‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 41 sur 66 · CXXII OEUVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

CXXII OEUVRES DE M. DE BIRAN

dire que ce résultat fut moins le produit spécial de telle lecture que la conséquence générale du séjour de Paris, et des discussions de la société philosophique en particulier.

Quant à la valeur de ce résultat, elle est considérable. Ce que M. de Biran reconnaissait en effet, c'est que l'empirisme ne peut atteindre aucune réalité, et que l'expérience interne, si on veut l'isoler de tout principe supérieur, ne révèle après tout que de purs phénomènes, à l'exclusion de toute réalité proprement dite, de toute substance durable. En approfondissant sa propre pensée, sous l'excitation des circonstances extérieures qui venaient hâter son développement naturel, il envisageait en face la lacune principale de ses analyses. Mieux il se rendait compte de la subjectivité absolue de son point de départ, et d'autant plus il reconnaissait la nécessité de donner, dans sa théorie, une base à la croyance aux réalités objectives. L'empirisme pur, en effet, amené jusqu'au scepticisme qui est sa fin légitime et dernière, ne peut trouver de place durable dans l'esprit humain. ÎXotre foi à la réalité est invincible, et la tâche d'une philosophie sérieuse n'est pas de nier ou de méconnaître ce fait , mais de le constater et d'en tirer les conséquences.

M. de Biran aborde résolument cette tâche. Ses efforts dans ce sens se manifestent surtout dans un écrit qui date de 1813 environ (1), écrit malheureu-

(1) Rapport des sciences naturelles avec la psychologie. Voir le catalogue raisonné à la fin du 3' volume, Xllt.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cxxiil

sèment inachevé, mais qui, joint aux indications tirées d'ailleurs, suffit toutefois pleinement à établir la phase nouvelle dans laquelle est entrée sa spéculation philosophique.

Il reconnaît donc qu'il est dans l'esprit humain un principe de croyance, qu'il nomme aussi raison, faculté de l'absolu, révélant les réalités, et nous mettant en rapport avec l'universel et le nécessaire. Ce principe est un élément nouveau à joindre à l'affection et au moi un système à part dont il faut assigner la place. Il y a, en un mot, une faculté de croire naturellement tournée vers l'absolu, en opposition au caractère relatif de la connaissance expérimentale. Demande-t-on les titres de cette faculté ? Elle se justifie par elle-même et au même titre que l'expérience. La certitude de la réalité objective s'impose à nous et nous ne sommes pas libres de la contester, plus que nous ne le sommes de révoquer en doute les phénomènes que l'observation nous manifeste. Comment s'assurer que notre connaissance répond à la réalité ? « Par la nécessité absolue où nous sommes de le croire. »

Ces déclarations sont explicites. Elles constituent un pas en avant prononcé, un désaveu complet de l'empirisme de VEssai, une reconnaissance formelle de l'ordre rationnel et de ses droits.

On pourrait désirer que M. de Biran eût distingué deux éléments divers qu'il semble réunir : la présence dans l'esprit humain des idées et des principes a priori, qui constitue la raison , et la valeur attribuée à ces idées, à ces principes, comme à la réalité

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