemble des impressions et des mouvements instinctifs qui résultent du jeu de la machine organisée. Cette vie, contemporaine de l'existence, précède l'éveil de la personne consciente. Le moi n'étant pas présent aux phénomènes, ces phénomènes ne peuvent être observés que du dehors par un spectateur étranger. Ils laissent des traces dans l'organisation, mais aucun souvenir. Cette vie inférieure, aussi longtemps qu'une lumière qui procède d'ailleurs, ne vient pas l'éclairer, s'écoule obscure et sans que rien la rappelle.
Le moi s'éveille avec l'effort, au sein des ténèbres de cette vie primitive , et l'observation intérieure comm.ence. Le simple degré d'etïbrt qui fait l'état
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de veille sans un déploiement exprès d'activité, caractérise le système sensitif. Le moi est le spectateur des phénomènes ; le sentiment de l'identité personnelle apparaît ; les modes de l'existence connus par le sujet qui les éprouve donnent lieu à la réminiscence ; l'idée de cause que le moi tire de son propre fonds fait attribuer aux modes sentis une cause étrangère. Les éléments du système affectif ne se transforment pas, mais ils entrent en combinaison avec l'effort, élément d'une autre nature. Les sensations sont doubles, car toute sensation ramenée à l'unité n'est plus que l'impression inconsciente du système précédent.
Le moi présent ou absent établit une ligne de démarcation absolue entre le système affectif et le système sensitif; la subordination entière de l'activité propre de l'àme aux impressions du dehors, fait le caractère du système sensitif par opposition aux systèmes suivants.
Lorsque l'effort dépasse le degré qui fait le simple état de veille, il prend le jeu des organes sous sa direction, et concentre tour à tour leur action sur un seul objet. Tel est le caractère de l'attention dont la présence détermine les faits du système perceptif.
Les sensations rendues plus distinctes deviennent des perceptions, c'est-à-dire des actes de connaissance auxquels le moi concourt par un déploiement exprès d'activité. Le fait capital de ce système est le jugement d'extériorité qui introduit la connaissance des corps étrangers. Dans l'ordre sensitif, la sensation s'accompagne de la croyance à une cause indétermi-
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née, non-moi, qui la produit ; mais cette croyance n'est pas une connaissance. Ce n'est que par l'exercice du toucher proprement dit, résultat d'une activité expresse, que le corps étranger se manifeste dans sa nature propre, comme résistance externe à l'effort. Dès lors le corps étranger est connu dans son essence, il devient le support substantiel de tous les modes sensibles, et la science de la nature s'ouvre à l'esprit humain.
L'attention ne permet pas seulement l'accès à la science de la nature, elle fournit encore à Tordre moral des garanties nécessaires. Tant qu'il ne sort pas de la sphère des pures sensations, l'homme obéit à tous ses entraînements, et sa conduite dépend tout entière de l'équilibre des penchants naturels qui se combattent librement, sans qu'aucun principe étranger vienne troubler la prépondérance des plus énergiques. Mais l'attention a le privilège de donner une vivacité proportionnelle à son intensité, aux idées sur lesquelles elle se fixe. Par ce moyen, l'activité personnelle intervient dans la lutte des penchants, oppose des idées qu'elle avive à des passions immédiates, et donne à la conduite de l'homme une règle autre que ses instincts.
Telles sont les conséquences importantes de l'attention, qui n'est rien autre que la volonté même en exercice. Toutefois, dans le système perceptif, si le moi exerce son initiative, s'il n'est plus le simple spectateur et l'esclave dv.. impressions du dehors, il n'agit que sollicité par ces impressions. Le monde sensible prévaut encore, en ce geii« qu'il est toujours
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l'occasion et le point de départ des phénomènes. Aussi la science ne pourra être que celle des modes et des qualités variables qui dépendent de notre sensibilité, la description et le classement des objets extérieurs, la formation des idées générales qui s'y rapportent. Il n'y aura pas encore de place pour les notions purem.ent intellectuelles, pour la théorie des êtres, considérés indépendamment de leurs modes; une science de cet ordre n'appartient qu'au système suivant.
Ce dernier système, le système réflexif, est le résultat du plus haut degré de l'effort, par lequel le moi s'abstrayant lui-même de tous les éléments adventices , se connaît et se contemple dans sa pureté. L'acte de réflexion est l'acte dernier de la conscience. Le sujet s'isole de tout ce qui n'est pas lui ; la connaissance purement intérieure e>t alors réduite au fait primitif et aux notions qui s'y rattachent. Le sujet trouve en soi, la source des deux sciences de raisonnement pur, qui ne dépendent en rien des modes variables de la sensibilité. La conception pure de l'espace, manifesté intérieurement dans le continu résistant, est la base des mathématiques; l'effort en lui-même est, avec tout le système des idées intellectuelles qui en dérivent , l'objet propre delà psychologie. La réflexion enfin donne à l'àme la conscience claire de son pouvoir d'agir, et cette conscience, combinée avec l'idée du temps, rend possible la prédétermination des actes futurs, complément de la liberté morale.
Le système réflexif ayant son fondement dans le