‹ Introduction générale aux œuvres inédites de Maine de BiranChapitre 42 sur 66 · CXXIV OEUVRES DE M. DE BIRAN · texte numérisé non relu

CXXIV OEUVRES DE M. DE BIRAN

objective des objets de nos représentations^ qui constitue le fait de la certitude. Mais cette distinction qu'il omet, ou ne reconnaît pas d'une manière positive, est d'une importance moindre que la distinction à laquelle il arrive pleinement entre l'expérience etle jeu des facultés supérieures qui dépassent l'expérience et la rendent seules féconde et même possible. Ce qui résulte, en premier lieu, de l'élément nouveau auquel il a fait sa part, c'est la réalité de la substance de l'âme, qui n'est pas le moi, mais dont le moï est la manifestation. Le fait de conscience ne donne à la vérité que le moi , mais sous le moûious plaçons la substance de l'âme, nécessairement et non point d'une manière arbitraire ou en vertu d'une bypotbèse. Vient ensuite la réalité de la substance corporelle qui ne se manifeste à aucun de nos sens, mais que nous sommes contraints d'admettre comme le support et le sujet d'inbérence de toutes les qualités sensibles. M. de Biran s'élève ensuite à la considération des lois nécessaires de la pensée, des notions univeiselles et des principes, entre lesquels le principe de causalité conserve le premier rang. Il ne renonce pas à ses vues précédentes : les notions fondamentales sont bien toujours à ses yeux des expressions du Aiit primitif; mais les données du fait primitif se transforment, sous l'action de la faculté de l'absolu, et revêtent un caractère d'universalité et de nécessité qu'elles ne sauraient tirer d'un fait quelconque. Le caractère nécessaire de l'ordre logique, dans son opposition à la spbère de la liberté, est aussi nettement indiqué.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR. cxxr

L'acte n'est pas l'idée, et l'effort ne crée pas plus les notions et les lois de la pensée, que le fait d'ouvrir les yeux ne crée la lumière. « Ouvrir les yeux de « l'esprit, les diriger du côté d'où vient la lumière, « les tenir fixés sur l'objet, voilà tout ce que nous « pouvons, et en quoi consiste la liberté. »

Il y a donc deux ordres à reconnaître : l'ordre de la connaissance ou l'expérience (ces deux termes paraissent synonymes pour M. de Biran), et celui de la croyance ; et ces deux ordres ont des lois inverses. Pour connaître il faut agir : telle est la donnée fondamentale de la psychologie, de telle sorte que l'acte est vraiment primitif au point de vue de la connaissance. Mais pour agir, il faut être : telle est la donnée nécessaire de la croyance; de telle sorte que si l'acte est primitif quant à la connaissance, l'être qui agit est conçu nécessairement comme antérieur à son action, et devient le vrai primitif au point de vue de la croyance. « Ce que nous connaissons a son prin- « cipe nécessaire dans ce que nous ne connaissons « pas ^d'une connaissance expérimentale), mais que « nous croyons exister. » Il y a plus; non-seulement l'absolu de l'àme est donné dans la manifestation du moi, mais la personne consciente ne peut prendre possession d'elle-même, sans se concevoir comme une existence limitée, par opposition à l'existence infinie qui devient le vrai primitif pour la croyance. « L'infini, l'éternel est donné à notre âme, comme « elle tst donnée à elle-même quant au fond de son « être. Avec la perception de la personne, ou le fait « primitif de la conscience, commence le déterminé,

Page 1